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Polémiques

Propos insupportables de Caroline Fourest sur Israël
27/11/2009

Pierre Lurçat, qui signale cet article [*], a raison de le qualifier d’"excellent article". C’est à ce titre que je le reprends ici. (Menahem Macina).

[*] Sur Facebook.

 

27/11/09

 

Billet signé Anatole, en ligne sur le Blogue Vigilances, 26 novembre 2009

 

Evitons les procès d’intention, les collages d’étiquettes infâmants et les polémiques stériles : tout le monde commet des erreurs, et certains d’entre nous sont heureusement capables de se poser régulièrement la question :"et là, si j’avais tort ?" Cette question, c’est souvent la parole d’un autre qui nous y conduit, mais, orgueil oblige, d’autant plus difficilement qu’elle aura été blessante.

Commençons donc par le dire haut et fort : Caroline Fourest s’oppose, de façon absolument remarquable, au double discours de l’islamiste Tariq Ramadan. Ce constat suffirait à donner tort à Paul Landau qui, sur Riposte Laïque, pointe la participation de Caroline Fourest à la fondation Anna Lindh, s’il était exact, comme elle le prétend sur son blog, que "on peut y lire que je mène le « même combat que Tariq Ramadan »". Or, il suffit de lire le texte de Paul Landau pour constater qu’on n’y lit nul part que Caroline Fourest "mène le « même combat que Tariq Ramadan »". Curieux procédé de la part de Fourest, mais admettons que son usage léger des guillemets français ait pu découler, dans le feu de la polémique, d’une interprétation de sa part : exprimant ce qu’elle avait compris du texte en question, elle aurait résumé cette compréhension en croyant citer fidèlement Landau.

Passons, et d’autant plus facilement, pour ce qui nous concerne, que nous ne faisons pas partie de Riposte Laïque et que nous ne voulons pas, a priori, rejeter les procès d’intention que Caroline Fourest lui adresse.

Simplement, nous préférons nous situer sur un autre plan. Non pas, c’est le moment de le préciser, que nous pensions qu’il n’y a jamais de complots ou d’actions concertées pour travailler au corps la pensée collective et implicite de nos sociétés, de la part de groupes plus ou moins organisés mais en tout cas fortement idéologisés. C’est, du reste, un effet pervers de la dénonciation légitime des "théories du complot" : une telle dénonciation pourrait suggérer faussement qu’il n’y a jamais de complots !

Oublions donc le mot "complot", restent des faits qu’à notre avis, Caroline Fourest a bien tort de prendre à la légère concernant les stratégies islamistes de l’OCI en relation avec les notions séduisantes tournant autour du "dialogue des civilisations".

Et ce n’est certes pas adhérer nécessairement à toutes les analyses de Riposte Laïque, que de reconnaître que c’est par le texte de Paul Landau que nous avons appris la participation de Caroline Fourest au comité consultatif de la fondation Anna Lindh. Or, il se trouve qu’en septembre dernier, cette fondation pour le "dialogue entre les cultures", dont le site contient, en panneau de présentation, le sourire radieux d’une jeune fille voilée, a décerné en septembre 2009 son prix du journalisme à six lauréats, parmi lesquels pas moins de trois l’ont été pour des articles ou des émissions consacrées à Gaza : Chine Labbé (France), Lise Goldman (Israël) et Alberto Arce. 

Je n’ai pas eu la possibilité d’écouter l’émission de Chine Labbé, je n’ai donc pas d’avis sur son travail. Lisa Goldman, journaliste freelance israélienne, a été récompensée pour "Ce que les Israéliens voulaient savoir sur la guerre à Gaza" (What Israelis wanted to know about the war in Gaza)", analyse publiée dans la Columbia Journalist Review. Il s’agit d’un article très critique à l’égard du gouvernement israélien et de l’armée, accusant les Israéliens, en général, et les journalistes, en particulier, de ne pas s’être montrés suffisamment critiques à l’égard de Tsahal.

Reste la récompense attribuée à Alberto Arce, pour une série de reportages à partir de Gaza, pour El Mundo en Espagne. Ce journaliste freelance de 33 ans est notamment l’auteur d’un documentaire sur Gaza, intitulé "Effacé - rayé de la carte", dont le titre fait référence, en le retournant contre Israël, aux menaces iraniennes. Membre de l’International Solidarity Movement (ISM), un mouvement "pro-palestinien", Alberto Arce est arrivé à Gaza, depuis Chypre, avec le bateau du Free Gaza Movement, le 18 décembre 2008. Le site de l’ISM appelle au boycott contre Israël. A titre d’exemple de la nature de l’ISM, un article publié le 23 novembre 2009 y explique à propos du Hamas que,

"dans la plupart des médias occidentaux, qu’ils soient de gauche ou de droite, et dans quelques médias « modérés » des pays arabes, le nom même du parti [Hamas] est couplé à des termes comme « fondamentaliste », « radical », « terroriste ». De toute évidence, cela sert à créer un réflexe de peur qui empêchera que le mot soit évalué de façon critique et objective. L’auditeur identifiera immédiatement le Hamas avec une connotation négative, ce qui l’exemptera de sa responsabilité de comprendre qu’il s’agit d’une manipulation de la réalité.". 

