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Islam intégriste

L’attentat-suicide et la foi. Quelques aspects du Jihad, Denis MacEoin
15/10/2009

"De la même façon que les crimes d’honneur constituent une perversion des liens humains les plus fondamentaux, l’amour du ’martyre’ est la dimension la plus sombre de l’âme humaine que puisse choisir une société." (D. MacEoin). Un article séminal. Un grand merci à notre traducteur maison pour l’avoir si bien rendu en français. A diffuser très largement. (Menahem Macina).

14/10/09
Middle East Quarterly
, Automne 2009, pp. 15-24

Texte original anglais : "Suicide Bombing as Worship. Dimensions of Jihad"


Traduction française : Jean Szlamowicz, pour upjf.org


Note à l’attention des responsables de sites et blogues : Cet article peut être librement reproduit, sous réserve de la mention - explicite et obligatoire - de son lien : http://www.upjf.org/contributeurs-specialises/article-17278-145-7-lattentat-suicide-foi-quelques-aspects-jihad-denis-maceoin.html

 

 

Cliché ajouté par upjf.org

On cite souvent comme explications aux attentats-suicide des arguments comme le désir de sanctification religieuse, ou l’envie de se venger de l’Occident, ou encore la haine d’Israël, mais le lien entre tous ces arguments est que les musulmans revendiquent d’aimer la mort, par opposition à leurs ennemis qui aiment la vie. Qu’il s’agisse de tuer des infidèles dans des attentats-suicide, ou de laisser une femme, considérée comme inférieure, participer à de tels attentats, on retrouve un même motif. Et de la même façon que les crimes d’honneur constituent une perversion des liens humains les plus fondamentaux, l’amour du "martyre" est la dimension la plus sombre de l’âme humaine que puisse choisir une société. C’est en tentant d’analyser cela que nous tâcherons de démarquer des possibilités de solution.

 

Origines

Depuis les années quatre-vingts, le suicide est devenu la méthode d’assassinat la plus populaire dans des pays comme l’Irak ou l’Afghanistan, dans des territoires comme la Tchétchénie, la Cisjordanie, ou la bande de Gaza, ou même dans des pays occidentaux comme les Etats-Unis ou la Grande-Bretagne. C’est un véritable fanatique chiite de 13 ans, du nom de Hossein Fahmideh, qui a donné l’exemple en 1981 quand il est mort grenade à la main en se jetant sous un tank lors de la guerre Iran-Irak. Il a été suivi par des milliers de jeunes Iraniens porteurs de « la clé du paradis » qui se sont précipités dans les champs de mines, faisant exploser leur corps pour Dieu et le régime islamique (1). Deux ans plus tard avait lieu la première attaque-suicide contre une cible occidentale, quand le chauffeur d’un véhicule bourré d’explosifs avait foncé dans le hall de l’ambassade américaine à Beyrouth. En plus de lui-même, il a tué 63 personnes : 32 Libanais, 17 Américains et 14 visiteurs divers. L’Iran a nié toute implication dans cet attentat, mais son protégé, le Hezbollah, n’a pas tardé à le revendiquer, et il a été établi par la suite que ces meurtres avaient été approuvés et financé par des responsables iraniens haut placés. Le rôle de l’Iran dans de nombreux autres attentats-suicide a été fondamental, notamment du fait de l’existence d’une élite religieuse dans laquelle le culte chiite du martyre est très profondément ancré, et dont les traditions de flagellation, de lamentation publique, de mises en scène de passion, de sermons poussant au martyre et d’hagiographies de martyrs ont connu leur apogée après la révolution de 1979.

 

Un paradoxe islamique

En 2008, on comptait déjà 1 121 attaques-suicide en Irak ayant fait des victimes à grande échelle. A l’exception du Sri Lanka, où les Tigres tamouls ont utilisé la même tactique, l’attentat-suicide est devenu un phénomène presque exclusivement islamique. Qu’ils soient très religieux ou obéissent à d’autres motifs, les terroristes sont des musulmans, quel que soit leur pays d’origine. Même des musulmans ayant grandi et ayant été élevés dans des pays non musulmans (comme les terroristes anglais de juillet 2007), et en contact avec des cultures sans propagande djihadiste ouverte, ont pu s’équiper d’une ceinture d’explosifs et se suicider afin de tuer des incroyants. Outre leurs racines islamiques, ces terroristes ont des caractéristiques diverses. Il s’agit, pour la plupart, d’hommes jeunes ; certains sont dérangés, d’autres très intelligents ; certains sans aucune éducation, d’autres diplômés de l’université. On compte un nombre croissant de femmes, plutôt jeunes, certaines plus âgées, allant de la vierge à la mère ou à la femme enceinte. Beaucoup font partie de groupes terroristes comme le Hamas et sont endoctrinés par la pensée islamiste, l’antisémitisme et la haine de l’Occident. D’autres encore sont des volontaires cherchant à expier leurs péchés ou à laver l’honneur de leur famille. Et pourtant, l’attentat-suicide révèle un paradoxe de l’islam. D’un côté, les lois du djihad stipulent clairement que les combattants ne doivent pas prendre la vie de non-combattants comme les femmes, les enfants, les malades et les personnes âgés. En même temps, toute personne qui meurt en combattant des non-musulmans est considérée comme un martyr et se voit garantir le plus haut rang une fois arrivé au paradis. Comment les islamistes résolvent-ils cette question ? Certains s’en accommodent peut-être en fermant les yeux, mais d’autres affrontent la question et résolvent le problème de façon tranchée. Dans leurs sermons, les religieux considèrent les terroristes comme des saints ; pour leur part, des organisations comme le Hamas ou le Jihad Islamique font leur apologie en tant que combattants du djihad, quant aux donateurs étrangers, ils apportent leur aide, qui alimente les familles des martyrs [2].

