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Israël (lynchage médiatique)

Le comédien François Cluzet calomnie Israël en direct sur France 2, V. Chemla
09/11/2009

09/11/09

Sur le blog de l’auteure, 8 novembre 2009

Lors du magazine 13 h 15 présenté sur France 2 le 8 novembre 2009 par Laurent Delahousse, et en présence du député Jean-François Copé, l’acteur François Cluzet a réclamé la libération du prisonnier franco-palestinien Salah Hamouri, détenu en Israël « pour délit d’opinion », une infraction qui n’y existe pas. Ce détenu a été légalement condamné pour avoir tenté d’assassiner le grand rabbin Ovadia Yossef. Détails.

 
Les journalistes aiment bien faire réagir des politiciens et des artistes sur l’actualité de la semaine. C’est sur ce principe qu’est fondé le magazine 13 h 15 de France 2 diffusé le week-end, à l’heure du déjeuner souvent familial.

Ce 8 novembre 2009, le journaliste Laurent Delahousse accueillait Jean-François Copé, président du groupe UMP (Union pour un mouvement populaire) à l’Assemblée nationale, député et maire de Meaux, et l’acteur François Cluzet, venu assurer la promotion du film de Xavier Giannoli A l’origine, dans lequel il campe un opportuniste arnaqueur .

Les contradictions d’un comédien

« J’étais plutôt soulagé parce qu’il s’agit d’un assassin, d’un type armé qui aurait pu encore tuer. Je préfère que cela soit lui qui soit mis hors d’état de nuire [plutôt] que n’importe quel innocent qui prendrait une balle perdue… [Le] transformer en héros cela me paraît tordre le cou d’une girafe », déclare François Cluzet. A propos de qui ? De Jacques Mesrine, un braqueur meurtrier tué à Paris en novembre 1979 et sujet d’un film dont la 2e partie s’intitule « Mesrine l’ennemi public n° 1 » (2008).

Quel étonnement donc quand, quelques minutes plus tard, François Cluzet entonne un vibrant plaidoyer en faveur du terroriste Salah Hamouri : « Ce qui est très intéressant dans l’identité nationale en ce moment, c’est le cas d’un type qui s’appelle Salah Hamouri. Vous connaissez ce Salah Hamouri ? » Ses deux interlocuteurs répondent par la négative.

Et François Cluzet de poursuivre, indigné, appuyant avec véhémence de son bras droit ses allégations : « C’est un Français qui est en prison, en Israël, pour délit d’opinion. Euh… Nicolas Sarkozy a dit : « J’irai chercher n’importe quel Français, quoi qu’il ait fait, où qu’il soit ». Or, Salah Hamouri, depuis quatre ans, il est en prison, en Israël. C’est un Franco-Palestinien. Il est Français de mère, Palestinien de père. Et il est en prison pour délit d’opinion simplement parce qu’il a dit qu’il était contre les colonisations et la poursuite de la colonisation. Personne n’en parle ! C’est un Français. On parle d’identité nationale ! Ça fait quatre ans qu’il est en tôle. Personne n’en parle ! [Nda : A Laurent Delahousse] Vous ne savez même pas qui c’est. Monsieur Copé non plus. Alors, d’ailleurs, de surcroit, il y a un comité de soutien pour ce Salah Hamouri, qui va, il faut le reconnaître bien évidemment, de l’UMP au NPA [Nda : Nouveau parti anticapitaliste]. Donc, c’est pas une histoire politique. C’est une histoire d’un de nos concitoyens qui est en tôle dans un pays où apparemment on répond aux Français : "C’est notre affaire" ».

François Delahousse assure : « Eh bien je vous garantis qu’on va essayer d’aller un peu plus loin et en tout cas s’y intéresser pour savoir… »

Sur un ton définitif, François Cluzet assène : « Il est en prison, il faut le faire sortir ».