Une affiche publiée sur le site de cette organisation appelle à la résistance contre le "système colonial et raciste de l’état d’Israël", avec une carte de toute la Palestine d’où Israël a disparu. Le site ISM milite aussi pour la libération de Georges Ibrahim Abdallah, membre actif du groupe terroriste FPLP, détenu en France et défendu en son temps par Me Vergès.

Qu’une fondation qui prétend oeuvrer pour le dialogue des cultures récompense un activiste d’une association aussi clairement pro-Hamas que l’ISM, voilà qui a de quoi interroger.

Caroline Fourest est membre du conseil consultatif de la fondation Anna Lindh, cela ne signifie pas nécessairement qu’elle adhère aux thèses pro-Hamas d’une association dont l’un des membres a été récompensé par cette association, d’autant qu’elle peut fort bien ne pas être consciente de la chose. 

Par contre, c’est bien elle qui a signé dans "Le Monde" (et sur son propre blog), le 20 novembre 2009, un article (« Israël contre Obama ») qui s’attaque violemment à Israël, dans des termes tout à fait insupportables. 

La première phrase de cet article donne le ton : "Le gouvernement israélien fait décidément tout ce qu’il peut pour compromettre les efforts de Barack Obama". Pour Fourest, tout le mal vient du gouvernement actuel d’Israël, quand Obama représenterait sans doute le Bien. Il ne vient pas une seule seconde à l’esprit de Fourest que, peut-être, l’exigence posée par Obama de conditions préalables à la reprise des pourparlers avait été une erreur, et qu’il aurait été bien plus efficace d’exiger des Israéliens et des Palestiniens qu’ils se remettent sans condition autour de la table : le gouvernement de droite de Netanyahu y était prêt, et il y est toujours prêt (cela a été redit récemment par Netanyahu), et la tentative d’Abbas de faire repousser l’examen du rapport Goldstone a prouvé qu’il y aurait eu également une possibilité de ce côté. Il y a plusieurs semaines maintenant qu’Obama a de fait renoncé à cette exigence préalable (au profit, il est vrai, d’un certain flou quant à la nouvelle position américaine, dans un contexte de tensions internes entre une partie de son administration et Mme Clinton), mais Fourest n’en a pas pris acte et n’a pas analysé les raisons de l’erreur américaine et du changement de tactique qui a suivi. 

Lorsque Elie Barnavi avait été reçu à bras ouverts dans nos médias pour présenter son livre Aujourd’hui ou peut-être jamais, sur lequel Fourest a construit son analyse, le moins que l’on puisse dire est qu’il aura été confus sur la question de la tactique d’Obama. Confusion de Barnavi que l’on retrouve dans cette phrase de Fourest, plutôt curieuse en ce qu’elle s’oriente non vers la reconnaissance de l’erreur d’Obama mais vers son déni :

"Si Obama n’obtient pas en échange [du veto contre Goldstone] le gel des colonies, il ne reste plus rien de sa promesse, et donc de sa force diplomatique".

De fait, même si Netanyahu vient de décréter le gel de nouvelles implantations en Cisjordanie - déclaration jugée irrecevable par Abbas au prétexte qu’elle ne concerne pas Jérusalem -, il ne reste presque plus rien de la force diplomatique d’Obama, tandis que rien ne prouve que le veto américain opposé au rapport Goldstone ait été avant tout motivé par de tels marchandages. Il se pourrait, au contraire, que ce veto procède d’une analyse purement rationnelle : quel intérêt y aurait-il pour les démocraties à laisser passer un rapport mensonger, entièrement fondé sur la propagande du Hamas ? 

Or, Fourest ne peut concevoir ce dernier point : toute militante anti-islamiste qu’elle soit (ce que nous ne mettons pas en doute), elle croit au rapport Goldstone. Elle n’a pas entendu le Colonel Kemp à l’ONU, elle ignore pourquoi et avec quelle force de conviction celui-ci a déclaré que

"durant l’opération Plomb durci , l’armée israélienne a fait plus pour sauvegarder les droits des civils dans les zones de combats que n’importe quelles autres armées dans toute l’histoire des guerres".

Elle ne connaît pas, en tout cas pas encore, le livre de Claude Moniquet, "Gaza, le grand mensonge",  préfacé par l’admirable Mohammed Sifaoui, d’ailleurs allié de Fourest dans la lutte contre l’islamisme.

Elle qui a mené des enquêtes si précises sur l’islamiste Ramadan, fait preuve d’une absolue  légèreté dès qu’il s’agit d’emboîter le pas aux accusateurs professionnels d’Israël. 

Ainsi, en parlant, dans son article du Monde, de "la décision d’autoriser la construction de 900 logements supplémentaires dans les territoires occupés de Jérusalem-Est" [*], Fourest ne fait pas preuve d’une grande connaissance du sujet, mais uniquement de sa capacité à absorber et à répercuter le discours anti-israélien ambiant. C’est de Gilo qu’elle parle, un quartier de Jérusalem situé au Sud-Ouest de Jérusalem, qui depuis plus de quarante ans fait pleinement partie d’Israël et en particulier de sa capitale.