Quelles que soient les motivations personnelles du terroriste qui se suicide, son action prend place dans le cadre de pressions, désirs et exigences nationales, locales et surtout religieuses. On parle là de convictions et d’édits religieux qui impliquent les concepts de guerre sainte et de martyre, ou encore de conflits concernant la pudeur et l’honneur dans le cadre de certaines conceptions de la sexualité, propres à ces sociétés. Le plus important est de comprendre que de tels attentats n’ont rien à voir avec le suicide. Ce n’est d’ailleurs pas ainsi qu’ils sont décrits par les commanditaires ni par leurs auteurs. Pour mieux comprendre ce qu’est l’attentat-suicide islamiste moderne, il faut en étudier les sources historiques et le rôle, dans une perspective religieuse et nationale, dans le conflit israélo-palestinien, ainsi que les racines psychologiques et culturelles dans la vision arabe et islamique de la féminité, de la sexualité, de la pudeur et de l’honneur.

 

Le monde du martyr

Dans un discours prononcé depuis son quartier général de Ramallah, le 18 décembre 2001, le leader palestinien, Yasser Arafat, affirmait qu’il était prêt à sacrifier 70 martyrs pour tuer un seul Israélien [3]. Son public lui avait répondu que « des millions de martyrs étaient déjà en route pour Jérusalem ». Ils parlaient des auteurs d’attentats-suicide, bien sûr. Mais personne n’a utilisé ce terme, ce jour-là, car ce n’est pas ainsi qu’on les présente en arabe.

Le terme le plus utilisé pour ces terroristes est celui de « martyrs » (shuhada’, sing. shahid) ; ou encore, on les décrit comme « ceux qui se sacrifient » (fida’iyun, sing. fida’i). Ces hommes et femmes, qui sont encore adolescents ou ont nettement moins de trente ans [4], meurent « en martyrs » ou « se font exploser », ou exécutent « une opération-martyre » (’amaliyat istishhadiya). Ils ne commettent pas de suicide car le suicide est un péché [5] tandis que le fait de se tuer de façon à nuire à des non-musulmans est un acte de grande piété. Cette contradiction a déjà été remarquée par Daniel Pipes :

« le Coran dit aux musulmans : ‘ne vous tuez pas’, et avertit que ceux qui désobéissent seront ‘jetés au feu’, le Prophète étant censé avoir dit qu’un suicidé ne pouvait aller au paradis. Les lois islamiques s’opposent à cette pratique. » [6]

Il souligne d’ailleurs que la prohibition du suicide a, de fait, été très efficace vu la rareté du suicide dans les pays musulmans. L’autre côté de la médaille est que le même acte, quand il a pour but de promouvoir le djihad, élève la personne au rang de martyr.

De tels martyrs existent en islam quasiment depuis la création de cette religion. Là où, sans exception, les martyrs chrétiens et juifs ont accepté la mort passivement au nom de leur foi, la plupart des martyrs musulmans ont sacrifié leur vie en tant que combattants de la guerre sainte [7]. Même les Soufis, membres de fraternités mystiques islamiques, ont rejoint le djihad, individuellement ou en groupe. Le moine-guerrier est une figure courante dans l’islam pré-moderne et le spécialiste du djihad, Michael Bonner, a souligné le rôle capital des leaders religieux et des docteurs de la foi dans la conduite de la guerre, par leur rôle de prédicateurs et de combattants [8].

La figure du martyr comme soldat de la guerre sainte (mudjahid), qui meurt au combat, bénéficie d’une récompense paradisiaque et s’élève au-dessus des mortels ordinaires, est tout à fait majeure dans les premiers temps de l’islam. Le type idéal ainsi défini est celui du combattant engagé qui se lance dans l’inghimas, qui consiste à se jeter sur l’ennemi sans songer aux conséquences, même s’il est seul contre un millier. Ce genre d’action était perçu comme parfaitement légitime parce que le mudjahid recherchait le martyre, et n’avait pas à demander la permission du commandant de son armée ou de son unité [9]. La légitimité de ce genre d’action provient aussi du fait que Mahomet lui-même envoyait fréquemment des soldats individuels dont les efforts constituaient « une expédition militaire » en soi [10]. En ce qui concerne la période moderne, certains spécialistes ont pu remarquer le lien entre inghimas et attentat-suicide :

« si en fonçant dans les rangs ennemis, un combattant cause sa propre mort, un tel sacrifice est sur le même plan légal [au sens de la chariah] que le fait de se tuer de sa propre main. A cet égard, il n’y a pas de différence légale entre la main qui actionne le détonateur et la main extérieure qui tue le combattant isolé qui a choisi de se jeter parmi les ennemis » [11].

