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Israël (Société - mentalités)
Antisionisme

Le retour de la question juive, ou la nouvelle propagande « antisioniste », Pierre-André Taguieff
02/10/2009

Je remercie P.-A. Taguieff de m’avoir adressé cette remarquable étude. Il l’a également confiée à d’autres sites et blogues, et il a bien fait. Ainsi, ceux et celles qui, malgré le fait que tous nos articles (sauf stipulation contraire, rarissime) peuvent être repris sans demande d’autorisation, se refusent à le faire, pour des motifs qui me sont toujours restés obscurs (sans doute parce qu’il leur répugne de mentionner notre site – oui, c’est parfois le cas, comme me l’a dit sans ménagement le responsable de l’un d’entre eux !) – ces sites et blogues pourront donc diffuser ce texte, qui n’aura pas transité par notre site ; ce qui leur épargnera la morsure de susceptibilité qui compromet, hélas, la synergie amicale entre nos sites, que j’ai toujours désirée et qui n’a pas été possible, jusqu’à ce jour, pour les raisons susdites. En ce qui me concerne, je ne tire aucune vanité de la reproduction des textes d’une grande plume comme P.-A. Taguieff et d’autres. Seulement une satisfaction pure : celle de contribuer – AVEC D’AUTRES et non contre eux – à la défense et à l’illustration de notre peuple et de son Etat, qui me sont plus chers que toutes les "vanités des vanités" (Qo 1, 2), à propos desquelles ironisait Salomon. Shalom, Paix à toutes et à tous. (Menahem Macina)

02/10/09


Pierre-André Taguieff 1 : Le retour de la question juive, ou la nouvelle propagande « antisioniste » 2

 

      Insensiblement, depuis la guerre des Six-Jours (5-10 juin 1967), le « racisme » est devenu le principal thème d’accusation visant les « sionistes » et, au-delà d’eux, les Juifs. C’est autour de l’image d’Israël, diabolisée et criminalisée par tous les moyens de la propagande, que s’est constituée la nouvelle vision antijuive désormais mondialement diffusée. De nouveaux stéréotypes antijuifs assimilant Israël, les Israéliens et les « sionistes » aux « nazis » ont été fabriqués et mis en circulation. L’État juif a été réduit à un État « criminel » et génocidaire. Traité avec une virulence croissante, depuis l’automne 1967, comme un « État en trop », Israël a ainsi fait l’objet d’une reconstruction mythique diabolisante qui a largement réussi, dans l’opinion mondiale, à se substituer à sa réalité sociohistorique. Cette reconstruction diabolisante a pour l’essentiel consisté à retourner contre Israël et le « sionisme » l’accusation de « racisme », avec son corrélat : celle de « génocide », principal opérateur de la nazification de l’État juif 3.

      Cet amalgame polémique (« sionisme = nazisme ») a permis de fabriquer des analogies et des métaphores de propagande par lesquelles a été réactivé un très ancien thème d’accusation visant les Juifs : celui du meurtre rituel 4. Dès lors, dénoncer le « sionisme », c’était dénoncer autant le « racisme » des « sionistes » que leur propension à tuer des non-Juifs, pour se nourrir symboliquement de leur sang ou satisfaire leur cruauté naturelle. En outre, la nature supposée sanguinaire des « sionistes » porterait ces derniers à privilégier, parmi les non-Juifs, les enfants, et plus spécialement les enfants palestiniens, arabes ou plus généralement musulmans. Dans le discours de propagande des pays arabes à la suite de la guerre des Six-Jours, la légende du meurtre rituel juif avait été réactivée en même temps que le mythe du complot juif mondial, ce dont témoigne les nombreuses rééditions des Protocoles des Sages de Sion au Proche-Orient 5. Mais la vision conspirationniste du « sionisme » est restée longtemps dominante dans la rhétorique anti-israélienne, en dépit de l’inflexion provoquée par la dénonciation orchestrée des massacres de Sabra et Chatila (16-17 septembre 1982), perpétrés par des phalangistes chrétiens et abusivement attribués à Tsahal.

 

Les voies de la criminalisation des « sionistes »

 

      La criminalisation des « sionistes » est devenue un thème majeur de propagande avec l’application du schème du meurtre rituel aux opérations israéliennes de maintien de l’ordre à l’époque de la première Intifada (lancée le 9 décembre 1987), où les jeunes Palestiniens étaient cyniquement placés en première ligne, voués à faire des victimes idéologiquement exploitables. D’une façon croissante à partir de la seconde Intifada, en réalité la première guerre israélo-palestinienne, lancée le 29 septembre 2000, les « sionistes » ont été construits et dénoncés par leurs ennemis comme des « tueurs d’enfants ». L’exploitation internationale, par la propagande anti-israélienne, des images de la mort supposée du jeune Palestinien Mohammed al-Dura a marqué l’entrée dans ce nouveau régime d’accusation des « sionistes », et, par synecdoque, Juifs. Le stéréotype du Juif comme « criminel rituel » était réinventé et adapté au nouveau contexte de l’affrontement israélo-palestinien 6.

     Sur la représentation du meurtre rituel attribué aux « sionistes » s’est greffé un abominable retournement contre eux d’une accusation visant historiquement un aspect significatif de la « Solution finale » mise en œuvre par les nazis, à savoir l’extermination physique des femmes et des enfants juifs par gazages ou par fusillades. Rappelons les terribles propos, hautement révélateurs, tenus par le Reichsführer SS Heinrich Himmler devant les Reichsleiter et les Gauleiter à Posen, le 6 octobre 1943 : « La question suivante nous a été posée : “Que fait-on des femmes et des enfants ?” – Je me suis décidé et j’ai là aussi trouvé une solution évidente. Je ne me sentais en effet pas le droit d’exterminer les hommes – dites, si vous voulez, de les tuer ou de les faire tuer – et de laisser grandir les enfants qui se vengeraient sur nos enfants et nos descendants. Il a fallu prendre la grave décision de faire disparaître ce peuple de la terre. 7 » Quelques mois plus tard, le 16 décembre 1943, dans un discours adressé aux commandants de la Marine de guerre à Weimar,  Himmler ajoutait : « Je serais un lâche et un criminel vis-à-vis de nos descendants si je laissais grandir les enfants pleins de haine de ces sous-hommes abattus dans le combat de l’homme contre le sous-homme. 8 » Himmler recourt ici à la catégorie d’Untermensch telle qu’elle était définie d’une façon aussi vague que variable dans les publications internes de la SS, où « le Juif » était caractérisé soit comme une variété particulière et particulièrement répulsive de « sous-homme », dont l’attribut principal était d’être une puissance nuisible - incarnant une menace de mort -, soit comme le « maître » ou le « guide » satanique du « sous-homme ».   

      Ces crimes réellement commis par les nazis contre le peuple juif, les nouveaux ennemis des Juifs les attribuent désormais aux Juifs eux-mêmes. Il n’est pas de pire calomnie : avec ce retournement de l’accusation de crime génocidaire est atteint le stade suprême de la diffamation d’un groupe humain. C’est sur cette base idéologique et sur ce mode rhétorique que s’est opérée, au cours des années 1990 et 2000, une extrémisation de l’accusation de « racisme » visant les Juifs en tant que « sionistes ». Dans l’antisionisme démonologique contemporain, on retrouve les deux grandes accusations déjà présentes dans la judéophobie antique : l’accusation de « haine du genre humain » ou de « misoxénie » (devenue l’accusation de « racisme ») et celle de meurtre rituel ou de cruauté sanguinaire, supposée  constituer chez les Juifs une seconde nature (accusation transformée en celle de « génocide » ou de « crime contre l’humanité », et illustrée par la figure répulsive du soldat israélien « tueur d’enfants palestiniens ») 9.  C’est sur cette base que s’est opérée la grande instrumentalisation de l’antiracisme qui nourrit le discours « antisioniste » depuis une quarantaine d’années.

À cette dimension mytho-politique de l’antisionisme radical ou absolu s’est ajoutée une dimension magico-religieuse, liée à l’importance croissante prise par les références à l’islam dans le traitement symbolique de la question palestinienne. La théologie musulmane a fortement contribué à l’entreprise de déshumanisation des Juifs, tout particulièrement après la guerre des Six-Jours, qui marqua l’effondrement des illusions du nationalisme arabe incarné par Nasser. Le fondamentalisme islamique a commencé alors à prendre la relève du nationalisme modernisateur dans l’offensive idéologique contre Israël et le « sionisme mondial ». Lors du quatrième congrès de recherches islamiques, organisé à l’Université al-Azhar du Caire en septembre 1968, la plupart des théologiens arabes réunis présentèrent les Juifs à la fois comme des « ennemis de Dieu » et des « ennemis de l’humanité » 10. À travers cette réinvention du Juif comme « fils du diable », la déshumanisation se radicalisait en une inhumanisation de l’ennemi : le registre polémique des métaphores bestialisantes (les Juifs comme « singes », « porcs » ou « chiens ») était marginalisé au profit du registre des métaphores diabolisantes et criminalisantes, permettant de construire un ennemi absolu, absolument redoutable, plutôt qu’un ennemi méprisable, répugnant, répulsif. Un an après la guerre de Kippour, en 1974, Abdul Halim Mahmoud, directeur de l’Académie de recherche islamique, pouvait affirmer dans un livre intitulé Jihad et victoire : « Allah ordonne aux musulmans de combattre les amis de Satan où qu’ils se trouvent. Parmi les amis de Satan – en fait, parmi les principaux amis de Satan à notre époque – se trouvent les Juifs. 11 »

