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France 2 n’établit pas toute la vérité sur le terroriste Salah Hamouri, V. Chemla
25/11/2009

Une retombée de la sortie pro-palestinienne de l’acteur, François Cluzet, sur France 2, il y a une quinzaine de jours. UN compte-rendu remarquable en tous points de la non moins remarquable journaliste, Véronique Chemla. (Menahem Macina).

25/11/09

Sur le Blogue de l’auteure


Le 8 novembre 2009, lors du magazine d’informations 13 h 15 de France 2, l’acteur François Cluzet avait allégué à tort que Salah Hamouri, franco-palestinien, avait été emprisonné pour « délit d’opinion » en Israël. Le 9 novembre, le Bureau national de vigilance contre l’antisémitisme (BNVCA) saisissait le CSA (Conseil supérieur de l’audiovisuel) pour « désinformation et incitation à la haine » car Salah Hamouri avait été légalement condamné par Israël à sept ans de prison pour son rôle leader au sein d’une branche du FPLP (Front populaire de libération de la Palestine), organisation terroriste, et pour avoir tenté d’assassiner Ovadia Yossef, grand rabbin israélien et chef du parti Shass. Le 22 novembre 2009, ce magazine diffusait un reportage partial, lacunaire et déséquilibré en occultant une partie de la vérité sur ce terroriste.



Il a fallu deux semaines à ce « magazine de la rédaction de France 2 au ton dynamique et décalé sur l’actualité, l’air du temps et la politique » pour revenir sur les faussetés de François Cluzet sur Salah Hamouri !

C’est long, mais c’est quand même mieux que le CSA toujours silencieux,  et embarrassé notamment par la polémique sur la « mise en disponibilité » par France 2 de deux de ses membres, Rachid Arhab, co-responsable avec Michèle Reiser du Groupe de travail Déontologie des contenus audiovisuels, et Françoise Laborde.

 
Des faits reconnus par Salah et certains de ses soutiens

Rappelons les faits . En mars 2005, trois jeunes membres du FPLP, dont Salah Hamouri sont arrêtés par le Shin Bet (Service de sécurité intérieure) et la police israélienne. Titulaires de cartes d’identification israéliennes, ils préparaient l’assassinat du révéré et âgé Ovadia Yossef. Un mois plus tard, les quotidiens israéliens font état du degré avancé du complot : repérages des lieux, surveillance des habitudes du rabbin, etc. The Jerusalem Post décrit leur plan : « Salah Hamouri devait abattre le rabbin Yossef à son entrée à son domicile avec son M-16. Ses complices se ruaient alors dans la maison pour tuer, avec leurs Kalashnikov et grenades, les gardes et toute personne aux alentours ». Un massacre prémédité. « Peu après la libération de prison d’Hamouri en raison de son activité terroriste en 2004, tous trois ont reconstruit l’infrastructure du FPLP parmi la communauté Arabe vivant au Nord de Jérusalem » précise Arutz Sheva. De son propre aveu, Salah Hamouri projetait, avec ses complices, d’autres attentats. Selon les services de sécurité, cette cellule du FPLP avait aussi reçu d’un responsable du FPLP à Jérusalem argent,  « armes et munitions à utiliser lors d’attentats terroristes contre des cibles juives de la capitale ». Selon Haaretz, les assassins du ministre israélien du Tourisme Rehavam Zeevi, emprisonnés à Jéricho selon un accord avec l’Autorité palestinienne (AP), ont apparemment donné à cette cellule leur accord/bénédiction pour tuer ce rabbin. Depuis 2001, le FPLP « fomentait les meurtres de figures publiques israéliennes, en recrutant principalement parmi les Arabes israéliens qui ont un libre accès partout dans le pays ».

