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A-Dura / France-2 (développements récents)

Le Salaire de la Peur : Alibis et mensonges, Joan Z. Shore
24/11/2009

Où l’on reparle de Philippe Karsenty et de l’affaire al-Dura, en resituant les choses dans leur vrai contexte: celui d’un Occident apeuré et veulement correct face à un islam intégriste qui tente de déstabiliser nos sociétés et nos valeurs. (Menahem Macina).

24/11/09

 

Sur le blogue de l’auteure, dans The Huffington Post, 23 novembre 2009


Texte anglais original :
The Wages of Fear: Alibis and Lies, Joan Z. Shore

 

Traduction française : Menahem Macina, pour upjf.org

Note à l’attention des responsables de sites et blogues : Cet article peut être librement reproduit, sous réserve de la mention - explicite et obligatoire - de son lien : http://www.upjf.org/contributeurs-specialises/article-17509-145-7-salaire-peur-alibis-mensonges-joan-z-shore.html

 


Si celui qui massacra treize personnes dans un acte de folie furieuse avait été chrétien ou juif, je doute qu’il y aurait eu autant de psycho-analyse du meurtrier et de ses motivations. C’était un acte horrible et criminel, un point c’est tout.

Mais le meurtrier est musulman, et plutôt que d’examiner son crime comme un acte éventuel de terrorisme, certains de nos gourous locaux se sont mis à psycho-jargonner sur la détresse personnelle d’un Nidal Hassan malheureux, sans amour, en colère, apeuré. (Comme si  le fait d’être malheureux donnait le droit de tuer.) Maintenant, nous découvrons à quel point le « mal-être » de Hasan était lié à ses convictions islamiques.

Il y a actuellement une forte tendance, particulièrement en Amérique, à marcher sur des œufs quand on aborde des sujets à connotations ethniques et raciales, et ce au nom du politiquement correct. Pourtant, relativement peu de décennies nous séparent de l’époque où des minorités ("nègres" et Juifs en particulier) étaient l’objet de ségrégation et de persécution sauvages. Cette attitude nouvelle est-elle un signe de tolérance, ou de peur ?

Les musulmans qui vivent en Amérique (et en Europe aussi, en l’occurrence) n’y ont pas été amenés en tant qu’esclaves ou prisonniers de guerre. C’est eux qui ont choisi de venir et de rester, et donc il leur incombe de respecter les lois américaines, et il incombe à l’Amérique d’exiger ce respect, sans fournir d’alibis aux contrevenants. Un musulman qui tue reste un tueur ; la race et la religion ne constituent pas des circonstances atténuantes.

Mais ils peuvent être des facteurs incitatifs. Si le crime monstrueux de Hasan était réellement motivé pas une foi islamique fervente, comme ce semble être le cas, ne prétendons pas le contraire. Car alors, l’Amérique est confrontée à un véritable problème : un islam radical à l’intérieur de nos frontières. Ce n’est pas une chose qui peut être expliquée par de suaves considérations de pontes, lors d’entretiens télévisés.

Fait intéressant : un cas très différent, mais très sensible s’était produit, il y a neuf ans, en France, impliquant aussi l’islam et les médias. Charles Enderlin, un journaliste franço-israélien chevronné, avait relaté un incident survenu à Gaza, au cours duquel des soldats israéliens auraient tiré sur un Palestinien et son fils, tuant le garçon de douze ans et blessant son père. Le récit, d’abord diffusé sur France 2 (télévision d’Etat) s’est répandu dans le monde entier, sans examen ni vérification. Les nations arabes s’en sont donné à cœur joie : affiches, timbres, et même monuments furent créés en l’honneur du garçon… pourtant, sa mort n’a toujours pas été prouvée.

Un Français sagace, du nom de Philippe Karsenty, mit en doute ce récit, fit appel à des experts en médecine légale et en balistique pour qu’ils examinent les séquences de film et les photos, et affirma que l’histoire avait été fabriquée, qu’il s’agissait d’une falsification totale. Suite à quoi, Karsenty fut attaqué en diffamation. Maintenant, quelques années plus tard, après des batailles juridiques interminables, Karsenty a été lavé de l’accusation de diffamation. Mais France 2 n’a jamais publié d’excuses ni de rectification, et Enderlin a reçu la prestigieuse Légion d’Honneur, l’été dernier !

Les deux cas appartiennent à des époques et à des continents différents, mais ils témoignent d’une tendance inquiétante : le monde occidental est en train de sombrer dans un abîme de peur, de confusion et de désinformation. C’est contre nous-mêmes que nous devrions mener notre « guerre contre la terreur », car nous nous laissons manipuler et intimider, subtilement mais sûrement.

Indéniablement, beaucoup de choses se sont produites depuis le 11 septembre 2001, qui ont ébranlé notre confiance en tant que nation. La démocratie américaine, sous la récente présidence Bush, a été ternie par l’injustice et la tromperie, foulée aux pieds par la corruption et la cupidité. Mais si nous sommes incapables de porter un nouveau regard sur nos valeurs, nos principes, nos idéaux, et nos buts - et de les défendre -, nous serons aspirés dans ces sables mouvants d’ambivalence, de compromis, d’équivoque et, pire que tout, de peur dévastatrice et débilitante.

 

Joan Z. Shore *


© The Huffington Post

 

* Née à New York, diplômée de l’université [privée] Vassar, Joan Shore a passé la majeure partie de son existence en Europe. Elle a été correspondante à Paris de CBS News et de La Voix de l’Amérique, et a écrit pour The International Herald Tribune, The Wall Street Journal, et de nombreux magazines. Elle a été co-fondatrice de Women Overseas for Equality [Femmes d’outre-mer pour l’égalité] (Belgique) et donne régulièrement des conférences et des séminaires sur son livre, "Saging -- How to Grow Older and Wiser"  [*].


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Note du traducteur

[*] Ma traduction : Saging: Comment avancer en âge et en sagesse ? Le terme "saging" est un néologisme créé par l’auteure pour exprimer la joie d’avancer en âge en devenant plus sage. (Définition de l’éditeur).


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Mis en ligne le 24 novembre 2009, par
M. Macina, sur le site upjf.org