Avec la création du Hamas à la fin des années 1980, ces deux modes de démonisation des Juifs - le nationaliste arabe et le fondamentaliste islamiste - ont fusionné. Par la suite, dans les années 1990 et 2000, le nationaliste « laïque » Yasser Arafat lui-même – à l’instar du « laïque » Saddam Hussein - a invoqué Allah et appelé au jihad, voire célébré la mort en « martyr » 12. Dans un discours retransmis le 26 janvier 2002 par la chaîne de télévision officielle de l’Autorité palestinienne, Arafat déclarait lors d’une rencontre avec une délégation des Palestiniens de Hébron : « Oui, frères, avec nos âmes et avec notre sang nous te délivrerons, ô Palestine. (…) Allah est grand ! Gloire à Allah et à son prophète ! Jihad, jihad, jihad, jihad, jihad ! (…) Nous ne défendons pas la Palestine en tant que Palestiniens. Nous la défendons plutôt au nom de la nation arabe, au nom de la nation islamique (…) 13 ». De ses bureaux à Ramallah, fin mars/début avril  2002, dans un contexte où, au nom d’Allah, il appelle cyniquement son peuple à se transformer en « millions de martyrs », le vieux leader n’hésite pas, dans de multiples interventions télévisuelles, à instrumentaliser le thème de la « défense des lieux saints » : « Allah, donne-nous de mourir en martyrs en défendant les lieux chrétiens et musulmans qui sont sacrés pour Toi (…). Nous sommes en première ligne, et ce peuple défend ces lieux saints. 14 » L’antisionisme radical a été ainsi doté d’une double légitimation, politique (nationaliste) et religieuse (islamique), les variations du discours antisioniste se réduisant à des différences d’accentuation au sein d’un même espace idéologique. Le nouveau stéréotype composite du « sioniste », comme « raciste » ou héritier du nazisme (donc impérialiste et génocidaire) et comme « enfant du diable » ou « ami de Satan » (donc menteur, conspirateur, assassin), était mis en orbite, prêt à fonctionner contre les Juifs en général.

 

Les avatars d’un amalgame : « sionisme = racisme », ou l’antiracisme perverti

 

     La propagande tiers-mondiste et propalestinienne a fait de l’amalgame « sionisme = racisme », depuis la fin des années 1960, l’un de ses thèmes préférentiels. Massivement diffusé par les pays arabes et l’empire soviétique, cet amalgame polémique a été fortement et mondialement légitimé par la honteuse Résolution 3370 adoptée le 10 novembre 1975 par l’Assemblée générale de l’ONU, condamnant le sionisme comme « une forme de racisme et de discrimination raciale » 15. Cette Résolution ne sera abrogée que le 16 décembre 1991. Mais l’accusation de « racisme » avait été mise en orbite. Elle s’était inscrite dans le discours « antisioniste » d’usage international. Au cours des années 1990 et 2000, elle  apparaîtra dans la propagande anti-israélienne ou « antisioniste » (visant « l’entité sioniste ») en étant associée à d’autres modes de diabolisation : le « sionisme » assimilé à un « impérialisme », à un « colonialisme », à un « fascisme », voire réduit à une résurgence ou à une nouvelle forme du « nazisme ». On connaît le défilé des accusations associées, variant sur le thème du meurtre de masse : « massacres » et « carnages », crimes de guerre, crime contre l’humanité, « méthodes nazies », « génocide », « nouvelle Shoah ». Dans les manifestations dénonçant l’offensive israélienne contre le Hamas dans la bande de Gaza, en janvier 2009, toutes ces accusations furent mises en slogans. Le 4 janvier 2009, lors d’une manifestation anti-israélienne de quelques centaines de personnes (surtout des jeunes), Anais Antreasyan, présidente de la section genevoise de Génération Palestine, appelait à la mobilisation « contre ce crime contre l’humanité qui se fait en toute impunité » 16. Le même jour, l’ancien porte-parole de la mosquée de Genève, Hafid Ouardiri, fustigeait « l’État sioniste qui, prétextant la sécurité, use de méthodes nazies » 17.   

      L’une des plus significatives manifestations internationales de ce pseudo-antiracisme visant le sionisme et Israël aura été la première Conférence mondiale contre le racisme, organisée à Durban (Afrique du Sud) au début de septembre 2001, quelques jours avant les attentats antiaméricains du 11 septembre 18. La Conférence de Durban a montré que la démonisation « antiraciste » d’Israël et du « sionisme » restait le principal geste rituel des nouveaux judéophobes. Mais l’accusation de « racisme » véhiculant une série d’autres accusations diabolisantes et criminalisantes, qui culminent dans celle d’extermination et de génocide, une nouvelle figure du Juif comme ennemi absolu a été construite. Condamner l’État d’Israël comme « État raciste », en l’assimilant au Troisième Reich ou au régime sud-africain d’apartheid 19, c’est le vouer à la destruction.  On ne discute pas avec l’ennemi absolu, on l’élimine physiquement. Très actif à Durban, Massoud Shadjareh, qui préside l’Islamic Human Rights Commission, y a notamment déclaré : « Le sionisme est une idéologie diabolique, fondamentalement raciste, qui doit être éradiquée de notre société. » Le même agitateur islamiste dénonce l’« islamophobie » comme une « atteinte aux droits de Dieu » 20.  Deux journalistes françaises présentes à Durban témoignent de ce qu’elles y ont vu et entendu : « Dans les rues, des radicaux islamistes sud-africains, rejoints par des extrémistes venus pour la Conférence, manifestaient contre “l’holocauste des Palestiniens” aux cris de “sionisme = racisme”. Au forum des ONG, l’Union des avocats arabes avait loué un stand pour y vendre les Protocoles des Sages de Sion. Le même stand exposait des dessins montrant des Juifs aux nez crochus, où l’étoile de David était systématiquement associée à des croix gammées. Sans que cela choque. 21 » À Durban, comme dans les prêches du vendredi partout au Proche-Orient, les « sionistes » de la judéophobie euphémisée des années 1970-1990 se sont transformés en « Juifs », expressément criminalisés, par exemple à travers ce slogan crié et diffusé par tracts alors que se tenait la prétendue Conférence mondiale contre le racisme  : « Un Juif, une balle » (« One Jew, one bullet »). Des manifestants « antiracistes » et « pro-palestiniens » n’ont plus dissimulé leur désir profond en hurlant à Durban : « Kill  (the) Jews ! » Fidel Castro termina son discours par le slogan « Free, free Palestine ! », et la foule, décryptant le message, reprit en chœur « Kill, kill the Jews ! ».

      Le projet de résolution qui devait être adopté au terme de la seconde Conférence mondiale contre le racisme (la Conférence de suivi, dite « Durban 2 »), tenue du 20 au 24 avril 2009 à Genève, mentionnait Israël comme un pays « raciste et occupant ». L’objectif de cette seconde Conférence de l’ONU était de « préciser les acquis de Durban ». Fin février 2009, le projet de document final comportait cinq paragraphes consacrés à Israël, accusé de racisme et de mener un politique raciste similaire à l’apartheid vis-à-vis des Palestiniens 22. On ne saurait s’en étonner, compte tenu de la composition du Bureau du comité préparatoire, dont les membres ont été élus en août 2007 : la Libye y figure en tant que présidente, Cuba en tant que rapporteur, la République islamique d’Iran comme vice-présidente, et le Pakistan s’y affirme comme porte-parole militant de l’Organisation de la conférence islamique (OCI). C’est sous la pression de l’OCI qu’avait été inclus, dans les dernières versions du projet de déclaration finale, jugées inacceptables par les pays européens, outre une violente mise en accusation d’Israël, le thème de la « diffamation des religions », puis la notion de « stéréotype négatif des religions », à l’évidence en vue d’interdire toute critique de l’islam. Cependant, le 17 avril 2009, le troisième et dernier comité préparatoire de la conférence d’examen de Durban, après un dur marchandage, s’est conclu sur un « compromis minimal », grâce aux efforts déployés par une poignée de diplomates, dont le russe Yuri Boychenko 23. Le texte de 45 pages a été réduit à 16 pages, et expurgé des passages contestés. Soigneusement « peignée », émondée des quelques expressions jugées choquantes par les pays démocratiques, l’ultime version de la déclaration finale était destinée à rencontrer un large consensus 24. Huit pays ont néanmoins décidé de boycotter la conférence avant même son ouverture : Israël, le Canada, les États-Unis, l’Italie, la Pologne, les Pays-Bas, l’Australie et la Nouvelle-Zélande 25. Concert de décisions exprimant le malaise, la division et l’incertitude des pays démocratiques face à cette conférence sur la pente de la « farce tragique » 26, malgré les reformulations du projet de déclaration finale censées le rendre acceptable 27. Les huits pays ayant décidé de boycotter la conférence ont été rejoints par la République tchèque le 20 avril 2009, après la diatribe anti-israélienne du président iranien, présentant comme une action criminelle la création de l’État d’Israël et dénonçant le « gouvernement raciste » d’Israël 28. Comme l’a fait remarquer l’historien israélien Simon Epstein, si « Ahmadinejad a été tout à fait conhérent avec lui-même », « le plus significatif est que cette conférence confère à ce personnage, et aux thèmes qu’il défend, une légitimité internationale » 29. La veille de son discours à la tribune genevoise de l’ONU, Mahmoud Ahmadinejad a déclaré à la télévision iranienne que « l’idéologie et le régime sionistes sont les porte-drapeaux du racisme », précisant que les sionistes « pillent les richesses des nations en contrôlant les centres de pouvoir du monde » et qu’ils « ont créé les conditions pour rien ne puisse être dit au sujet de ce phénomène diabolique dont les effets pèsent sur les habitants des nations ».  Il a ajouté que la Conférence de l’ONU se tiendrait alors que « le sionisme global va employer tous les moyens pour étouffer les voix innocentes contre la tyrannie » 30.

