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Islam
Islam de France

Tissu blanc, uniforme et identité, Jean-Pierre Bensimon
06/11/2009

Du grand Bensimon ! (Menahem Macina).

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06/11/09

 

Sur le site Objectif-info

 

 

Comme ce petit article du Monde est bien tombé ! Stéphanie Le Bars, l’ex-correspondante du quotidien à Jérusalem, dont on a en encore mémoire les fulminations contre tout ce qu’était le pays où sa rédaction l’avait affectée, nous informe que le pèlerinage collectif de militaires français à La Mecque ne se fera pas, pour des raisons de grippe A et de bureaucratie. Le titre du papier « Le pèlerinage manqué de militaires français à La Mecque » (1), associe « militaires français » et « La Mecque », pour bien marquer que l’on peut être un militaire français et un musulman pieux.

C’est pourtant ce que l’histoire donne pour une évidence ! Des musulmans ont participé au cours du 20ème siècle à tous les combats de la France, des tranchées boueuses et glacées de 14-18 aux déserts africains, aux débarquements, à la terrible campagne d’Italie, sans compter leurs engagements ultérieurs. Ils ont été présents sous le drapeau tricolore, et très exposés : le plus souvent envoyés en première ligne. Ils ont fait preuve d’un héroïsme exceptionnel et la France devrait s’acquitter envers eux d’une dette morale dont l’estime serait l’expression supérieure.

Étrangement, Le Bars fait du pèlerinage annulé « la marque d’une nouvelle étape dans la normalisation de la présence de l’islam dans les institutions ». Nous étions convaincus que la France était composée de citoyens et non d’adeptes de telle ou telle croyance, que ses institutions étaient laïques, et qu’avant de se « normaliser » en fonction des religions, elle délimitait au contraire très strictement le périmètre d’expression de ces dernières dans la sphère publique.

C’est d’ailleurs ce que semble penser M. Arbi, le représentant de l’Aumônerie musulmane, lui-même « inquiet des soupçons d’entorse à la laïcité » que Mme Le Bars entretient un peu. Et elle entreprend de le citer très fâcheusement, dans un propos, sans doute involontaire mais plutôt inquiétant : « Pas question non plus, comme c’est le cas à Lourdes lors du pèlerinage catholique, de s’y rendre en uniforme […] De toute façon, à la Mecque, chacun revêt le tenue du pèlerin, un simple tissu blanc ».

Or, en conservant son uniforme, le militaire catholique qui se rend à Lourdes démontre qu’il juge compatibles sa foi et son engagement pour la nation, et mieux il recouvre sa foi de son uniforme, de la marque de son identité française. En se dépouillant de son uniforme pour du drap blanc, le militaire français de foi musulmane efface sa nationalité pour embrasser sa religion. L’aumônier semble même en faire une obligation. Le musulman devient à la Mecque « un simple Fidèle » qui se dissout dans la communauté des croyants, la Oumma ; son identité religieuse relègue et éteint son identité française. L’intégration du militaire français de foi musulmane « dans les institutions » françaises serait d’une vérité - combien aveuglante ! - s’il affichait fièrement son uniforme au voisinage de la Kaaba.

La question est loin d’être simplement théorique. Le jour ou Mme Le Bars publiait son article, un terrible drame se jouait de l’autre côté de l’Atlantique. Un officier américain musulman d’origine palestinienne, Malik Nadal Hasan, tirait sur ses frères d’armes de Fort Hood faisant treize morts et une trentaine de blessés [*]. On ne sait pas encore s’il s’agit d’un attentat mûrement préparé, d’une initiative individuelle, ou d’une crise de folie. Cette dernière hypothèse est très improbable car Malik Nadal Hasan était un psychiatre rompu à la gestion des situations de stress. Un membre de sa famille a déjà évoqué des brimades qu’il aurait subies en raison de sa religion et de ses origines. Selon un mécanisme aussi automatique que les majorités anti-israéliennes à l’ONU, le meurtrier s’est quasi instantanément transformé en victime, et des médias français de grande audience ont mis en avant le désespoir du Palestinien brimé. A la plèbe de se convaincre que l’on répond effectivement à des brimades supposées par des mitraillages et treize meurtres.

Ce qui est sûr, c’est que l’officier meurtrier devait partir en Irak et qu’il semblait en être très affecté. Sur le départ vers un théâtre d’opérations où son pays, l’Amérique, est aux prises avec ses frères de foi, des musulmans, l’officier subissait un intense conflit d’identité entre son appartenance nationale, son uniforme, et son appartenance religieuse. Il a très vraisemblablement résolu le douloureux dilemme en tirant sur les Infidèles à sa portée parce qu’ils avaient le même uniforme que lui, et non pas malgré qu’ils aient le même uniforme. Son identité religieuse désignait, à ses yeux, cet uniforme comme celui de l’ennemi.

