Debriefing.org
Google
Administration
Accueil
Tous les articles
Imprimer
Envoyer
S’inscrire
Nous contacter

Informations, documents, analysesDebriefing.org
Israël (Société - mentalités)
Israël Politique extérieure

Israël de plus en plus isolé ? Jacques Benillouche
01/11/2009

La diplomatie israélienne vient d’essuyer une série de rebuffades sans précédent avec la Turquie, le Qatar, l’ONU, la Suède et les Etats-Unis. (Slate.fr).

01/11/09
Texte repris du site Slate.fr


La secrétaire d’Etat américaine Hillary Clinton est arrivée dimanche 1er novembre, en début de journée, à Marrakech au Maroc, où elle doit poursuivre ses efforts en vue de relancer le processus de paix entre Israël et les Palestiniens. La chef de la diplomatie américaine revient du Proche-Orient. Elle s’est entretenue successivement samedi 31 octobre avec le président palestinien Mahmoud Abbas et avec le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahu. Les Etats-Unis plaident pour une reprise au plus tôt des négociations de paix, interrompues après l’offensive israélienne à Gaza depuis la fin 2008. Benjamin Netanyahou est sous une pression grandissante.

Car la diplomatie israélienne va d’échec en échec. Cette situation voit l’Etat juif perdre, un à un, des soutiens précieux. Elle est notamment liée à l’arrivée au pouvoir d’un gouvernement de droite, contraint de satisfaire l’aile nationaliste de sa coalition.

Après le revirement politique amorcé par la Turquie, qui s’est rapprochée de la Syrie et de l’Iran, le parlement du Bahrein vient de voter l’interdiction de tout contact avec l’Etat juif. «Quiconque entretiendra des discussions avec des représentants israéliens sera condamné à une peine de prison de 3 à 5 ans», ont décidé les parlementaires. Cette rupture fait déjà suite à celle de la Mauritanie le 16 janvier. L’un des rares pays de la Ligue arabe à avoir des relations officielles avec Israël avait décidé de rappeler son ambassadeur en Israël et de suspendre ses relations diplomatiques pour protester contre l’offensive israélienne à Gaza. L’ambassade israélienne de Nouakchott a été fermée le 6 mars à la demande des autorités mauritaniennes.

La ministre des affaires étrangères, Tsipi Livni, sensible aux contacts tous azimuts, s’était déplacée en 2008 au Qatar pour rencontrer, au grand jour, son homologue omanais dans le cadre d’une reprise de relations diplomatiques. Le sultanat avait rompu ses relations en 2000 à la suite de la deuxième Intifada. Ce travail d’approche a été réduit à néant en ce début d’année puisque l’émir du Qatar a proposé aux pays arabes de reconsidérer leurs relations avec Israël en raison de l’invasion de Gaza. Et, pour marquer sa désapprobation, il a décidé de créer un fonds de reconstruction du territoire palestinien en acceptant de verser la somme de 250 millions de dollars.

Pour trouver une situation similaire, il faudrait se reporter à l’année 1973, quand, en conséquence de la Guerre de Kippour, l’Afrique a voulu marquer sa solidarité avec les pays arabes en décidant une rupture collective des relations diplomatiques avec l’Etat juif. Après l’âge d’or des années 1960 où Israël entretenait des relations avec la majorité des pays indépendants d’Afrique, la Guerre de Kippour sonna le glas de relations qui ne reprirent qu’après 1980. De nombreux pays de l’Est avaient alors, eux aussi, entériné cette décision de rupture. Israël, qui voit le vide se faire autour de lui aujourd’hui, a peur d’une contamination qui risque de lui enlever ses derniers soutiens.

La situation avec l’Europe n’est pas meilleure puisque les alliés historiques se rebiffent aussi. La Suède et Israël se sont trouvés au bord d’une rupture diplomatique en août 2009, lorsque le gouvernement israélien a exigé que Stockholm condamne officiellement un article de pressé jugé antisémite. Dans cette ambiance tendue, le ministre des affaires étrangères suédois avait refusé de recevoir, le 25 septembre, son homologue israélien, Avigdor Lieberman, par ailleurs persona non grata en Europe occidentale.

Les rapports avec l’ONU sont à l’avenant. La décision du Conseil des droits de l’Homme d’appuyer la résolution préparée par les Palestiniens n’a pas surpris les israéliens. En approuvant par 25 voix pour, 6 contre et 11 abstentions le rapport Goldstone dénonçant les «crimes de guerre» commis par Israël lors de la dernière guerre de Gaza, le Conseil a pris le risque d’isoler encore plus l’Etat juif et surtout, de le radicaliser face à un processus de paix figé. Certes, Israël n’attendait aucun soutien de l’ONU, puisque des majorités automatiques s’expriment toujours contre lui, mais il craint que cette unanimité n’incite ses ennemis à plus d’intransigeance.

