Debriefing.org
Google
Administration
Accueil
Tous les articles
Imprimer
Envoyer
S’inscrire
Nous contacter

Informations, documents, analysesDebriefing.org
Iran

Il ne reste plus que deux possibilités sur la question de l’Iran, Eliot A. Cohen
29/09/2009

Sous-titre de l’article : "Une frappe israélienne ou américaine tout de suite, ou un Téhéran nucléaire à brève échéance."

29/09/09The Wall Street Journal, 27 Septembre 2009

Titre original : There Are Only Two Choices Left on Iran

Traduction française : Objectif-info

À moins que vous soyez collectionneur de petites photos de religieux fanatiques, barbus et ombrageux, il n’est pas conseillé de conserver des devises iraniennes. Mais j’ai gardé un billet sur mon bureau au Département d’Etat en raison de son filigrane, un atome en surimpression sur la région de ce pays qui héberge le site nucléaire de Natanz. Il faut être un naïf indécrottable pour éprouver de la surprise en apprenant qu’il y a dans ce pays au moins un autre site clandestin, dont la finalité ne peut être que la production d’uranium fortement enrichi utilisé dans les bombes atomiques.
 
Des pressions, qu’elles soient sévères ou modérées ne feront pas disparaitre comme par enchantement ce programme nucléaire. Les choix disponibles sont désormais ce qu’ils étaient depuis toujours : soit une frappe américaine ou israélienne entrainant probablement une guerre qui ne serait pas anodine, soit la vie dans un monde avec un Iran doté d’armes nucléaires, ce qui conduirait également à la guerre, éventuellement nucléaire, sur une période de temps plus longue.
 
On peut le comprendre, le gouvernement américain comptait sur un mélange de sanctions, de négociations, et de marchandages pour résoudre le problème sans que les choses tournent au vinaigre. L’exemple-type de l’aveuglement. Oui, le Premier ministre britannique, Gordon Brown, le président français, Nicolas Sarkozy, sont accourus aux côtés du président Barack Obama à Pittsburgh et ont parlé sur un ton comminatoire de faire des ronds dans le sable ; et effectivement, le Président russe, Dimitri Medvedev, a laissé entendre que peut-être un certain type de sanction pourrait s’imposer. Ils avaient dit la même chose au président George W. Bush aussi.
 
Bien que vous ne l’ayez pas appris en écoutant des émissions de débat du dimanche, un grand projet de sanctions contre l’Iran a été d’actualité pendant un certain temps. Cela n’a pas permis de freiner les appétits nucléaires de Téhéran, et il en sera de même à l’avenir. Tôt ou tard, l’administration devra reconnaître cette réalité, elle dont les principales initiatives diplomatiques se sont résumées jusqu’ici à un programme d’excuses et quelques coup de pieds appuyés dans les tibias de nos petits alliés (*).
 
Le régime iranien veut des armes nucléaires et il a investi beaucoup d’argent pour rendre ces engins opérationnels et avoir les moyens de les lancer. Les Russes et les Chinois ont émis une petite musique de désapprobation apaisante, et à plusieurs reprises ils ont indiqué clairement qu’ils ne s’associeraient pas à des mesures qui mutileraient l’économie iranienne (et les priveraient des leurs marchés). Les hommes d’affaires allemands et suisses vendront avec joie à l’Iran toutes les marchandises que leurs gouvernements, pas très exigeants, les autorisent à vendre, et nos alliés arabes terrifiés n’ont pas de capacités militaires à la mesure de leurs craintes bien compréhensibles. Soyons donc sérieux concernant le choix à faire, parce que nous avons moins d’une année devant nous.
 
Une frappe israélienne peut ralentir le programme iranien pour une courte période. On ne sait pas clairement ce que les Israéliens peuvent faire : ils dissimulent leurs cartes tactiques sous leur gilet, mais ils sont favorables à des approches plus diverses et prêts à prendre des risques plus variés que l’armée de l’Air des États-Unis. Ce n’est pas surprenant, car ils estiment, avec raison, que ces dangers sont existentiels.
 