L’appartenance de Salah Hamouri au FPLP est reconnue par des sources françaises. La newsletter de l’ambassade de France en Israël le présente comme membre du FPLP . Tout comme Dominique Lagarde, rédacteur en chef adjoint de l’hebdomadaire L’Express (23 avril 2009) dans un article repris par l’Association France-Palestine Solidarité. Cet article évoque aussi la tentative d’assassinat.

Même Me Leah Tsemel, avocate de Salah Hamouri, reconnaît ce complot, mais nie toute preuve attestant une décision de passer à l’acte.


Buzz et soutien politique

Après les allégations désinformantes de François Cluzet, des soutiens à ce terroriste ont tenté de faire monter le buzz sur Internet en enjoignant de visionner la vidéo de l’intervention de François Cluzet, afin d’atteindre un seuil critique de clics et d’avoir des retombées médiatiques.

Cet acteur a reçu le soutien du NPA (Nouveau parti anticapitaliste) – le NPA qui accueillait un leader du FPLP à son congrès en 2009 - et du syndicat des journalistes SNJ-CGT. D’aucuns alléguaient une tentative de brimer la liberté d’expression, en occultant le droit à l’information, le devoir d’un media d’informer honnêtement et la responsabilité d’un acteur-citoyen. Une étrange conception de la responsabilité. Une démocratie définie comme une addition de droits et émondée de devoirs, de contrôles et de sanctions.

De nombreux Internautes réagissaient avec une rare violence verbale contre le BNVCA et son président Sammy Ghozlan. Un BNVCA sans soutien d’autres organisations juives, alors que celles-ci ont élevé la voix lorsque la Mairie de Vitry-sur-Seine (banlieue au Sud de Paris, Val-de-Marne) a attribué, en juin 2009, le titre de citoyen d’honneur au terroriste Marwan Barghouti, créateur des Brigades des martyrs d’al-Aqsa, liées au Fatah.




Un traitement biaisé et déséquilibré


« Voici notre reportage sur ce Franco-palestinien actuellement emprisonné en Israël. Il a été condamné à sept ans de prison par un tribunal militaire », annonce le journaliste Laurent Delahousse ce 22 novembre 2009. Pourquoi ne pas dire « terroriste » ? Pourquoi n’avoir pas rappelé les chefs d’inculpation et et les motifs de la condamnation ?

Et Delahousse de poursuivre : « Nous avons voulu équilibrer ce débat et entendre toutes les parties dans cette affaire ». Mais il n’y a aucun débat. Les faits sont têtus et établis. France 2 met sur un pied d’égalité les faits et la propagande sur ce terroriste.

Après cette introduction (17 secondes), France 2 diffuse donc un reportage de Marie-Pierre Farkas et Charles Enderlin, correspondant de France 2 à Jérusalem, intitulé 7 ans de prison. Un titre glaçant. Comme si la peine d’emprisonnement était irréelle, sans lien avec les griefs de terrorisme et de complot pour tuer un grand rabbin. Pourquoi pas ce titre : 7 ans de prison pour un terroriste français ? En effet, la condamnation est devenue définitive, car ce terroriste a refusé d’interjeter appel.

Quelques précisions de « terminologie ». Le site du Comité de soutien à ce terroriste s’appelle http://www.salah-hamouri.fr/. Tout comme ce reportage, il montre son passeport français (2005) où le nom est orthographié « Hammouri ». Une revue de presse d’UNISPAL (Système d’information des Nations unies sur la question de Palestine), évoque l’arrestation, en 2004, d’un « Palestinien Salah Al-Hamouri » en compagnie de Ghassan Abu Kharan, soupçonné d’être, « selon des sources palestiniennes, un responsable du FPLP ». Quant à la mère de Salah Hamouri, France 2 l’appelle Denise Hamouri. Celle-ci signe ses lettres à des officiels français Annick-Denise Guidoux-Hamouri. Etrange…

Dans ce reportage, sont interrogés Denise Hamouri, la mère - note humaine -, le dit comité de soutien – note altruiste –, et l’ambassadeur d’Israël en France, Daniel Shek - note étatique.

