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Israël (Société - mentalités)
Sionisme

Le Village de la Jeunesse Sioniste du Docteur Israël Goldstein, Suzanne Millet
17/09/2009

17/09/09

Sur le site de Un Echo d’Israël, 13 septembre 2009

Le Village de la Jeunesse Sioniste a fêté ses 60 ans en mai 2009. Autrefois, situé dans la banlieue de Jérusalem, il se trouve actuellement, vu l’extension de la ville, dans Jérusalem même. Lors de la guerre d’Indépendance en 1948, de durs combats eurent lieu autour du monastère Saint Simon (monastère grec orthodoxe). Quelques membres de la Hagana, encerclés par la Légion jordanienne, ont conquis la colline du quartier Saint Simon. C’est un officier de la Hagana, combattant sur cette colline, Ziv Schikler, qui a eu la vision de créer en ce lieu un centre d’intégration pour les enfants juifs rescapés de la Shoa. Au lendemain de la guerre d’Indépendance, en 1949, la première pierre fut posée et déjà 40 jeunes Juifs européens, des adolescents, arrivaient. Ziv Schikler fut le visionnaire, l’instigateur et le créateur du centre dont il assura la fonction de directeur jusqu’à sa mort en 1977. Le Village a pris le nom du Docteur Israël Goldstein en l’honneur de ce rabbin américain, leader sioniste, membre exécutif de l’Agence Juive, monté en Israël en 1948, qui a soutenu ce projet et permis sa réalisation.

Quelques éducateurs dévoués et les jeunes eux-mêmes ont réparé les maisons détruites et construit les premiers ateliers. Ainsi, dès leur arrivée à « la maison », ils ont participé activement à la création de leur village qui est devenu une oasis de verdure et de paix à Jérusalem.

Cette oasis est peu connue et pourtant elle existe bien et, si le gardien vous permet d’entrer, vous pourrez admirer un très grand parc aux arbres magnifiques, aux pelouses très bien entretenues avec des petits ruisseaux qui serpentent. Des bâtiments sont disséminés dans le parc, d’anciennes maisons en pierre et des bâtiments neufs, le tout très harmonieux. Des jeunes assis en cercle sur la pelouse, d’autres sur des bancs, dialoguant… une atmosphère de campus universitaire.

Ce Village qui a permis il y a 60 ans à de jeunes Juifs d’Europe de trouver une maison, une patrie et leur identité juive a toujours comme but d’intégrer la jeunesse juive d’Israël et surtout de la diaspora, d’absorber une partie de l’aliya des jeunes et d’insuffler les valeurs juives et humaines à ses étudiants. La mission éducative demeure : développer et achever leurs études secondaires (le bac), leur donner une éducation culturelle et sociale à la fois. Les élèves sont responsables de leurs études. Une ancienne élève du lycée français du Village me disait qu’il n’y a pas de surveillance : « Si tu veux travailler, tu en as les moyens et même tu peux demander une aide aux professeurs. » L’accent est en effet mis sur la responsabilité, l’indépendance, la créativité, et cela prend du temps.

Depuis sa création, le Village a été une maison chaleureuse pour des milliers de jeunes arrivant d’une trentaine de pays, de l’Est et de l’Ouest. Aujourd’hui les résidents (élèves pensionnaires) sont plus de 400 venant de France, du Maroc, de Belgique, d’Ethiopie, d’Amérique du Sud, et de l’Ex-URSS (très nombreux depuis 1993). S’ajoutent aux pensionnaires 200 jeunes Israéliens, nés dans le pays, le plus souvent externes, issus de couches sociales défavorisées ; ils viennent de Jérusalem et des environs, comme Maalé Adoumim. Bet Shemesh. Enfin, une centaine de jeunes des Etats-Unis et d’Australie font des stages de courtes durées au Village.

Le personnel enseignant, éducatif et administratif est nombreux et très dévoué. Certains vivent dans le village, ce qui permet une plus grande disponibilité auprès des élèves résidents.

L’éducation est basée sur trois principes élémentaires : les études, la vie communautaire et le travail.

