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Politique française

La Cisjordanie annexée par la France, Michel Garroté
10/11/2009

10/11/09Sur le Blogue de l’auteur


Or donc, Bernard Kouchner, ministre français des Affaires étrangères, déclare ce matin, mardi, sur France Inter, qu’entre le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, attendu demain, mercredi, à Paris, et Sarkozy, « il y a un vrai différend politique. […] Nous pensons toujours que le gel des colonisations, c’est-à-dire [l’injonction de] ne pas coloniser (NdA : Kouchner lit-il à haute voix un texte de Desmond Tutu ?) pendant qu’on parle (NdA : pendant qu’on parle de paix), serait absolument indispensable ». Sarkozy recevra Netanyahu demain mercredi à 17h30, heure de Paris. « Il faut discuter et faire en sorte que le processus politique reparte », précise Bernard Kouchner, ce matin, sur France Inter, en ajoutant qu’il se rendra prochainement dans les Territoires palestiniens et en Israël. Kouchner déplore qu’il n’y ait plus en Israël « d’aspiration à la paix ». « Il me semble, et j’espère me tromper, que cette aspiration a disparu comme si on n’y croyait plus », dit Kouchner (NdA : Netanyahu réitère régulièrement son invitation à négocier ; Mahmoud Abbas ne l’entend pas ; et Kouchner met cela sur le dos d’Israël : autisme ?).

A propos de Mahmoud Abbas, président de l’Autorité palestinienne, Kouchner souligne qu’il faut tout faire pour éviter qu’il quitte ses fonctions. « Il faut reparler avec Mahmoud Abbas, et (que) d’abord le président palestinien ne démissionne pas comme il a menacé » de le faire, estime Kouchner. Mahmoud Abbas avait annoncé, jeudi 5 novembre, que, soi-disant, il ne briguerait pas de nouveau mandat lors des élections générales palestiniennes du 24 janvier 2010, en raison, paraît-il, du blocage du processus de paix (NdA : « blocage » côté juif, bien entendu).

Avant de revenir sur les propos de Kouchner, commençons par remettre les choses dans leur contexte. Il se trouve que Netanyahu a rencontré Obama, hier soir lundi, pendant une heure quarante, c’est à dire pendant longtemps, plus longtemps que d’habitude, plus longtemps que prévu. L’entretien a porté sur la sécurité d’Israël, la coopération israélo-américaine en matière de sécurité, l’Iran et le processus de paix au Proche-Orient. L’entretien s’est déroulé, pour moitié en tête à tête, et pour moitié en incluant quatre proches collaborateurs de part et d’autre. Du côté israélien, le ministre [de la Défense] Ehoud Barak, l’ambassadeur Michael Oren, le chef du Conseil de Sécurité National, Uzi Arad, et le conseiller du Premier ministre, Yitzhak Molkho, ont rejoint Netanyahu.

L’entretien a été l’objet d’un boycott tout à fait inhabituel des médias : pas de conférence de presse commune, comme c’est normalement le cas (les "analystes" allèguent que c’est en raison du différend entre Israël et les Etats-Unis ; et si c’était en raison des plans qui visent désormais l’Iran ?). Seul un petit communiqué de la Maison blanche résumant l’entretien : « Le président a réaffirmé notre fort engagement pour la sécurité d’Israël et a discuté de la coopération en matière de sécurité, ainsi que d’autres questions. Le Président et le Premier ministre ont également discuté de l’Iran et de la manière de faire avancer le processus de paix au Proche-Orient ».

Revenons maintenant sur les propos de [M.] Kouchner. Notons qu’il a tenu ses propos ce matin ; que la réunion Obama - Netanyahu a eu lieu hier soir ; et qu’il faut tenir compte des six heures de décalage horaire entre Paris et Washington. Question : Kouchner a-t-il pris le temps, entre hier soir et ce matin, de lire le maigre contenu - des dépêches d’agence - diffusé dans la nuit (maigre contenu que j’ai résumé ci-dessus) concernant la réunion Obama - Netanyahu. A priori, Kouchner n’a pas pris cette peine, bien qu’il en aurait eu le temps, juste avant de gagner les studios de France Inter (les dépêches d’agence étaient disponibles à cette heure-là). Car si Kouchner avait pris quelques dizaines de secondes pour s’informer, il n’aurait pas été à ce point bavard - sur France Inter, ce matin - question de ne pas mettre Obama dans l’embarras.

Obama, dont Sarkozy a dit qu’il était son copain. Ou bien, autre hypothèse : Kouchner était au courant de la discrétion entourant l’entretien Obama - Netanyahu d’hier soir, et malgré cela, il s’est cru autorisé à lancer sa diatribe idéologique sur Israël, sur les Palestiniens, sur les communautés israéliennes en Judée Samarie, sur Mahmoud Abbas et sur la volonté - ou l’absence de volonté - dans la région proche-orientale, en matière de paix.

A vrai dire - et ce sera ma conclusion -, peu importe que Kouchner se soit informé, ou non, de ce qui s’est passé hier soir entre Obama et Netanyahu. Car, dans les deux cas, le fait marquant est que [B.] Kouchner (comme d’ailleurs [Le Président] Sarkozy) se croit investi d’une mission particulière dans le conflit israélo-arabe. Alors que la France actuelle n’a ni la stature ni les moyens nécessaires pour agir au Proche et au Moyen-Orient, et que, depuis 40 ans, elle a décidé - et décide encore - de ne pas regarder la réalité proche et moyen-orientale telle qu’elle est ; d’abord en raison de son addiction au pétrole arabe, ensuite à cause de la présence, sur son territoire, de plusieurs millions de musulmans.

Si l’on relit calmement et attentivement le communiqué de la Maison Blanche, mentionné ci-dessus, force est de constater que, primo, la priorité numéro un, c’est désormais le nucléaire offensif iranien ; secundo, que l’administration Obama n’est plus en mesure d’ignorer cette priorité, car les Israéliens n’ont pas lâché prise, ne lâchent toujours pas prise, et ne lâcheront jamais prise, sur le fait que les ayatollahs intégristes iraniens veulent rayer Israël de la carte à l’aide d’une bombe atomique ; et tertio, que les actuelles gesticulations françaises à propos du conflit israélo-palestinien ont quelque chose de foncièrement anachronique et de démagogique. Demain mercredi, Netanyahu rencontrera Sarkozy. Préparons-nous.

Côté français, il y aura du spectacle. Avec des « je » et des « il faut ».

Le tout agrémenté d’épaules haussées et d’index pointé.

 

© Michel Garroté


Mis en ligne le 10 novembre 2009, par M. Macina, sur le site upjf.org