Ces ENORMES mensonges, qui diffament et diabolisent Israël sont passés comme une lettre à la poste. Nul n’a répliqué : « Israël est une démocratie qui respecte la liberté d’expression. Ce que vous dites est invraisemblable, impossible ». Pour s’en convaincre, il suffit, par exemple, de voir ces Israéliens, juifs et arabes, qui manifestent librement, en Israël, contre « la colonisation », sans être interpellés, ainsi que ces artistes et universitaires israéliens qui diffament leur pays en toute impunité.

Oui, en plus des élucubrations infondées anti-israélennes du comédien, c’est ce silence qui est choquant et révèle l’ignorance de réalités basiques. Israël, ce n’est ni la Corée du Nord, ni Cuba, ni la Russie, ni une dictature arabe.

Salah Hamouri, condamné notamment pour complot terroriste

Quant à Salah Hamouri, il a été arrêté le 13 mars 2005 car cet apprenti terroriste était un leader d’une organisation illégale, le Front populaire de libération de la Palestine (FPLP) qui veut détruire l’Etat juif, et il complotait, avec deux complices, l’assassinat en Israël du grand rabbin Ovadia Yossef, chef d’un parti politique, le Shass. Salah Hamouri est « assez proche de Marwan Barghouti », selon sa mère, Denise Hamouri. Il a reconnu les faits et plaidé coupable en 2008. Il a été condamné à sept ans de prison lors d’un procès équitable, juste et transparent par l’institution judiciaire d’une démocratie. Salah Hamouri n’a pas interjeté appel de sa condamnation. Il jouit de droits très nombreux dans la prison israélienne où il purge sa peine, notamment les droits de visite de sa famille, de son avocat, de la Croix-Rouge, de ses comités de soutien, de diplomates, etc.

De plus, c’est un prisonnier dont de nombreuses autorités politiques françaises se préoccupent activement. Ainsi, Denise Hamouri a été reçue à l’Elysée et au Quai d’Orsay .

En 2009, le Président de la République Nicolas Sarkozy et le ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner ont réclamé un « geste de clémence » d’Israël, un allègement de la peine, car Salah Hamouri a « de bonne chances de réinsertion » .

Les collectivités locales françaises ne sont pas en reste. Jugez plutôt.

En décembre 2008, le Conseil de Paris a adopté le vœu de l’exécutif parisien « annonçant une nouvelle intervention du Maire de Paris, Bertrand Delanoë, auprès du président Shimon Peres pour demander un aménagement de la peine de Salah Hamouri ». Ce Conseil de Paris, pratiquement vide, a adopté le vœu du député-maire Claude Goasguen (UMP) faisant l’otage franco-israélien Guilad Shalit citoyen d’honneur de Paris. Pierre Schapira, adjoint PS du Maire aux Relations internationales, a alors souligné que « la politique de la Ville a toujours été équilibrée et qu’il n’y avait pas deux poids, deux mesures ». Tout de même : ont été mis sur pied d’égalité un terroriste et un innocent, un prisonnier jugé légalement et un otage sans aucun droit, un acte politique et un geste symbolique.

Lors de l’été 2009, le Maire de Paris, Bertrand Delanoë, a rencontré « la famille du soldat Shalit, mais aussi celle de Salah Hamouri ». Un parallèle injustifié entre deux situations distinctes.

La municipalité de Grigny a attribué, le 16 mai 2009, le titre de citoyen d’honneur à Salah Hamouri, et, le 28 septembre 2009, le conseil général de l’Essonne a adopté un vœu pour exiger sa libération.

De plus, de nombreuses associations, dont le MRAP (Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples), interviennent en faveur de Salah Hamouri.

En juillet 2009, la commission israélienne au sein du ministère de la Justice a refusé la libération du détenu. En août 2009, le Premier ministre, Benjamin Netanyahu, a suivi son avis.