Djibril Haddad, qui est un cheikh wahhabite radical, écrit que l’inghimas « ne doit pas être considéré comme un acte d’autodestruction frivole, mais comme un acte incarnant la plus grande valeur et le plus grand courage. Plus encore, comme Abu Ayyub [compagnon de Mahomet] l’a souligné dans son tafsir [interprétation] de al-Baqara 195 [Coran 2:195], avant de se précipiter dans la mêlée à Constantinople et de combattre jusqu’à la mort, ils considéraient l’inghimas comme la vie elle-même. » [12]

Cela renvoie clairement à l’idée islamiste que les musulmans « aiment la mort » tandis que les non-musulmans aiment la vie. La mise en place de cette conception semble dater des grandes conquêtes arabes du 7e siècle. En 633, un an seulement après la mort de Mahomet, le général musulman, Khalid ibn al-Walid, pénétrait en Irak, lors de la première phase de la conquête de l’empire sassanide iranien. Il écrit à Hormuz, gouverneur perse d’une région frontalière, Dast Maysan :

« Soumettez-vous à l’islam et vous serez sauf. Ou bien acceptez le paiement de la jizya [taxe], et vous et votre peuple serez sous notre protection. Autrement, vous vous repentirez des conséquences, car j’ai avec moi des hommes qui désirent la mort avec autant d’ardeur que vous désirez la vie. » [13]

Beaucoup de temps s’est écoulé entre 633 et la période contemporaine mais les déclarations de Walid résonnent encore dans les cercles islamistes aujourd’hui. Le 25 mai 2001, le mufti de Jérusalem et de la « Palestine », le cheikh Ikrima Sabri, déclarait :

« Nous disons [à nos ennemis] : vous aimez la vie autant que les musulmans aiment la mort et le martyre. Il y a une grande différence entre celui qui aime l’au-delà et celui qui n’aime que ce monde-ci. Le musulman aime la mort et recherche le martyre. » [14]

Sabri n’est pas le seul à tenir ce discours. Hassan Nasrallah, secrétaire général du Hezbollah, s’est exprimé en termes similaires. En 2004, il a proclamé :

« Nous avons découvert comment frapper les Juifs là où ils sont les plus vulnérables. Les Juifs aiment la vie, c’est donc ce que nous allons leur prendre. Nous gagnerons parce qu’ils aiment la vie et que nous aimons la mort. » [15]

D’autres déclarations de ce genre sont nombreuses [16]. Il est clair que cette distinction est toujours fondée sur les critères religieux de l’islam, et que l’amour de la vie des Juifs, loin d’être une attitude de spiritualité sereine, est alors considéré comme méprisable. Une telle obsession de la mort comme statut supérieur à la vie, associée au martyre comme idéal, fait que l’auteur d’un attentat-suicide va au-delà de la mort infligée par un ennemi de manière traditionnelle et invente un mode opératoire où il s’inflige la mort tout en tuant l’ennemi simultanément. Par cette forme de combat non conventionnel, l’auteur de l’attentat-suicide ne respecte plus la règle stipulant que le mudjahid ne doit tuer que des ennemis, mais fait de la mort l’arbitre décidant de ceux qui doivent mourir ou pas. L’innocent n’est pas innocent. Les musulmans radicaux ont maintes fois écrit que les non-musulmans, par définition, ne sont pas innocents [17]. L’auto-immolation du martyr rend la mort universelle. Et pourtant le martyr moderne reste profondément ancré dans une typologie traditionnelle.

 

Mahomet : les actes et les paroles

Le Coran contient de nombreuses exhortations à l’action violente [18] et de nombreuses promesses de récompense divine pour ceux qui meurent en combattant sur les sentiers de Dieu, mais sans faire du martyre l’objectif religieux qu’il est rapidement devenu. C’est dans le recueil des paroles et des actes de Mahomet que la guerre et le martyre se trouvent intimement mêlés.

Les hadiths (c’est-à-dire le corpus de « témoignages oculaires » qui relatent ce que Mahomet a dit ou fait, qui n’est surpassé en sainteté que par le Coran) et les premiers écrits narrant la biographie de Mahomet et de ses compagnons montrent un intérêt particulier pour le combat. Les compilations de hadiths comprennent systématiquement une section intitulée Le Livre du Jihad où l’on trouve des récits de batailles réelles avec des non-musulmans et des instructions sur les méthodes de combat. Le livre concernant la biographie de Mahomet s’appelle à l’origine Kitab al-Maghazi [19], Le Livre des Raids, et renvoie aux raids et batailles dans lesquels Mahomet a combattu personnellement, ou dont il a commandé l’exécution. En d’autres mots, il s’agit d’un royaume bien moins abstrait que celui du Coran, qui décrit un paysage où ce sont des hommes très réels qui ont combattu de vrais ennemis dans de vrais engagements militaires.

