Debriefing.org
Google
Administration
Accueil
Tous les articles
Imprimer
Envoyer
S’inscrire
Nous contacter

Informations, documents, analysesDebriefing.org
Bibliographie

« Les Juifs de Saint-Domingue (Haïti), » d’Elvire Maurouard, présentation par Véronique Chemla
29/10/2009

29/10/09

Sur le Blogue de l’auteure

Elvire Maurouard, Les Juifs de Saint-Domingue (Haïti). Editions du Cygne, 2008. 90 pages, 13 euros. ISBN : 978-2-84924-086-1

Avec un sens de la dramaturgie, en citant des archives publiques, notamment des correspondances, Elvire Maurouard, enseignante et poète, centre cette brève « étude historique » sur deux épisodes des juifs de Saint-Domingue (Haïti) au XVIIIe siècle.

Malgré les édits de 1615 et 1685 ordonnant de chasser les juifs des Isles françaises d’Amérique, malgré l’édit d’expulsion de 1683, des juifs, commerçants et industriels, y « résidaient à la faveur de lettres de naturalité ». Ils étaient tolérés malgré le Code noir, par intérêt économique, au XVIIIe siècle, dans cette île des Caraïbes. Leur nombre exact reste inconnu. Demeure au Cap haïtien un lieu dénommé « cimetière des juifs ».

Evoquant le procès (1739-1751) en contestation du testament d’Abraham Gradis, Elvire Maurouard montre que la justice reconnaissait parfois aux juifs des droits encadrés (facultés d’acquérir, de disposer, de tester valablement), sous réserve notamment de ne pas agir « en haine de la religion catholique ». Elle révèle des unions interdites, telle celle de « M. de Paz, juif accusé d’avoir envoyé les deux mulâtresses qu’il a eues avec une négresse à Bordeaux pour parfaire leur éducation ».

La nomination du comte d’Estaing au poste de « gouverneur général des Isles françaises sous le Vent de l’Amérique », à Port-au-Prince, le 27 décembre 1763, marque un tournant dramatique. Ce représentant du Roi contraint les juifs au versement d’un impôt extraordinaire illégal, déguisé en « dons » obligatoires pour édifier des ouvrages publics. Ce qui suscite leur indignation. Avec machiavélisme, le comte d’Estaing use de diverses tactiques pour contrer toute opposition et maintenir sa décision inique. Ainsi, autoritaire et dédaigneux, il excite la jalousie de commerçants et d’industriels locaux chrétiens envers leurs homologues juifs.

Fragilisés, discriminés, éprouvés par ces faits – M. Daguillard, « syndic des juifs », se convertit au christianisme -, les juifs de Saint-Domingue sollicitent en 1776 l’appui de leurs coreligionnaires - « Juifs espagnols et portugais ou nouveaux chrétiens » - à Bordeaux, notamment de la famille Gradis, pour substituer « un droit légal et bien défini » (« lettres-patentes ») à la « tolérance » et aux « privilèges » précaires, régis par l’arbitraire et se traduisant parfois par des saisies d’héritages de juifs. Après études par son administration, la monarchie française le leur refuse. La Révolution française leur accordera des droits.

En août 1790, inquiets du « sort que la Révolution préparait aux colonies », les créoles de Bordeaux nomment président David Gradis.

Lors de la Seconde Guerre mondiale, Saint-Domingue fut un des rares Etats à accueillir les juifs européens persécutés par les Nazis.

Ce livre intéressant sur cette communauté méconnue aurait gagné à avoir une construction plus logique, une introduction plus développée, un lexique, voire une chronologie et une carte.

 

Photo d’Elvire Maurouard : © DR

Cet article a été publié en une version plus concise dans le n° 614-615, juillet-août 2009, de L’Arche.
 
 

© Véronique Chemla

 

Mis en ligne le 29 octobre 2009, par M. Macina, sur le site upjf.org