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Judaïsme

Les jours redoutables, Norbert Lipszyc
27/09/2009

25/09/09Texte repris du site du B’nay B’rith de France

En cette veille de kippour, nous nous approchons du 36ème anniversaire de la Guerre du même nom. Nombre symbolique, c’est deux fois la vie en hébreu. Deux fois la vie pour une guerre imposée à Israël. Comme disait Jérémie : « Chalom, chalom veeyn chalom », La paix, la paix, et il n’y a pas de paix. C’est le même cri que l’on a envie de lancer aujourd’hui.

Le soir de Roch Hachana, la télévision française a eu la bonne idée de rediffuser un film sur René Bousquet. Pourquoi ce soir-là ? Mais passons. Il est tellement d’actualité, et on ne peut manquer de faire le parallèle entre la bonne conscience qu’a manifestée René Bousquet toute sa vie et l’élection attendue d’un antisémite égyptien à la Présidence de l’UNESCO.

Bousquet antisémite ? Mais non, voyons, il était un homme de gauche, il a fait élire Mitterrand et n’a jamais obéi aux ordres des Allemands qu’à regret. Seulement voilà, déporter les Juifs était accomplir un acte de souveraineté nationale, préserver l’Etat et, en passant, débarrasser la France d’un élément perturbateur : vous pensez, 200 000 Juifs immigrés en France, cela était néfaste selon ce parfait radical socialiste.

A la fin de la guerre, lui et ses équipes ont été blanchis et ont immédiatement repris du service, pour l’Etat, pour la France. Les actes contre les Juifs n’ont pas gêné de Gaulle, il avait besoin de ces hommes. Qu’il eût été bien seul à Londres si les Juifs ne s’étaient pas ralliés à lui, il ne l’avait pas pardonné ; il fallait donc qu’il n’y ait qu’une France, résistante, et Bousquet est devenu un résistant.

Ce film parle de l’action de Klarsfeld, alors, et c’est à mettre en parallèle avec ce qu’il dit maintenant. Est-ce à dire que si Bousquet s’était repenti de ses actes contre les Juifs on n’aurait pas eu besoin de le juger ? Je ne répondrai pas à cette question.

Tous les dirigeants de la France se sont défendus d’être antisémites, mais ils ont tous montré à quel point le sort des Juifs leur était indifférent si les « intérêts » de la France étaient en jeu. Cela dit, ils ont nui aux intérêts de la France à chaque fois qu’ils ont pactisé avec les ennemis d’Israël.

Pourquoi raccrocher cela à l’anniversaire de la guerre de Kippour. L’article de Josy Eisenberg, écrit et publié en 1973, pendant cette guerre, le montre : « La nécessité d’Israël » pour que le monde ait une chance de vivre hors de la barbarie. Cet article est tellement d’actualité ! Je remercie Information Juive de l’avoir republié. En ces temps où Obama proclame « la paix, la paix » en demandant aux seuls Israéliens de renoncer à leurs droits, au moment où il offre « la paix, la paix » aux mollahs iraniens, sans rien obtenir en échange, où il abandonne le bouclier anti-missiles comme si la menace iranienne n’existait plus, sans rien obtenir en échange des Russes; cet article rappelle les fondamentaux de la survie d’Israël. Et je republie, dans cette newsletter, un article qui  montre pourquoi il faut résister aux pressions des bien-pensants.

Norbert Lipszyc

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KIPPOUR 1973

PAR JOSY EISENBERG

"Chalom, chalom, veeyn chalom"

En octobre 1973, au lendemain de la guerre de Kippour, notre ami le rabbin Josy Eisenberg avait publié cette tribune dans les colonnes du journal Le Monde. Il nous a paru intéressant de la reproduire ici parce que, quelques décennies après, elle n’a pas pris une ride.

Je me trouvais dans la synagogue du président, à Jérusalem, lorsque les sirènes ont retenti. Des jeunes gens ont ouvert la porte et fait un signe. D’autres jeunes gens ont, sans un mot, déposé leur châle de prière, et sont sortis. Une jeep a démarré. Personne ne songeait à la guerre. La guerre, maintenant, et en plein Kippour ? Impossible. Une alerte. Une alerte assez grave pour que l’on profane l’interdit de voyager à Kippour. Mais pas la guerre. Ceux qui résistaient ont continué d’observer Kippour : le jeûne, la prière, l’immobilité. On n’a pas ouvert la radio. J’avais décidé d’achever la journée devant le Mur. J’y suis allé : la vieille ville était bouclée. On ne m’a pas laissé passer. Un vieux Yéménite invectivait le policier : de quel droit ? Les portes sont fermées, a dit l’agent. Les portes du Ciel sont ouvertes, a répondu le vieillard.