Tel est le monde du martyre, le champ de bataille omniprésent durant la vie de Mahomet et encore des années suivant sa mort, quand les armées arabes affrontaient leurs ennemis, notamment byzantins et perses, en Afrique du Nord, au Moyen-Orient et bien au-delà. C’est sur ces champs de bataille et à travers les hauts-faits guerriers de Mahomet qu’est né le guerrier-martyr, et non dans le Coran. Le Coran prescrit la violence contre les incroyants et met en marche le djihad ; tel est le fondement du soldat de la guerre sainte. Mais ce guerrier ne prend corps que dans le combat, à cheval aux côtés de Mahomet, et il ne revêt les atours du martyr que par sa mort infligée par la main de l’infidèle et par les mots du prophète qui lui confèrent son statut particulier, à lui et à ceux qui le suivent. Dans le Sahih Muslim, l’un des deux textes les plus sacrés après le Coran, on trouve des descriptions des combattants empoignant leurs épées et se lançant dans la bataille :

« Cette tradition a été rapportée sous l’autorité de Abdullah b. Qais. Il l’a entendue de son père qui, tandis qu’il faisait face à l’ennemi, rapporte que le Messager d’Allah a dit : ‘Les portes du paradis sont à l’ombre des épées’. Un homme en piteux état se leva et dit : ‘Abu Musa, as-tu entendu le Messager d’Allah dire cela ?’ Il répondit que oui. L’homme se tourna alors vers ses compagnons, les salua, il se débarrassa du fourreau de son épée et s’avança vers l’ennemi, muni de son épée, il le combattit jusqu’à ce qu’il soit tué. » [20]

Ce comportement est très différent de celui des berserkers nordiques [21] qui se lançaient dans la bataille remplis de fureur, la bave aux lèvres, et massacrant toute personne sur leur passage. Le mudjahid, dans ce hadith comme dans d’autres, ne prend sa décision qu’après confirmation de la promesse du paradis faite par Mahomet. On reconnaît un écho du calme et de la façon presque détachée dont le terroriste moderne se prépare à son attentat-suicide comme s’il allait travailler. Il arrive qu’il - ou elle – se filme en vidéo au préalable pour laisser à la postérité une déclaration présentant ses objectifs et les justifications de son acte. L’épée est aujourd’hui une ceinture d’explosifs, mais le combattant est toujours un martyr. Un hadith célèbre proclame que « le paradis est à l’ombre des épées » (al-Bukhari 4:73). Aujourd’hui, il est à l’ombre des ceintures d’explosifs.

 

La religion et le Jihad contre Israël

On ne peut pas comprendre les auteurs d’attentats-suicide du Hamas et du Jihad Islamique, ou des Martyrs des Brigades d’Al-Aqsa, si on les envisage comme les produits du nationalisme palestinien, ou de l’OLP, ou de Septembre Noir. C’est en tant que guerre religieuse contre Israël que ces actes expliquent le mieux les pulsions profondes qui poussent de jeunes musulmans à choisir la mort pour cette cause. Aucun autre conflit n’implique l’opinion islamique internationale comme celui-ci. La seule évocation du nom de Palestine » est devenu un cri de ralliement pour les musulmans du monde entier. Benny Morris, historien du conflit israélo-arabe, soutient, à juste titre, que c’est la religion plutôt que le nationalisme qui a inspiré l’invasion d’Israël en 1948. C’est, selon lui, une erreur de méconnaître la rhétorique religieuse qui a accompagné les attaques des armées arabes :

« Selon le point de vue arabe, la guerre de 1948 était une guerre de religion, autant et sinon plus qu’une guerre nationaliste pour un territoire. » [22]

Les Frères Musulmans, le mufti d’Egypte [23], le roi Farouk d’Egypte, le roi Abdullah de Jordanie, et bien d’autres, ont parlé de guerre sainte, d’un djihad contre les Juifs. Il ne s’agissait pas, à l’époque, d’une lutte purement nationaliste, et ce n’est toujours pas le cas.

« Cette violence ne provenait pas de passions nationalistes ‘modernes’ ; elle tirait sa source de puissantes motivations religieuses. Il semble que seuls les symboles et le discours religieux pouvaient mobiliser les masses arabes palestiniennes aussi efficacement. » [24]

Peu de choses ont changé depuis les années quarante. La montée de l’islam radical et le développement de la violence, ainsi que l’irrédentisme arabe, ont continué à croître sur le terreau religieux, parfois en « Palestine » et parfois dans l’oumma, cette abstraction nationale qui rassemble tous les musulmans. Et c’est bien en tant que musulmans, plus qu’en tant qu’Arabes (ou Iraniens ou Afghans), que les principaux ennemis d’Israël envisagent ce conflit. La violence palestinienne envers les Israéliens est l’une des expressions les plus précoces de la colère islamique envers la modernité. Le Hamas, qui en est la plus récente manifestation, est, selon sa charte de 1988, « un mouvement de résistance islamique » [25]. Le Hamas est, de fait, la branche palestinienne des Frères Musulmans, qui reste l’une des plus importantes forces du radicalisme islamique au monde. L’article premier de la charte débute ainsi :

« Le programme du mouvement est l’islam. C’est de l’islam qu’il tire ses idées, ses façons de penser et sa compréhension de l’univers, de la vie et de l’homme. Il se fonde sur l’islam pour prendre ses décisions et s’inspire de l’islam pour guider ses pas. » [26]

 

Les attentats-suicide de femmes

Dans la version dure de la foi islamique, des hommes et des femmes sans liens familiaux ne se rencontrent pas, même par le regard. La société islamique est patriarcale et, comme les autres sociétés patriarcales, elle bride les qualités et le dynamisme de femmes qui en font partie. La société palestinienne conditionne l’oppression de la femme aux besoins honorifiques du mâle.

