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Polémiques

Comment Américains et Israéliens ont nourri l’islamisme, Jacques Attali
17/11/2009

Au temps (lointain) où j’apprenais le difficile métier d’historien de la pensée, il était d’usage – et ce pas seulement dans le sérail universitaire – de se gausser des spécialistes autoproclamés qui refaisaient l’histoire autour d’un livre à sensation, dont la valeur était inversement proportionnelle au tapage médiatique que faisaient autour de lui nombre d’ignoramus tout-puissants dont on sait qu’ils pullulent dans une certaine presse.A l’époque, il était fatal à la réputation d’un auteur qui se voulait sérieux, de s’entendre qualifier de prophète post eventum (après l’événement). De nos jours, où, il est, hélas notoire, que le ridicule ne tue plus, ni Enderlin ni Attali ne risquent une telle mort médiatique. Qu’y faire ? Comme certaines plantes vénéneuses, ces gens prospèrent dans le marigot littéraire de l’accusation tous azimuts, du je-te-refais-l’histoire-attablé-au-Café-du-Commerce. J’ai appelé cela le «y’avait qu’à pas, y’aurait qu’à pus», audace qui m’avait valu l’ire d’Enderlin, lequel m’avait "crucifié", sur son blog, sans mettre en ligne mon commentaire, spécialité dans laquelle il est passé maître. En un mot comme en cent, voici mon sentiment. Des historiens dignes de ce nom eussent sans doute évoqué les mêmes faits comme ayant constitué autant d’erreurs politiques. La seule différence avec les "histornalistes" de service Enderlin-Attali, – mais elle est de taille – c’est que, sachant, par la pratique scrupuleuse de leur métier, qu’on ne peut juger du passé, et encore moins des acteurs de ce passé, à la lumière de ce que les événements postérieurs nous ont enseigné, de véritables historiens se seraient gardés de s’ériger en petits juges ridicules d’hommes et de femmes qui firent, en leur temps, ce qu’ils pensaient être le meilleur pour le bien de leur pays, avec les éléments factuels dont ils disposaient. Alors, internautes de tous les pays, unissez-vous pour rappeler à la modestie ces Marat et Robespierre de la littérature géopolitique de bas étage, qui guillotinent, a posteriori, plus nobles qu’eux. L’histoire jugera la terreur littéraire qu’ils font régner, comme elle a jugé les monstres qui ont déshonoré la Révolution française. (Menahem Macina).

17/11/09

 

Sur le site L’Express.fr, 16 novembre 2009

 

Des Palestiniens brandissent le Coran contre Israël, début 2009. A. Hashisho/Reuters


Dans son nouveau livre, Charles Enderlin montre comment Américains et Israéliens ont, au nom de leurs intérêts, favorisé la montée de l’islamisme... avant d’en payer le prix.


Après plusieurs livres, devenus désormais des références, sur l’histoire des négociations de paix au Moyen-Orient, Charles Enderlin publie aujourd’hui un livre passionnant sur les relations des Israéliens et des Américains avec l’islam.

Dès leur arrivée en Afrique du Nord, en 1942, et pendant toute la guerre froide, les Américains ont utilisé l’islam contre le communisme. Des officiers américains ont même poussé les Algériens à se révolter contre une France dont Washington craignait qu’elle ne tombât entre les mains communistes. Comme ils ont manipulé, dans le même but, en Italie, le Vatican et la mafia, l’un et l’autre en soutiens de la démocratie chrétienne.

Charles Enderlin montre parfaitement comment cette stratégie a conduit, par un terrible engrenage, tant en Afghanistan qu’au Moyen-Orient, à la montée de l’islamisme. Ainsi le dirigeant pakistanais Zia Ul Hak a-t-il islamisé le pays, entre 1977 et 1988, avec les dollars de la CIA. Et ainsi est-on passé de quelques centaines de madrasas (écoles religieuses) en 1977 à plus de 8 000 en 1988.

Les Israéliens font de même avec le Hamas, l’une des branches du salafisme ; un mouvement entièrement religieux, et non politique comme l’OLP (Organisation de libération de la Palestine), son antidote, qui parle en fait le même langage laïque que les chefs militaires israéliens.


Tsahal aveuglé par les promesses du Hamas

Dans un premier temps, l’armée israélienne ignore ceux qui ne "tirent" pas, ne vérifie pas ce qui se passe dans les mosquées et prend pour argent comptant les promesses du patron du Hamas, le cheikh Yassine : "Vous n’êtes pas nos ennemis. Nous combattons les apostats de l’OLP et les communistes". Ce n’est qu’après la chute du communisme qu’Américains et Israéliens réalisent le danger du radicalisme religieux.

Mais il est trop tard et ils sont paralysés. Charles Enderlin montre bien que tout dialogue est alors impossible: le Hamas refuse de parlementer avec Israël, dont il veut la disparition. Et les Israéliens comprennent bien tard que ce qui compte, ce ne sont pas les belles paroles des dirigeants politiques palestiniens, installés à Damas, mais les décisions des imams et des cheikhs dans les mosquées de Gaza.

Ainsi, en dix ans, les laïques des deux camps (travaillistes israéliens et Fatah), qui avaient fini par réussir à se parler et même à s’entendre, sont discrédités par les religieux de chaque bord, qui se retrouvent dans le rejet de la rationalité et des valeurs démocratiques ; transforment un conflit territorial en une guerre de religions, rendant impossible toute négociation. On peut faire des compromis sur le tracé d’une frontière, pas sur la nature de Dieu.


Jacques Attali


© L’Express.fr

 

Le grand Aveuglement, par Charles Enderlin. Ed. Albin Michel

 

[Merci à Victor Perez de m’avoir signalé cette fleur de littérature vénéneuse.]

 

Mis en ligne le 17 novembre 2009, par M. Macina, sur le site upjf.org