Charles Enderlin a interrogé Denise Hamouri,  mais, curieusement, il n’a interviewé aucun officiel du gouvernement et des services de renseignements israéliens, ni le grand rabbin visé par la tentative d’assassinat. Pourquoi ?

La caméra s’attarde sur le passeport français du terroriste, mais ne montre pas et ne cite pas le jugement condamnant ses complices et lui. Pourquoi ?

France 2 n’a pas questionné Sammy Ghozlan, président du BNVCA, auteur du communiqué dénonçant une « désinformation caractérisée et une incitation à la haine ». Pourquoi ?

Examinons les temps de parole de ce reportage de 5 minutes et 18 secondes (générique compris) : ceux qui soutiennent Salah Hamouri se sont exprimés pendant 116 secondes, soit plus d’un tiers du reportage. France 2 n’a accordé à Israël, représenté par son seul ambassadeur en France, Daniel Shek, que 48 secondes, soit deux fois moins de temps et moins d’un septième du reportage.

Quant au commentaire, en voix off, du reportage, il est loin d’être neutre. Il exprime souvent la voix des proches de Salah Hamouri : « Son fils est passé deux ou trois fois devant la maison d’un rabbin. Ce n’est pas un crime. Il va être libéré ». Ou « Sur les conseils de son avocate, Salah Hamouri accepte de plaider coupable ». C’est-à-dire un accord intégré dans le droit des démocraties, notamment la France (loi Perben II du 9 mars 2004), et permettant une « décision rapide de la justice », ce que réclamait la France, tandis que les Hamouri se plaignaient de l’absence de jugement.

Ce commentaire ternit également l’image d’Israël, présenté comme un Etat pratiquant l’arrestation arbitraire et la détention injustifiée – « Son jugement est reporté faute de preuve ». Non, la justice militaire tributaire a été lente en ce dossier visant plusieurs terroristes, et en raison de contraintes internes : nombre limité d’heures judiciaires, de chambres, etc. Rappelons que la France a été condamnée à maintes reprises par la Cour européenne des droits de l’homme pour la lenteur de son institution judiciaire.

Cette voix off présente, dès le début, une version édulcorée, soft, de la vie de Salah Hamouri : « Une vie sans histoires jusqu’au 13 mars 2005 ». Or, sur le site de son Comité de soutien, sa biographie s’apparente au casier judiciaire d’un multirécidiviste. Jugez : 24 ans, trois arrestations et trois détentions en lien avec le terrorisme : 2001, 2004 et 2005. Lourd passif avec escalade vers l’assassinat terroriste. Graves antécédents que les journalistes de France 2 ont dû lire sur le dit site dont ils montrent des images.

Bilan. L’ambassadeur d’Israël qui s’en tient aux faits : 48 secondes. La version des soutiens de Salah Hamouri : entre quatre et cinq minutes. Quant aux images tournées en Israël, elles représentent une durée d’une minute et 33 secondes, soit moins de 30% du reportage, alors que tous les faits sur lesquels il aurait fallu enquêter – complot, arrestation, emprisonnement, jugement - se sont produits en Israël. C’est l’équilibre, l’enquête, la déontologie professionnelle selon France 2.

Les faits initiaux sont présentés par la seule Denise Hamouri, interviewée dans son appartement bourgeois, où l’on voit les photos de famille encadrées. Donc, dès la première minute, ce reportage joue sur le subjectif, l’affectif, l’empathie du téléspectateur à l’égard d’une mère. Il omet de montrer l’être humain visé par le complot terroriste fomenté par Hamouri et ses complices du FPLP. Il dissimule le fait que le FPLP est une organisation cataloguée comme terroriste, notamment par l’Union européenne, et qu’elle est responsable, entre autres de l’assassinat [du ministre israélien] Rehavam Zeevi, le 17 octobre 2001.

