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Humour

Le voile et le chapeau, Frank Sweijd
12/11/2009

Un "provocateur" qui ne manque ni d’humour, ni... de courage. J’aime! (Menahem Macina).

12/11/09
Source :
Info@sveid.com, 11 novembre 2009

 

Aujourd’hui, 11 novembre 2009, sur les marches de la Bourse de Bruxelles, était organisée une manifestation pour le voile à l’école. Une bonne centaine de jeunes filles, accompagnées par des personnes plus âgées, toutes voilées, étaient encadrées par un service d’ordre de jeunes musulmans et manifestaient dans une ambiance quasi familiale.

Curieux des réactions qu’ils pourraient avoir, j’ai immédiatement été chercher mon chapeau portant l’inscription « Dieu n’existe pas », et je me suis planté sur la deuxième marche de la Bourse, juste assez haut pour que l’on me remarque.

Je m’étais déjà fait huer au même endroit, lors d’une manifestation chrétienne ("Jésus arrive").  Fort de cette expérience, j’ai dû réprimer un petit pincement de peur. Mais je me suis dit que la tolérance n’est la propriété de personne et que chaque communauté peut en être largement pourvue.

Dès mon arrivée, j’avais  pris un air absent, comme si je ne savais quel chapeau je portais. Mon regard croisa immédiatement une quantité de très rapides coups d’oeil, qui visaient ma tête. Un jeune homme m’a accosté, très poliment, style : « Bonjour, que faites-vous ici ? » J’ai expliqué que je venais voir leur manifestation. 

Au jeune homme se sont ajoutés plusieurs autres personnes, qui m’ont demandé de partir. Ils m’ont dit avoir l’autorisation de manifester et que je n’avais pas à manifester là. Les policiers étant stationnés discrètement dans la rue Orts, on me les a montrés du doigt, et on m’a dit : « On va les appeler ».

J’ai répondu que je ne manifestais pas, et que si mon chapeau était visé, je le portais fréquemment. Qu’il était, en quelque sorte, mon voile à moi. J’ai ajouté, que si j’étais apostrophé désagréablement par des passants, j’étais dans la même position qu’une femme voilée qui se fait insulter dans la rue par des racistes intolérants.

Regards ébahis et, naturellement, incrédules.

S’en est suivi une longue discussion, au cours de laquelle on m’a expliqué la différence entre "respect" et "tolérance". En résumé : la tolérance est un acte raciste, car on tolère le musulman. Or, il mérite le respect. En conclusion il n’est pas respecté.

Plusieurs personnes sont encore intervenues. Tous voulaient débattre. Des personnes du service d’ordre sont alors intervenus auprès de mes interlocuteurs, plusieurs fois, en disant : « Ne discutez pas avec ce Monsieur, vous faites son jeu ».

Puis, quelques personnes, qui faisaient moins dans la nuance, sont devenues verbalement assez agressives. Des phrases comme: « Si Dieu n’existe pas, alors tu n’existes pas, alors casse-toi ! ». Menaçant : « Il vaudrait mieux que tu partes de toi-même ».

Heureusement, quelques jeunes filles musulmanes, très gentilles, sont venues à mon secours. L’une d’elles, d’origine française, avait fait le droit à UCL. J’ai évité les discussions sur le bien ou le mal du port du voile. J’ai préféré mettre l’accent sur mon raisonnement : « Mon chapeau perturberait à l’école, et cela pourrait créer des tensions dangereuses. Vous connaissez ma position : il faut interdire mon chapeau à l’école et, parallèlement, proscrire tous les autres signes d’appartenance religieuse. »

Je lui ai également dit, et là, je sortais peut-être de mon rôle, qu’en portant le voile, une mère donnait à son fils une bien piètre image de la femme qui ne le porte pas. Et que cela aussi était une raison de l’interdire. Et que des jeunes garçons musulmans étaient souvent agressifs par rapport à ceux qui ne respectent pas leur islam.

Elle m’a tout de suite dit que ce n’était pas vrai. Que les jeunes musulmans sont aussi tolérants que les autres.

Elle avait à peine fini de dire cela que quelques individus se sont jetés sur mon couvre-chef. Ils l’ont déchiré, et piétiné. En me sifflant, et en me criant dessus.

Comme j’étais, peu après, interviewé par une télé, ils sont venus perturber l’enregistrement. Au grand dam de ma charmante interlocutrice voilée.

Je suis rentré, tout de même un peu inquiet et, forcément, la tête nue.

 

© Frank Sweijd

 

[Texte aimablement signalé par R. Lewin]

 

Mis en ligne le 12 novembre 2009, par M. Macina, sur le site upjf.org