Debriefing.org
Google
Administration
Accueil
Tous les articles
Imprimer
Envoyer
S’inscrire
Nous contacter

Informations, documents, analysesDebriefing.org
Politique
Politique moyen-orientale

L’entrée en scène de l’Arabie Saoudite, Jacques Benillouche
09/10/2009

09/10/09
Article repris du site Israël Actualités, 6 octobre 2009


Le roi Abdallah d’Arabie Saoudite se rendra en Syrie au début du mois d’octobre pour s’entretenir avec le président Bachar El-Assad. Il ne s’était pas rendu dans cette capitale depuis l’assassinat de Rafik Hariri, en 2005. Ce déplacement fait suite à la visite-surprise historique du président syrien, le 25 septembre, qui a constitué un choc pour les Libanais. Le président Michel Sleimane n’avait pas été mis dans le secret alors que le Liban entretient des liens étroits avec le roi saoudien. Rien d’officiel n’a été dit sur les entretiens prévus mais les dirigeants discuteront certainement de la difficulté qu’éprouve Hariri à constituer son gouvernement, et de la nécessité de relancer le processus de paix israélo-palestinien.

L’Arabie Saoudite avait pour principe de faire parler d’elle le moins possible. Ses princes préféraient gaspiller leurs revenus pétroliers dans les casinos d’Europe ou dans des fêtes somptueuses sur leurs yachts. Cette discrétion permettait de détourner l’attention des atteintes aux droits de l’homme de ce pays féodal qui a procédé à cinquante-deux décapitations au sabre durant l’année 2009.

Suite à la visite de Hillary Clinton en Israël, les Saoudiens avaient décidé de sortir de l’ombre pour passer à une phase active en devenant les plus gros donateurs pour Gaza avec un don d’un milliard de dollars sur les quatre promis par la communauté internationale. La situation a évolué depuis le 11 septembre 2001 qui a vu des citoyens saoudiens prendre la tête du complot contre les Etats-Unis. L’Arabie Saoudite, culpabilisée par son inertie d’alors, cherche aujourd’hui, sinon à se faire pardonner ce qu’elle n’a pas directement commis, du moins à rétablir une relation de confiance avec son allié. Elle a saisi au vol l’allusion  de la Secrétaire d’Etat, qui doute d’une réponse iranienne positive à la proposition d’ouvrir un dialogue direct et qui a précisé que toute démarche politique ne sera envisagée « qu’après consultations étroites avec nos amis ».

L’Arabie est convaincue du rôle efficace d’arbitre qu’elle peut jouer dans la région du Proche-Orient après en avoir été le pyromane. Pour donner plus de crédibilité à sa nouvelle stratégie, elle a définitivement abandonné les appels anachroniques à l’éradication d’Israël. Sa conversion date de la guerre du Liban, où son silence avait fait plus de bruit que les paroles belliqueuses de Nasrallah. Les tentatives de déstabilisation fomentées par l’Iran, jouant avec sournoiserie la carte de la solidarité contre l’ennemi commun Israël, avaient été perçues comme un moyen détourné de faire admettre aux pays arabes la nécessité de l’acquisition de l’arme nucléaire. Or, les pays arabes exècrent profondément l’Iran, dont ils se méfient comme de la peste. La persistance de l’antagonisme chiites-sunnites est en effet loin d’être dissipé.


Le réveil de l’Arabie

Les commentateurs politiques ne mesurent pas à sa juste valeur le réveil de l’Arabie alors que tout nouveau plan élaboré par la Maison-Blanche sera voué à l’échec sans l’implication active des saoudiens. Ils sont les seuls à pouvoir réaliser les souhaits de l’administration américaine qui recommande l’ouverture d’un dialogue avec l’axe Damas-Téhéran.

« Nous allons employer toutes les ressources de la diplomatie américaine pour susciter un soutien à notre politique au Moyen-Orient. Des pays comme l’Arabie Saoudite, l’Egypte, la Jordanie, les Etats du Golfe doivent comprendre qu’une défaite américaine ferait naître un nouveau sanctuaire pour les extrémistes et une menace stratégique pour leur survie ».

Cet ordre de mission adressé à l’Arabie lui confère ainsi une sorte de toge arbitrale dans une région en feu.

Quels faits ont pu inciter la monarchie à se rallier si vite au nouveau rôle qu’on veut lui voir jouer ? Tout d’abord, le danger nucléaire iranien inquiète sérieusement les dirigeants arabes modérés qui se trouvent contraints de s’opposer à la stratégie risquée et dangereuse choisie par les Chiites. Les Saoudiens ont plus peur de la bombe iranienne que les Israéliens, mais ils ne se privent pas d’exploiter cette peur à leur profit pour maintenir la chape antidémocratique qu’ils font peser sur leur pays afin de repousser aux calandres grecques les réformes tant attendues et de museler une opposition traquée et abandonnée à son sort par les  Occidentaux. Cette nouvelle stature de médiateur peut ainsi facilement faire oublier son passé de pyromane de la région.