La situation avec les Etats-Unis passe, elle aussi, par une situation critique. Elle se tend sans que l’on sache jusqu’où peut mener le bras de fer entre Barack Obama et Benjamin Netanyahu. Les Israéliens, qui ont réfuté la doctrine Obama sur le Proche-Orient, ne croient pas à un clash, tout au plus à des frictions, mais ils estiment en revanche qu’un changement notable de cap de la politique internationale est engagé. En dépit des efforts récents de la secrétaire d’Etat américaine, Hillary Clinton, les chances de réactiver un processus de paix moribond restent minces, d’autant plus que la cote de popularité d’Obama et ses difficultés de politique intérieure ne le mettent pas en mesure d’exiger de son allié un acte fondateur sans ouvrir un nouveau front contre ses adversaires républicains.

Benjamin Netanyahu est conscient de la situation d’isolement dans laquelle est plongé progressivement son pays et, pour cela, après quatre mois de bouderie, il a suscité une rencontre avec la chef de l’opposition, Tsipi Livni, pour tenter d’enrayer la vague mondiale de désapprobation diplomatique. L’Europe étant aux abonnés absents, les espoirs se tournent à présent vers les pays de l’Est, plus réceptifs depuis la nomination de l’un des leurs aux affaires étrangères israéliennes. Le ministre russe, Sergueï Lavrov, a été attentif aux arguments de Tsipi Livni puisque la Russie a tenté d’empêcher la tenue d’un débat sur le rapport Goldstone à l’Assemblée Générale de l’ONU.

La France reste un cas particulier dans ce contexte. Le Quai d’Orsay, fidèle à sa tradition héritée du gaullisme, manifeste ouvertement sa position anti-israélienne en étant à la pointe du combat diplomatique contre l’Etat juif. Mais l’originalité de la situation tient au fait que le président Nicolas Sarkozy adopte à l’égard d’Israël une attitude plus conciliante, sinon plus tolérante. Les frictions qui en résultent sur les problèmes israélien et iranien donnent à penser que le Quai d’Orsay et Sarkozy ne font pas bon ménage. L’Elysée a adopté, contre la position affirmée en 2007 par Bernard Kouchner, la vision des Américains et des Israéliens sur la guerre de Gaza. Il a exigé que la France refuse d’apporter son soutien à une résolution dénonçant Israël, mais le ministre Kouchner, présent personnellement à New-York, a décidé de voter ce texte contre l’avis du président.

Nicolas Sarkozy n’a pas pris de sanction mais a trouvé la parade en opposant son veto au voyage en Iran que Bernard Kouchner avait préparé de longue date. L’Etat d’Israël n’avait pas apprécié l’activisme du titulaire du Quai d’Orsay et, malgré l’isolement politique qui s’instaurait, il a accru le désamour en refusant d’autoriser Bernard Kouchner à se rendre dans la bande de Gaza du 23 au 25 octobre, dans le cadre d’une tournée Syrie-Liban-Israël. A cette occasion, le chantier de reconstruction de l’hôpital Al-Qods, détruit durant la guerre de Gaza et financé par la France et le Qatar, devait être inauguré.

Les pressions actuelles exercées sur Benjamin Netanyahu risquent d’avoir des effets inverses de ceux escomptés. Elles risquent de l’acculer à une fuite en avant qui pourrait l’entraîner vers le déclenchement d’un conflit, notamment avec l’Iran. Selon les théories admises, la guerre peut contribuer à maintenir ou restaurer la cohésion d’un pays, car «la guerre est l’acte politique par lequel des Etats, ne pouvant concilier ce qu’ils croient être leurs devoirs, leurs droits et leurs intérêts, recourent à la lutte armée» pour citer Thierry Funck-Brentano et Albert Sorel. En tout état de cause, la diplomatie israélienne est actuellement bien en panne, ce qui n’est pas de nature à stabiliser la région.

 

Jacques Benillouche


© Slate.fr

 

Lire également sur la politique israélienne: Coup de froid entre Israël et la Turquie, Vers une troisième intifada? et Les risques d’une attaque israélienne contre l’Iran.

 

Mis en ligne le 1er novembre 2009, par M. Macina, sur le site upjf.org