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Obama, le prix Nobel de la paix, Le Monde, et Der Stürmer, Jean-Pierre Bensimon
11/10/2009

11/10/09Objectif-info

Savez-vous qu’il existe un prix IG Nobel, une dérision du Nobel, qui récompense de façon irrévérencieuse des travaux de recherche qu’«il aurait mieux valu ne pas mener». Il a été décerné pour 2009, par de vrais lauréats du Nobel, lors d’une cérémonie officielle dans les locaux de l’université de Harvard. Cette année par exemple, le prix IG Nobel de la recherche vétérinaire a été attribué à des chercheurs anglais, Catherine Douglas et Peter Rowlinson, de l’université d’agronomie de Newcastle (Royaume Uni), qui ont démontré de façon tout à fait rigoureuse que les vaches à qui on a donné un prénom produisent plus de lait que les autres. Le prix IG Nobel de la Paix est allé à Stephan Bolliger, Steffen Ross, Lars Oesterhelweg, Michael Thali et Beat Kneubuehl de l’université de Berne (Suisse), qui ont démontré qu’une bouteille de bière vide était plus dangereuse qu’une bouteille pleine en cas de bagarre dans un café.
Le prix Nobel qui a récompensé Barack Obama n’est pas aussi dérisoire mais il s’en approche un peu. Le nouveau président du Comité norvégien, Thorbjoern Jagland, aurait mis tout son poids dans la balance pour cette attribution, au point que Siv Jensen, la dirigeante du parti d’opposition a demandé sa démission. Le second parti conservateur a surenchéri. En Suède, pays natal de Nobel, la presse a exprimé du dépit : le « quotidien de référence », Dagens Nyheter, a parlé de « mauvais service rendu à Obama » tandis qu’Aftonbladet criait à la honte et au ridicule. Le prix Nobel de la paix, déjà assez déprécié pour compter parmi ses lauréats Yasser Arafat, le plus rusé des terroristes modernes, a encore perdu de sa crédibilité, fatalement entamée pour au moins une génération, selon le Wall Street Journal.

Allons au fait. Qu’attend le Comité norvégien de cette nomination ? D’abord confirmer encore une fois son rejet de Georges Bush et de ce qu’il représente. De ce point de vue, il ne manque pas de cohérence, ayant déjà attribué des prix anti-Bush à Jimmy Carter en 2002 et à Al Gore en 2007. Certains pensent que le Comité a aussi voulu donner à Obama un coup de main au moment où il rencontre les pires difficultés pour faire adopter par le Congrès sa réforme du système de santé. Si c’est le cas, il faut croire que le Comité Nobel connaît bien mal le dossier. Le Congrès fonde son refus sur un vaste consensus du peuple américain, globalement satisfait du système actuel et farouchement décidé à le défendre, qui éprouve une répulsion véritable à l’idée de confier la santé à une bureaucratie « à la française ».
Autre motivation, plus sérieuse, la volonté de contraindre le président américain à renoncer à toute option militaire en Iran. Comment imaginer ce président annonçant lors de la remise du prix en décembre, le déclenchement d’une opération aéronavale contre les mollahs ? Ce prix va mettre Obama face à un dilemme lors de toute décision politique assortie d’un volet militaire : l’opinion ne va-t-elle pas accuser le lauréat, devenu le drapeau du pacifisme international, de trahir ses convictions et ceux qui lui ont fait confiance ? Le prix lie à l’évidence les mains du président, et les état-major philanthropes de la Corée du Nord, de l’Iran, du Soudan, de la Syrie, de la Russie, etc. gagnent autant de liberté pour mener leurs opérations de déstabilisation que le président américain n’en perd pour les contrecarrer, étant fait roi et otage du pouvoir « doux ».

Obama avait un moyen de sortir du piège, et de recouvrer liberté d’action et pouvoir de dissuasion sur les régimes bellicistes du globe : tout simplement, il pouvait refuser le prix, au prétexte qu’il est prématuré, que les résultats ne sont pas encore là, une autre récompense pouvant être votée un peu plus tard au vu des accomplissements bientôt indiscutables de sa politique de dialogue tous azimuts. Assez inexplicablement, démontrant une fois encore qu’il n’a pas l’envergure d’un homme d’état, il a accepté le prix et bredouillé des remerciements embarrassés et alambiqués. Et ainsi va la nave….

Mais un des enseignements les plus significatifs de cet épisode vient de France, plus particulièrement du journal Le Monde. Ses commentaires ont été banals et prévisibles, sans intérêt aucun. Mais le journal parisien a exprimé le fond de lui-même dans un dessin en première page de son principal caricaturiste. Le voici:
 

L’étoile de David, le symbole immémorial du judaïsme, et l’accusation, non moins immémoriale, de meurtre des enfants, introduits dans cette affaire de prix Nobel, où Israël, patrie immémoriale des Juifs, n’a absolument rien à voir, est un modèle, un exemple-type, d’incitation à la haine antisémite. Ce 11 octobre 2009, Le Monde, c’est Der Stürmer.

 

 

Jean-Pierre Bensimon

 

© Objectif-Info

 

Mis en ligne le 11 octobre 2009, par M. Macina, sur le site upjf.org