" Je suis là pour te protéger. - Sot : c’est moi qui te protège lorsque je prie. "

II n’y a pas eu de profanation du Kippour ce jour-là. Du moins, je ne l’ai pas ressentie. L’angoisse et la vie étaient si évidemment sacrées pour tous ! Abba Eban devait parler, quelques jours après, du Pearl Harbor moral. Non. Le Pearl Harbor, c’est la guerre. Il n’y a pas de temps propre ou de temps sale pour faire des choses sales. C’est la guerre qui est profanation. Attaquer le jour du Kippour, interrompre brutalement le dialogue d’Israël et de son Dieu, ce n’est rien d’autre qu’un symptôme : le sacré s’est éclipsé, les mots et les rites ne sont plus sécurisants, l’état d’alerte est notre lot quotidien. Si c’est cela que les Arabes ont voulu montrer : rien n’est stable, rien n’est acquis, même le termes des incantations nous sont comptés, et les mots prononcés par nos ancêtres peuvent être couverts par le bruit des canons, alors, l’attaque du Kippour était bien pensée, dans la ligne du Chofar, de cette corne de bélier que l’on venait de sonner partout dans le monde, comme chaque année, pour empêcher la conscience d’Israël de s’assoupir. Mais s’il s’agissait d’une opération tactique et s’ils en attendaient un retard dans la mobilisation de l’armée d’Israël, quelle grossière - providentielle, disaient mes amis - erreur d’appréciation ! Immobilisé dans la prière, Israël était plus aisément mobilisable à Kippour que n’importe quel jour de l’année ? Ce jour-là, on ne voyage pas, les cafés sont fermés.

Les uns sont à la synagogue, les autres à la maison.

A 6 heures, Kippour s’arrête. Avant même de rompre le jeûne, chacun s’est précipité sur sa radio ou sur sa télévision. Dayan apparaît. Il explique qu’Israël n’a pas voulu faire la guerre préventive et que les Egyptiens ont franchi le canal. Il annonce qu’ils seront encore plus nombreux à le faire la nuit suivante. Puis, il tente de nous rassurer et achève son intervention, dans ce qui apparaît déjà comme le délire de la guerre du Kippour, par une sentence empruntée au rite : la guerre, dit-il, s’achèvera par une Hatima Tova, une bonne signature, une conclusion heureuse. C’est le vœu que les juifs adressent traditionnellement, ce jour-là, depuis deux mille ans : obtenir une bonne signature de Dieu dans le livre de la vie, après avoir obtenu son pardon. Et ces hommes, quand commenceront-ils à oublier et à pardonner ? Et Israël, lui pardonnera-t-on d’exister ?

Qu’une armée prenne position contre moi...

Cinq jours après le Kippour, c’est la fête des Cabanes : sa préparation commence en même temps que la guerre. Le pays n’est plus qu’un immense réseau de communications. Les familles se téléphonent sans cesse pour s’informer de l’état de la mobilisation. Une angoisse indicible s’est abattue sur les cœurs, alors que les esprits fonctionnent avec diligence et rigueur. Quelquefois mes amis utilisent un mot qui me choque : untel a été, disent-ils, " pris ". Ce n’est qu’une façon de parler, mais qui évoque d’autres souvenirs. Et je pense, et je dis : naguère, quand un juif était " pris " c’était par ses bourreaux et non par ses frères, c’était dans la honte et non dans la ferveur. Mais je ne sais plus : être assassiné ou mourir les armes en main, ce n’est pas la même mort, mais c’est bien la même chose. Morts stériles, morts fécondes : les beaux mots ne font pas de belles morts.

Au marché, les juifs de Mea Shéarim, et les autres, achètent avec le même zèle les quatre espèces que l’on va agiter à Souccoth. Le temps s’est arrêté : ils examinent soigneusement, quelquefois durant un quart d’heure, l’extrémité des branches de palmier, qu’ils achètent, ces branches qui ressemblent à des épées de verdure, pour s’assurer qu’elles sont belles, entières, impeccables, propres aux exigences du rite. Je sens que je deviens fou ? Dans un ultime éclair de lucidité, je sais que nous sommes fous.

Fous de croire et de prier et de faire les gestes, tous les gestes, et d’interpeller Dieu avec pudeur et modestie, et de ne pas hurler. Et je sais que nous n’existerions pas si nous n’étions pas naïfs et fous, embrasés et illuminés, et que c’est la même folie qui anime les fous du Retour qui ont ressuscité les steppes et les marécages d’Israël.

Et voilà qu’arrive Souccoth, et cette autre folie des mots et des rites. On va manger dans la Souccah, dont le toit est à ciel ouvert, mais sous terre. L’abri est préparé. Dîner aux chandelles à cause du couvre-feu. Le mot Souccah signifie à la fois cabane et abri. Et comme toujours, on vient de prononcer dans la prière du soir la phrase traditionnelle : "Etends sur nous la Souccah de ta paix". Et point n’est besoin de créer un rite nouveau. Entre Kippour et Souccoth, chaque année, après chaque office, on récite le psaume 27, de
David. Il commence ainsi : "Le Seigneur est ma lumière et mon salut : de qui aurais-je peur ? Le Seigneur est le rempart qui protège ma vie : qui redouterais-je ? Quand des malfaiteurs m’approchent pour dévorer ma chair - mes adversaires et mes ennemis qui me guettent - sont ceux qui bronchent et tombent. Qu’une armée prenne position contre moi, mon cœur n’éprouve aucune crainte ; que la guerre fasse rage contre moi, même alors, je garde ma confiance. "

Est-ce que vraiment tout est écrit ?