Mais même si les Israéliens obtenaient des succès temporaires, ceux-ci seraient étriqués car le programme iranien est très différent du réacteur irakien d’Osirak que les Israéliens ont détruit avec tant de précision en 1981. Il est habilement dispersé et mieux protégé, il s’appuie sur des milliers de centrifugeuses et non sur un seul réacteur nucléaire. En outre, il est probable que cette intervention sera reçue avec indignation dans l’ensemble du Moyen-Orient (bien que les gouvernements arabes se réjouissent en privé de cette éventualité) ; elle provoquerait probablement une réaction iranienne débouchant sur un vaste conflit, les Israéliens ripostant aux attaques des créatures de l’Iran au Levant et dans le monde entier.
 
Une attaque américaine serait plus efficace ; elle prendrait plus longtemps et mènerait probablement à une véritable guerre dans le golfe Persique, ce qui perturberait les approvisionnements de pétrole et induirait des réponses de dimension mondiale. Pour aller plus loin sur le sujet, il est difficile de croire que l’administration Obama ait la moindre envie de faire la guerre. Son épouvantable crise de nerfs en public à propos de la guerre d’Afghanistan, une "guerre de nécessité" comme on la qualifiait il y a encore quelques mois, donne des indications sur son véritable tempérament. Et si le Président Obama n’a pas le courage d’accepter des risques et des surprises détestables, s’il lui est impossible de mettre en œuvre en personne ses compétences rhétoriques pour mobiliser l’opinion intérieure et étrangère, il ne se lancera vraisemblablement pas dans une lutte armée, même si les Iraniens en ont d’ores et déjà déclenché une contre nous.
Ce qui nous amène à vivre avec une bombe iranienne. Situation qui constitue aussi un risque énorme. Il s’ensuivra une course aux armements nucléaires dans la région, course qui a d’ailleurs déjà silencieusement commencé. Le régime iranien s’enhardira jusqu’à commettre des dégâts beaucoup plus mortels que ceux dont il est déjà responsable. Dans une région qui ne respecte que la force, un tel comportement augmentera le prestige iranien, il ne le diminuera pas. Et ce régime peut se livrer à la première attaque nucléaire depuis 1945, à un moment ou à un autre.
Au cœur du problème, il n’y a pas seulement le programme nucléaire. Il y a le régime iranien, un régime qui a engagé une guerre implacable contre les États-Unis et leurs alliés depuis 1979. De Buenos Aires à Herât, de Beyrouth au Caire, de Bagdad à Caracas, maintenant, les agents de l’Iran ont donné le meilleur d’eux-mêmes pour semer la confusion et pour tuer. L’Iran est faible du point de vue militaire, mais il est magistral dans la guerre subversive, et à la pointe dans la guérilla de haute technologie, dans les bombes au bord des routes et le combat à la roquette que le Hezbollah a mené en 2006. Les cimetières militaires américains contiennent les corps de centaines, peut-être de milliers de soldats américains, hommes et femmes, massacrés par les technologies iraniennes, les tactiques iraniennes et, dans certains cas, par les agents secrets iraniens.
La brutalité à l’extérieur est plus qu’égalée par la brutalité à l’intérieur, les viols, les tortures et les exécutions sommaires de civils par dizaines de milliers, réellement, jusqu’à aujourd’hui. C’est un régime corrompu, fanatique, impitoyable et sans principes ; impopulaire, on peut en être sûr, mais prêt à faire tout ce qu’il peut pour rester au pouvoir. Avec un tel régime, aucune vraie négociation basée sur la compréhension des intérêts mutuels et le respect des engagements n’est possible.
Il est donc dans l’intérêt de l’Amérique de rompre avec la politique passée et de chercher activement le renversement de la République islamique. Pas au moyen d’une invasion, que cette administration ne veut pas envisager et qu’elle ne pourrait pas mettre en œuvre, mais à travers tous les instruments de pouvoir des États-Unis, le pouvoir « souple » plutôt que rigide. Et si, comme c’est le plus vraisemblable, le président Obama préside à l’apparition de l’Iran nucléaire, il devra se préparer au mieux à l’arrivée d’orages qui feront ressembler le vacarme des protestations contre son plan de réforme du système de santé, à de simples averses d’une journée ensoleillé.
 

(*) NdT. L’auteur fait allusion au Honduras et à Israël qui ont été l’objet de dures attaques, assez injustifiées, de l’équipe présidentielle américaine.


Eliot A. Cohen *

© The Wall Street Journal

* M. Cohen enseigne à l’École des études internationales avancées de l’Université Johns Hopkins. Il a été conseiller au Département d’État de 2007 à 2009.

 

 

Mis en ligne le 29 septembre 2009, par M. Macina, sur le site upjf.org