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Polémiques

Jacques Attali, ou la "preuve par le moi": Un nouveau cas de solipsisme juif, I. Lurçat
28/10/2009

Ce texte, mordant et implacablement lucide, de P.I. Lurçat, est un trait de feu que le temps n’éteindra pas. Je le résumerai par une boutade de mon cru en parodiant un trait d’André Frossard ("Dieu existe, je l’ai rencontré"), qui ne détonnerait pas dans la bouche d’Attali: "L’antisémitisme n’existe pas, je ne l’ai pas rencontré". (Menahem Macina).

Texte repris du Blogue "Vu de Jérusalem"Ces dix dernières années, Israël s’est mis à prendre ses désirs pour des réalités, à savoir, que la situation en France est désastreuse et que les gens émigrent en Israël. C’est une propagande très dangereuse que de faire croire que la situation en France est terrible. C’est ridicule ! Je suis un exemple du fait que ce n’est pas vrai. Je suis parti de rien et j’ai prospéré dans le monde entier et aussi en France.


(J. Attali, interviewé dans Ha’aretz, traduction de Menahem Macina)


La récente interview de Jacques Attali dans Ha’aretz a soulevé une émotion légitime dans la communauté juive francophone. L’écrivain juif à succès y affirme, avec une véhémence confinant parfois à la vulgarité, qu’il n’y a pas d’antisémitisme en France aujourd’hui, et que seule la « propagande » israélienne veut faire croire le contraire... Le thème n’est en réalité pas nouveau. Rappelons, pour mémoire, les déclarations tonitruantes de Théo Klein dans les colonnes du Monde, ou encore le pamphlet écrit par deux mauvais journalistes, Cécilia Gabizon et Johan Weisz, pour démontrer que l’antisémitisme serait exagéré et exploité par Israël pour renforcer l’alyah [1].

 

Il est surprenant, à première vue, de voir un Jacques Attali joindre sa voix au chœur des négateurs de l’antisémitisme en France. Son propos ressemble en effet, de manière atténuée, à celui d’un José Bové, qui voyait la main du Mossad derrière les incendies de synagogues [2]. En niant l’existence de l’antisémitisme, Attali insulte toutes ses victimes, qui subissent presque quotidiennement injures ou agressions (et aussi les victimes de cette variante, encore plus généralisée, de l’antisémitisme, qu’est le racisme antiblanc ou antifrançais). On pourrait mettre ses propos excessifs sur le compte d’un désir de publicité – il fait actuellement la promotion de ses deux derniers livres – ou encore d’un énervement passager, provoqué par les questions insistantes du Ha’aretz, journal des élites post-sionistes israéliennes, qui avait déjà créé la polémique, il y a quelques années, en interviewant Alain Finkielkraut.


Mais l’attitude d’Attali tient, à mon avis, à des raisons plus profondes, que j’avais analysées il y a quelques années dans un article sur l’historienne Esther Benbassa (publié dans le numéro spécial de la revue Controverses,
consacré aux « Alterjuifs ») [3]. Benbassa, tout comme Attali, s’employait à nier l’existence de l’antisémitisme – au moment même où les synagogues brûlaient – avec une mauvaise foi évidente et un discours idéologique très proche de celui d’Attali. Tout comme celui-ci, elle utilisait, pour
« démontrer » l’inexistence de l’antisémitisme, un exemple concret, tiré de son expérience personnelle :

 

Pensons à ces jeunes musulmans de France qui ont mis le feu à des synagogues, au début de la seconde Intifada, à l’automne 2000. Doit-on parler, comme on l’a fait, d’agressions antisémites ? Ces jeunes gens se sont identifiés à la cause palestinienne, aux lanceurs de pierres palestiniens, à une souffrance qui n’était pas directement la leur...

Ceci dit, pas de panique excessive : au moment même où tout cela se passait, j’allais faire mes achats dans le XVIIIe arrondissement, et mes commerçants arabes et musulmans n’ont pas oublié de me souhaiter un bon Nouvel An juif.