Combien d’enfants ? Selon ce reportage - voix off et photo familiale -, Denise Hamouri « a rencontré l’amour lors d’un voyage en Terre sainte. Elle a épousée Hassan. Elle en a eu deux enfants, Salah et Caroline, tous deux élevés dans des établissements privés catholiques de Jérusalem ». Or, Denise Hamouri a écrit, fin 2007, à la mère de Guilad Shalit : « Je suis française mais je vis à Jérusalem-est depuis plus de 20 ans, car mon mari est Palestinien. Je suis enseignante, nous avons 3 enfants qui ont la nationalité française » .

Que s’est-il passé ce 13 mars 2005 ? Voici la version de Jean-Claude Lefort, ancien député communiste et « coordinateur de son Comité national de soutien », le 20 février 2008, d’après le récit que lui a fait Salah Hamouri le 18 février 2008 : « Ce jour-là, 13 mars 2005, [Salah Hamouri] allait en voiture, avec des copains, à Ramallah. Arrivés au « chekpoint » de Qalqiliya il présente ses papiers. Les soldats consultent, le font descendre du véhicule et l’arrêtent sans aucune explication. Il est conduit aussitôt en prison ». Ce qui diffère quelque peu de la version de Denise Hamouri, ce 22 novembre 2009, à France 2 - une version déjà énoncée en avril 2009 : « On a été prévenu par un de ses amis qui l’a vu, par hasard, les yeux bandés, les mains menottées monter dans une jeep ». Comment et où un de ses amis a-t-il pu le voir, « par hasard, les yeux bandés, les mains menottées monter dans une jeep », alors que Salah Hamouri a été « arrêté et conduit aussitôt en prison » sans les « yeux bandés, [ni] les mains menottées », et ce, sous les yeux de ses « copains » selon ses propres dires relatés par Jean-Claude Lefort ? Si vraiment ce terroriste avait eu « les yeux bandés et les mains menottées », il l’aurait dit à Jean-Claude Lefort, d’autant qu’il lui a dit avoir été amené menotté à ses audiences. Nul doute que Jean-Claude Lefort et le site Internet du dit Comité de soutien l’auraient mentionné. Or, ils ne l’ont pas fait.

Denise Hamouri aurait « appris par la presse pourquoi il a été arrêté » un mois après son arrestation et, selon France 2, elle aurait tardé à « appeler la France à l’aide » car elle aurait minoré le problème. C’est invraisemblable. A chacune des trois interpellations et détentions de son fils, elle n’a saisi aucun media - alors qu’Israël mobilise la densité d’attention médiatique la plus grande au monde -, aucun consul ou ambassadeur de France, aucune association de droits de l’homme, aucune association française pro-palestinienne !? Israël est une démocratie, pas une dictature.

Les soutiens du terroriste ? Ils sont filmés souvent en plan moyen, mobiles, insérés dans un décor intimiste ou républicain (Elysée, Assemblée nationale). Alors que Daniel Shek est filmé en très gros plan, statique, sur un fond beige, neutre, sans les symboles colorés reconnaissables de l’Etat juif : menorah ou drapeau bleu et blanc frappé de l’étoile de David. En fait, les soutiens du terroriste sont filmés en action, en marche – comme la vérité ?! -, en nombre. Et Daniel Shek leur oppose l’immobilisme d’un Etat. Là où les uns parlent « humain », le diplomate se situe sur le registre des institutions, du juridisme.

