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Israël (Société - mentalités)

Ya’alon : il nous faut des Churchill, pas des Chamberlain, M. A. Klein
11/10/2009

Un article de 2001 qui n’a rien perdu de son actualité. On retiendra l’excellente paraphrase du « im ein ani li, mi li ? », de Hillel, sous la forme : « Si nous ne croyons pas à notre cause, il ne sera pas possible d’en convaincre autrui ». (Menahem Macina).

11/10/09 (21h 30) 

1ère mise en ligne: 17 mai 2006

 

Sur le site de The Jewish Press.

 

Original anglais : "Ya’alon: We Need Churchills, Not Chamberlains".

 

Traduction française : Menahem Macina, pour upjf.org


Note à l’attention des responsables de sites et blogues : Cet article peut être librement reproduit, sous réserve de la mention - explicite et obligatoire - de son lien : http://www.upjf.org/contributeurs-specialises/article-17267-145-7-yaalon-faut-churchill-pas-chamberlain-klein.html

 

 

Il y a quelques jours, l’ancien chef d’état-major de Tsahal, le lieutenant-général Moshe Ya’alon, a développé une thèse impressionnante, au cours d’une conférence prononcée sous l’égide de l’Organisation Sioniste d’Amérique, à propos des dangers d’un Etat palestinien, de concessions supplémentaires à l’Autorité Palestinienne (AP), et de la nécessité qu’Israël remporte une claire victoire sur le terrorisme palestinien.

S’exprimant devant un public très nombreux, dans la synagogue de Lincoln Square, à Manhattan, Ya’alon a expliqué pourquoi, après une carrière militaire de 37 années – spécialement en tant que chef d’état-major (2002-2005), période durant laquelle Tsahal réduisit considérablement le terrorisme palestinien –, lui qui fut membre d’un kibboutz du mouvement travailliste et partisan du processus d’Oslo, a totalement changé d’avis.

Ya’alon a déclaré qu’en sa qualité de militaire chevronné ayant été partie prenante de l’expérience d’Oslo, il avait acquis la conviction, vers 1995, que Yasser Arafat et l’AP, au lieu de préparer la société palestinienne à la paix et à la réconciliation, lui inculquaient une haine meurtrière et glorifiaient le djihad et le terrorisme-suicide.

Et Ya’alon d’expliquer :

« Je n’avais pas besoin d’avoir un niveau sophistiqué d’intelligence pour parvenir à cette conclusion. Il me suffisait de jeter un coup d’œil à leurs manuels scolaires, leurs posters, etc. Nous n’aurions pas dû être surpris, mais nous l’ignorions… En 1999, alors que j’étais en charge du Commandement Central, je disais que nous aurions une guerre avec Arafat en 2000. Je le savais déjà quand Barak affirmait qu’il parviendrait à un accord avec Arafat dans les 15 mois, c’est-à-dire en septembre 2000… »

Ya’alon estime qu’Israël a commencé à gagner la guerre contre l’AP en abattant méthodiquement les terroristes et en leur faisant la guerre, mais qu’il a perdu ensuite beaucoup des succès remportés. Il parle de l’opération "Bouclier Défensif", en 2002, et spécialement du nettoyage de Jénine, comme d’« une opération vraiment nécessaire ». Le résultat fut que les organisations terroristes, dont le Hamas, étaient en déroute. Mais l’annonce, en décembre 2003, du retrait unilatéral de Gaza et du nord de la Samarie, a tout changé. Le Hamas et d’autres en ont conclu que leur campagne de terrorisme avait réussi, qu’il n’y avait pas lieu de faire des concessions, et qu’une intensification du terrorisme provoquerait davantage de retraits unilatéraux de la part d’Israël.

Ya’alon a insisté sur le fait que le retrait israélien de Gaza avait joué un rôle majeur dans la victoire électorale du Hamas, parce qu’il avait été perçu comme une capitulation devant le terrorisme islamique.

« Ce faisant, nous léguons à la nouvelle génération qui traitera avec des Palestiniens qui croient que le terrorisme paie, l’idée qu’Israël déguerpit sous la pression »,

a dit Ya’alon, ajoutant que c’est une « guerre » que mène Israël, et non la simple répression d’une révolte.

 

Pire, alors qu’Israël a quitté Gaza en disant qu’il userait de dures représailles si des opérations terroristes continuaient à être lancées à partir de cette zone, il n’a pas donné suite à ses menaces. « Après le retrait de Gaza », a dit Ya’alon, « j’avais recommandé de lancer des représailles immédiatement après le premier tir de roquette contre Israël ».

Mais Israël n’a pas suivi cette ligne de conduite. Au contraire, il continue dans la voie qui consiste à faciliter la création d’un Etat palestinien.

Ya’alon avertit :

« La création d’un Etat palestinien mènera, tôt ou tard, à une guerre. Une telle guerre peut être dangereuse pour l’Etat d’Israël. L’idée qu’un Etat palestinien créera la stabilité est coupée de la réalité et dangereuse ».

Selon lui, les Israéliens doivent maintenir une présence militaire en Judée et en Samarie, tant que les Palestiniens refusent de faire un accord de paix sérieux et tant qu’« Israël n’a pas fait entrer dans la conscience des Palestiniens » la conviction que le terrorisme ne leur procurera aucun avantage.

Dans cette même ligne, Ya’alon a appelé à une campagne antiterroriste préventive.