« [Le] cœur de l’inégalité entre les sexes dans la société [palestinienne] réside dans le contrôle patriarcal et la répression de la sexualité féminine […] Le contrôle de la sexualité féminine permet le maintien du pouvoir masculin, ses privilèges et ses prérogatives […] Le contrôle des femmes est la plus importante et peut-être même la seule véritable composante du code de l’honneur sur laquelle règnent les hommes. » [27]

La sexualité et le code de l’honneur ont joué un rôle majeur dans le recrutement des terroristes-suicide, mais c’est l’émergence de terroristes femmes qui est la plus mystérieuse, car de telles femmes représentent un défi par rapport à la vision islamique traditionnelle faisant d’elles des êtres inférieurs, et par rapport aux exigences culturelles arabes voulant que les femmes soient confinées à leur foyer et s’habillent selon les prescriptions islamiques. Un petit nombre de femmes ont pris part au djihad dans les premiers temps de l’islam mais cette pratique semble avoir été abandonnée dès la seconde génération. Cependant, certains hadiths le permettent et la charia stipule que les femmes peuvent participer au djihad, par exemple quand l’Etat musulman se trouve attaqué. Ces dernières années, des femmes se sont portées volontaires pour appartenir à diverses organisations terroristes, qu’il s’agisse des veuves noires de Tchétchénie [28], des rebelles kurdes [29], ou des "martyrs" du Hamas et du Jihad Islamique [30].

Entre 1985 et 2000, les attaques perpétrées par des femmes avaient des motivations non religieuses. Depuis 2000, avec la montée en puissance du Hamas, des femmes motivées par ces raisons religieuses ont été responsables des deux tiers des attaques réalisées par des femmes [31].

Le chef religieux du Hamas, cheikh Ahmed Yassin, avait initialement restreint ou interdit la participation des femmes aux opérations militaires du djihad :

« Dans notre société palestinienne, un flot de femmes se tourne vers le djihad et le martyre, exactement comme les jeunes gens. Mais la femme a un statut unique. L’islam lui impose des restrictions, et si elle s’engage dans le djihad et le combat, elle doit être accompagnée par un homme qui sera son chaperon. Pour le moment, nous n’avons pas besoin d’opérations-suicide perpétrées par des femmes parce qu’il est plus important de préserver la survie de notre nation. » [32]

Pourtant, en 2004, Yassin a révisé sa conception théologique de la question et déclaré :

« Comme quand a lieu une invasion d’une terre sainte, une femme musulmane a l’autorisation de se livrer au djihad et au combat contre l’ennemi. […] Le Prophète choisissait parmi les femmes qui voulaient le suivre dans le djihad. Le Prophète a toujours souligné le droit de la femme à participer au djihad » [33].

Les choix de Yassin étaient en partie motivés par certaines conceptions de l’honneur et de la pudeur, selon lesquelles une femme dont on estime qu’elle a commis un acte honteux (sur le plan sexuel) peut être tuée par des membres de sa famille afin de laver cet affront [34]. Même si ces questions d’honneur et de pudeur ont des racines dans la psychologie de groupe plutôt que dans la foi, ces « crimes d’honneur » sont constamment justifiés au nom du Coran et de la charia, qui suggèrent des sanctions comme la flagellation et la lapidation pour les crimes sexuels. Il semble qu’à un moment donné, Yassin se soit rendu compte qu’une femme déshonorée pouvait être lavée de son péché et en même temps être utilisée comme bombe humaine capable de passer sans être fouillée à des check-points contrôlés par des hommes afin de se faire exploser au milieu d’un nombre important de Juifs.

Selon Mira Tzoreff, spécialiste de l’histoire du Moyen-Orient à l’université de Tel Aviv :

« L’augmentation du nombre de shahidat [femmes martyres] est bien symbolisée par le suicide de Rim Riashi [en 2004] au poste de Erez, non seulement en tant que femme mariée mère de deux jeunes enfants mais à cause de la sanction que lui a infligé le cheikh Ahmed Yassin. On s’est rapidement aperçu que Rim Riashi n’avait demandé la sanction de Yassin qu’une fois connu le fait qu’elle avait eu une relation avec un amant. Son istishhad [le fait de mourir en martyr] était la seule façon pour elle de laver le déshonneur qu’elle subissait et faisait subir à sa famille. » [35]

Comment cette « tache de déshonneur » a-t-elle été manipulée afin de devenir un emblème religieux grâce à l’expiation par le martyre ?