Parmi ces soutiens, Michel Voisin, député UMP de l’Ain, allègue : «  Il n’y a rien dans le dossier. Ça a été prouvé par ses avocats » (sic). La journaliste de France 2 ne lui cite même pas les motivations, les attendus du jugement condamnant ce terroriste qui a reconnu les faits. Donc, l’Etat d’Israël ne respecterait pas le droit, pratiquerait l’arbitraire et condamnerait sans preuve ! Non. Les faits sont têtus : « Les preuves présentées par le procureur militaire démontraient son implication dans les crimes dont il est accusé », précise Nina Ben-Ami, porte-parole de l’ambassade d’Israël en France. Et de préciser : « Hamouri a été jugé devant un tribunal militaire parce qu’une partie des crimes dont il est accusé a été commis dans les territoires palestiniens, et non en Israël. En outre, ses deux complices résident dans les territoires palestiniens. Selon le code de procédure militaire, ces crimes relèvent de la compétence du tribunal militaire et non de la justice civile ». Cette justice militaire, à la procédure similaire à celle des tribunaux civils, garantit les droits des prévenus, etc.

Ce parlementaire ajoute : Salah Hamouri  « ne mérite pas d’être sous les verrous…. S’il est transféré en France, je pense que, compte tenu de son dossier, il aura pas beaucoup de problèmes à être remis en liberté ». C’est la journaliste qui lui a suggéré ce transfert. Ce qui n’a été demandé par aucun de ses soutiens. Même pas par sa mère !

Que fait ce terroriste qui « a le moral » en prison ? « Il enseigne le français à ses camarades de cellule », déclare Denise Hamouri. Précisons : Salah Hamouri a « donné des cours » de français à un terroriste condamné à la prison à perpétuité pour attentats contre des civils israéliens, Marwan Barghouti, quand il purgeait sa peine à « la prison de Rimonim, au Nord de Tel-Aviv » .

Marie-Pierre Farkas cite Bernard Kouchner, ministre des Affaires étrangères, insistant, au micro d’Europe 1, sur les efforts déployés « à toutes les rencontres » pour faire libérer « le Franco-palestinien ». Or, Daniel Shek rappelle clairement : « Il a été condamné par un tribunal, et c’est la justice qui doit le libérer, ce n’est pas la politique ». Et pourtant, cette journaliste poursuit : « Sans un coup de pouce diplomatique, Salah Hamouri, étudiant français [Nda : donc inoffensif], ne sera pas libéré avant novembre 2011 », au lieu de « Salah Hamouri, terroriste français, qui n’a jamais exprimé de regret, demeure en prison ». Bref, le reportage laisse croire à des pressions diplomatiques illégales : le professeur David Ruzié rappelle le « droit reconnu à un Etat d’intervenir pour veiller, précisément, à ce que ses ressortissants, en dehors de son territoire, soient traités suivant les normes du droit international, mais toute immixtion dans le fonctionnement de la justice d’un autre Etat est interdite ». Indignés par la demande de la France visant la libération de Salah Hamouri, des médias israéliens ont souligné qu’Israël n’est pas une autocratie et qu’il a le droit de protéger ses citoyens.

Le reportage s’achève sur des images de l’exposition du CICR (Comité International de la Croix-Rouge) « L’Humanité en Guerre, ou 150 ans de photos du front », devant l’Hôtel de Ville de Paris. La caméra s’immobilise sur l’article 1 de la Déclaration universelle des droits de l’homme « Tous les hommes naissent libres et égaux en dignité et en droits… », puis s’élève vers une statue de cet édifice.

L’égalité ! Elle résonne en écho à la revendication d’égalité de traitement exprimée par Jean-Claude Lefort. Sous-entendu, comme le franco-israélien Guilad Shalit.

Cette fin lie aussi le cas de Salah Hamouri à un principe juridique universel, et non au terrorisme, et l’ancre dans l’histoire de France, et non dans l’histoire du Proche-Orient. Mais elle fait sourire quand on fait le bilan déséquilibré du temps de parole d’un « débat équilibré », selon France 2. Alors, oui, pour l’égalité de traitement de Salah Hamouri avec les terroristes. Et oui, pour l’égalité de traitement par l’examen de ce reportage à l’aune de la déontologie professionnelle, des « exigences d’honnêteté de l’information et de rigueur dans sa présentation et son traitement », termes du CSA.