      Dans son intervention du 20 avril à Genève, le jour de l’ouverture du Colloque de l’ONU  - qui coïncidait avec la journée annuelle du souvenir de la Shoah -, le président iranien a accusé Israël d’être le « régime le plus cruel et le plus raciste ». Il a stigmatisé la création de l’État hébreu après la victoire des Alliés sur le nazisme, esquissant pour l’occasion un récit historique parfaitement fantaisiste mettant une fois de plus l’Occident en accusation : « Après la fin de la Seconde Guerre mondiale, ils [les Alliés] ont eu recours à l’agression militaire pour priver de terres une nation entière sous le prétexte de la souffrance juive. (…) Ils ont envoyé des migrants d’Europe, des États-Unis et du monde de l’Holocauste pour établir un gouvernement totalement raciste en Palestine occupée. 31 » Les propos virulents du président iranien, applaudis par les pays musulmans et de nombreux pays africains et asiatiques, ont provoqué le départ de la salle du siège de l’ONU à Genève, sous les huées de la salle, d’une quarantaine de diplomates représentant 23 pays européens (4 autres pays ayant boycotté la réunion). Nullement  troublé par ce mouvement de réprobation, le président iranien, tonnant contre « l’État raciste d’Israël », a poursuivi sa diatribe : « Pour compenser les conséquences du racisme en Europe, des racistes encore plus durs ont été emmenés en Palestine pour y régner ». Et de dénoncer le « sionisme mondial qui personnifie le racisme » 32. Face aux réactions européennes, Ahmadinejad s’est contenté d’ironiser : « Ceux qui ont quitté la salle ne constituent qu’une petite minorité et une petite minorité peut-elle imposer sa loi aux peuples du monde ? ». Non sans ajouter que « des efforts doivent être faits pour mettre un terme aux abus des sionistes et de leurs supporters ». Manifestant publiquement sa réprobation, le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, a souhaité se joindre à la commémoration de la Shoah. Il a condamné à cette occasion la négation de l’Holocauste et ceux qui en minimisent l’importance.

    Ces prises de position onusiennes n’ont pas empêché Ahmadinejad, de retour à Téhéran le 21 avril, de dénoncer Israël, d’une façon répétitive, comme un « État criminel qui réalise une purification ethnique et un génocide à Gaza ». Le même jour, le texte de  la déclaration finale de la Conférence, qui devait initialement être soumis au vote le 24 avril, dernier jour de la conférence, a été précipitamment adopté par 182 États 33.  Acte magique : en réussissant, le 21 avril, à faire adopter par acclamation avec trois jours d’avance le texte « nettoyé » - un texte dans lequel avaient été gommés les points de discorde (la question des réparations pour la traite ou le colonialisme, la question de l’« orientation sexuelle », la création d’une norme contre la « diffamation des religions ») et supprimées les références explicites à Israël -, les diplomates ont cru avoir effacé le scandale provoqué la veille par les attaques contre Israël du président iranien. Il s’agissait de faire oublier la « sinistre mascarade d’un raciste parlant à une conférence antiraciste » 34.

      Les commentaires journalistiques ont oscillé, dans leurs formules de célébration, entre la singulière « victoire diplomatique » attribuée à l’Union européenne et le « stupéfiant succès » imputé à l’ONU, tant il est vrai que, selon l’un des négociateurs, « ce qui était en jeu, ce n’était pas seulement la lutte contre le racisme, mais aussi l’avenir du Conseil des droits de l’homme et du Haut-Commissariat aux droits de l’homme » 35. La « cheffe du DFAE » Micheline Calmy-Rey 36, de son côté, n’avait pas caché sa principale préoccupation quelques jours avant l’ouverture de la Conférence : « Il est important que le nom de Genève ne soit pas associé à un échec. 37 » Il s’agissait moins en réalité de sauver le principe de la lutte antiraciste que de donner une crédibilité minimale à un organisme disqualifié, impliquant de trouver à tout prix un consensus, en évitant de faire des vagues. D’où le soulagement général des participants de la Conférence après l’opération préventive réussie, perçue comme un « coup de théâtre » 38. Le ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner s’est félicité de ce « succès » dès le 21 avril 2009 : « Je tiens à saluer  l’adoption de la déclaration finale de la Conférence de suivi de la Conférence de Durban. Ce texte marque un réel progrès dans le débat aux Nations unies sur la lutte contre toutes les formes de racisme et de discrimination. (…) Son adoption signe l’échec de tous ceux qui ont été tentés d’instrumentaliser la Conférence de Genève pour propager des idées de haine et d’intolérance. 39 »

     En vérité, cette opération, témoignant certes de l’habileté rhétorique des négociateurs, s’est réduite à un consensus forcé autour d’un texte euphémisé et caviardé (« nettoyé » par un groupe de diplomates-experts), où les formules creuses et les généralités vagues se bousculent au milieu des bonnes intentions et des positions politiquement correctes. Et l’équivoque persiste, derrière l’écran de fumée : la déclaration finale de Durban I, elle-même bricolée au dernier moment pour sauver les apparences, mais contenant notamment trois paragraphes sur le conflit-israélo-palestinien et visant Israël comme seul pays « raciste », a été réaffirmée à Durban II, dans la section 1 de la nouvelle déclaration 40. En outre, celle-ci mentionne, en les mettant sur le même plan,  les manifestations suivantes de « violence et d’intolérance religieuse ou raciale » : « islamophobie, antisémitisme, christianophobie et anti-arabisme », qui s’opèreraient « en particulier par la stéréotypisation négative et la stigmatisation de personnes sur la base de leur religion ou de leurs croyances » 41. C’est là réintroduire par la fenêtre la notion de « diffamation des religions » après l’avoir chassée par la grande porte.  Si donc l’offensive idéologique des pays musulmans a échoué pour l’essentiel 42, les pays occidentaux, hésitants et divisés, n’ont réussi qu’à limiter les dégâts, sans avoir pu introduire la lutte contre les discriminations selon le sexe ou les « orientations sexuelles » 43. En dépit des efforts déployés par les organisateurs pour donner le spectacle rassurant d’un consensus raisonnable, la Conférence de Genève aura été à l’image de ce qu’est devenu l’organisme international :l’instrument d’un front anti-occidental et antidémocratique, structuré par la démonisation d’Israël 44. Le discours du président iranien, très applaudi par les pays non européens, aura joué le rôle de révélateur.

     La dure vérité historique, c’est que l’utopie universaliste des droits de l’homme, fondement de l’antiracisme d’après guerre, s’est effondrée alors même qu’elle paraissait triompher. L’exigence d’universalité qui portait et légitimait la « lutte contre le racisme » s’est heurtée d’une façon toujours plus brutale à la réalité d’une grande déchirure du monde, aux multiples visages, entre le camp des démocraties pluralistes à l’occidentale et celui des régimes autoritaires ou des dictatures plus ou moins sanguinaires, entre le Nord et le Sud 45, entre les défenseurs de la liberté de penser et les adeptes d’un fondamentalisme ou d’un intégrisme légitimant la persécution des minorités ethniques, culturelles ou religieuses (sans parler des agnostiques ou des athées), entre les nations respectant une forme du principe de laïcité et celles qui refusent à tout prix les implications de la sécularisation (cas de la plupart des pays musulmans). Ce que le consensus affiché était destiné à surmonter, il n’a fait que le mettre entre parenthèses, sans pouvoir véritablement le dissimuler : le fait que l’unité présumée de « l’antiracisme » a éclaté pour faire place à au moins deux antiracismes distincts et opposés, celui des démocraties libérales et celui des régimes autoritaires, pseudo-démocratiques ou anti-démocratiques, incluant les théocraties islamiques. L’antiracisme démocratique à l’occidentale, défendant en principe liberté d’expression et liberté de penser, privilégie la lutte contre toutes les formes de discrimination, non sans prendre le risque d’une extension discutable  de son champ d’application (de la « race » à « l’orientation sexuelle »), tandis que l’antiracisme non démocratique se définit par son anti-occidentalisme et son « antisionisme », en privilégiant la dénonciation de l’« islamophobie », absolutisant le « respect » des cultures ou des religions, sans se soucier des atteintes au principe de la liberté d’expression ni à celui de la liberté de penser. Pour le camp des ennemis de l’Occident, il n’existe guère aujourd’hui que deux formes de « racisme » : le « sionisme » et l’« islamophobie ».  Comment ne pas constater que le mot « racisme » est ainsi vidé de son sens, pour ne plus fonctionner qu’en tant qu’étiquette polémique. Comme l’a suggéré avec une ironie amère un diplomate présent à Genève, une Assemblée générale à l’image de celle qui a été réunie à Durban II n’aurait vraisemblablement pas adopté la Déclaration universelle des droits de l’homme en décembre 1948. Il paraît dès lors urgent de repenser l’ONU.  