 

Pudeur, honneur et martyre

L’idéalisme religieux n’explique pas entièrement un tel désespoir, ce désir intense de mourir en martyre que l’on trouve chez tant de jeunes palestiniennes. Mais sans un contexte religieux, il y a peu de chance que ces femmes cherchent à tuer tout en se faisant tuer. On pourrait comprendre qu’il y ait des crimes d’honneur, ou que ces femmes soient battues, ou que certaines s’enfuient de leur famille mais il n’y aurait pas d’attentats-suicide à la bombe. Il semble qu’il y ait une affinité entre deux pulsions de la psychologie arabe, qui non seulement permettent de comprendre les attentats-suicide perpétrés par des femmes, mais montrent les liens qu’ils entretiennent avec ceux réalisés par des hommes. L’une de ces pulsions est le très fort sentiment de pudeur associé à la honte, en regard d’une émotion opposée, le souci de l’honneur. Les sociétés musulmanes sont des sociétés associant pudeur et honte [shame societies. Le terme shame est ambivalent : sense of shame désigne la pudeur mais shame se traduit aussi par la honte. La perspective n’est pas la même, la pudeur étant un sentiment personnel tandis que la honte est un sentiment infligé par le regard social (Note du traducteur)]. C’est évident dans les pays arabes, au Pakistan, au Bangladesh et dans d’autres pays où l’honneur est avant tout porté par la famille, et en particulier par les femmes, dans la famille, ou plus exactement par leur probité sexuelle. Cela ne signifie pas que les hommes soient épargnés par le déshonneur, mais ce déshonneur fait l’objet d’une projection à l’extérieur, vers les rivaux, les ennemis, ou, bien sûr, vers la femme et parfois vers les hommes censés être la cause du déshonneur [36]. L’opposition honneur/pudeur-honte est responsable de la pratique répandue des « crimes d’honneur », que l’on retrouve souvent dans le monde islamique, du Maroc au Pakistan, et qui sont toujours commis à l’encontre des femmes. Bien que de tels crimes ne soient pas intégrés à la loi islamique et ne soient pas l’exclusivité du monde musulman, ils ont lieu, en grande majorité, dans des pays musulmans où les meurtriers ne sont que très rarement poursuivis [37]. Le fait que le clergé islamique ne condamne que rarement ces pratiques comme anti-islamiques leur confère une espèce de légitimité religieuse. Si une jeune femme tombe enceinte hors mariage, si une femme commet un adultère, ou si une fille de famille refuse un mariage arrangé ou est même simplement vue en public avec un garçon qui n’est pas de sa famille, le père, le mari, les frères ou les cousins ont alors le devoir impérieux de la tuer afin de restaurer l’honneur de la famille aux yeux de la communauté. Selon l’UNICEF, en 1999, plus des deux tiers des meurtres dans la bande de Gaza et en Cisjordanie étaient des crimes d’honneur [38]. En dépassant tous les liens émotionnels courants et en se drapant du manteau de la religion, la femme qui commet un attentat-suicide se lave de la honte qu’elle ressent au nom de sa famille, de sa communauté ou de son pays, à la fois en acceptant la mort comme martyre, et en infligeant la mort comme soldat de la guerre sainte. Les victimes de l’attentat pourront alors être des non-musulmans qui, par définition, sont soumis par l’islam même si ils persistent dans leur arrogance en revendiquant un statut d’égalité avec les musulmans, ou s’ils s’imposent aux musulmans dans un domaine ou un autre. Cette humiliation ressentie par la communauté musulmane rend impératif de remettre les non-musulmans à leur place, ou de faire en sorte qu’ils soient éliminés. Par le passé, les moyens traditionnels étaient utilisés : emprisonnement, flagellation, décapitation. Ces sanctions étaient également appliquées aux musulmans fautifs, aux musulmans apostats et à ceux qui avaient transgressé la charia. L’utilisation du meurtre par suicide comme moyen de contrôle est moins facile à expliquer.

L’idéalisation dans le champ sexuel de l’honneur et de la pudeur possède un poids symbolique qui dépasse la sphère des relations familiales. Jehoeda Sofer, auteur de Sexuality and Eroticism among Males in Moslem Societies, cite un Arabe palestinien qui s’exprime ainsi :

« Si les Arabes faisaient la guerre aux Juifs avec leur ***, nous aurions gagné depuis longtemps. Les Israéliens ne sont qu’un ramassis d’hommes efféminés qui veulent se faire *** et qui doivent se faire *** par les Arabes. » [39]

Il y a quelques années, Malise Ruthven, spécialiste britannique de l’islam, faisait remarquer que les insultes des musulmans envers les Versets Sataniques [le livre de Salman Rusdie (note de M. Macina)] avaient été formulées en termes sexuels. Feu Zaki Badawi, ancien directeur du Muslim College et musulman britannique modéré, a pu écrire, par exemple :

« Ce que [Rushdie] a écrit est pire pour un musulman que si on avait violé sa fille. C’est comme un couteau que l’on vous enfonce dans la chair, comme être soi-même violé. » [40]

Pour Ruthven, le crime de Rushdie est dû au fait qu’il a pénétré dans l’espace sacré occupé par le Prophète :

« Pénétrer dans cet espace équivaut à une effraction, une sorte de viol. » [41]

Quand les chrétiens - et, plus tard, les Juifs - ont voulu renverser leur statut de personnes protégées mais inférieures, les sociétés musulmanes ont ressenti une honte face à ce qu’elles considéraient comme une faiblesse de leur part et face à l’idée que le vieux monde s’était désintégré à tout jamais. C’est une honte semblable à celle qui est ressentie par les proches d’une femme « envahie par la vanité » qui rejette la protection du père, du mari ou du frère. C’est une honte proche du viol, en l’occurrence d’un viol commis par des Juifs ou des chrétiens, qui sont considérés comme efféminés par rapport à l’islam si masculin. Dans tous les cas, la seule compensation possible est la mort.

