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Affaibli, Obama est plus conciliant avec Israël, Jacques Benillouche
03/11/2009

Cet article m’a causé une sensation de malaise. Je l’exprime dans ma note [1], en fin d’article. Il se peut que j’aie mal compris le propos de l’auteur. Il reste que certaines de ses expressions - que je commente dans ma note - posent problème, et j’apprécierais qu’il s’en explique, sans qu’il y soit obligé, cela va de soi. (Menahem Macina).

03/11/09Sur le site Slate.fr

Après s’être opposé fermement au gouvernement israélien et à Benjamin Netanyahou, la Maison-Blanche et la diplomatie américaine changent soudain de stratégie. (Slate).

Benjamin Netanyahou et Barack Obama  - Larry Downing / Reuters

La visite en Israël d’Hillary Clinton, qui était attendue avec beaucoup de crainte à Jérusalem, a en fait marqué un virage inattendu de la politique Proche-Orientale des Etats-Unis. Après avoir encensé le président Mahmoud Abbas qui avait, selon elle, fait preuve de «leadership et de détermination sur la sécurité», elle a approuvé la déclaration de Benjamin Netanyahou qui estimait que «les Palestiniens n’avaient jamais demandé un gel de la colonisation dans le passé comme condition pour discuter avec les Israéliens».

La secrétaire d’Etat a assuré qu’en mettant «des limites importantes à la colonisation», Israël a fait «des concessions sans précédent». Ces propos, encourageant les Israéliens à plus d’intransigeance [1], ont été condamnés par l’ensemble des responsables palestiniens. Leur porte-parole, Hassan El-Khatib a affirmé que «les négociations portent sur la fin de l’occupation et la construction dans les implantations constituent la perpétuation de cette occupation. L’optimisme à l’égard de l’administration américaine a disparu.»

L’administration américaine semble ainsi aligner sa position sur celle d’Israël [2]. Le vice-ministre israélien des Affaires étrangères, Danny Ayalon, s’est félicité de cette soudaine volte-face: «La preuve est faite que les Etats-Unis sont nos meilleurs amis et que l’attitude ferme d’Israël sur ses positions est payante». Ephraïm Inbar, directeur du Centre d’études stratégiques Begin-Sadate de l’Université Bar-Ilan de Tel-Aviv, estime, quant à lui, que «les Américains ont compris que leur approche initiale était totalement irréaliste et qu’ils ne pouvaient pas obtenir davantage de concessions de Netanyahou, massivement soutenu par ses compatriotes».

Pourtant, Barack Obama, à son arrivée au pouvoir, avait exigé d’Israël le gel des constructions dans les implantations avant que les négociations puissent reprendre. Cette déclaration, qui avait été alors contestée par les nationalistes de la coalition gouvernementale, avait entrainé un refroidissement des relations bilatérales israélo-américaines. Les Etats-Unis semblent aujourd’hui battre en retraite et leur changement d’attitude risque de ne pas être apprécié par les palestiniens.

Les Israéliens s’étaient pourtant résignés au changement de méthode de l’administration américaine, qui avait modifié son ton et son style au point de laisser présager une rupture avec l’Etat juif. Barack Obama s’était distingué de la position de Georges Bush en ne recevant pas immédiatement Benjamin Netanyahou et en accueillant chaleureusement Mahmoud Abbas, pour signifier à Israël qu’il n’entendait plus le soutenir de façon inconditionnelle.

Le président américain fondait sa politique sur le rapport de l’US-Middle East project, créé en 1994 par le Council on Foreign Relation, qui abordait «La dernière chance pour la solution de deux Etats entre Israël et la Palestine». Il n’avait pas hésité pour cela à montrer son désaccord public avec Israël sur la question des implantations et sur l’exigence de l’émergence de deux Etats indépendants. Il avait cautionné l’un des points fondamentaux de ce texte, qui estimait que les gouvernements israéliens avaient tendance à utiliser la peur et la sécurité pour former des coalitions hétéroclites. Il avait définitivement signifié aux israéliens qu’ils devaient cesser de s’enfermer dans une logique strictement sécuritaire.

Les dirigeants israéliens s’étaient fait une raison et avaient intégré l’idée qu’ils n’avaient plus rien à attendre de ce président. Les Israéliens, en majorité, d’après un sondage du Jérusalem Post, avaient d’ailleurs considéré que la présidence Obama était plus pro-palestinienne que pro-israélienne. Ils s’étaient [fondés] alors sur son discours du Caire, qui avait enflammé les esprits musulmans voyant dans ces propos une volonté  de corriger les erreurs passées de ses prédécesseurs.

La prise de position d’Hilary Clinton et son changement de ton prouvent que le président américain a donné les instructions pour revenir aux fondamentaux à savoir, la consolidation de l’amitié israélienne inscrite dans l’histoire depuis le soutien donné aux Etats-Unis par Ben Gourion à l’occasion de la guerre de Corée de 1953. Plusieurs explications peuvent être avancées à [lire: ’pour expliquer’] ce revirement politique.