      L’écrivain américain d’origine égyptienne Magdi Khalil s’était montré doublement lucide en s’interrogeant le 19 avril 2009 sur le sens de l’invitation du président iranien à une Conférence internationale contre le racisme, ainsi que sur le sens de cette dernière :

      « Tout d’abord, il me semble évident que les délibérations se focalisent sur Israël, sur la base de ce qui s’est passé en Afrique du Sud en 2001 [Durban I]. La deuxième chose qui est très claire est la présence du président iranien. (…) Ce président appelle à la destruction d’un État (…). Comment le président iranien peut-il être invité à une conférence qui appelle à la tolérance et à combattre le racisme ? (…) La conférence d’Afrique du Sud s’est focalisée sur la question du sionisme, de savoir si sionisme équivaut à racisme. Mais nombreux sont ceux dans le monde qui estiment que la loi religieuse islamique, telle qu’elle est appliquée en Somalie, en Afghanistan, au Soudan et en Arabie saoudite, est pire que le racisme. 46 »

 

De la jihadisation de la judéophobie à l’accusation d’infanticide

 

      Parallèlement à la diffusion de la propagande « antisioniste », les prêcheurs islamistes de diverses obédiences, citant tel verset du Coran ou tel hâdith, n’ont cessé d’appeler à tuer des Juifs partout dans le monde. Les déclarations de jihad contre les Juifs se sont nourries de l’islamisation de la cause palestinienne, processus qui n’a cessé de s’accélérer depuis la fin des années 1980. Cette islamisation croissante a pris l’allure d’une jihadisation de la « lutte de libération nationale » des Palestiniens lorsque, après la mort de Yasser Arafat (11 novembre 2004) et la fin de la seconde Intifada, l’organisation terroriste qu’est le Hamas est devenue la principale force politique palestinienne. Mais l’appel au jihad a lui-même été idéologisé dans le cadre d’une vision apocalyptique de la guerre contre le « sionisme mondial » - entité mythique traitée comme l’incarnation même de la causalité diabolique -, pour prendre le sens d’un appel à l’extermination physique des Juifs, désignés comme tels ou comme « sionistes ». Le 3 avril 2009 a été ainsi retransmis sur Al-Aqsa TV, la chaîne de télévision du Hamas, un prêche du vendredi faisant référence aux Protocoles des Sages de Sion et contenant un appel à l’anéantissement total des « Juifs » ou des « sionistes », comparés dans une brève parabole à des chiens intrinsèquement impurs :  

       « Qui dirige aujourd’hui le monde contre l’islam et son peuple ? Qui dirige la campagne violente et sauvage dans le monde d’aujourd’hui contre l’islam et son peuple ? La réponse est claire comme le jour : c’est la nation des Juifs. [...] Nous, musulmans, connaissons le mieux la nature des Juifs, parce que le Coran nous en a informés, et parce que la pure Sunna du Prophète Muhammad a consacré beaucoup de place pour informer les musulmans de la vérité sur les Juifs et leur hostilité envers l’islam et son Prophète. [...] Leur célèbre livre (…) [est] les soi-disant Protocoles des Sages  de Sion - mais nous les appelons les Protocoles des Imbéciles de Sion ... Dans ce livre, les Juifs exposent leur plan pour assaillir le monde entier, par voie  terrestre, aérienne et maritime, par l’idéologie, l’économie et les médias, comme on le voit aujourd’hui, mes frères en la nation du Prophète Muhammad. Les Juifs tissent aujourd’hui leurs toiles d’araignée afin d’encercler notre Nation comme un bracelet enserre un poignet, et pour répandre la corruption partout dans le monde. [...]  Si Allah le veut, le moment viendra où leurs biens seront détruits et leur descendance annihilée, jusqu’à ce que plus un seul Juif ou Sioniste ne reste à la surface de la Terre. [...] Il était une fois un chien qui effrayait tout le voisinage avec ses aboiements. Ce chien a engendré un chiot plus méchant encore que son père. Les Juifs sont toujours les mêmes, mes frères. Le chien et le chiot aboient et mordent, et tous deux sont impurs. Et cela est vrai des Juifs. 47 »

      Au cours des années 1990, les dirigeants d’Al-Qaida ont été particulièrement explicites sur les objectifs antijuifs du jihad mondial. Le 23 février 1998, le journal londonien Al-Quds al-Arabi  publiait la « Déclaration » ou la charte fondatrice du « Front islamique mondial pour le jihad  contre les Juifs et les Croisés ». Elle était signée notamment par Oussama Ben Laden, à titre individuel (l’existence d’Al-Qaida étant encore tenue secrète), par celui qui allait devenir le stratège d’Al-Qaida, Ayman al-Zawahiri, chef du Jihad ismalique égyptien, par Rifaï Ahmad Taha, chef du Groupe islamique égyptien, et par deux autres responsables d’organisations islamistes, le Pakistanais Shayakh Mir Hamzah, secrétaire des Jamita ul-Ulema, et Fazlul Rahman, chef du Harakat al-Ansar du Bengladesh. Cette déclaration de guerre sainte n’a guère fait qu’entériner l’existence d’une internationale jihadiste active depuis la fin des années 1980, incarnée par Al-Qaida. Dans cette « Déclaration » de février 1998, l’ennemi composite contre lequel Ben Laden et Zawahiri appellent explicitement au jihad est désigné, à l’instar de la « Déclaration de guerre » du 23 août 1996, comme « l’alliance sioniste-croisée » ou « la coalition judéo-croisée » 48. C’est à propos de la première guerre d’Irak et de ses suites que la « Déclaration » aborde le conflit israélo-palestinien, présenté comme une guerre contre les musulmans : « Bien que les objectifs américains dans cette guerre soient religieux et économiques, ils servent aussi l’État juif et distraient l’attention de son occupation de la Terre sainte et de ses assassinats de musulmans. La meilleure preuve en est l’insistance mise à détruire l’Irak, l’État arabe voisin le plus puissant. 49 » Définissant les États-Unis comme la première cible des Moudjahidines, la « Déclaration » incite explicitement les musulmans au meurtre des civils,  occidentaux ou non (parmi les « alliés » des Américains, on trouve aussi bien des Anglais que des Égyptiens, et bien sûr « les Juifs ») : « Tuer les Américains et leurs alliés, qu’ils soient civils ou militaires, est un devoir qui s’impose à tout musulman qui le pourra, dans tout pays où il se trouvera (…) 50 » Ben Laden, présenté comme le « chef de l’organisation Al-Qaida », appelle les combattants de l’islam à « attaquer les soldats de Satan américains ainsi que leurs alliés, suppôts de Satan (…) 51 ». Or, les alliés privilégiés des Américains sont les Juifs-Sionistes, auxquels, selon les islamistes, s’applique le commandement coranique visant les infidèles : « Tuez-les partout où vous les trouvez » 52. Il est significatif que Ben Laden ait cité ce verset lorsqu’il annonça, le 22 février 1998, la formation du « Front islamique mondial pour le jihad contre les Juifs et les Croisés » 53. Par la suite, notamment après les attentats antiaméricains du 11 septembre 2001, les dirigeants d’Al-Qaida réitèreront leur appel à tuer les Juifs, accusés de « tuer les musulmans ».

       C’est dans ce cadre que s’est produit le couplage  avec le vieux thème révisité du Juif en tant que « criminel rituel ». Au cours des années 2000, de la seconde Intifada à l’intervention israélienne contre le Hamas dans la bande de Gaza (27 décembre 2008-18 janvier 2009) 54, s’est achevé le processus de construction idéologique du Juif comme raciste et criminel. Mais cette catégorisation négative a subi elle-même une spécification, rendue possible par la place prépondérante accordée aux enfants « martyrs » dans la propagande palestinienne, de l’époque de Yasser Arafat à celle du Hamas. D’une façon générale, on constate que la figure du « martyr » est devenue « la référence centrale des Palestiniens à partir de la seconde Intifada » 55. À bien des égards, l’Intifada (première et seconde manière) a fonctionné comme un jihad pour enfants, voués à devenir des « martyrs ». Un jeu de rôles jihadiste qui ne pouvait faire que des victimes, de jeunes victimes. L’invention du jihad des enfants a été la grande invention de la propagande palestinienne, sa principale arme secrète contre Israël. L’extrémisation de l’accusation des Juifs comme criminels s’est opérée dans ce contexte, à travers l’imputation aux Juifs du meurtre le plus répulsif, le meurtre d’enfants. Il n’est rien qui bouleverse plus profondément que la mise à mort des « innocents » sans défense que sont les enfants. Dans la guerre culturelle et médiatique, cette guerre des images et des mots qui tuent, s’est produite une adaptation des vieux stéréotypes antijuifs (le Juif « cruel », « sanguinaire », etc.) aux spécificités du contexte. On s’est mis à compter, parmi les victimes civiles des affrontements, les enfants comme catégorie à part, privilégiée. D’où la réapparition de la figure du Juif infanticide : les Juifs sont accusés une fois de plus d’être des assassins d’enfants.

      La propagande anti-israélienne a réussi à installer dans le spectacle médiatique ce traitement strictement émotionnel du conflit israélo-palestinien, destiné à provoquer la compassion et à interdire l’analyse rationnelle. Cette approche exclusivement compassionnelle du conflit a pour première conséquence d’effacer la réalité de l’affrontement entre les milices armées d’une organisation terroriste comme le Hamas et l’armée d’un État démocratique comme Israël. C’est là une dépolitisation de l’approche du conflit, réduit à une « catastrophe humanitaire » dont les responsables sataniques sont connus – les Israéliens et leurs « complices ». On compte les morts palestiniens, sans distinguer « combattants » et civils, et l’on dénonce le « carnage » ou le « massacre ». Les démagogues propalestiniens triomphent. La rhétorique de l’indignation et de la déploration chasse toute analyse. Il ne leur reste plus qu’à dénoncer avec véhémence le « massacre de populations civiles » 56 et à conclure avec la rage requise par un « Il faut arrêter ce massacre ! »,  ou à hurler à la face de tout contradicteur : « Les Palestiniens sont en train de mourir ! 57 » Variations sur le thème du « génocide des Palestiniens ».