Un temps pour la guerre, un temps pour la paix

A Souccoth, un enfant récite aussi, le matin, à la synagogue, le livre de l’Ecclésiaste. Vanité des vanités. Vanité du pouvoir, du plaisir, de l’argent. Vanité de la science. Il est un temps pour tout, un temps pour vivre et un temps pour mourir. Un temps pour la guerre et un temps pour la paix.

Il faudrait pouvoir tout raconter. Les éboueurs mobilisés, et un général en retraite - la seule retraite en Israël qui ne menace pas son existence -ramassant les poubelles dans les rues de Tel-Aviv. Ce permissionnaire de vingt-trois que je prends en auto-stop aux portes de Tel-Aviv et que je conduis à Jérusalem. Il rentre du front. Sa femme est enceinte. Il a quatre heures pour la voir. Demain matin, il sera sur son tank dans le Sinaï. Ce prisonnier égyptien, désarmé, désarmant, qui parle à la télévision israélienne, sans une pensée pour la guerre, de sa femme Mahsia et de son fils Ahmed, qui a onze ans, et qu’il espère bientôt revoir. De ces chants diffusés par la radio : vieux chants d’il y a quarante ans, refrains de prisonniers qui chantent l’amour de la terre, des viqnes et des arbres. C’est une guerre d’amour. Chants des combattants de 1948 : c’est une guerre d’hommes aux yeux froids. Chants empruntés à la Bible, prophétie d’Isaïe sur les épées transformées en socs de charrue, entrecoupés de brefs appels militaires codés et, incessant, le mot "chalom" qui résonne. Chalom. Bonjour. Chalom, espoir. Chalom partout. Et pensée pour le prophète qui disait : " Chalom, chalom, veeyn ; chalom " (1).

Et il n’y a pas la paix.

On ne peut pas tout dire ni tout croire. Le plus poignant, c’est la solitude. Douze pays arabes contre Israël. Et les autres ! Et la France ! Et ce combat inégal que des analystes politiques reprocheraient presque à Israël ne n’avoir pas remporté aussi vite que d’habitude !

Les abonnés au miracle ont déçu, Patience. Et j’allais oublier l’essence qui précède l’existence. Le combat est inégal, aujourd’hui plus qu’hier, mais personne ne doute qu’Israël vivra. Je ne puis expliquer comment, mais je sais pourquoi. Parce qu’Israël a la foi, une foi indéfinissable, frémissante et communicative, qui est quelquefois autre que la mienne. Ne serait-ce que pour cela, ne serait-ce que parce qu’il existe, sur un coin de terre, des hommes qui croient encore aujourd’hui à quelque chose et rendent si dérisoires les gadgets de la logomachie de l’Occident, oui, ne serait-ce que pour cela, Israël doit vivre, et Israël vivra pour que cette foi existe et pour qu’elle atteigne tous les hommes qui ont si soif de croire et sont tant altérés. Sur ce coin de terre, un juif aurait dit un jour : " Que mon sang retombe sur leurs têtes " [*].

Il n’est point un seul historien des religions qui pense aujourd’hui que Jésus aurait réellement pu prononcer une telle phrase : il aimait trop son peuple pour cela. Mais cette petite phrase devrait faire réfléchir tous ceux, hommes d’Etat, marchands de canons, redresseurs de torts et autres beaux esprits, qui jouent avec l’existence d’Israël, dans le jeu subtil et tamisé des idéologies et des escalades calculées. Si personne n’est innocent, ce sont eux les vrais coupables : les hommes et le pays qui vendent leur âme aux Méphistophélès du pétrole entrent de plain-pied dans la damnation de l’histoire.

Même si la justice n’est pas toujours immanente, ce crime-là ne paiera point. Le jour où nous nous présenterons devant le jugement de Dieu, j’aimerais être Israélien ou Arabe, pas Russe. J’aimerais aussi ne pas trembler d’être Français.


Jozy Eisenberg

 

(1)" Ils ont guéri la plaie de mon peuple à la légère en disant : " Paix, paix et point de paix." (Jérémie, [VI], XIV.)

 

© Le Monde

 

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Note de Menahem Macina

[*] En rigueur de termes, Jésus ne s’est pas exprimé de cette manière. Il a dit très exactement (Mt 23, 34-35): "C’est pourquoi, voici que j’envoie vers vous des prophètes, des sages et des scribes: vous en tuerez et mettrez en croix, vous en flagellerez dans vos synagogues et pourchasserez de ville en ville, pour que retombe sur vous tout le sang innocent répandu sur la terre, depuis le sang de l’innocent Abel jusqu’au sang de Zacharie, fils de Barachie, que vous avez assassiné entre le sanctuaire et l’autel!".

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Mis en ligne le 25 septembre 2009, par M. Macina, sur le site upjf.org