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Polémiques

Le déni de la réalité et ses origines [A propos de l’article de J. Attali dans Haaretz], S. Trigano
01/11/2009

Excellent, comme toujours. Merci. (Menahem Macina).
01/11/09

 

Éditorial sur Radio J, le 30 octobre 2009


Transcrit sur Facebook, par R. Cohen


Le réseau Internet a beaucoup glosé sur les déclarations de Jacques Attali au journal israélien Haaretz (16/10/09) :

« Il n’y a aucun antisémitisme en France. C’est un mensonge. C’est un pur mensonge... Je pense que c’est de la propagande, de la propagande israélienne ».

L’observateur avait noté dans ses carnets d’autres déclarations à l’emporte-pièce, qui ne cadrent pas avec le personnage célébré par les institutions et médias communautaires. Dans le journal suisse Le Matin (10 mars 2009) : « le peuple juif a une histoire planétaire et millénaire qui n’a rien à voir avec l’Etat d’Israël ». Dans son Dictionnaire Amoureux du judaïsme, où il y a une entrée pour « Palestine » mais pas pour « Israël », Attali propose comme solution au conflit israélo-palestinien que les réfugiés palestiniens se réinstallent en Israël tandis que les Juifs chassés des pays arabes retourneraient dans leurs pays d’origine.

Chacun a pu apprécier ces propos désinvoltes, d’une violence symbolique inouïe. Je remarque néanmoins qu’ils ont pour conséquence de stigmatiser implicitement ceux qui, de 2001 à 2004, ont alerté l’opinion publique nationale de la réalité gravissime du nouvel antisémitisme et de l’avertissement qu’il lançait à la société française dans sa globalité. Quand, en 2001, j’ai créé l’Observatoire du Monde Juif pour rendre publiques les preuves d’environs 500 actes antisémites, nous avons été confrontés à une étrange réaction publique et médiatique – digne de la psychanalyse –, nous accusant de communautarisme et de racisme.

Une part non négligeable de l’intelligentsia et des élites (y compris communautaires) fit chorus à ce jugement accentuant le discrédit et la condamnation de la communauté juive, devenue soudain agressive alors qu’elle était sous le coup de multiples agressions.

Il fallut attendre l’arrivée de Nicolas Sarkozy au ministère de l’Intérieur, une succession de rapports ministériels, Ruffin (2004) [1], Obin (2004), de rapports de la Commission européenne pour que le fait antisémite soit reconnu.

Mais entre temps, le mal avait été fait et on avait désarmé la société face à l’insécurité générale qui n’a pu qu’empirer, par la suite, avec les émeutes des banlieues.

Mais la cause de cette attitude est plus profonde et la suite de l’interview d’Attali, en général négligée par les commentateurs, nous en donne un indice. « La France a la plus importante communauté juive moderne et la plus importante communauté arabo-musulmane moderne. Il est absolument crucial pour Israël et le monde entier que les deux communautés s’entendent. Ces relations sont d’une importance stratégique : s’ils ne peuvent vivre en harmonie ici, ils ne peuvent vivre en harmonie nulle part ».

Il y a là une formulation lapidaire des bases idéologiques du déni de la réalité de l’antisémitisme. Et Jacques Attali, qui déclare avoir été très proche de François Mitterrand durant 10 ans, devrait en savoir quelque chose. C’est en effet Mitterrand qui, dans sa deuxième législature, a tenté de rééditer la stratégie du Front antifasciste des années 1930, pour pulvériser la droite – puis le PS dans un deuxième temps (pouvoir personnel oblige !) – en rameutant les Républicains autour de lui contre un « danger Le Pen », alors inventé de toutes pièces.

C’était l’époque où Julien Dray, de SOS Racisme, consacrait le slogan « Juifs = immigrés », appelant à lutter contre le racisme anti-arabe au nom de la lutte contre l’antisémitisme et le néo-nazisme. L’antisémitisme fut identifié à la seule extrême droite, et l’innocence de la communauté de l’immigration, établie pour l’éternité. La communauté juive fut lourdement sollicitée à l’appui de cette opération de politique politicienne.

Quand les actes antisémites surgirent de certains de ces milieux, cette idéologie s’effondra totalement dans les faits, mais elle fut maintenue dans les discours et les consciences. C’est ce qui donna naissance à ce décalage pathétique entre le discours et le réel, qui caractérise la France d’aujourd’hui. Il fallut donc, pour les nécessités de cette idéologie et de ceux qui y ont intérêt, que les Juifs correspondent impeccablement au rôle qu’elle leur assigne, pour sauvegarder les apparences, sous la menace de se voir diabolisés et accusés des maux dont ils souffraient.

A l’opposé de cette thèse, il faut rétablir la vérité. Le salut de la France ne dépend pas de l’entente des « deux communautés », selon l’expression de Mitterrand lors de la première guerre du Golfe. Elle est souhaitable, certes, et digne d’être recherchée mais les Juifs sont des citoyens sans problème d’identité vis-à-vis du cadre national qui, seul, doit prévaloir. S’il y a un problème de sécurité et de paix publique, c’est l’Etat seul qui est concerné et responsable. De même, le problème israélo-palestinien n’est pas un problème planétaire : il oppose deux fois 5 à 6 millions de personnes sur un très petit territoire. L’Europe ne trouvera pas de solution à ses problèmes d’immigration par Israël interposé. C’est un bon bouc émissaire de sa démission générale.

Il faut en finir avec la mythologie et l’affabulation qui ont parasité les 20 dernières années.

 

Shmuel Trigano


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Notes de Menahem Macina


[1] Chantier sur la Lutte contre le racisme et l’antisémitisme.

[2] Les signes et manifestations d’appartenance religieuse dans les établissements scolaires.


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Mis en ligne le 1er novembre 2009, par
M. Macina, sur le site upjf.org