      La seconde conséquence de l’approche exclusivement compassionnelle tient à la place centrale occupée par les enfants parmi les victimes civiles des affrontements armés. Les images montrant de très jeunes enfants ou des bébés morts sont exploitées systématiquement par la propagande du Hamas visant l’opinion publique mondiale. Elles ne peuvent que nourrir les lamentations et les accusations visant les « assassins » supposés. Le spectacle des enfants palestiniens morts devient une puissante incitation à manifester contre Israël, une motivation suffisante de l’action militante. Lors de la manifestation anti-israélienne du 4 janvier 2009 à Genève, Leyla Nasir Alawi, jeune Somalienne âgée de 15 ans, déclare : « Je suis là à cause des massacres d’enfants. (…) Ce sont des innocents. Ils n’ont rien fait, ils ne comprennent même pas ce qui se passe. 58 » Le 10 janvier, en Israël, une mère de famille palestinienne de nationalité israélienne déclare au journaliste qui l’interroge : « Je suis persuadée que la moitié des victimes de cette guerre sont des enfants. 59 » Il y a là l’indice que la rumeur du « sioniste tueur d’enfants palestiniens » s’était remise à circuler dans le contexte de l’intervention militaire israélienne.  L’empathie à l’égard des Palestiniens passe avant tout par les enfants, même si elle s’exprime à travers des clichés relevant d’un certain « tribalisme » ou « communautarisme » :  « Ce sont nos frères, nos sœurs » 60. Cette parenté imaginaire semble constituer, du moins chez les musulmans, le socle du slogan d’aspect universaliste : « Nous sommes tous des Palestiniens ». Lors de la manifestation anti-israélienne du 10 janvier à Paris, qui s’est terminée rituellement par une explosion de violence, une variante du slogan standard a été lancée : « Nous sommes tous des enfants de Gaza ». Tous des Palestiniens, mais des enfants d’abord.  Dans la même manifestation, une pancarte portait l’inscription : « Israël tue des enfants à Gaza ».  L’implicite de la formule, c’est l’imputation d’une intention de tuer : alors que l’offensive israélienne vise expressément une organisation terroriste, le Hamas, de tels slogans laissent entendre qu’elle vise le peuple palestinien tout entier, et plus particulièrement les enfants palestiniens. On attribue ainsi aux Israéliens la volonté ou le projet de tuer des enfants palestiniens. Tsahal est dès lors transformée en une armée d’assassins.  Accusation monstrueuse, mais qui devient crédible lorsqu’elle rencontre une structure mentale constituée au terme d’un endoctrinement judéophobe permanent. Quant on croit que les Juifs sont des êtres sataniques, on peut tout naturellement croire qu’ils puissent tuer des enfants volontairement.  L’accusation d’infanticide de masse permet de relier la vieille accusation de meurtre rituel et la nouvelle accusation de « génocide ». Dans les nombreuses manifestations propalestiniennes organisées contre l’offensive israélienne à Gaza, en janvier 2009, des banderoles portaient l’inscription « Gaza, la nouvelle Shoah », ou cette phrase interrogative : « Comment les victimes d’hier sont devenues les bourreaux d’ajourd’hui ? » 61,  question rhétorique accompagnée d’une mise en équivalence de l’étoile de David et du swastika.

      C’est dans ce contexte qu’a été conçu le Palestinian Holocaust Memorial Museum (PHMM), contrefaçon institutionnelle destinée à banaliser la représentation d’une « nouvelle Shoah » ou d’un « nouvel Holocauste » dont les victimes seraient les Palestiniens et les coupables les Juifs israéliens. Sur sa page d’accueil, le Musée-Mémorial de l’Holocauste palestinien définit clairement la raison de son existence : « Le PHMM exposera les photos, les noms et les biographies des enfants palestiniens tués par les forces israéliennes dans le contexte d’un nouvel Holocauste. 62 » Son objectif est d’orchestrer une propagande anti-israélienne fondée sur la nazification des « sionistes ».   

 

L’icône al-Dura, vecteur de la nouvelle propagande antijuive

 

      Dans la construction du « sionisme » comme une entreprise génocidaire, les propagandistes font ainsi feu de tout bois : après avoir transformé les Palestiniens en symboles des pauvres, des humiliés et des offensés, puis en victimes de « l’impérialisme d’Israël » ou du « racisme » incarné par « le sionisme », et, plus largement, d’un « complot américano-sioniste » mondial, ils leur donnent le visage de prétendus enfants « martyrs ». C’est en effet par assimilation avec la légende du « crime rituel juif » que s’est opérée l’exploitation internationale, par toutes les propagandes « antisionistes », du prétendu assassinat par l’armée israélienne, au cours d’une fusillade au carrefour de Netzarim (bande de Gaza), le 30 septembre 2000 - alors que commençait la seconde Intifada 63 -,  du jeune Palestinien Mohammed al-Dura, selon des images prises par le caméraman palestinien Talal Abu Rahma, diffusées le jour même par France 2 au journal de 20 heures, et commentées en voix off par le journaliste franco-israélien Charles Enderlin. Érigé en enfant « martyr », « le petit Mohammed » est aussitôt devenu la figure emblématique de l’Intifada al-Aqsa, et les images présentées comme celles de son « agonie » puis de sa « mort atroce », attribuée à des tirs israéliens non accidentels, sont devenues un « emblème du sadisme israélien » 64.  Les images du prétendu meurtre du jeune palestinien par l’armée israélienne, réactivant le stéréotype du « Juif tueur d’enfants », ont été diffusées à de nombreuses reprises sur la chaîne de télévision de l’Autorité Palestinienne, désireuse d’instrumentaliser l’indignation pour mobiliser ses troupes dans sa guerre non conventionnelle contre Israël. En outre, France 2 a réalisé des copies du reportage et, d’une façon inhabituelle, les a distribuées gratuitement sous forme de cassettes-vidéo à des chaînes concurrentes, comme CNN ou la BBC, en affirmant vertueusement ne pas vouloir faire d’argent avec la « mort d’un enfant » 65. Dès les premiers mois de sa diffusion, ce reportage est apparu à la fois comme trompeur et incendiaire, délivrant à tous les ennemis d’Israël, et plus largement des Juifs, un permis de tuer. La diffusion de ces images a fonctionné comme une opération de propagande « antisioniste » d’extension internationale. Les stratèges cyniques de la guerre culturelle contre Israël ont exploité systématiquement les images de l’enfant-victime, qui déclenchent l’indignation maximale et incitent à la vengeance meurtrière 66.

 

Légende médiatique et propagande : « le massacre de Jénine »

 

      Dans la presse des pays arabo-musulmans, en particulier depuis le massacre de Sabra et Chatila (attribué faussement à l’armée israélienne), le thème du Juif « tueur » a été massivement sollicité sous diverses figures, du Juif « meurtrier rituel » au Juif « empoisonneur » 67. De l’amalgame polémique « sionisme = racisme », on est passé au stade suprême de la propagande antijuive, fondé sur l’équation « sionisme = palestinocide », le « palestinocide » étant présenté de préférence comme un infanticide.

      L’amalgame polémique « sionisme = génocide » a été illustré notamment, au printemps 2002, par la dénonciation médiatique internationale de l’imaginaire « massacre de Jénine », dont la réalité, après enquête, s’est réduite à un triste mais banal bilan d’un affrontement armé ordinaire : 56 morts parmi les milices palestiniennes contre 23 soldats israéliens, au terme d’un combat au corps à corps pour éviter les victimes civiles 68. Mais la légende du massacre a aussitôt suscité des appels au meurtre des Juifs. Dans une lettre diffusée fin mars/début avril 2002 et authentifiée par la signature manuscrite du leader islamiste, Oussama Ben Laden, après avoir évoqué le siège du camp de Jénine et le plan de paix saoudien, lançait un véritable appel au meurtre de masse : « J’appelle à la révolte contre les tenants de l’hérésie. Ils doivent être tués. J’appelle au meurtre de tous les Américains, de tous les Juifs, par balles, à coups de couteau ou même en leur lançant des pierres. 69 » Précisons le déroulement des événements. Durant la semaine du 8 avril 2002, la rumeur du « massacre de Jénine » est lancée par la propagande palestinienne, et immédiatement reprise sans examen critique par l’ensemble des médias arabes non moins qu’européens. Les Palestiniens annoncent 500 morts et n’hésitent pas à comparer Jénine à Sabra et Chatila. Des commentateurs rappellent le « massacre » de Deir Yassin, référence rituellement mentionnée dans le discours criminalisant Israël et « les sionistes ». On voit et revoit sur les chaînes de télévision une Palestinienne déclarant que les rues sont jonchées de cadavres. La rumeur court que les monstrueux Israéliens (les « sionistes ») utilisent des « boucliers humains » pour avancer dans les rues de Jénine. Les belles âmes pro-palestiniennes dénoncent aussitôt les « atrocités » ou le « carnage » dont les Israéliens seraient coupables. L’envoyé spécial de l’ONU dans la région, le Norvégien Terje Roed Larsen, visitant des ruines à Jénine, déclare d’emblée avoir trouvé une « situation dont l’horreur dépasse l’entendement ». Malgré sa démesure, ce jugement prématuré a été repris comme parole d’Évangile par les médias, à quelques rares exceptions près. En lançant cette rumeur, qui revient à transformer un combat très dur entre soldats israéliens et combattants palestiniens armés en un crime de guerre, on vise à nourrir l’imaginaire « antisioniste » et à mobiliser les opinions arabes autant qu’occidentales en faveur de la cause palestinienne. Nul ne précise que les pertes sont lourdes des deux côtés, ni que l’armée israélienne avait demandé aux femmes et aux enfants d’évacuer le camp de Jénine, avant de l’investir. Nul ne prend la peine de faire savoir que, dans ce camp de « réfugiés » transformé en base terroriste, les maisons et les rues étaient piégées, que nombre de combattants étaient munis de ceintures d’explosifs, et que les cadavres de Palestiniens eux-mêmes avaient été piégés.

