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Christianisme

L’Eglise et Israël : réflexions d’un internaute, Jules Mazouz
16/11/2009

L’internaute auquel je donne ici la parole, effleure une question immense et complexe. Je précise que son propos n’était pas de rédiger un article sur ce sujet, mais de réagir, sous forme de message spontané, à deux articles sévères à l’endroit de Benoît XVI [*], rédigés au lendemain de la visite papale en "Terre Sainte" (mai 2009), et que je viens de mettre en mis en ligne sur Facebook. Tel qu’il est, ce texte m’a paru digne d’être porté à l’attention de nos visiteurs. En effet, il traduit, sans académisme comme sans haine, la réaction spontanée d’un Juif de la base aux louvoiements de l’attitude de la haute hiérarchie de l’Eglise à l’égard des Juifs d’aujourd’hui, et plus particulièrement de ceux qui, venus vivre sur la terre de leurs ancêtres, qu’ils ont fait revivre, sous les balles et les obus, depuis près d’un siècle, infligent, dans les faits, un cinglant démenti à la certitude longtemps proclamée par l’Eglise, que le peuple juif était condamné à l’errance dans les nations jusqu’à la fin des temps, époque où ils se convertiraient enfin à la vérité chrétienne. (Menahem Macina).

[*] Voir : M. Macina, "Le Pape, les réfugiés et… la Sainte famille: un pacifisme irréaliste aux dépens d’Israël" ; Laurent Murawiec, "La Sainte Famille? Vous voulez rire ! C’est à pleurer" ; voir aussi : M. Macina, "En guise de cadeau d’adieu au Pape pour l’aider à mieux victimiser chrétiennement les Palestiniens".  

16/11/09

 

Au deuxième siècle après J.C., après avoir écrasé la dernière révolte juive, les Romains ont appliqué le nom Palaestina à la Judée (la partie sud de ce qui est maintenant nommé Cisjordanie) pour minimiser l’identification des Juifs avec la terre d’Israël [1]. Le mot arabe « Filastin » est dérivé de ce nom latin.

Il est regrettable de constater que l’histoire, parfois, est un éternel recommencement. Je ne vais pas m’étendre sur le passé, car cela éveille de douloureux souvenirs.

Un simple rappel : nous avions cru, a tort ou à raison, lors de l’avènement de Jean Paul II, qu’un tournant décisif des relations entre l’Eglise et le Judaïsme et Israël avait eu lieu.

Certes, il fut le premier pape, depuis saint Pierre, à se rendre dans une synagogue. La relation à Israël appartient à l’identité chrétienne elle-même, avait il dit. Il en tirait immédiatement la conséquence :

« Nous avons donc à l’égard du judaïsme des rapports que nous n’avons avec aucune autre religion. » [2]

Mais les bonnes choses ne durent jamais, dit-on…

Et ce fut le changement, avec l’intronisation de Benoît XVI.

Il y eut la controverse déclenchée par la levée de l’excommunication dont étaient frappés Richard Williamson et d’autres évêques.

Puis, la messe en latin, la résurrection d’une prière pour la conversion des Juifs...

Bien sûr, il y a eu la visite à Auschwitz et à Yad Vashem. Mais depuis, c’est comme un goût amer : chassez le naturel : il revient au galop.

Les intérêts, souvent conflictuels, sont manifestement affectés substantiellement par le conflit israélo-palestinien.

J’aime beaucoup cette analyse de Frank Crüsemann [3]:

« Les Églises ont changé leur conception théologique à l’égard du judaïsme, mais n’ont pas fait le lien entre ce point de vue fondamental et leurs déclarations, à courte vue, en général, concernant Israël et le conflit au Proche-Orient.

On se heurte constamment à la seule dénonciation de l’injustice de l’occupation, sans que soient pris en compte l’évolution historique et le contexte global, et sans que soient considérées les fautes et les injustices commises du côté palestinien. Les chrétiens palestiniens établis dans le pays sont liés par une double loyauté.

Dans le domaine de l’œcuménisme, la reconnaissance fondamentale d’une double loyauté doit mener à inclure la perspective israélienne aussi bien que celle de l’autre partie, ou du moins à l’écouter.

Si l’on accorde une plate-forme plus importante aux voix chrétiennes qu’aux voix juives, on maintient de facto l’antijudaïsme, l’antisémitisme d’antan. »


Jules Mazouz


© upjf.org


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Notes de Menahem Macina


[1] Ce choix fut dicté également par la dérision. L’allusion était à la Philistie, territoire des Philistins, les pires ennemis des Juifs qui ne furent soumis qu’au temps de
David et de Salomon. Les Philistins n’étaient même pas des Sémites. A en croire le prophète Amos, ils étaient venus de Kaphtor (Am 9, 7). La Bible parle de la Philistie, dès le Livre de l’Exode (Ex 15, 14). On trouve également  ce nom ailleurs dans l’Ecriture (Ps 60, 10 ; 83, 8 ; 87, 4 ; Is 14, 29 ; Jl 4, 4, etc.).

[2] Texte exact : « …l’Eglise du Christ, découvre son "lien" avec le judaïsme : "en scrutant son propre mystère" (cf. Nostra Aetate, 4). La religion juive ne nous est pas "extrinsèque" mais, d’une certaine manière, elle est "intrinsèque" à notre religion. Nous avons donc envers elle des rapports que nous n’avons avec aucune autre religion. Vous êtes nos frères préférés et, d’une certaine manière, on pourrait dire nos frères aînés. » (Discours de Jean-Paul II à la Synagogue de Rome, 13 avril 1986, paragraphe 4).

[3] F. Crüseman, "60 ans - L’Eglise et l’Etat d’Israël".

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© upjf.org

 

Mis en ligne le 16 novembre 2009, par M. Macina, sur le site upjf.org