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Politique

Oslo, Décryptage d’un Nobel, Michel Gurfinkiel
16/10/2009

Le comité Nobel norvégien a toujours fait passer l’idéologie avant les faits. Et il est dirigé par un ancien "contact" soviétique. Deux raisons de couronner Obama. (M. Gurfinkiel).

16/10/09
Sur le Blogue de l’auteur, 14 octobre 2009


« En distinguant le président américain sur la foi de ses discours, le jury d’Oslo rompt avec sa tradition ».
C’est ainsi que Le Monde du 9 octobre commente l’attribution du Prix Nobel de la paix à Barack Obama. Jusqu’à présent, le prix avait toujours récompensé des actes, plutôt que de simples intentions. Désormais, les intentions priment sur les actes. Obama, installé à la Maison Blanche depuis neuf mois seulement, s’est hâté d’associer à ses honneurs une lauréate plus ancienne, la militante démocrate birmane, Aung San Suu Kyi. Pour échapper, au moins en partie, au ridicule de la situation : « C’est un terrible avantage de n’avoir rien fait, mais il ne faut pas en abuser », disait Antoine de Rivarol.

Mais le jury d’Oslo a-il réellement rompu avec une « tradition », comme l’affirme Le Monde ? Voire. Il avait pris l’habitude d’attribuer le Nobel de la Paix en fonction d’une idéologie plutôt que de faits. De là à couronner l’idéologie elle-même, il n’y avait qu’un pas.

La liste des lauréats, au cours des trente-cinq dernières années, de 1973 à 2008, est révélatrice. Au total, cinquante-deux personnalités ou organisations ont reçu le prix pendant cette période. Vingt-neuf sont liées à des pays du tiers-monde ; seize à des ONG de gauche ou d’extrême gauche ; six à l’Onu ; six à des Etats ou organisations totalitaires ; quatre à des pays musulmans ; quatre à des organisations terroristes ; trois à des militants ou organisations écologistes. En regard, dix-sept lauréats seulement, toutes origines confondues, ont été explicitement honorés pour avoir défendu les valeurs d’une société démocratique et humaniste de type occidental. Encore faudrait-il en retrancher cinq (Henry Kissinger, Eisaku Sato, Menahem Begin, Shimon Pérès, Yitzhak Rabin), qui servent de faire-valoir à des colauréats « mieux-disants » (Le Duc Tho, Sean McBride, Anouar el-Sadate, Yasser Arafat). Ce qui ramène les lauréats occidentaux ou pro-occidentaux honorés en tant que tels à douze seulement (Andréi Sakharov, Mère Theresa, Lech Walesa, Elie Wiesel, le Dalaï-Lama, John Hume, David Trimble, Kim Dae Jung, Carlos Felipe Ximenes Belo, Jose Ramos-Horta, Muhammad Yunus, Marrti Ahtissari).

Derrière de tels choix, on retrouve sans cesse l’illusion de l’ « arbitrage », que partageait assurément Alfred Nobel, selon lequel la paix est une affaire de bons sentiments, le produit d’une « conversion des cœurs », plutôt que le résultat d’un rapport de forces ; mais aussi le sophisme infiniment plus pervers des « pacifistes » qui, avant 1939, se proposaient de coexister avec le IIIe Reich, et qui, plus tard, pendant la guerre froide, ne se souciaient de désarmer l’Ouest, selon le mot de François Mitterrand, que pour mieux armer l’Est ;  et surtout le fantasme antinomiste – dont un Alain Badiou, en France, est le pyrotechnicien quasi-officiel - selon laquelle le Mal serait porteur de Bien, le Bien : un Mal déguisé, la liberté : un leurre, la tyrannie : une liberté, le droit : une imposture, la progression du niveau de vie : une paupérisation, la civilisation : une barbarie, et les Barbares : de vrais civilisés.

Ces rêves ou ces délires se nourrissent de leur inassouvissement. Là encore, il convient de relire la liste des lauréats. L’Américain Ralph Bunche obtint le Nobel de la paix, en 1950, pour sa médiation dans le conflit israélo-palestinien et israélo-arabe. Sadate et Begin, en 1978, Arafat, Rabin et Pérès, en 1994, Obama, en 2009, l’ont obtenu pour les mêmes raisons. Mais la guerre continue : ce qui signifie, au minimum, que cinq prix sur six n’ont servi à rien. Kissinger et Le Duc Tho ont été couronnés en 1973 pour leurs accords de paix en Indochine : deux ans plus tard, la guerre reprenait, et le communisme massacrait ou expulsait des millions d’êtres humains au Vietnam et au Cambodge. Kofi Annan et l’Onu ont été honorés en 2001 : au moment où les médias commençaient à évoquer le scandale « Pétrole contre nourriture ». L’Agence internationale de l’Energie atomique, dirigée par l’Egyptien Mohammed El-Baradei, a été distinguée en 2005 pour sa lutte contre la prolifération des armes nucléaires : elle n’avait pourtant rien fait pour empêcher l’accession de l’Inde et du Pakistan, en 1998, à ce type d’armements, et elle ne fera rien pour freiner la Corée du Nord, puissance déclarée en 2008, ni l’Iran.

Tous les jurés d’Oslo n’ont pas perdu le sens commun. Tous ne sont pas restés passifs devant un tel bilan. Kaare Kristiansen démissionna du Comité Nobel en 1994, plutôt que de cautionner la remise du Prix de la Paix à Arafat. Mais ce ne sont là que des exceptions qui confirment la règle. Pourquoi ?

Quand Alfred Nobel créa ses prix, à la fin du XIXe siècle, la Suède et la Norvège étaient confédérées sous un seul et même monarque. L’inventeur de la dynamite, Suédois, voulut confier aux Norvégiens l’une de ses distinctions. Ce fut le Prix de la Paix. Mais Oslo n’ayant pas d’Académie prestigieuse, analogue à l’Institut Karolinska de Stockholm, le choix des lauréats fut confié à un comité de cinq membres, élu par le parlement local. A parlement de gauche, comité de gauche, et inversement : il en va ainsi depuis plus d’un siècle. Et le Nobel de la paix s’en ressent.

Le comité actuel est dirigé par Thorbjorn Jagland, ancien premier ministre socialiste et ancien ministre des Affaires étrangères, dont les passages au pouvoir ont tous été entachés de scandales, de gaffes diverses et de prises de position anti-américaines ou anti-israéliennes. On sait également aujourd’hui qu’il était considéré par le KGB, tout au long des années 1970 et 1980, comme un « contact confidentiel ». Voilà qui explique beaucoup de choses, on en conviendra.

 

© Michel Gurfinkiel


[Article aimablement signalé par Matsada - Infos.]

 

Mis en ligne le 16 octobre 2009, par M. Macina, sur le site upjf.org