      Tel se présente le mensonge historique à l’ère médiatique : les images de destruction sont indéfiniment montrées à la télévision, des témoins visiblement incommodés parlent d’ « odeurs de cadavres en décomposition », des femmes hurlant leur désespoir et leur désir de vengeance sont volontiers exhibées, et, pour finir, des responsables palestiniens disent aux bons téléspectateurs ce qu’il faut croire et conclure, à savoir que les Israéliens sont impitoyables, cruels, sanguinaires, que les « sionistes » sont bien des « ennemis de l’humanité », qu’ils sont en train de commettre un « génocide » du peuple palestinien. On se rapproche de l’accusation suprême : le « crime contre l’humanité ». Or, les « informations » massivement médiatisées sur la bataille de Jénine proviennent d’une seule source d’information, privilégiée spontanément - semble-t-il - par les journalistes : les services palestiniens et les réseaux pro-palestiniens. D’où le rebétonnage de l’opposition manichéenne de propagande : d’un côté, les massacreurs incarnés par « le boucher Sharon » ; de l’autre, les amis des Droits de l’Homme, troupeau pacifique conduit par le doux berger Arafat.

      Le prétendu « massacre de Jénine » a été l’occasion, pour un certain nombre de professionnels de l’antisionisme radical, de reprendre du service. Le journaliste-propagandiste Amnon Kapeliouk, auteur d’une enquête partiale sur le « massacre de Sabra et Chatila » 70, est intervenu en mai 2002 dans Le Monde diplomatique pour accuser Israël de « crime de guerre ». Dans la représentation manichéenne de l’affrontement israélo-palestinien, les criminels (toujours israéliens ou « sionistes ») font face à leurs victimes innocentes (toujours palestiniennes). Il s’ensuit que, pour les « antisionistes » radicaux, les crimes et les massacres sont le seul fait des Israéliens, thèse internationalement diffusée par les médias que Kapeliouk réaffirme en ces termes : « Désormais, le camp de réfugiés palestiniens de Jénine appartiendra à la longue liste de crimes qui jalonnent le conflit israélo-palestinien, du massacre de Qibya (1953) à celui de Sabra et Chatila (1982). Avec, pour dénominateur commun, le général Ariel Sharon. 71 »

      Un pseudo-documentaire a été réalisé à Jénine, à des fins de propagande antisioniste, sur le thème du « massacre », alors même que les enquêteurs non partisans avaient écarté comme fausse et mensongère la thèse du massacre. Plus de quatre ans après le lancement de la légende du massacre de Jénine, le 13 novembre 2006, le site communiste et « antifasciste » Bellaciao mettait en ligne un documentaire palestinien de propagande, sous l’intitulé : « Palestine. Le massacre de Jenin. Le film interdit par Israël » 72. On y voit un vieux Palestinien qui, supposé témoigner, lance notamment cette accusation devenue ordinaire : « À chaque fois qu’un enfant naît, ils l’assassinent. » 

    Comme nous l’avons précisé, la réalité fut tout autre. Ce qui n’a nullement empêché la rumeur de se propager sous diverses formes. Dès les premières investigations menées par l’organisation américaine de défense des droits de l’homme (Human Rights Watch, HRW), la rumeur de « massacre » a été écartée et remplacée, politiquement correct oblige, par des accusations vagues formulées en langue de bois juridico-humanitaire 73. Car le mensonge historique avait été mis en orbite. Et l’on sait qu’on ne met pas fin à une rumeur qui circule par une mise au point chiffrée.

 

Anéantir Israël : le rêve du président iranien

 

      Au début du XXIe siècle, la vieille et triste histoire qu’est la légende du « crime rituel juif » continue d’être racontée dans certaines régions du monde. Mais la grande nouveauté est que, sous de nouvelles formes, elle circule internationalement comme un thème d’accusation visant l’État d’Israël et les « sionistes », stigmatisés comme des « criminels », ainsi que l’attestent les slogans « Mort à Israël » et « Sionistes assassins ». Tel est le thème sur lequel a longuement varié le président iranien Mahmoud Ahmadinejad dans son intervention à la 63e Assemblée générale de l’ONU, le 22 septembre 2008 : « Les sionistes assassins et usurpateurs poursuivent depuis plus de soixante ans leur entreprise exterminatrice en Palestine. » Comment ne pas conclure qu’il faut exterminer les exterminateurs ? Le même jour, au cours d’une conférence de presse, Ahmadinejad a réitéré son accusation criminalisante visant Israël : l’État juif n’aurait vu le jour selon lui que pour « tuer des femmes et des enfants » 74.  Comment ne pas conclure que cet État-assassin doit être éliminé totalement et définitivement ? Le président iranien est coutumier de ce genre de prédiction menaçante, lancée aux « sionistes » : « Laissez-moi leur dire que s’ils ne mettent pas d’eux-mêmes fin au sionisme, le bras fort des peuples effacera de la surface de la terre ces germes de corruption. 75 » C’est ainsi qu’aujourd’hui la déshumanisation des Juifs s’opère, préambule à leur anéantissement espéré par leurs ennemis.

      Le président iranien est devenu, au cours de la seconde moitié des années 2000, le principal acteur international de la propagande antisioniste radicale, qu’il a jumelée avec une thématique négationniste sur laquelle il n’a cessé de broder. Quelques mois après son élection, Mahmoud Ahmadinejad, dans un discours prononcé le 26 octobre 2005 devant 4 000 « étudiants » dits « radicaux » ou « intégristes » réunis en congrès à Téhéran sur le thème « Le monde sans le sionisme », lançait un appel à la destruction d’Israël dans le cadre d’une mobilisation totale contre l’Occident, stigmatisé comme « le Monde Oppresseur » ou « la Globale Arrogance » :

      « Notre cher Imam [Ruhollah Khomeiny] a ordonné que le régime qui occupe Al-Qods soit rayé de la surface de la terre. Ce qui a été une parole très sage. (…) Quiconque reconnaîtrait cet État [Israël] signerait la défaite du monde islamique. Dans sa lutte contre l’Arrogance du monde notre cher Imam a désigné la base centrale de commandement de l’ennemi, à savoir le régime qui occupe Al-Qods. (…) Nous devons prendre garde aux conspirations. (…) La nation islamique ne peut permettre à cet ennemi historique d’exister au cœur du monde islamique. 76 »

     La menace d’anéantissement, réitérée à de multiples occasions par le président iranien, a souvent été présentée par ses soins comme une prophétie. Lors d’une conférence tenue à Doha, capitale qatarie, le 29 novembre 2008, Ahmadinejad a ainsi déclaré : « Tout en exprimant ma sympathie pour les Palestiniens et en mettant en garde les criminels sionistes professionnels, j’annonce que le régime sioniste touche à sa fin et que davantage de crimes ne pourra le sauver (…). Dans un avenir proche, les concepts d’agression et de sionisme seront rayés de la carte. 77 » Pour ne pas être en reste, le vice-président iranien, Rahim Machaii, appelant une fois de plus à la « destruction du régime sioniste », a déclaré le 9 décembre 2008 que « l’anéantissement de l’État d’Israël devrait être un but poursuivi par le monde entier » 78.

 

Images de la guerre culturelle contre les Juifs

 

     L’accusation de meurtre rituel reste très présente dans la culture populaire des pays arabo-musulmans, et la propagande palestinienne, en particulier celle du Hamas, l’exploite sans vergogne. Mais l’accusation, ordinairement centrée sur l’assassinat d’enfants non juifs, fait l’objet d’une réinterprétation caractéristique du discours islamiste : c’est le sang des musulmans qui serait consommé rituellement, de diverses manières, par les Juifs, ainsi construits et criminalisés comme des êtres par nature sanguinaires, sur la base de la légende des vampires, êtres chimériques censés se nourrir du sang des humains vivants. Cette accusation constitue le thème sur lequel brode une pièce de théâtre présentée à l’université islamique de Gaza dans le cadre de festivités organisées pour célébrer la mémoire du fondateur du Hamas, le Cheikh Ahmed Yassine (1938 ?-2004). Dans cette pièce, un Juif exhorte avec insistance son fils à boire le sang des Arabes et/ou des musulmans - dans l’imaginaire national-islamiste qui est celui du Hamas, les thèmes nationalistes s’entrecroisent en effet avec les thèmes strictement islamistes. Le spectacle a été diffusé sur la chaîne de télévision Al-Aqsa du Hamas, le 4 mars 2009 : 

      « Un père juif : Nous, Juifs, haïssons les musulmans. Nous aimons tuer les musulmans. Nous, Juifs, aimons boire le sang des musulmans et le sang des Arabes. Êtes-vous Arabes ? Êtes-vous musulmans ? Je vous hais. Oui, je vous hais. Je vous hais afin de plaire à Dieu. Afin de plaire à Dieu… Afin de plaire à Dieu…

(…) 

Le père : (…) Shimon, mon fils, je voudrais t’apprendre quelque chose. Tu dois haïr les musulmans. 

Shimon, son fils : Bien sûr que je les hais.

Le père : Tu dois boire le sang des musulmans. (…) J’ai parlé au rabbi : tu dois haïr les musulmans, afin de plaire à Dieu. 

Shimon : Ne t’inquiète pas, papa. (…)

Le père : Nous devons nous laver les mains avec le sang des musulmans. 79»

      Image de la vie culturelle ordinaire sous la domination du Hamas à Gaza, en mars 2009 : un spectacle centré sur le thème du meurtre rituel chez les Juifs, permettant de diffuser le stéréotype du Juif cruel et sanguinaire, adapté aux besoins de la propagande islamiste, ou plus exactement islamo-nationaliste. Au stéréotype largement répandu du Juif comploteur, figure centrale de la « charte » du Hamas (rendue publique le 18 août 1988), s’ajoute celui du Juif tueur, mû par le goût du meurtre et la haine des Arabes et/ou des musulmans. C’est ainsi qu’est construite par les artistes et les intellectuels du Hamas la figure de l’ennemi absolu. Au même titre que les prêches du vendredi, le théâtre engagé participe pleinement à la guerre culturelle totale contre le « sionisme ».