Les études. Le cursus scolaire commence en 5ème et se termine avec le bac. A l’école, on prête une attention particulière aux élèves seuls, sans famille ou en difficulté. Ils sont introduits dans un groupe d’étude. L’atmosphère est bonne, sans violence, les élèves sont mis en valeur. Ceux qui excellent dans les études reçoivent des prix, ainsi que ceux qui se distinguent dans l’entraide, la coopération, la créativité.

La vie communautaire. Elle est très riche, surtout à l’internat où un système démocratique permet aux étudiants de gérer eux-mêmes leur vie avec des conseils élus. Ils organisent les fêtes, les vacances, les shabbats, sont responsables de la salle à manger et des dortoirs.

Le travail. Si le travail manuel a eu une très grande place dans les premières années pour construire, pour défricher et entretenir un grand terrain agricole, il reste qu’actuellement les élèves, à partir de la 3ème doivent travailler 2h1/2 par semaine soit pour l’entretien du parc, soit dans les pépinières et les serres. Une équipe de professeurs et d’éducateurs dirigent les travaux agricoles et les recherches dans les serres équipées d’installations électroniques. Un ancien élève, venu de l’Ex-URSS en 1991, s’est spécialisé dans les études agricoles et a fait un doctorat à l’Institut Weismann et un post-doctorat en Amérique. Il avait pris goût à ces recherches agricoles dans les serres du Village, et avait beaucoup travaillé dans le jardin potager.

Le lycée français

Depuis des dizaines d’années un lycée français a été créé au village pour permettre à de jeunes Juifs venant de France, la plupart du temps sans leur famille, de terminer leurs études secondaires, passer le bac français en accord avec le ministère de l’Education israélien et l’Etat français. Ils apprennent l’hébreu (en seconde, l’oulpan d’hébreu obligatoire est de 18 heures par semaine), l’histoire d’Israël et la pensée juive. Quelques uns retournent dans leur patrie après le bac cependant la plupart veulent la nationalité israélienne pour servir dans l’armée, poursuivre leurs études, et s’installer en Israël. Comme à l’internat et dans le Village en général, les étudiants français, religieux et laïcs vivent en bonne harmonie.

Naalé (en hébreu : Montons)

C’est un programme d’immigration pour les jeunes Juifs qui viennent sans leur famille. Ce programme a amené au Village beaucoup de jeunes Russes à partir de 1993. Ils reçoivent une éducation de qualité, passent le bac israélien, étudient leur héritage juif et font connaissance avec la vie israélienne. 95% des jeunes de cette aliya russe s’engage à l’armée dans des unités de combat. Cet apport important de jeunes Russes a beaucoup contribué au développement de la vie culturelle et communautaire du Village. Ils sont doués en musique, dans le sport et sont très coopératifs et pleins d’initiatives. Ils ont façonné le visage actuel du Village.

La musique

Dès la création du village la musique a eu une place importante dans l’éducation grâce à la présence de Zvi Leder, un accordéoniste : « J’ai fait l’aliya des jeunes en 1948. Je suis allé dans une école agricole en Galilée, puis j’ai étudié la musique à l’Académie de musique à Jérusalem. Etant encore étudiant, j’ai été accepté comme éducateur au village, puis, à la fin de mes études, comme professeur de musique. Et j’ai pu réaliser mon rêve : une éducation par la musique. Le centre musical était modeste, dans l’abri antiaérien du Village. » Depuis, un centre musical fut construit et s’est beaucoup développé. Zvi Leder, l’ancien, en est toujours le directeur, entouré d’une équipe de professeurs et d’éducateurs. Environ 80 résidents étudient dans ce centre, et les plus doués ont des cours privés de l’instrument de leur choix : piano, flûte, trompette, violon, violoncelle, harpe, guitare, mandoline, etc. Des musicologues enseignent l’histoire de l’art de la musique. Les élèves du centre musical se présentent au bac avec l’option musique. L’orchestre très fourni anime les fêtes religieuses, nationales et les fêtes du Village.

A l’occasion du 60ème anniversaire du Village, l’orchestre a joué matin et soir dans l’auditorium de 400 places. Comme le disait une invitée : « Il est difficile de penser que le Village n’est pas un conservatoire de musique et de danse de niveau universitaire, mais un simple lycée où les élèves apprennent la musique, le chant et la danse l’après midi ou le soir, en plus de leur programme scolaire ». Trois troupes de danse et une chorale se produisent en Israël et parfois à l’étranger.