EstherrrrBenbassaGGG.jpgPhoto : Esther Benbassa


Des synagogues ont brûlé, aux Ulis, à Trappes, à Bondy ? Des juifs ont été agressés, insultés, pris à partie, tabassés et roués de coups ? Soit. Mais au même moment, Madame Benbassa faisait ses courses dans le XVIIIe arrondissement, et ses commerçants arabes et musulmans lui souhaitaient la bonne année.  Pas de panique, donc… Ce raisonnement s’apparente à une forme de solipsisme : seule mon expérience personnelle compte. Peu importe ce que subissent les Juifs dans le fond de leur banlieue, dans le « 9-3 » et ailleurs, puisque je peux, moi, Esther Benbassa, continuer à faire mes courses tranquillement et à être saluée par mes commerçants arabes… Cette « preuve par le moi » a été utilisée par d’autres sophistes juifs, régulièrement invités par les médias pour témoigner de l’absence d’agressions antisémites. L’avocat Théo Klein - qui use et abuse de son titre d’ancien président du CRIF - apporta, lui aussi, son témoignage de Juif des beaux quartiers (son cabinet est situé sur les Champs-Elysées), jurant, premièrement, qu’il n’y a pas d’antisémitisme en France, et deuxièmement et par ailleurs, que les agresseurs des Juifs sont eux-mêmes des « victimes de l’exclusion »…

 

L’attitude de Jacques Attali est similaire à celle d’Esther Benbassa et de Théo Klein [4]. Il pratique, lui aussi, le solipsisme juif, en affirmant, envers et contre tout, que l’antisémitisme n’existe pas... La preuve ? Sa carrière exemplaire, de Juif « parti de rien qui a prospéré dans le monde entier » [sic]. Cette dernière citation, pour ridicule qu’elle soit, est riche d’enseignements. Attali, auteur de best-sellers, qui se flatte d’avoir 21 manuscrits en cours dans son ordinateur, refuse de voir l’antisémitisme, parce que ce dernier pourrait nuire à son statut et à sa vision du monde. L’antisémitisme, les synagogues incendiées dans les banlieues françaises, l’assassinat d’Ilan Halimi, le djihad mondial : tout cela importune Attali, occupé à des tâches tellement plus importantes, comme celle d’expliquer au monde entier comment « sortir de la crise », ou de relater l’histoire du Mahatma Gandhi, ou celle de François Mitterrand...

mitterrand-attali.jpg

Pour ce faux prophète juif (émule de Nostradamus bien plus que de nos Prophètes), mégalomane autoproclamé, qui est classé 89e sur la liste des « intellectuels les plus influents du monde », le judaïsme est pure abstraction, sujet de livres bien plus que condition vécue – souvent difficilement – par ses coreligionnaires, au destin desquels il est totalement indifférent. Il ne sort de sa tour d’ivoire ou de son appartement des beaux quartiers (encore épargnés par l’antisémitisme) que pour aller sur les plateaux de télévision, ou pour rencontrer les grands de ce monde. Il n’est pas étonnant que son « Dictionnaire amoureux du judaïsme » ne parle pas d’Israël, ce petit Etat qui emm... la planète entière avec ses guerres perpétuelles et sa prétention à vivre libre. Car Attali n’a que faire d’Israël, de son armée et de sa « propagande ». Il ne veut surtout pas être dérangé par la mère d’Ilan Halimi ou par la menace iranienne, et préfére offrir au monde entier ses leçons pour sortir de la crise. Ne lui parlez pas d’Ahmadinejad ou de Dieudonné...

 

Il est trop occupé à écrire l’histoire de l’avenir.

 


P.I. Lurçat

 

© Vu de Jérusalem

 

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Notes de Menahem Macina

 

[1] Ces deux personnages ont co-écrit, en 2006, un livre racoleur intitulé OPA sur les juifs de France. Enquête sur un exode programmé (2000-2005). Voir, entre autres critiques, celle de Ph. Karsenty, "Le Da Vinci Code des Juifs de France", 22 mai 2006.

[2] Voir Antoine Vitkine, "José Bové et le Mossad", sur le site Conspiracy Watch, 25 septembre 2008.

[3] Voir David Kurtz, "Esther Benbassa : hasard et nécessité médiatique", in Controverses 4, mars 2007, pp. 272-280.

[4] Voir J.-P. Bensimon, "Théo Klein, ou l’apothéose de la raison borgne", in Controverses 4, mars 2007, pp. 122-153.

 

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Mis en ligne le 28 octobre 2009, par M. Macina, sur le site upjf.org