Or, contrairement à ce que veut croire Caroline Fourest, les constructions dans Gilo ne sont pas le fait d’un gouvernement israélien constitué de jusqu’au-boutistes, il est le fait d’une municipalité qui a le soutien de la quasi-totalité de l’opinion israélienne, et pas seulement à droite. Tzipi Livni, dans l’opposition au gouvernement actuel d’Israël, soutient clairement ces constructions. Et elles ne sont certes pas critiquées par le président de ce pays démocratique, Shimon Pérès, un homme de gauche - faut-il le rappeler ? -, prix Nobel de la Paix.

Aussi, Caroline Fourest a-t-elle tort de céder à l’amalgame en suggérant que ceux qui rejettent son article seraient

« les alliés inconditionnellement pro-Israéliens » d’ « extrémistes faussement laïques », des « partisans inconditionnels de la droite israélienne », des  « adeptes d’une théorie du  complot », etc.

Outre le fait qu’en politique, "droite" n’est pas une injure (contrairement à ce que semble croire Kouchner dès qu’il s’agit d’Israël, lui qui fait partie, dans notre pays, d’un gouvernement... de droite !), il se trouve en effet qu’on peut être de gauche, ami exigeant d’Israël et favorable à la création, un jour, d’un Etat palestinien, modéré dans ses choix politiques, à la fois véritablement laïque et respectueux des croyances et des traditions respectables d’un peuple à bien des égards admirable, être capable de faire la différence  entre une guerre idéologique véritable et un complot imaginaire censé tout expliquer... et trouver proprement scandaleux certains termes employés par Caroline Fourest dans son article du 20 novembre dernier.

Ce qui est scandaleux dans son article, ce ne sont pas ses erreurs d’analyse, somme toute plutôt communes et qui font de ce texte un simple radeau porté par le courant. Qu’elle considère que "le gouvernement israélien porte la responsabilité du blocage" me semble injuste, mais c’est bien son droit de critiquer le gouvernement israélien si elle se sent, même à tort, des compétences particulières sur ce sujet.

Qu’elle écrive que « en théorie, la division entre Gaza et la Cisjordanie aurait pu jouer en faveur de la paix », montre simplement que les "théories" auxquelles elle se réfère sont, au mieux, inconsistantes, et qu’elle n’a pas peur d’écrire n’importe quoi, [faute de] voir que la division en question est précisément l’une des sources du blocage supposant de sérieuses oeillères. Non, ce qui est insupportable, c’est que Caroline Fourest, qui endosse, de fait, le rapport Goldstone, se croit autorisée à parler des « colonies comme boucliers humains ».

Le propos est absurde et contradictoire, car pourquoi attribuer à Israël, à son gouvernement et à son opinion publique les positions qu’elle attribue, par ailleurs, aux seuls éléments fanatiques de cette société ? Du reste, les colonies illégales continuent d’être évacuées par l’armée israélienne, tandis que les grandes implantations considérées comme légales par Israël devraient, de toute façon lui revenir, selon les accords qui « sont prêts depuis longtemps » et qu’elle évoque elle-même au début de son article sur "Israël contre Obama". Mais, en plaçant l’opinion israélienne, y compris Shimon Pérès et Tzipi Livni, au même niveau que les terroristes du Hamas (les boucliers humains, cela veut dire quelque chose, et cela désigne précisément la pratique constante des terroristes du Hamas, qui prennent la population civile palestinienne de Gaza en otage), Caroline Fourest utilise un procédé rhétorique proprement scandaleux, tout au moins aux yeux de ceux qui ont un gardé, à contre-courant de l’opinion dominante, un soupçon d’objectivité sur le sujet. 

Caroline Fourest a tort, et ses propos injustes à l’égard d’Israël ne sont pas seulement d’un manque absolu d’originalité et la preuve d’une absence totale de recul de sa part vis-à-vis de la propagande du Hamas recyclée par le conseil des droits de l’homme de l’ONU, ils sont profondément blessants pour tous ceux, fussent-ils minoritaires, qui continuent à faire la différence entre un pays démocratique en état de légitime défense et les organisations terroristes qui lui mènent une guerre incessante.

Je crois Caroline Fourest honnête. J’espère qu’elle prendra conscience un jour de sa profonde erreur sur ce sujet.


Anatole


© Vigilances


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Note d’upjf.org

 

[*] Dans le "chapeau de mon article, "Ramadan ne lui suffit plus, il lui faut Israël : la nouvelle croisade de Caroline Fourest", (23 novembre), j’ironisais déjà sur sa bévue géographique et politique, en ces termes : "Elle ignore, en effet, que, jusqu’ici, personne (pas même les Palestiniens), n’a jamais considéré Gilo, qui est un quartier du sud-ouest de Jérusalem - et non de Jérusalem-est, comme le colporte une presse ignare – comme une "colonie".


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Mis en ligne le 27 novembre 2009, par M. Macina, sur le site upjf.org