Avec l’attentat-suicide, le terroriste entre dans la sphère de la pudeur et de la honte et occupe ainsi un espace sacré. Les Juifs, en tant que peuple protégé, constituent normalement une sphère qui devrait rester inviolée pour les musulmans. Au lieu de cela, le fida’i pénètre au cœur de l’espace juif et y commet un acte de viol extrême, rétablissant ainsi la masculinité des musulmans. Même la femme martyre, en se débarrassant de son infériorité de faible femme et en faisant preuve du courage d’un homme, viole les Juifs qu’elle massacre.

 

Conclusion

A partir du moment où le Coran recommande la violence et que les hadiths regorgent du sang des martyrs, la mort violente, infligée ou subie, ne constitue pas une rupture du code ou une violation de la loi divine. La mort violente fait au contraire partie des grands accomplissements de la spiritualité islamique. A la question de savoir qui était le meilleur des peuples, Mahomet a répondu :

« le croyant qui combat dans le sentier de Dieu avec sa personne et avec ses biens » [ndt, le texte anglais utilise une traduction de l’arabe où il est question de "God". Mais le texte arabe ne dit pas "Dieu", il dit "Allah", c’est-à-dire pas n’importe quel dieu et n’importe quelle foi, mais Allah, dieu musulman. Il ne faut donc pas comprendre cela comme une apologie universaliste du sacrifice pour ses convictions, mais uniquement du djihad (Note du traducteur)] [42]. Le martyr profite doublement des plaisirs du paradis et y réside dans une demeure supérieure à celle des autres habitants. [43]

Que peut-on faire face à tout cela ? Pour la plupart des pays occidentaux, la solution israélienne qui a consisté à construire une barrière défensive entre les terroristes et les citoyens ne peut pas marcher. On peut certes profiler et infiltrer ; faire du renseignement et le diffuser ; procéder à des assassinats ciblés de responsables, de formateurs et de leaders terroristes ; à des repérages et destructions de camps d’entraînement terroristes. Comme dans le cas de la barrière de défense israélienne ; une vigilance constante permettra de réduire le nombre d’attentats, parfois de manière conséquente. Reste que s’attaquer aux causes profondes du problème est beaucoup plus problématique, parce qu’elles sont hors d’atteinte, car elles sont très profondément enracinées dans les cultures qui produisent des terroristes et sont partie intégrante des valeurs religieuses, des pratiques sexuelles et du système d’honneur/honte qu’elles inculquent.

Si nous devons faire évoluer ces cultures de manière positive, peut-être devrons-nous introduire des sanctions pour punir les pays qui dépendent de l’aide occidentale à chaque fois qu’un terroriste ou un auteur d’attentat-suicide est identifié. Il faut que l’attentat-suicide devienne un affront à la religion et l’objet d’un grand déshonneur. Et surtout, parallèlement à un système de récompense pour les programmes anti-terroristes, il faudrait des programmes éducatifs conçus pour une propagande religieuse et sociale, ce qui pourrait faire bouger les mentalités propices au suicide. Mais avant que de telles mesures commencent à avoir de l’effet et que les sociétés en proie à ce malaise commencent à évoluer vers la modération à tous les niveaux de la société, c’est aux renseignements et aux services de sécurité de porter le fardeau de la défense. Il n’y a pas de solutions à court terme mais il y a des objectifs à long terme qu’il faut planifier dès maintenant.

 

Denis MacEoin *

 

© Middle East Quarterly

 

* Rédacteur en chef du Middle East Quarterly.

 

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Notes

[1] "Children in the Service of Terror," Middle East Media Research Institute, Special Dispatch 2455, July 2009.

[2] The New York Times, Mar. 20, 2006.

[3] The Jerusalem Post, Dec. 19, 2001.

[4] Vamik D. Volkan, "Suicide Bombers," Virginia University, accessed July 17, 2009.

[5] "Committing Suicide Is Not a Way Out," Islam Online, June 24, 2002.

[6] Daniel Pipes, "The [Suicide] Jihad Menace," The Jerusalem Post, July 27, 2001.

[7] Michael Bonner, "Martyrdom," Jihad in Islamic History: Doctrines and Practice (Princeton: Woodstock Publishers, 2006), chap 5.

[8] Ibid., chap. 7.

[9] Cheikh Gibril Fouad Haddad, "Inghimas In ’Suicide’ Warfare," il cite Mansur al-Buhuti, Kashshaf al-Qina, 2007, p. 1.

[10] Ibid., p. 3.

[11] Ibid., p. 12.