De tels conflits d’identité sont particulièrement probables dans la population musulmane vivant en Occident. Le climat d’ébullition idéologique et d’extrémisme religieux qui secoue le monde arabe depuis plusieurs décennies et la focalisation sur les fautes de l’Occident - lequel aggrave la situation en s’accusant lui-même - déchirent ces musulmans entre leurs appartenances. La foi islamique - qui dissocie très peu Dieu des institutions humaines et de la politique -, l’écho d’une immense civilisation, dont l’ancienne domination a été écrasante, renforcent encore les dilemmes intérieurs. Le croyant ne trouve souvent une vraie paix qu’en se repliant sur son identité fantasmée de croyant, au détriment de son appartenance réelle à une société occidentale. Cela peut le conduire à s’engager dans une revendication de type « multiculturaliste » pour édifier un îlot musulman protégé dans une mer infidèle, ou parfois dans un mouvement terroriste. Cela peut aussi provoquer ce que Daniel Pipes a appelé le « syndrome du djihad soudain » (2). C’est, en phase symptomatique aiguë, un passage à l’acte inattendu et meurtrier contre tout infidèle rencontré sur son passage. Il existe de nombreux cas documentés de ce syndrome. En termes politiques, la question posée est celle de l’existence minoritaire des musulmans dans des sociétés où ils ne détiennent pas le pouvoir.

Mais les conflits d’identité qui ont une répercussion considérable sur la vie dans les sociétés occidentales ne se limitent pas à ceux que rencontrent les musulmans en Occident. Bien que le rapprochement puisse sembler très aventuré, c’est un divorce intérieur de ce genre qui pourrait expliquer pourquoi le président Obama se trouve dépouillé de l’essentiel de son capital de confiance et empêtré sur tous les sujets, un an après son élection triomphale. Il ne s’agit pas clairement d’islam cette fois-ci, mais voilà un homme qui a baigné, durant toute sa vie adulte, dans l’idéologie de son pasteur Jérémie Wright. Sa devise était "God damn America" - que Dieu maudisse l’Amérique. Sa conception du monde était une litanie d’accusations de l’Occident blanc, ce concentré de haine de l’Amérique et de fantasme de l’Afrique, qui sévit dans les milieux d’influence de l’extrémisme noir. Ce rejet du pouvoir blanc se sublime aussi dans ces milieux, comme en Europe, dans une religion droit-de-l’hommiste à géométrie anti-occidentale et anti-sioniste.

Dans le marigot de Chicago, le futur président a appris toutes les ficelles de la cuisine et du marketing politique, ce qui en a fait un redoutable candidat. Mais une fois au pouvoir, le voilà aux prises avec la politique réelle : les attentes du peuple américain, lato sensu, et non réduit à ses minorités, les impératifs d’une défense nationale étendue au monde entier, la confrontation avec des régimes dictatoriaux ou barbares qui peuplent la planète. Comment bâtir une stratégie offensive et gagnante pour un monde que l’on a haï aussi intimement et qui frappe à votre porte à tous les instants ? Comment concilier ces réflexes et ces intuitions, que votre passé a inscrits en vous, et la concentration de toutes vos ressources intellectuelles et psychiques au service d’un ordre qui vous a été étranger ? C’est sans doute pour cela qu’aux prises avec son vain combat, Obama s’excuse, se prosterne, hésite et noie la décision sous des flots de paroles.

On est prié de ne pas voir dans ces quelques lignes une quelconque contribution au débat officiel sur l’identité nationale. Pour retenir réellement l’attention, il aurait dû s’ouvrir sur la cartographie des identités concurrentes les plus intimes du personnel politique, et relever au préalable les ravages du relativisme et du narcissisme dans les cerveaux de nos décideurs. Car la politique n’est pas que la guerre pour les places et les palais.

 

Jean-Pierre Bensimon


© Objectif-info

 

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(1) Le Monde 6 novembre 2009

(2) Voir, par exemple, Sudden Jihad Syndrome – It’s Now Official, 2 janv 2008


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Note d’upjf.org

[*] Voir : "Un officier américain d’origine musulmane cause un bain de sang sur une base du Texas".

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Mis en ligne le 6 novembre 2009, par M. Macina, sur le site upjf.org