En plus du non-respect de la vérité ou d’une grave ignorance, c’est la souveraineté d’un Etat de droit que menace François Cluzet : tout Etat a le droit « d’intervenir pour veiller, précisément, à ce que ses ressortissants, en dehors de son territoire, soient traités suivant les normes du droit international, mais toute immixtion dans le fonctionnement de la justice d’un autre Etat est interdite » (professeur David Ruzié).

La compassion sélective d’une « belle âme »

Dans sa lancée, comme s’il détenait la Vérité sur tout, François Cluzet réduit la politique à « une promotion personnelle » et à « l’électoralisme ». Jean-François Copé nie, et lui réplique : « Vous n’allez pas me dire que vous ne faites pas votre travail quand vous venez parler de votre film… »

Mais le comédien a bien préparé son coup. Théâtralement, il sort une photo en faveur de l’association et dit : « Voici pourquoi je suis venu… pour une opération magnifique ». Parce que son film ne le serait pas ?

« Ce n’est pas incompatible », glisse ironiquement Jean-François Copé.

Monsieur-Cluzet-au-grand-cœur fait alors la promotion du calendrier de l’association Mécénat chirurgie cardiaque (MCC) pour sauver « tous les enfants des pays pauvres, qui ont des problèmes de cœur ». Sait-il que l’association Un cœur pour la paix agit en ce sens à l’égard d’enfants palestiniens opérés dans le service de cardiologie pédiatrique de l’hôpital israélien Hadassah de Jérusalem ? [*]

Mais demeure une question : pourquoi ce comédien ne s’émeut-il pas publiquement en faveur de son concitoyen, le jeune otage juif Guilad Shalit, kidnappé par des terroristes palestiniens en juin 2006 et détenu depuis, illégalement, par le Hamas ou ses sbires, dans la bande de Gaza, sans visite de la Croix-Rouge internationale, etc. ?


Mise à jour à 23 h 44 :

« Considérant qu’il s’agit d’une désinformation caractérisée et d’incitation à la haine », le Bureau national de vigilance contre l’antisémitisme (BNVCA), qui saisit le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA), « demande à la Rédaction de France 2 et à Monsieur Delahousse de rétablir sans délai la vérité sur cette antenne et de présenter les faits concernant le terroriste en question - auquel le Président de la République française s’est intéressé, bien que Salah Hamouri ait déclaré ne rien regretter -… conformément aux lois en vigueur" concernant les Français qui commettent « un crime à l’étranger, et notamment un acte terroriste, le BNVCA réitère sa demande aux ministres de l’Intérieur et de la Justice d’engager une procédure de déchéance de la nationalité française de Salah Hamouri pour les faits qui lui sont reprochés, si son cas entre dans le cadre de cette mesure ». Une demande déjà formulée le 14 août 2009.


Enfin, François Cluzet opère une hiérarchisation entre les êtres humains, similaire à celle qu’avait établie Raymond Barre. Peu après l’attentat visant la
synagogue de la rue Copernic (Paris), le 3 octobre 1980, Raymond Barre, alors Premier ministre, dénonçait « un attentat odieux qui voulait frapper les Juifs se trouvant dans cette synagogue et qui a frappé des Français innocents qui traversaient la rue Copernic ». Pour François Cluzet, la vie de « n’importe quel innocent » a plus de valeur que celle d’un grand rabbin israélien. Pourquoi ? Parce que ce dernier est juif ? Parce qu’il est citoyen de l’Etat juif ? Parce que Eretz Israël [Nda : la terre d’Israël] est un territoire « colonisé » par les Yaoud (Nda : Juifs, en arabe) ?



© Véronique Chemla

 

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Note d’upjf.org

 

[*] A quoi on peut ajouter le magnifique travail accompli par le Centre Médical Wolfson (Holon) et son œuvre de bienfaisance, unique en son genre, Save a Child’s Heart (SACH) [sauver le cœur d’un enfant]; voir l’article de Esther Solomon, "Israël-Angola: un récit qui fait chaud au coeur".

 

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Mis en ligne le 9 novembre 2009, par
M. Macina, sur le site upjf.org