[12] Ibid., pp. 12-3.

[13] Abu Ja’far Muhammad al-Tabari, G. H. A. Juynboll, trad., The History of al-Tabari: The Conquest of Iraq, Southwestern Persia, and Egypt, vol. 2, p. 554.

[14] "The Highest Ranking Palestinian Authority Cleric: In Praise of Martyrdom Operations," Middle East Media Research Institute, Special Dispatch, no. 226, June 11, 2001.

[15] Marvin Hier, Abraham Cooper, et Leo Adler, "Waving the Flag of Hatred," Calgary (Can.) Herald, Aug. 16, 2006.

[16] Steven Stalinsky, "Dealing in Death," National Review Online, May 24, 2004.

[17] Daniel Pipes, "Can Infidels Be Innocents?" Daniel Pipes Blog, Aug. 7, 2005.

[18] "What Does the Religion of Peace Teach about … Violence," accessed July 17, 2009; Bonner, "The Quran and Arabia," Jihad in Islamic History, chap. 2.

[19] Voir, par exemple, Ibn Ishaq, The Life of Muhammad: A Translation of Ibn Ishaq’s Sirat Rasul Allah, A. Guillaume, trans. (Oxford and New York: Oxford University Press, 1955); Abu ’Abd Allah Muhammad "al-Waqidi," ed., Kitab al-ta’rikh wa ’l-maghazi (London: Marsden Jones, 1966).

[20] Ibn al-Hajjaj Muslim, Sahih Muslim (Cairo: Dar al-Kitab al-Misri, n.d.), chap. 41, hadith 4681.

[21] Benjamin Blaney, "The Berserker: His Origin and Development in Old Norse Literature," Ph.D. diss., University of Colorado, 1972.

[22] Benny Morris, 1948: A History of the First Arab-Israeli War (New Haven and London: Yale University Press, 2008), p. 394.

[23] Ibid., pp. 394-5.

[24] Ibid., p. 12.

[25] The Covenant of the Islamic Resistance Movement, Aug. 18, 1988, The Avalon Project at Yale Law School, accessed July 6, 2009.

[26] Ibid.

[27] Cheryl Rubenberg, Palestinian Women: Patriarchy and Resistance in the West Bank (Boulder: Lynne Rienner Publishers, 2001), p. 253.

[28] Lorenzo Vidino, "How Chechnya Became a Breeding Ground for Terror," Middle East Quarterly, Summer 2005, pp. 57-66.

[29] EU-Digest, July 17, 2005.

[30] Debra D. Zedalis, "Female Suicide Bombers," Strategic Studies Institute, U.S. Army War College, June 2004; Yoram Schweitzer, "Female Suicide Bombers: Dying for Equality?" Tel Aviv University, Jaffee Center for Strategic Studies, Memorandum 84, 2006.

[31] Paige Whaley Eager, From Freedom Fighters to Terrorists: Women and Political Violence (Aldershot, U.K. and Burlington: Ashgate, 2008), p. 172.

[32] Maria Alvanou, "Palestinian Women Suicide Bombers: The Interplaying Effects of Islam, Nationalism and Culture," Strategic Research and Policy Center, National Defense College, Israel Defense Forces, Working Papers Series, paper no. 3, May 2007, pp. 26-7.

[33] Barbara Victor, Army of Roses: Inside the World of Palestinian Women Suicide Bombers (Emmaeus, Pa.: Rodale Press, 2003), p. 113.

[34] James Brandon and Salam Hafez, Crimes of the Community: Honor-based Violence in the UK (London: Centre for Social Cohesion, 2008), p. 41; Phyllis Chesler, "Are Honor Killings Simply Domestic Violence?" Middle East Quarterly, Spring 2009, pp. 61-9.

[35] Mira Tzoreff, "The Palestinian Shahida," in Schweitzer, Female Suicide Bombers, p. 21.

[36] Daniel Pipes, "’Honor Killings’ of Muslim Males in the West," Daniel Pipes Blog, updated July 25, 2009.

[37] "Case Study: ’Honour Killings’ and Blood Feuds," Gendercide Watch, accessed July 17, 2009; Chesler, "Are Honor Killings Simply Domestic Violence?"

[38] "UNICEF Executive Director targets violence against women," Information Newsline, Mar. 7, 2000.

[39] Arno Schmidt and Jehoeda Sofer, eds., Sexuality and Eroticism among Males in Moslem Societies (Binghampton, N.Y.: Haworth Press, 1992), p. 109.

[40] Malise Ruthven, A Satanic Affair: Salman Rushdie and the Rage of Islam (London: The Hogarth Press, 1991), p. 29.

[41] Ibid., p. 31.

[42] Muhammad ibn Isma’il al-Bukhari, Sahih al-Bukhari (Lahore: Kazi, 1979), hadith 2578; Al-Islam.com, Mawsu’a al-hadith ash-sharif, accessed July 17, 2009.

[43] Bukhari, Sahih al-Bukhari, vol. 4, book 52, hadith 48.

 

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[Texte aimablement signalé par P. Lachaus.]

 

Mis en ligne le 15 octobre 2009, par M. Macina, sur le site upjf.org