Le sport

Le Village, avec ses terrains de foot et de basket, son gymnase, sa salle de musculation et sa piscine de compétition, a donné une grande importance au sport. Les élèves s’entraînent 4 à 5 fois par semaine, 2 heures le matin dans un cadre très précis et le soir s’il le faut. Il y a déjà plusieurs années, le village a instauré un nouveau programme permettant aux élèves très doués de poursuivre une carrière sportive tout en vivant dans le village et en suivant leurs études. Ce programme s’est avéré très efficace. En 2004, deux jeunes filles ont participé avec succès aux Jeux Olympiques à Athènes, en natation. Plusieurs autres avaient obtenu des médailles. En août 2005, une élève de 3ème a reçu 3 médailles d’or et une d’argent dans le concours de natation en Israël.

En 2005, 10 jeunes gens, sponsorisés par l’équipe de foot Betah Jérusalem, ont été reçus au village où ils peuvent combiner un entraînement de foot sérieux avec leurs études. C’est ainsi qu’un jeune Juif éthiopien de 15 ans, vivant avec sa famille à Bet Shemesh, a été accepté au Village où il peut, sur place, poursuivre son entraînement et ses études. Autrefois il allait deux fois par semaine à Jérusalem pour le foot et les études en pâtissaient.

Si les élèves reçoivent beaucoup, s’ils ont de multiples possibilités de se former et de recevoir une éducation humaniste, scientifique, artistique vaste, il leur est demandé aussi de donner, de se donner ; déjà dans l’accueil des nouveaux venus, des jeunes d’autres ethnies et d’autres cultures. Ce lieu international permet un enrichissement interculturel mais aussi oblige à accueillir l’autre, différent. Et cela est particulièrement vrai pour l’accompagnement des autistes. En effet, depuis plusieurs années, le Village a intégré une dizaine de jeunes autistes dans les classes. La collaboration des parents, des professeurs, des éducateurs et des élèves, formant une équipe active et soudée, a permis cet accueil très particulier. Une des responsable écrit : « Nous avons développé un modèle unique pour ce travail des élèves avec les autistes qui apprennent et vivent dans un environnement normal ». Au cours des années de réflexion, d’étude et de partage, cet accompagnement s’est révélé très réussi et des professionnels viennent voir sur place cette intégration d’autistes au Village.

On propose aussi différents volontariats pour les jeunes. Certains ont suivi des cours de volontaires au Maguen David Adom (Croix Rouge israélienne), d’autres visitent des personnes âgées du quartier, d’autres encore ont participé au nettoyage des parcs de Jérusalem, etc. Le but de toutes ces activités est de faire de ces jeunes des citoyens actifs et responsables.

En mai 2009, le Village a ouvert ses portes à 10 jeunes Soudanais qui vivaient dans un camp de détention en Israël depuis plusieurs mois, dans « une prison », disaient-il en hébreu, le premier mot qu’ils avaient appris. Accepter ces jeunes ayant un petit bagage scolaire, ne pouvant pas communiquer à cause de la langue et ayant un passé très traumatisant, était un défi. « Mais c’est un geste humanitaire que le Village se devait de faire ». Il y a 8 garçons et 2 filles, de 14 à 16 ans à peu près (ils ne savent pas leur âge exact). Ils ont fui leur village d’Erithrée, de Somalie et du Soudan, pour échapper aux horreurs de la guerre et l’enrôlement forcé dans l’armée. Pourront-ils rester en Israël ? Retourneront-ils dans leur village ?

Lors de la fête des 60 ans du Village de la Jeunesse Sioniste, son histoire a été retracée dans une production théâtrale d’un groupe d’élèves composé d’un Israélien, d’un Russe, d’un Ethiopien, d’un Américain et d’un Français. A la fin de la soirée, l’Ethiopien parlait russe, le Russe parlait français, le Français parlait amharique, l’Israélien parlait anglais, et l’Américain parlait hébreu ; le tout couronné par un peu de yiddish si savoureux. Que ce Village de la Jeunesse Sioniste vive !

Voir leur site en hébreu

Suzanne Millet

© Un écho d’Israël

 

Mis en ligne le 17 septembre 2009, par M. Macina, sur le site upjf.org