Mais le danger nucléaire n’est pas la seule motivation de ce nouvel activisme teinté d’opportunisme. L’Arabie a compris que l’instabilité de la région permettait aux Mollahs de se poser en arbitres de la confusion grâce aux agitateurs disséminés par eux dans la région, tandis que les donneurs d’ordres restaient en retrait. Les islamistes du Hezbollah et du Hamas agissent par procuration et par Syrie interposée, et nul pays arabe ne semble pouvoir les contrer. Du fait que les Mollahs ont pu susciter la guerre libanaise de 2006, terroriser les sunnites d’Irak, s’impliquer dans le désordre en Somalie, télécommander les troubles en Afghanistan, préparer leur déploiement en Amérique du Sud, ils sont devenus les agitateurs incontournables du désordre au Moyen-Orient et en Afrique. Leur politique vise à reprendre à l’Arabie le leadership de l’islamisme révolutionnaire tout en osant affronter ouvertement les Etats-Unis pour qu’ils révisent leur position à l’égard du Hezbollah et du Hamas.


Le danger des Mollahs

Mais en cherchant à provoquer les Etats-Unis, au risque même d’engendrer la destruction du Liban et de l’Irak, hier, de Gaza aujourd’hui, les Mollahs ont fini par indisposer les régimes arabes passifs, au point de leur faire peur. Les Saoudiens ont donc décidé de reprendre les affaires en main en s’impliquant fortement dans toutes les décisions afin d’éviter la propagation de l’embrasement jusque chez eux. Ils s’efforcent d’agir avec finesse pour essayer de rehausser le leadership des Etats Arabes sunnites. Cependant, tandis que l’Arabie avait compris jusqu’où les Mollahs cherchaient à la mener, la France faisait une tout autre analyse en marquant sa volonté de maintenir des liens intéressés avec les Mollahs, au point de « les associer à un règlement du conflit israélo-palestinien ». Les Saoudiens n’ont pas été dupes et ont fait preuve d’une grande culture politique en s’y opposant discrètement. Ils ont découvert, bien tard certes, que le Quai d’Orsay cherchait en fait à préserver les intérêts français en Iran, en adoptant une attitude ambiguë.

L’Arabie s’achète alors de la considération avec ses pétrodollars en devenant le principal pourvoyeur financier lors des conférences, celle du Liban d’abord puis de Gaza ensuite, s’attribuant du même coup une auréole de juge neutre et impartial face aux Occidentaux. Mais elle n’omet pas, quand il le faut, de menacer pour donner plus de poids à sa nouvelle stature de notable rassurant :

« Les Libanais, laissés entre eux, parviendront à une solution à la crise. Mais si d’autres cherchent à exporter leur bataille au Liban, la situation va se compliquer »,

avait affirmé le Ministre saoudien des affaires étrangères, Saoud al-Fayçal, en signe d’avertissement. Il s’implique aussi dans le conflit palestinien en conviant le Hamas et le Fatah à « se montrer raisonnables et à préférer le dialogue au langage des armes ». Il n’hésite plus à mettre en garde les pays arabes pour qu’ils s’opposent à la menace iranienne lors du dernier sommet de la Ligue Arabe en Egypte. Le prince avait été très clair en affirmant :

« pour parvenir à une réconciliation interarabe, nous avons besoin d’une vision commune sur les questions de sécurité arabe pour faire face au défi iranien ».

En d’autres temps, il aurait attisé le feu en exploitant une situation de désordre pour masquer le blocage de sa situation intérieure et aurait même financé au grand jour l’armement des ennemis d’Israël pour donner plus de lustre à son ascendant. A présent, il recommande la paix entre factions palestiniennes pour - demain peut-être - favoriser une paix avec Israël. Pour atteindre cet objectif, il n’hésite pas à puiser dans sa trésorerie.


L’inquiétude d’Israël

En Israël, on s’inquiète de ce soudain activisme, car, pour calmer le feu qui se propage, l’Arabie sera certainement dépêchée comme messager ultime des Etats-Unis pour proposer ses bons offices à l’Iran sans omettre de transmettre des menaces de plus en plus insistantes. Le Secrétaire d’Etat Gates avait appuyé cette option :

« Je crois que nous pouvons toujours tirer bénéfice de la coopération de l’Arabie saoudite sur la question du programme nucléaire dans la région du Golfe ».

Certes, l’Arabie Saoudite a évolué et sa mutation modifie les paramètres de la politique de la région. Cette attitude positive, qui consiste à refuser de financer ouvertement le terrorisme et à ne plus prôner le djihad comme unique solution, tend cependant à disqualifier sa prétention de figurer au nombre des alliés irréductibles et indéfectibles des Palestiniens.

Elle pourrait, en revanche, favoriser une redistribution des cartes politiques, qui permettrait à Israël de sortir de son isolement régional. Elle recevrait alors délégation des Etats-Unis pour agir comme source de  pression contre l’Etat Juif. Le Premier Ministre israélien se doute déjà que cette pression sera, certes, plus « soft », mais ô combien plus dangereuse politiquement. Il sait que la solution d’une intervention contre l’Iran, de plus en plus probable sinon imminente, ne pourra trouver grâce auprès des Etats-Unis qu’une fois toutes les options diplomatiques épuisées. Le rôle de l’Arabie saoudite, plus que celui de l’Egypte, se trouve ainsi conforté. Mais ces ballets diplomatiques ne sont pas nullement du goût des Israéliens, qui hésitent à donner du temps à l’Iran, ce qui lui permettrait de renforcer sa production nucléaire et d’atteindre un point de non-retour.

 

Jacques Benillouche

 

©  Israël Actualités

 

Mis en ligne le 9 octobre 2009, par M. Macina, sur le site upjf.org