      L’actualité de la propagande anti-israélienne rencontre ainsi l’un des plus anciens mythes antijuifs de l’histoire universelle, le mythe du meurtre rituel. Elle le fait renaître, l’adapte à la nouvelle demande antijuive, le couple avec le mythe du complot sioniste mondial, le recycle dans un discours de propagande visant à provoquer l’horreur et l’indignation, le monnaye en slogans. Comme toujours, le faire croire précède le faire faire. Le « pogrom médiatique » est en cours 80. Il s’agit de faire croire que les Juifs ou les « sionistes » sont tous des assassins d’enfants potentiels, en vertu d’un « racisme » inhérent à leur nature, pour provoquer une mobilisation totale contre eux.  Les Juifs redeviennent les « fils du diable ». C’est là inciter à un pogrom mondial.    

 

© Pierre –André Taguieff

Directeur de recherche au CNRS, Paris

 

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Notes


[1] Directeur de recherche au CNRS, Paris, CEVIPOF (Centre de recherches politiques de Sciences Po).  Dernier ouvrage paru : La Judéophobie des Modernes. Des Lumières au Jihad mondial, Paris, Éditions Odile Jacob, 2008. 

2 Article publié dans Perspectives. Revue de l’Université Hébraïque de Jérusalem [revue annuelle], n° 16, septembre 2009 : « Le retour de la question juive », pp. 9-39.

3 Voir Pierre-André Taguieff, La Nouvelle Judéophobie, Paris, Mille et une nuits, 2002 ; Id., Prêcheurs de haine. Traversée de la judéophobie planétaire, Paris, Mille et une nuits, 2004.

4 Pierre-André Taguieff, La Judéophobie des Modernes. Des Lumières au Jihad mondial, Paris, Éditions Odile Jacob, 2008, pp. 262-308.

5 Pierre-André Taguieff, Prêcheurs de haine, op. cit., pp. 745 sq., 777-778, 790-796 ; Id., Les Protocoles des Sages de Sion. Faux et usages d’un faux [1992], nouvelle édition, Berg International/Fayard, 2004, pp. 314 sq., 339-342 ; Id., L’Imaginaire du complot mondial. Aspects d’un mythe moderne, Paris, Mille et une nuits, 2006, pp. 142 sq.

6 Pierre-André Taguieff, La Judéophobie des Modernes, op. cit., pp. 300-308 ; Id., « L’affaire al-Dura ou le renforcement des stéréotypes antijuifs », article mis en ligne les 18 et 19 septembre 2008, http://www.lemeilleurdesmondes.org.

7 Heinrich Himmler, Discours secrets, édités par Bradley F. Smith et Agnes F. Peterson [1974], introduction de Joachim Fest, tr. fr. Marie-Martine Husson, Paris, Gallimard, 1978, p. 168.

8 Ibid., p. 205.

9 Voir Pierre-André Taguieff, La Judéophobie des Modernes, op. cit., pp. 300 sq., 407 sq.

10 Voir D. F. Green (éd.), Les Juifs et Israël vus par les théologiens arabes, extraits des procès-verbaux de la 4e conférence de l’Académie de recherches islamiques [1971], tr. fr. Jean Christophe Pala, préface de Léon Poliakov, Genève, Éditions de l’Avenir, 1972 ; 2e éd. corrigée, 1974.  

11 Abdul Halim Mahmoud, Al-Jihad wa al-Nasr (« Guerre sainte et victoire »), Le Caire, 1974, pp. 148-150 ; cité par Robert S. Wistrich, Muslim Anti-Semitism : A Clear and Present Danger, New York, The American Jewish Committee, 2002, p. 37.

12 Voir Pierre-André Taguieff, Prêcheurs de haine, op. cit., pp. 310-311, 346-348.

13 Yasser Arafat, cité par L’Arche, n° 259, mars 2002, p. 78.

14 Interview de Yasser Arafat sur la chaîne d’Abou Dhabi ;  tr. fr. dans Courrier international, n° 596, du 4 au 10 avril 2002, p. 39.

15 Voir Bernard Lewis, « The Anti-Zionist Resolution », Foreign Affairs, 55 (1), octobre 1976, pp. 54-64. 

16 Propos cités par Marie Prieur, « Cinq cents manifestants crient leur colère à Genève », Tribune de Genève, 5 janvier 2009, p. 3. 

17 Ibid.

18 Sur le déchaînement de la propagande « antisioniste » lors de cette « Conférence mondiale contre le racisme, la discrimination raciale, la xénophobie et l’intolérance qui y est associée », tenue à Durban du 31 août au 8 septembre 2001, voir Pierre-André Taguieff, La Nouvelle Judéophobie, op. cit., pp. 130-131, 140-145 ; Prêcheurs de haine, op. cit., pp. 336 sq. 

19 Voir le film documentaire de Caroline Fourest et Fiammetta Venner, « La bataille des droits de l’homme » (produit par Doc En Stock), Arte, 21 avril 2009.

20 Cité par Caroline Fourest et Fiametta Venner, « Conférence des Nations unies contre le racisme. La bataille de Durban », Charlie Hebdo, 15 avril 2009.

21 Ibid.

22 Voir Malka Marcovich, « La défaite des démocraties », Libération, 31 mars 2009. Le 18 avril 2009, lors de la manifestation du Forum de la société civile organisée par les ONG à Genève, au milieu des drapeaux palestiniens et des panneaux portant l’inscription « sionisme = racisme », le député arabe israélien Djamal Zahalka s’écriait : « En Afrique du Sud, le racisme portait le nom d’apartheid, dans notre pays, c’est le sionisme » (cité par Marc Semo, « Un forum des ONG clairsemé », Libération, 20 avril 2009, p. 9). 

23 Isolda Agazzi, « Compromis minimal sur Durban II », Le Temps (Genève), 18 avril 2009, p. 4.

24 Marc Semo, « Conférence sur le racisme : déminage avant le sommet », Libération, 18-19 avril 2009, p. 10 ; Id., « Durban II, nid d’intrigues », Libération, 20 avril 2009, pp. 30-31.

25 Florentin Collomp, « Washington boycotte le sommet sur le racisme », Le Figaro, 20 avril 2009, p. 5.

26 Expression d’un représentant du ministère israélien des Affaires étrangères (citée par Marc Semo, « Le boycott de Durban II gagne du terrain », Libération, 20 avril 2009, p. 9).

27 Voir Agathe Duparc, « Ouverture sous tension du sommet “Durban II” contre le racisme », Le Monde, 19-20 avril 2009, p. 5 ; Id., « La conférence de l’ONU sur le racisme s’ouvre dans la division et l’incertitude », Le Monde, 21 avril 2009, p. 6.

28 Stéphane Kovacs (avec AFP, Reuters), « Ahmadinejad torpille la conférence sur le racisme », Le Figaro, 21 avril 2009, p. 6.

29 « Epstein : “Il est des carnavals de rage auxquels un pays démocratique se doit de rester étranger” » (propos recueillis par Adrien Jaulmes), Le Figaro, 22 avril 2009, p. 6.

30 « Ahmadinejad : “Israël est le porte-drapeau du racisme” » (AFP), Le Monde, 21 avril 2009, p. 6.

31 Mahmoud Ahmadinejad, 20 avril 2009 ; cité par Stéphane Kovacs, « Ahmadinejad torpille la conférence sur le racisme », art. cit.

32 Mahmoud Ahmadinejad, cité par Marc Semo, « ONU : Ahmadinejad fait sa sortie d’entrée », Libération, 21 avril 2009, p. 3.

33 Voir aussi Marc Semo, « Durban II adopté en moins de deux », Libération, 22 avril 2009, p. 8 ; Agathe Duparc, « Consensus inattendu à la conférence de l’ONU sur le racisme », Le Monde, 23 avril 2009, p. 7 ; Stéphane Bussard, « Durban II : les acteurs d’un stupéfiant succès », Le Temps, 24 avril 2009, p. 6.  

34 Propos d’un membre de l’UEJF qui, après avoir perturbé l’intervention du président iranien le 20 avril 2009, fut expulsé de la salle par les gardes de l’ONU.  Voir Marc Semo, « Le nez rouge d’Ahmadinejad », Libération, 22 avril 2009, p. 5.

35 Propos cités par Stéphane Bussard, art. cit. 

36 Conseillère fédérale, la socialiste Micheline Calmy-Rey est « cheffe » du Département fédéral des affaires étrangères (DFAE). 

37 Micheline Calmy-Rey, cité par Alain Jourdan, « Genève prise au piège de la conférence antiraciste », Tribune de Genève, 17 avril 2009, p. 3.

38 Voir Alain Jourdan, « Conférence sur le racisme, le coup de théâtre de Micheline Calmy-Rey », Tribune de Genève, 22 avril 2009.  

39 Bernard Kouchner, 21 avril 2009 ; http://www.guysen.com/print.php?sid=9694.

40 Voir les articles 1 et 2 de la section 1 (« Review of progress and assessment of implementation of the Durban Declaration and Programme of Action… »). La dénonciation du « racisme » supposé d’Israël à l’égard des Palestiniens apparaît allusivement à la fin de l’article 5. 

41 Section 1, article 12.

42 Selon le correspondant du Monde à Ramallah, « les activistes pro-Palestiniens » auraient quitté la Conférence de Genève « sur un constat d’échec » (Benjamin Barthe, « La question palestinienne, grande oubliée de la conférence de Durban II », Le Monde, 25 avril 2009, p. 6).

