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Droits humains, racisme, antisémitisme, etc.
Antisémitisme

Pour Boström, les Juifs sont "différents" : parole d’antisémite, Yaïr Lapid
08/11/2009

« Le journaliste suédois Boström ne hait pas les Juifs. Il pense seulement que nous sommes différents […] Que lui dirai-je ?- Qu’il est antisémite » (Y. Lapid). Cet article est paru en deux parties sur le site de Yediot Aharonot. Y. Lapid se profile de plus en plus comme un remarquable éditorialiste, avec quelque chose de plus : la sensibilité artistique servie par un style direct, émotionnel, souvent humoristique, voire satirique. D’où le soin tout particulier que je mets à le traduire. (Menahem Macina).

08/11/09
Sur le site YnetNews.com, 25 octobre 2009

Texte original anglais : 1ère Partie, "Jews are different" ; 2ème Partie, "Ignorant anti-Semites".

Traduction française : Menahem Macina, pour upjf.org


Note à l’attention des responsables de sites et blogues : Cet article peut être librement reproduit, sous réserve de la mention - explicite et obligatoire - de son lien : http://www.upjf.org/contributeurs-specialises/article-17408-145-7-bostrom-juifs-differents-parole-dantisemite-yair-lapid.html

 

 

 

I. Les Juifs sont différents


Yair Lapid - Photo: Yoni Hamenachem

Je suis supposé interviewer le journaliste suédois Donald Boström à la prochaine Convention des Médias qui se tient très prochainement à Dimona (Israël). Mais peut-être s’attend-on à ce que je monte sur la scène et je lui lance mon poing à la figure.

Boström est le journaliste suédois qui a publié l’article infâmant qui accuse les forces armées d’Israël d’avoir récolté des organes sur les cadavres de Palestiniens. Il s’agit, bien sûr, de l’accusation de meurtre [blood libel] de la pire espèce. Cependant, alors qu’il n’a jamais vu de tels cadavres et n’a pas été en mesure d’apporter la moindre preuve de ses affirmations, en dehors de quelques rumeurs sauvages en provenance de Gaza, Boström prétend que l’affaire doit faire l’objet d’une investigation. Dès l’instant qu’un tel récit apparaît, dit-il, le boulot de la presse est de le publier. Et voilà que j’ai le désagréable devoir d’expliquer à Boström qu’il ne comprend pas comment la presse fonctionne en temps de guerre.

Selon Boström, la liberté d’expression signifie que si quelqu’un ment, on n’attend pas du journaliste qu’il vérifie la vérité mais qu’il publie le mensonge "de manière équilibrée" [1] Des journalistes comme Boström ne mentent jamais; ils ne font que rapporter la vérité que leur disent des menteurs.

Si vous parvenez un moment à vous détendre et à la lire en toute objectivité, vous verrez que l’histoire publiée par Boström est le résultat d’une incompréhension [2]. Conformément à la loi, Israël, fait procéder à un examen post mortem de quiconque est atteint par un tir de l’armée. Si absurde que cela paraisse, cela fait partie de notre tentative d’établir la vérité. Quand les Boström du monde entier nous interrogent, nous souhaitons leur fournir des réponses précises. Qui l’a tué ? Dans quelles circonstances ? Quand ?

Or, les Palestiniens ont vu des cadavres avec des traces de suture et n’y ont rien compris. A quoi sert une autopsie ? se sont-ils demandés. Il a été atteint par une balle et il est mort. Alors il se sont mis à répandre des rumeurs incontrôlées, et le service des relations publiques du Hamas a fait "avaler" l’histoire à la presse mondiale, et Boström y a cru.

Car, de Boström à Goldstone, l’Etat d’Israël est sans cesse vilipendé de la même manière : les Palestiniens mentent. Ils ont compris, bien avant nous, que la guerre ne se déroule pas seulement dans les rues de Gaza, mais aussi sur des millions d’écrans de télévision. De leur point de vue, si nous avons le droit d’utiliser des bombes au phosphore [3], ils ont le droit de mentir. C’est l’arme classique du faible : bon marché, efficace, sans risque et, admettons-le, douloureuse.

Alors, Boström est-il un antisémite ? Bien sûr que oui. Le sait-il ? C’est une autre histoire. J’incline à croire que si on le soumettait au polygraphe [détecteur de mensonge], en lui demandant s’il hait les Juifs, l’aiguille ne bougerait pas. Il ne nous hait pas. Il pense seulement que nous sommes différents.

Il est difficile de le condamner. Après tout, c’est nous qui sommes à l’origine de la conception selon laquelle nous sommes différents. Si, pendant 2000 ans, vous vous êtes habillé différemment, avez cru en un Dieu différent, célébré des fêtes différentes et si, pour couronner le tout, vous avez insisté pour dire à tout un chacun que vous êtes entièrement différent d’eux, ils finissent par vous croire.