« La meilleure défense est une bonne offensive, pas une barrière [1]. La meilleure conduite à tenir avec les terroristes, c’est de les arrêter ou de les tuer dans leur lit […] Sans traiter les racines, on ne peut se débarrasser de la [mauvaise] herbe – et ce traitement à la racine doit consister à les contraindre de réformer leur éducation et leur culture. Je ne suis pas sûr que nous y parviendrons, mais on ne devra pas faire pression sur nous pour que nous fassions des concessions, tant que ce changement n’interviendra pas. »

Et Ya’alon de souligner :

« La solution bi-étatique a échoué et, selon moi, elle est irréalisable aujourd’hui. En Israël, nous devons renforcer notre argumentaire du sionisme juif. Si nous ne croyons pas à notre cause, il ne sera pas possible d’en convaincre autrui. Même avant la victoire du Hamas, une solution bi-étatique était un projet erroné, et elle est encore plus inadéquate aujourd’hui. Les Palestiniens savaient exactement ce qu’est le Hamas quand ils ont voté pour lui. »

Ya’alon a encore affirmé, de manière tranchante :

« Si nous n’avons pu apprivoiser ni changer Arafat, nous ne pourrons apprivoiser ni changer le Hamas. Par contre, si nous restons en Judée et en Samarie, nous pouvons mettre le terrorisme en échec ».

C’est pour cette raison que Ya’alon décrit comme « perturbés » les dirigeants israéliens qui appellent à plus de concessions unilatérales et bercent d’« illusions » le public israélien.

Et Ya’alon de conclure :

« Ce ne sont pas des Chamberlain qu’il nous faut, mais des Churchill », qui fassent preuve de réalisme et d’optimisme, en prédisant « du sang, un dur labeur, de la souffrance, des larmes et de la sueur » [2], mais aussi la perspective de la victoire définitive.

Ya’alon a appelé Israël et les pays occidentaux à cesser de préférer « être dans le flou », mais à faire preuve, au contraire, de « clarté morale » [3] pour voir que,

« depuis les débuts du sionisme jusqu’à ce jour, c’est le refus de la reconnaissance de l’existence d’Israël par le monde arabe qui est à l’origine de tous les attentats terroristes. Tant que cela ne changera pas, nous resterons la cible d’une violente activité terroriste. Les frontières de 1967 ne constituent la solution ni des attaques à la roquette, ni des attentats-suicide à l’explosif, ni d’autres formes plus conventionnelles de combat […] L’Iran nous voit nous retirer de Gaza, le Hamas est au pouvoir, ils sont témoins de difficultés des Américains en Iraq, mais comme ils ne paient pas le prix de leur financement, de leur soutien, ni de leur encouragement au terrorisme, ils continuent […] Tant qu’ils nous verront pratiquer une politique de conciliation, ils continueront. »

Israël propose de céder 95% de la Judée et de la Samarie et de fixer [unilatéralement] des frontières. Les Etats-Unis ont déjà dit qu’ils n’accepteraient pas ces frontières sans l’accord de l’Autorité Palestinienne, et l’AP ne le donnera pas. Par conséquent, si Israël réalise son énorme retrait, il aura renoncé à tous les moyens de pression qu’il doit conserver pour résoudre des problèmes tels que ceux de Jérusalem, des réfugiés, de la démilitarisation, etc., et il se retrouvera sans aucune monnaie d’échange.

 

Morton A. Klein *

 

* Président national de ZOA (Zionist Organization of America).

 

© The Jewish Press

 

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Notes du traducteur


[1] "The best defense is a good offense, not a fence". Le jeu de mots n’est pas perceptible en traduction française.

[2] Allusion au fameux discours prononcé le 13 mai 1940, à Londres, par Churchill : "I say to the House as I said to ministers who have joined this government, I have nothing to offer but blood, toil, tears, and sweat. We have before us an ordeal of the most grievous kind. We have before us many, many months of struggle and suffering. You ask, what is our policy? I say it is to wage war by land, sea, and air. War with all our might and with all the strength God has given us, and to wage war against a monstrous tyranny never surpassed in the dark and lamentable catalogue of human crime. That is our policy. You ask, what is our aim? I can answer in one word. It is victory. Victory at all costs - Victory in spite of all terrors - Victory, however long and hard the road may be, for without victory there is no survival."  - "Je le dis au Parlement, comme je l’ai dit aux ministres qui ont formé ce gouvernement, je n’ai rien d’autre à offrir que du sang, un dur labeur, de la souffrance, des larmes et de la sueur. Nous faisons face à une épreuve de la nature la plus grave. De longs et nombreux mois de combats et de souffrance nous attendent. Vous demandez, quelle est notre politique ? Je peux vous dire : c’est d’engager le combat sur terre, sur mer et dans les airs, avec toute la puissance, toute la force que Dieu nous a donnée ; engager le combat contre une monstrueuse tyrannie, sans égale dans les sombres et désolantes annales du crime. Voilà notre politique. Vous demandez, quel est notre but ? Je peux répondre en un mot : la victoire, la victoire à tout prix, la victoire en dépit de la terreur, la victoire, aussi long et dur que soit le chemin qui nous y mènera ; car sans victoire, il n’y a pas de survie."

[3] Leitmotiv préféré de Bush et de ses principaux conseillers, même s’ils n’en sont pas les créateurs. Il vaut le plus souvent l’ironie et la dérision à celles et ceux qui l’ont adopté. Lire, entre autres (très nombreux) articles sur ce thème : "Les néo-conservateurs pour la morale de l’Histoire". On retiendra cette phrase extraite du dit article : « Ces intellectuels partagent une conviction profonde : c’est Reagan et Churchill qui avaient raison, non pas Nixon et Kissinger. C’est la "clarté morale" qu’il faut cultiver, contre le "réalisme". »


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Première mise en ligne le 21 mai 2006, par M. Macina, sur le site upjf.org

Remis en ligne le 11 octobre 2009, par M. Macina, sur le site upjf.org