43 Voir Guy Senbel, « Le double échec de Durban 2 », 23 avril 2009, http://www.guysen.com/print.php?sid=9700 ; Caroline Fourest, « Duban II : les leçons d’un match nul », Le Monde, 25 avril 2009, p. 19. 

44 Le paradoxe incarné par le Conseil des droits de l’homme est celui de l’ONU qui, financée à 90% par des pays démocratiques (occidentaux pour la plupart), fonctionne comme une machine de propagande au service d’une majorité de pays non démocratiques hostiles à l’Occident et à Israël, qu’il s’agisse de dictatures islamiques, de régimes autoritaires ou d’autocraties. Voir Malka Markovich, Les Nations désunies. Comment l’ONU enterre les droits de l’homme, préface d’Élisabeth de Fontenay, Paris, Éditions Jacob-Duvernet, 2008.

45 Voir Marc Semo, « Un désaccord Nord-Sud de plus en plus profond », Libération, 21 avril 2009, p. 3.

46 Extraits d’une interview de l’écrivain américano-égyptien Magdi Khalil, diffusée sur Al-Jazira le 19 avril 2009 ; MEMRI, Dépêches françaises, n° 103, 22 avril 2009,  http://www.memri.org/bin/french/latestnews.cgi?ID=FD10309.      

47 « On Hamas TV Friday Sermon : Calls to Annihilate the Jews, Who Are Compared to Dogs », 3 avril 2009, http://www.memritv.org/clip_transcript/en/2080.htm. Extraits, traduits en anglais par MEMRI,  d’un prêche du vendredi diffusé sur Al-Aqsa TV le 3 avril 2009 ; tr. fr. (modifiée par mes soins), MEMRI, Dépêches spéciales, n° 2318, 20 avril 2009, http://www.memri.org/bin/french/latestnews.cgi?ID=SD231809. 

48 Voir Bernard Lewis, « License to Kill : Usama Ben Laden’s Declaration of Jihad », Foreign Affairs, 77 (6), novembre-décembre 1998, pp. 14-19 ; Peter L. Bergen, Guerre sainte, multinationale [2001], tr. fr. Jean-Pierre Milelli, Paris, Gallimard, 2002,  pp. 103-107.

49 Cité d’après Peter L. Bergen, Guerre sainte, op. cit., p. 104.

50 Cité d’après Gilles Kepel et Jean-Pierre Milelli (dir.), Al-Qaida dans le texte, Paris, PUF, 2005, p. 67.

51 Ibid. Voir aussi Peter L. Bergen, Guerre sainte, op. cit., p. 104.

52 Coran, sourate 2, versets 191-193.

53 Reuven Firestone, Jihad : The Origin of Holy War in Islam, New York et Oxford, Oxford University Press, 1999, p. 48 ; Peter L. Bergen, Guerre sainte, op. cit., p. 105.

54 Hamas est l’acronyme arabe de Harakat al-Muqawama al-Islamiyya, ou « Mouvement de la résistance islamique ».  Le Hamas a été lancé après le déclenchement de la première Intifada (9 décembre 1987) par le cheikh Ahmed Yassine (1938-2004). Sa Charte (Mithaq) a été rendue publique le 18 août 1988. 

55 Aude Signoles, Le Hamas au pouvoir. Et après ?, Toulouse, Éditions Milan, 2006,  p. 51.

56 Elias Sanbar (intellectuel palestinien militant, membre du Conseil national de l’OLP), lors de l’émission de Frédéric Taddéi sur France 3, « Ce soir ou jamais », sur le thème « Gaza : une guerre pour quoi ? », 8 janvier 2009.

57 Tariq Ramadan, lors de l’émission précitée de France 3, 8 janvier 2009. Sur cet intellectuel et prédicateur islamiste né à Genève en 1962, disciple de son grand-père Hassan al-Banna, le co-fondateur de la confrérie des Frères musulmans, voir Pierre-André Taguieff, Prêcheurs de haine, op. cit., pp. 890-936.

58 Cité par Marie Prieur, « Cinq cents manifestants… », art. cit.

59 Journal de 20h, France 2, 10 janvier 2009, 20h11.

60 Soumya Bendjeloun, jeune Algérienne de 15 ans et demi, lors de la manifestation genvoise du 4 janvier 2009 (citée par Marie Prieur, ibid.).

61 Cette banderole était visible, par exemple, dans la manifestation propalestinienne organisée à Paris le 24 janvier 2009, où était présent le trotskiste médiatique Olivier Besancenot, entouré de drapeaux d’organisations islamistes (Hezbollah, Hamas). Sur l’une des premières expressions médiatiques de ce thème d’accusation (une interview de l’abbé Pierre parue le 29 mars 1991 dans l’hebdomadaire La Vie), voir Pierre-André Taguieff, Les Protocoles des Sages de Sion. Faux et usages d’un faux, op. cit. (2004), pp. 230-231.

62 PHMM@iolteam.com.

63 La fusillade de Netzarim a eu lieu le lendemain du jour du déclenchement de l’Intifada al-Aqsa (29 septembre), lorsque cinq ou six manifestants palestiniens furent tués sur le Mont du Temple, au lendemain des émeutes en réaction à la visite d’Ariel Sharon sur ce même site hautement symbolique. 

64 Larry Derfner, « Rattling the Cage : Al-Dura and the Conspiracy Freaks » (« Al-Dura et les dingues du complot »), The Jerusalem Post, 29 mai 2008, http://www.jpost.com/servlet/Satellite?cid           

65 Voir Tom Gross, « Spotlight on “L’affaire al-Dura” », site HonestReporting ; tr. fr. Menahem Macina : « Coup de projecteur sur l’affaire al-Dura », 26 février 2008, http://www.upjf.org/preview.do?noArticle=13808.          

66 Voir Pierre-André Taguieff, La Judéophobie des Modernes, op. cit., pp. 353 sq., 407 sq.

67 Voir Raphael Israeli, « Poison : The Use of Blood Libel in the War Against Israel », Jerusalem Center for Public Affairs, Jerusalem Letter, n° 476, 15 avril 2002, http://www.jcpa.org/jl/vp476.htm; Id., Poison : Modern Manifestations of a Blood Libel, Lanham, MD, Lexington Books, 2002.

68 Voir le témoignage du lieutenant-colonel Dan Schwarzfuchs (commandant en second de la brigade qui a perdu 13 soldats à Jénine), « “Ma guerre à Jénine” » (propos recueillis par Daniel Haïk), Tribune juive, n° 1531/1532, 23 mai 2002, p. 6.

69 Oussama Ben Laden, cité par Frédéric Vézard, « Sur Internet, Ben Laden menace à nouveau l’Amérique », Aujourd’hui en France, n° 300, 3 juin 2002 p. 15. 

70 Amnon Kapeliouk, Sabra et Chatila. Enquête sur un massacre, Paris, Le Seuil, 1982. Pour une contre-enquête éclairante, voir le dossier « “Responsabilités israéliennes” dans le massacre de Sabra et Chatila : les fausses accusations du Monde diplomatique », L’Arche, n° 595-596, décembre 2007-janvier 2008, pp. 68-85.

71 Amnon Kapeliouk, « Jénine, enquête sur un crime de guerre », Le Monde diplomatique, n° 578, mai 2002, pp. 16-17.

72 La vidéo « Jenin…Jenin » a été mise en ligne à l’adresse suivante (entre autres) : 

http://bellaciao.org/fr/article.php3?id_article=36794. Elle était toujours accessible au printemps 2009. 

73 Le 25 avril 2002, alors que Shimon Peres fait état de « 47 hommes armés et de 3 civils » (bilan provisoire), Peter Bouckaert, chef d’enquêt à HRW, déclare : « Nous avons enregistré et vérifié 51 identités de personnes décédées, dont 23 civils. (...) Au total, il y aura probablement, selon les informations disponibles à ce jour, entre 50 et 80 morts palestiniens » (Le Monde, 27 avril 2002, p. 16). Le même enquêteur précise, quant à la qualification des « événements de Jénine »: « Je ne pense pas qu’ils s’apparentent à un massacre » (ibid.).

74 Guysen.International.News, 25 septembre 2008. Pour d’autres exemples, voir Andrew G. Bostom (ed.), The Legacy of Islamic Antisemitism : From Sacred Texts to Solemn History, foreword by Ibn Warraq, Amherst, New York, Prometheus Books, 2008, p. 683.

75 Mahmoud Ahmadinejad, déclaration diffusée sur IRINN (Islamic Republic of Iran News Network), 23 septembre 2008 ; citée par MEMRI, Dépêches spéciales, n° 2068, 2 octobre 2008 (extraits de discours du président iranien diffusés sur IRINN, la chaîne d’information iranienne, les 18 et 23 septembre 2008).

76 Extraits de la version française intégrale du discours de Mahmoud Ahmadinejad, tel qu’il a été rapporté par l’agence de presse IRNA, qui appartient au gouvernement iranien (26 octobre 2005).

77 Guysen.International.News, 1er décembre 2008.

78 Guysen.International.News, 12 décembre 2008.

79 Extraits publiés par MEMRI, Dépêches françaises, n° 101 : « Pièce de théâtre à l’université islamique de Gaza : un Juif exhorte son fils à boire le sang des musulmans » ; http://www.memri.org/bin/french/printerfriendly/pf.cgi.

80 Voir Shmuel Trigano, « Le concept de “pogrom médiatique” », 27 janvier 2009, http://www.controverses.fr/blog/blog_trigano.htm#a.

 

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Mis en ligne le 2 octobre 2009, par
M. Macina, sur le site upjf.org