Le problème, c’est que c’est une arme à double tranchant. Quand nous disons que nous sommes différents, nous voulons dire, en fait, que nous sommes meilleurs. C’est très sympathique, mais la nature humaine ne fonctionne pas de cette manière. Les gens ont toujours tendance à préférer ceux qui leur ressemblent ; pire : ils veulent toujours que les autres voient les choses comme ils les voient eux-mêmes. Ces Juifs sont différents [se disent-ils], donc il faut s’attendre à tout avec eux. S’ils peuvent être assez intelligents pour percer le mystère du ribosome et assez impitoyables pour créer un fonds de retraite et voler cinquante milliards, ils peuvent bien être assez cruels pour voler des organes humains. On ne sait jamais, en fin de compte, ce qui peut leur passer par la tête.

Ce qui est le plus pénible, c’est qu’ils nous ont mis ainsi dans la même catégorie que les menteurs.

……………………………….


II. Des antisémites ignorants


Nous préférons classifier les gens, parce que c’est plus facile. Par exemple, quelle différence y a-t-il entre les Suédois et les Norvégiens ? Certains de mes meilleurs amis sont blonds, mais il est difficile de dire qui est qui [Suédois ou Norvégien].

Et qui, par ici, peut distinguer un Japonais d’un Coréen, un Hutu d’un Tutsi, un Bolivien et d’un Paraguayen ? Tous ces peuples ont fait des guerres beaucoup plus cruelles et meurtrières que celle qui nous oppose aux Palestiniens ; des guerres qui ont causé des millions de morts et qui ont duré de nombreuses années.

Au total, 7 000 Palestiniens sont morts au cours des 62 ans du conflit israélo-palestinien. Ce chiffre équivaut à un jour de conflit dans la Vallée bolivienne du Chaco, et à deux heures de conflit au Ruanda, mais comme nous ne pouvons savoir en quoi ils diffèrent, ils ne peuvent savoir en quoi nous sommes différents.

Vu de la ville glaciale de Stockholm, dans un monde qui compte 1000 chaînes de télévision, nous apparaissons tous comme identiques : la peau sombre, suant et tirant l’un sur l’autre. De son point de vue, le récit de Boström ne traite pas des Juifs et des Arabes, mais d’un endroit terrible où chacun se comporte comme une bête.

Son antisémitisme ne provient pas d’un préjugé, mais plutôt de l’ignorance.

Les nouveaux antisémites se dispensent d’investiguer les faits. Pour eux, nous ne sommes rien de plus qu’un "sujet". S’ils le traitent, ce n’est pas parce qu’ils sont convaincus que c’est vrai, mais parce qu’ils ne comprennent pas qu’il n’y a aucune chance qu’il puisse être vrai. Ils se disent : "peut-être", là où il ne peut y avoir de peut-être. Ils disent "c’est possible", là où rien de tel n’est possible.

Ils ne rédigent pas une nouvelle version des "Protocoles des Sages de Sion" ; ils pensent seulement que leur devoir de journaliste est de les lire et ensuite de les publier. Boström n’écarte pas la possibilité que nous puissions commettre des crimes de type nazi contre l’humanité, parce qu’il ne parvient pas à comprendre qu’Israël est une démocratie occidentale éclairée qui se bat pour son existence dans un Orient sauvage.

Il omet de faire la distinction entre l’éthique juive et l’absence de moralité de l’islam radical ; il ne discerne pas la différence entre un régime où la loi prévaut et un autre où c’est la haine qui domine. Il est incapable de voir la différence entre un Etat qui a constitué la commission d’enquête de Winograd [sur la Seconde Guerre du Liban] et s’examine constamment, et un groupe terroriste qui ne recule devant rien et qui a le droit de mentir sans cesse pour déshonorer notre image dans le monde entier.

En disant cela, je ne prétends pas que toute action israélienne dans les territoires soit correcte et justifiée. Je pense, et je l’ai écrit à ce moment-là, que le meurtre d’enfants à Gaza, au cours de l’opération "Coulée de Plomb", était immorale et peut-être impardonnable. Toutefois, il y a une différence – majeure, fondamentale, et irréfutable - entre des erreurs tragiques, qui se produisent au cours d’une guerre, et la perversité aveugle de l’islam radical.

En fin de compte, ont peut résumer en deux phrases les différences entre eux et nous :

  • Nous pourrions les effacer de la face de la terre, et pourtant, nous ne le ferons jamais.
  • Eux peuvent nous tuer tous et, pour peu qu’ils en soient capables, ils le feront sans hésiter.


Alors, que vais-je dire à Boström ? Tout simplement qu’il est antisémite.

 

© YnetNews.com (Yediot Aharonot)


[Textes aimablement signalés par M. Taub, Israël.]

 

Mis en ligne le 8 novembre 2009, par M. Macina, sur le site upjf.org