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A quoi sert Goldstone ? par Michel Gurfinkiel
05/11/2009

Michel Gurfinkiel écrit bien : ce n’est pas un scoop. Mais là, il se surpasse. Voici un éditorial lumineux, une brève synthèse remarquable, indiscutable, aussi. Je souhaite que cet article fasse le tour du Web. Si vous le souhaitez aussi, diffusez-le largement, par tous les moyens. Merci. (Menahem Macina).

05/11/09Texte repris du Blogue de l’auteur, 4 novembre 2009

Derrière le rapport Goldstone, un but militaire : empêcher Tsahal de riposter de manière efficace à de nouvelles agressions. Le reste est bavardage.

Cela fait soixante-et-un ans qu’Israël gagne ses guerres. Le plus souvent de manière foudroyante. Parfois de façon plus malaisée. Et c’est grâce à ses victoires, absolues ou relatives, qu’il existe. Compte tenu de sa taille, de sa population, de sa géographie et de la nature de ses adversaires, une seule défaite lui serait fatale.

Certaines victoires israéliennes ont transformé la situation sur le terrain : ce fut le cas, en particulier, des deux guerres majeures de 1948 et de 1967, de la guerre du Litani, en 1978, de l’opération Rempart, en 2002. D’autres ont créé des rapports de force favorables à l’Etat juif,  renforcé son prestige militaire : la campagne de Suez, en 1956, l’opération d’Entebbe en 1976, le raid sur la centrale nucléaire irakienne de Tammouz-Osirak, en 1981, le raid contre des installations non conventionnelles en Syrie, à l’automne 2007, l’opération Plomb Fondu à Gaza en décembre 2008 et janvier 2009. Certaines – comme la première guerre du Liban, en 1982 - se sont soldées, à court terme, par des échecs politiques, mais, à long terme, par une capacité de dissuasion accrue.

Chacune de ces victoires, après 1948, a été obtenue dans un nouvel environnement stratégique et tactique, face à un ennemi qui avait tiré les enseignements de sa défaite précédente, renforcé son potentiel et changé ses méthodes. A chaque fois, Israël a été contraint de se réinventer et de se dépasser. La guerre du Kippour, en 1973, est le cas le plus marquant à cet égard. Appuyé par l’Union soviétique, l’ennemi égyptien et syrien avait été en mesure, pendant la période initiale du conflit, de prendre l’avantage grâce à une technologie révolutionnaire, les missiles intelligents de type Sam, qui annulait en partie la supériorité israélienne en matière d’aviation et de blindés. Mais les Israéliens parvenaient eux-mêmes, en quelques jours à peine, à annuler cet avantage grâce à des innovations tactiques.

De même, on peut considérer le recours au terrorisme et à la guérilla, sous ses formes successives, feddayin des années 1950, détournements d’avion et autres attentats à partir de 1969, intifada à partir de 1987, opérations suicide à partir de 1989, ou encore les bombardements par roquettes de type Kassam, comme des efforts en vue d’annuler la supériorité conventionnelle d’Israël, conformément aux schémas de la « guerre asymétrique ». Mais, là encore, l’Etat juif a su trouver des parades, à commencer par le nettoyage, par des moyens conventionnels, des bases adverses. Si les résultats de la deuxième guerre du Liban, en 2006, n’ont pas été tout à fait concluants, pour diverses raisons, ceux de l’opération Plomb Fondu, en 2008-2009, l’ont été.

Sans cesser de chercher une martingale purement militaire ou politico-militaire, les ennemis ont donc tenté une autre approche : la neutralisation de la puissance israélienne par des moyens strictement politiques. Sans doute ont-ils été amenés à donner une grande importance à cette option en raison des particularités culturelles du monde arabo-musulman, où le verbe (manié par le poète, ou alim, docteur de la loi coranique) arrête ou brise souvent l’épée (maniée par l’amir, chef de guerre, ou le sultan, guerrier devenu gouvernant).

Dès 1948, les pays arabes ont tenté d’annuler les premiers succès israéliens sur le terrain, en exigeant le retour immédiat des réfugiés arabes palestiniens dans leur foyers, non pas pour vivre en paix avec les Juifs, mais bien pour les combattre de l’intérieur. A l’époque, cette demande paraissait tellement exorbitante aux Occidentaux, qui dominaient l’Onu et les autres instances internationales, que la résolution 194 du Conseil de sécurité sur les réfugiés de Palestine, à son paragraphe 11, l’exclut formellement.

En 1956, Nasser, battu à Port-Saïd par les Britanniques et les Français, et dans le Sinaï par Israël, obtient le retrait des uns et des autres à l’Onu (avec le soutien des Etats-Unis, dirigés par une administration Einsenhower pro-arabe).

A partir des années 1960, quand la décolonisation déséquilibre l’Onu en y introduisant des fantômes d’Etat, cette méthode se révèle de plus en plus payante. A partir des années 1990, quand la chute du communisme soviétique, paradoxalement, désarme les pays et sociétés libres face à de nouvelles menaces totalitaires, elle acquiert une efficacité redoutable.

Quelle est la signification stratégique du rapport Goldstone ? L’opération Plomb Fondu a montré que Tsahal avait les moyens militaires d’écraser les organisations totalitaires et terroristes qui menaient une guerre asymétrique contre Israël. Il faut donc impérativement, du point de vue islamiste et pro-islamiste, qualifier cette opération de crime de guerre afin d’empêcher Tsahal d’employer à nouveau ces moyens.  Qu’un magistrat juif sud-africain, ancien serviteur du régime de l’apartheid, se charge de cette tâche, c’est encore mieux.

Pour les gouvernements, les ONG, les hommes politiques, les penseurs, les philosophes, les juristes, le choix est clair : ou Goldstone, ou Israël.

Ou désarmer  l’Etat juif en entérinant un rapport inique.

Ou lui permettre d’assurer sa survie, en tenant ce document pour nul et non avenu.

Le reste est  bavardage.


© Michel Gurfinkiel


Mis en ligne le 5 novembre 2009, par
M. Macina, sur le site upjf.org