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Parti pris pro-palestinien

Godard fait son cinéma philopalestinien et perd une bonne occasion de se taire, M. Macina
12/11/2009

« Les attentats-suicides [sic] des Palestiniens, pour parvenir à faire exister un Etat palestinien, ressemblent, en fin de compte, à ce que firent les Juifs, en se laissant conduire comme des moutons et exterminer dans les chambres à gaz, se sacrifiant ainsi pour parvenir à faire exister l’Etat d’Israël. » (Godard).

19/10/09 

Nos anciens avaient bien raison de nous lancer l’adage populaire : « Chacun chez soi et les oies seront bien gardées », lorsque, garnements prétentieux, nous nous prenions pour ce que nous n’étions pas.

Godard, qui est né au début des années 30, a certainement dû l’entendre, mais il n’en a pas fait son profit, témoin sa comparaison ’fulgurante’ entre les Palestiniens assassins-suicide, et les Juifs « moutons » exterminés durant la Shoah. Jugez-en (1):

« Les attentats-suicides [sic] des Palestiniens, pour parvenir à faire exister un Etat palestinien, ressemblent, en fin de compte, à ce que firent les Juifs, en se laissant conduire comme des moutons et exterminer dans les chambres à gaz, se sacrifiant ainsi pour parvenir à faire exister l’Etat d’Israël. »

Passons pieusement sur l’anachronisme qui prête à des Juifs des années vingt une mystique sioniste dont seule une minuscule élite avait alors l’apanage. Mais prendre au sérieux le cliché éculé des moutons n’est même pas digne d’un cinéaste inculte. Or, il paraît que Godard est un génie cinématographique. Je n’ai pas qualité pour approuver ou infirmer ce jugement flatteur. Mais ce que je sais, c’est que l’homme n’est ni un génie de l’histoire, ni un expert en analyse comparative. Pourtant, il s’est risqué à l’une comme à l’autre, avec un résultat qui ferait bêler et braire d’ironie un mouton et un âne, s’ils se prenaient pour des cinéastes !


Pour se convaincre de ce que les Juifs d’Europe ne se sont pas sacrifiés pour que vive un Etat d’Israël qui n’existait pas, alors, et dont aucun d’eux n’imaginait qu’il existerait un jour, il faut relire l’adieu désespéré qu’adressaient aux juifs de Palestine les représentants du judaïsme polonais, alors agonisant et dont la REVOLTE est restée célèbre (2) :

« À la dernière minute avant leur anéantissement total, les derniers survivants du peuple juif en Pologne ont lancé un appel au secours au monde entier. Il n’a pas été entendu. Nous savons que vous, Juifs de Palestine, vous souffrez cruellement de notre martyre incroyable. Mais que ceux qui avaient les moyens de nous aider et ne l’ont pas fait sachent ce que nous pensons d’eux. Le sang de trois millions de Juifs hurle vengeance, et il sera vengé! Et ce châtiment ne frappera pas seulement les cannibales nazis, mais tous ceux qui ne firent rien pour sauver un peuple condamné. Que cette dernière voix, sortant de l’abîme, parvienne aux oreilles de l’humanité toute entière. »

 

Menahem Macina

 

© upjf.org


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(1)
Annick Cojean, "La magie des mots et des émotions" (Compte rendu de « Rencontres du Monde et des Livres »), dans Le Monde du 5 octobre 2009. Contexte :

« Dans un livre de fiction, Fleischer se plaît à glisser des éléments autobiographiques. Et à la page 289 de son roman, il raconte un échange avec le cinéaste Jean-Luc Godard et le journaliste Jean Narboni, à l’occasion du tournage d’un documentaire et d’une conversation sur la question juive. Godard, selon lui, aurait déclaré : "Les attentats-suicides des Palestiniens, pour parvenir à faire exister un Etat palestinien, ressemblent, en fin de compte, à ce que firent les Juifs, en se laissant conduire comme des moutons et exterminer dans les chambres à gaz, se sacrifiant ainsi pour parvenir à faire exister l’Etat d’Israël." Une monstruosité s’il en est. Une monstruosité qui glace à la fois le public et Franck Nouchi, animateur du débat, consterné de devoir citer la phrase hors la présence de Godard et conscient de donner de l’écho à ce que Fleischer considère comme une énième provocation du cinéaste. »

Les italiques sont miennes. Je ne doute pas un instant que si, d’aventure, un journaliste incisif faisait allusion, devant Godard, à ce propos malséant, le cinéaste ne proteste qu’on l’a mal compris ou que ses propos ont été rapportés hors contexte.

(2) Cité par Léon Poliakov, Bréviaire de la haine, Paris, 1951, p. 353.

 

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© upjf.org

 

Mis en ligne le 19 octobre 2009, par M. Macina, sur le site upjf.org