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Israël: Ouverture-surprise de Kadima en direction du Hamas, Jacques Benillouche
09/11/2009

Shaoul Mofaz, ancien chef d’Etat-major et ministre de la défense d’Ariel Sharon, se dit prêt à négocier avec le Hamas. (Slate.fr).

09/11/09Sur le site de Slate.fr

   Les forces de sécurité du Hamas à Gaza - Ibrahim Abu Mustafa / Reuters
La conférence de presse de Shaoul Mofaz, numéro 2 de Kadima, a retenti comme un coup de tonnerre en Israël. L’ancien chef d’Etat-major et ministre de la Défense d’Ariel Sharon a profité du silence persistant du chef de son parti pour occuper la première place des médias et pour doubler sa concurrente, Tsipi Livni. Ses propositions ne seront pas du goût de la droite nationaliste qui reste intransigeante sur le dialogue avec le Hamas et sur la cession de la moindre parcelle de Cisjordanie.

Or, précisément, le député Mofaz est prêt non seulement à dialoguer avec le Hamas, mais aussi  à céder 60% de la Cisjordanie, dans un délai d’un an,  dans le cadre d’un accord qui inclurait le Hamas. «En prenant comme hypothèse que le Hamas est élu et qu’il siège à la table des négociations, à ce moment, il est censé accepter les conditions du Quartet et il  ne sera plus considéré comme une organisation terroriste». Dialoguer avec les ennemis irréductibles constitue un changement de stratégie qui s’assimile à la première décision des israéliens d’accepter Yasser Arafat et l’OLP comme partenaires politiques.

Ce type de langage avait été oublié en Israël et il est de nature à relancer le débat diplomatique, pour l’instant dans l’impasse. Benjamin Netanyahou, au pouvoir depuis plus de six mois, n’a fait aucune proposition à ses partenaires palestiniens et n’a pas non plus détaillé le programme politique qu’il compte suivre. Cette carence avait été mise en exergue, mais l’opposition n’a pas su exploiter la faille, puisqu’elle est restée étonnement inaudible. Elle donnait l’impression d’attendre que la situation soit définitivement pourrie pour se présenter comme relève politique. L’isolement diplomatique d’Israël semble avoir convaincu Mofaz qu’il fallait agir vite, sachant que la communauté internationale lui en saurait gré en lui apportant le soutien dont il a besoin pour mener sa proposition à son terme.

Il est certain qu’il n’a pas lancé ce pavé dans la mare sans s’être auparavant assuré du soutien d’officiers de Tsahal auprès duquel son aura est restée intacte. De hauts personnages de la société civile lui ont discrètement apporté leur soutien, car ils s’inquiétaient de l’importance grandissante des extrêmes. Cela confirme, par ailleurs, la mise en garde de Tsipi Livni qui, du haut de la tribune de la Knesset, lors de l’ouverture de la session parlementaire en octobre, avait attiré l’attention de ses compatriotes sur le danger d’une situation figée qui peut conduite au pire: «la seule façon de maintenir le caractère juif de l’État d’Israël est de mettre en place deux Etats pour deux peuples».

La question ouverte reste le sort qui sera fait à cette proposition. Le Hamas a déjà réagi puisqu’un de ses responsables, Moushir al Masri, a salué ce programme politique, qui représente, selon lui, une démarche d’une grande importance, sous réserve qu’elle se traduise par des actes concrets. Il a précisé que son organisation ne repoussait aucune proposition «si elle se base sur la reconnaissance des droits élémentaires du peuple palestinien, y compris celui de lutter pour se débarrasser de l’occupation».

Les deux premiers ministres, Ehud Barak, puis, plus tard, Ehud Olmert, avaient déjà proposé, à la veille d’élections risquées pour eux, la cession d’environ 93% de la Cisjordanie en échange d’une paix définitive. Ces deux propositions avaient été rejetées et il est difficile d’imaginer que les Palestiniens vont s’engouffrer aujourd’hui dans la brèche des négociations, alors que la moitié de la Cisjordanie seulement leur est offerte. Mofaz a pesé cette réalité, mais il veut, en fait, exploiter la situation inextricable dans laquelle les Palestiniens se sont enfermés. Leurs élections posent un problème pour le Hamas et le Fatah, car aucun président ne voudra être élu pour asseoir son pouvoir sur la moitié de la Palestine. Mais il s’agit surtout de convaincre, aussi bien les Israéliens que leurs adversaires, qu’il ne peut y avoir de solution militaire: «Je sais que le Hamas continue à combattre, à amasser des missiles de longue portée et à se préparer à un conflit avec Israël. Je veux dire aux dirigeants Hamas que s’ils continuent dans cette voie leur sort sera tracé».

Les nationalistes israéliens restent confiants car ils sont persuadés que cette main tendue ne sera pas saisie, puisque leurs ennemis mettent toujours la barre trop haut. Les Palestiniens tiennent à Jérusalem, et la proposition de Mofaz d’inclure quelques faubourgs de la capitale dans leur Etat sera considérée comme insuffisante. Les observateurs israéliens mettent ces nouvelles propositions sur le compte d’une volonté médiatique visant à remettre en selle l’ancien ministre de la Défense, coincé entre l’irréductible Netanyahou et sa concurrente, Tsipi Livni. Faire parler de lui s’assimile à une volonté de survie politique.

Ces propositions ont cependant l’avantage d’exister et de remettre sur les rails des discussions enlisées, car le gouvernement tire un avantage certain d’une situation bloquée dans un calme apparent. L’économie progresse, les coffres de la Banque d’Israël explosent de dollars, tandis que la situation de ni guerre ni paix apporte aux Palestiniens de Cisjordanie un bien-être relatif, qu’ils perdraient si la situation se tendait. L’avenir des colonies se trouverait en partie résolu, à l’exception des 70.000 colons installés dans des implantations isolées et pour lesquels  Mofaz propose une réinstallation en Galilée.

Ce plan n’a rien d’irréaliste si les deux parties acceptent d’en discuter mais il sera combattu par les extrémistes des deux bords. En mettant en avant une possibilité de résolution du conflit, Shaoul Mofaz tient à se donner la stature de véritable chef de l’opposition, que sa compétence militaire met au dessus de tout soupçon de prise de risque insensée. En revanche, cette intervention le discrédite parmi ses anciens amis et signe ainsi sa rupture définitive avec le Likoud, dont il est issu, qui espérait le réintégrer en son sein.

Jacques Benillouche

© Slate.fr

Lire également: Vers une troisième intifada? et Affaibli, Obama est plus conciliant avec Israël.

Mis en ligne le 9 novembre 2009, par M. Macina, sur le site upjf.org