Tout d’abord, les Palestiniens, qui ont ignoré la doctrine Obama du Caire, n’ont pas attrapé [lire: ’repris’] la balle au bond et se sont montrés timorés, alors que les Américains attendaient qu’ils fassent faire preuve de courage politique et de pragmatisme. L’impossibilité d’émergence [lire: ’la non-émergence’] d’un leader incontesté, la rupture persistante Fatah-Hamas et l’absence de consensus palestinien, ont fini par décourager à la fois les Américains et les parrains égyptiens.

La seconde explication tient à la popularité d’Obama, qui décline. Sa côte [lire: ’cote’] n’a cessé de diminuer depuis l’été, puisque seuls 49% des Américains lui font maintenant confiance. Cette chute de popularité lui enjoint de reporter ses préoccupations immédiates sur les questions intérieuses avant celles de politique étrangère. Son déclin ne favorise plus une action diplomatique en force contre les israéliens.

La dernière motivation à [lire: ’de’] ce revirement pourrait, par ailleurs, s’expliquer par des intérêts bassement politiques. Les élections législatives dites de mi-mandant [lire: ’mi-mandat] auront lieu le 2 novembre 2010. Barack Obama ne peut se permettre d’être suspecté de mener à la défaite ses amis comptant sur les voix juives, donc pro-israéliennes [3], qui s’expriment traditionnellement en faveur des démocrates.

Dans la situation d’isolement international dans laquelle se trouve l’Etat juif, le discours d’Hillary Clinton intervient comme un réconfort inespéré pour le gouvernement israélien. Les Palestiniens, en revanche, resteront les laissés pour compte d’un changement diplomatique qui consolide les tenants d’une politique israélienne nationaliste et pousse un parti travailliste israélien moribond à se déliter encore plus vite. Le Hamas, seul gagnant de la situation, a encore de beaux jours devant lui à Gaza.

Jacques Benillouche

Lire également: Israël de plus en plus isolé.

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Notes de Menahem Macina

[1] Cette expression, ainsi que plusieurs autres de même nature, utilisées dans cet article m’amènent à me poser des questions sur l’objectivité de l’auteur. Le titre, tout d’abord, qui laisse entendre que c’est parce qu’il est "affaibli" (il eût fallu préciser en quoi), que le président américain est "plus conciliant avec Israël". Malaise également quand je lis que les propos de H. Clinton - reconnaissant qu’Israël avait fait "des concessions sans précédent" - "encouragent les Israéliens à plus d’intransigeance". L’auteur exprime-t-il son avis personnel (donc celui de la rédaction de Slate), ou celui des Palestiniens. Dans la seconde hypothèse, il eût fallu écrire, des propos de Mme Clinton : "[considérés par les Palestiniens comme] encourageant les Israéliens à plus d’intransigeance". Il est troublant de lire que l’administration américaine "semble... aligner sa position sur celle d’Israël". Pas un mot sur l’hypothèse vraisemblable qu’elle s’est convaincue que la mauvaise volonté était du côté des Palestiniens (voir ma note [2], ci-après]. Pire : l’auteur enfonce le clou: "Pourtant, Barack Obama, à son arrivée au pouvoir, avait exigé d’Israël le gel des constructions dans les implantations avant que les négociations puissent reprendre". Et d’ajouter: "Les Etats-Unis semblent aujourd’hui battre en retraite". A la fin de son "papier", l’auteur reprend l’argument qui court en filigrane dans son éditorial, et il le résume même de façon catégorique : "Son déclin [en fait, la baisse de popularité d’Obama] ne favorise plus une action diplomatique en force contre les Israéliens". Enfin, l’avant-dernière phrase de l’article donne nettement l’impression que l’auteur n’apprécie pas la nouvelle approche de l’administration américaine. Qu’on en juge : "le discours d’Hillary Clinton intervient comme un réconfort inespéré pour le gouvernement israélien. Les Palestiniens, en revanche, resteront les laissés pour compte d’un changement diplomatique qui consolide [lire: ’renforce’] les tenants d’une politique israélienne nationaliste". Loin de moi l’idée d’attendre de Slate qu’il s’exprime comme un site communautaire pro-juif et/ou pro-isralien. Mais je ne peux m’empêcher de me poser la question de sa neutralité politique, à la lecture de ce texte, dont le ton général ressemble curieusement à celui des Juifs républicains les plus critiques des positions israéliennes.

[2] L’éditorial cinglant de Ugo Volli : "Paix, frontières sûres, stabilité, ne sont pas le but des Palestiniens, mais leur pire cauchemar..", donne une clé pour comprendre ce prétendu "alignement" américain sur les positions israéliennes. On fera bien de s’y reporter.

[3] "...voix juives, donc pro-israéliennes". Curieux raccourci, arbitraire de surcroît. En effet, l’auteur ne peut l’ignorer, tous les Juifs ne sont pas "pro-israéliens", tant s’en faut?

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Mis en ligne le 3 novembre 2009, par M. Macina, sur le site upjf.org