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Menahem Macina

Un solipsisme superlatif à la mesure du grand Attali : le «solipsissime», Menahem Macina
11/11/2009

11/11/09

Le solipsissime


Dans un excellent article intitulé "Jacques Attali, ou la « preuve par le moi »: Un nouveau cas de solipsisme juif", P. I. Lurçat – dont la culture et le niveau de connaissance du français feraient pâlir de dépit plus d’un journaliste - avait remis à l’honneur, en la contextualisant, la notion trop oubliée de solipsisme. Il s’agit de la doctrine philosophique selon laquelle le moi ne peut être conscient que de lui-même. Utilisé, par extension, en littérature, le terme caractérise l’univers de pensée d’un individu uniquement centré sur lui-même. Pour pasticher le grand Shakespeare, je la résumerai par ces expressions de mon cru : « J’affirme, donc c’est » ; ou bien : « Je nie, donc c’est faux » ; ou encore : « Cela ne m’est pas arrivé, donc cela n’existe pas ». Pour tout dire, les gens atteints de ce haut-mal sont, à eux seuls, la mesure de toutes choses.

Attali avait fait une belle démonstration de son addiction au solipsisme, au cours d’une interview au quotidien israélien Haaretz, le 21 octobre (voir : Assaf Uni, "Jacques Attali, « le Réparateur »". Il y démentait, avec une pugnacité surprenante, l’existence du moindre antisémitisme en France. Extraits :

A la question du journaliste (Assaf Uni):

« N’y a-t-il aucun problème d’antisémitisme en France ? »,

il répondait :

« Zéro ! Il n’y a rien de tel. C’est un mensonge. Un pur mensonge. C’est faux. Il y a quelques antisémites bien connus, mais ce n’est pas un problème national. »

Pire : Assaf Uni avait osé affirmer :

« Il y a un mouvement d’immigration de Juifs français vers Israël, et beaucoup d’entre eux disent que c’est dû à l’ambiance antisémite. »

Le champion d’une France immune de ce virus honteux avait répliqué en mettant ce "ragot" sur le compte de l’Etat juif :

« Je pense que ce n’est pas vrai. Je crois que c’est de la propagande, de la propagande israélienne. »


Après de telles déclarations de foi, on ne pouvait guère s’attendre à ce que le grand homme se déjuge. C’est pourtant ce qu’il a fait.

Tout à coup, comme un éclair dans un ciel serein, voici que de cet antisémitisme – dont, quelques semaines plus tôt, il clamait haut et fort qu’il n’existait pas en France – Attali se disait victime.

Que s’était-il passé pour que sa conviction s’inverse aussi diamétralement ? - Un propos malheureux de Jean-Louis Bianco, qui fut secrétaire général de l’Elysée sous Mitterrand, vers la fin des années 1980.

Dans un article intitulé "Le souci de Mitterrand, c’était l’Europe", mis en ligne le 7 novembre sur le site Le JDD.fr, Bianco écrivait, à propos de Mitterrand :

« Il n’éprouvait pas une certaine peur des Allemands, contrairement à Roland Dumas, dont le père résistant avait été fusillé, ou Jacques Attali, qui est juif. »

Dans leur article intitulé "Jacques Attali accuse Jean-Louis Bianco d’antisémitisme", paru dans L’Express du 9 novembre, Thierry Dupont et Eric Mettout, relatent la réaction scandalisée de l’intéressé :

" Jacques Attali, qui nous avait alerté[s] dès hier soir par e-mail, voit dans cette remarque une forme « d’antisémitisme inconscient », qu’il a demandé au Parti socialiste, le parti de Jean-Louis Bianco, de ne pas laisser sans suite. « Si une telle phrase avait été prononcée par Le Pen, accusant un collaborateur du président de la République d’être biaisé par ces [lire : ses] origines, elle aurait fait scandale », s’indigne-t-il.

Contacté par LEXPRESS.fr, Jean-Louis Bianco a reconnu que « dans le JDD, [il a] écrit que Roland Dumas, parce que son père avait été fusillé par les nazis, et Jacques Attali, parce qu’il était juif, avaient sur l’Allemagne une sensibilité particulière ». Mais « dire cela voulait manifester une sympathie et non exprimer de l’antisémitisme », se justifie-t-il.

Pas suffisant pour Jacques Attali, toujours scandalisé, malgré les « excuses » du député des Alpes-de-Haute-Provence. « Cela reste absolument honteux. Epouvantable. Ma position sur l’Allemagne n’a rien à voir avec une des dimensions de mon histoire. Dire que mes conseils au président étaient déterminés par mon judaïsme est ignoble. Et cette déclaration est, évidemment, antisémite. » "


M’est avis que cette histoire témoigne de la rechute du grand homme dans une nouvelle crise de solipsisme, plus aiguë que la première. Dans la précédente, excipant de sa trajectoire existentielle prospère, sans que sa condition de Juif lui ait valu la moindre avanie, Attali affirmait, en substance : l’antisémitisme français n’existe pas : je ne l’ai pas rencontré. C’était, comme le dit fort bien P.I. Lurçat, « la preuve par le moi ».

Aujourd’hui, comme on l’a vu ci-dessus, le même privilégié, oubliant ses propos antérieurs tranchés sur l’inexistence de l’antisémitisme en France, s’affirme victime de l’antisémitisme d’un élu français.

Beaucoup s’en sont étonnés. Pourtant, la chose était prévisible, et ce pour deux raisons.

  • La première, qui tient à la nature des choses, est que l’antisémitisme existe – MÊME en France.
  • La seconde, qui tient à la nature d’Attali, est que son solipsisme, solidement arrimé à un ego surdimensionné et à une mégalomanie - qu’il confesse bien volontiers au cours de l’interview précitée -, inhibe en lui tout sens de la contradiction et du ridicule. Soyez donc assurés, qu’en vieux chat, encore fort souple et qui en a vu d’autres, il retombera bien vite sur ses pattes, en vous expliquant, par exemple, qu’il n’a pas changé d’avis et donc qu’il n’y a pas d’antisémitisme en France… SAUF celui de Jean-Louis Bianco spécialement taillé sur mesure pour nuire à Jacques Attali. L’exception qui confirme la règle, en quelque sorte.

On me permettra de proposer, en cette circonstance festive, un néologisme qui me paraît de nature à décrire une aggravation de la pathologie du solipsisme attalien ; que pensez-vous du superlatif solipsissime ?

 

Menahem Macina

 

© upjf.org

 

Mis en ligne le 10 novembre 2009, par M. Macina, sur le site upjf.org