Que vont retenir les téléspectateurs ? La vérité ? – Salah Hamouri est un terroriste légalement condamné et emprisonné –, ou le narratif le présentant comme une victime d’une injustice ?

Quant à Sammy Ghozlan, président du BNVCA, il a exprimé son indignation face à un reportage aussi déséquilibré.


Une manipulation politique franco-française

Les communiqués les plus anciens favorables à Salah Hamouri remontent à octobre 2007 Pourquoi des associations pro-palestiniennes n’ont-elles pas parlé de son cas avant ?

Lors d’une interview radiophonique en 2008, Denise Hamouri explique avoir écrit « au quai d’Orsay, au consulat », mais « au début, on ne se bougeait pas trop... Au moment où le soldat Shalit a été enlevé, et que la France s’est mis à dire qu’il fallait le libérer parce qu’il était Français, je me suis dit qu’après tout, nous étions aussi dans un cas un petit peu pareil à Guilad Shalit. Mon fils, pour moi, a été enlevé. Ce n’est pas une arrestation, pour moi c’est un enlèvement. Il est otage puisqu’il est depuis trois ans sans jugement… [Nda : elle nie l’existence de l’Etat d’Israël et les lenteurs de la justice] Et c’est là que j’ai commencé à écrire un peu partout en réclamant qu’on me considère un peu pareil. Cela a pris du temps, jusqu’au jour où j’ai écrit aux parents de Guilad Shalit... La lettre a été publiée. Des associations ont été un petit peu au courant et elles se sont mises à m’aider un petit peu à travailler ».

Parmi les associations de défense des droits de l’homme - israéliennes (Acri, Adalah, B’Tselem, Yesh Din) et palestiniennes (Centre palestinien pour les droits de l’homme (PCHR), le Groupe de surveillance des droits de l’homme palestinien (PHRMG) - si promptes par ailleurs à stigmatiser Israël, laquelle défend Salah Hamouri ? Aucune.

De même, on ne trouve aucune occurrence « Hamouri » sur les sites Internet, en français et en anglais, d’ONG internationales, ayant pourtant tancé maintes fois, et à tort, l’Etat juif : Human Rights Watch (HRW) et Amnesty International.


Par contre, sur quel site palestinien trouve-t-on des communiqués en français et en anglais sur Salah Hamouri ? Celui du FPLP [palestinien].

Quel texte incontesté décrit Salah Hamouri comme membre du FPLP ayant été lié à des actions terroristes, et ceci en se fondant notamment sur les déclarations de ses complices ? C’est l’arrêt de la Cour suprême israélienne (§ 8) d’août 2005 correspondant à un appel de complices. Sans réaction offusquée de Salah Hamouri qui a préféré une peine d’emprisonnement de sept ans au risque d’une condamnation plus lourde en appel.

Enfin, Charles Enderlin et les membres de sa rédaction auraient ignoré cette injustice cruelle frappant un jeune compatriote emprisonné pour rien et n’auraient réalisé, durant toutes ces années, aucun reportage sur lui ? Voyons, voyons, ce n’est pas crédible.

La mobilisation autour de ce terroriste est une affaire franco-française. Et même une manipulation politique franco-française, visant à ternir l’image d’Israël, à exercer des pressions sur l’Etat juif, et qui alimente une tension entre la France et Israël.

Par un actif travail de maillage en réseau, des groupes très actifs ont sensibilisé la France profonde et des VIP, en s’appuyant sur un front « Rouge/Vert »,  similaire à celui des manifestations de la « rue arabe » en France, lors de l’Opération Plomb durci, et en présentant un narratif loin de la réalité. Ainsi, lors d’une interview radiophonique en 2008, Denise Hamouri occulte la vérité : elle allègue qu’on reproche à son fils son appartenance aux Jeunesses du « Front populaire », tout en dissimulant la moitié si significative du sigle FPLP : Front populaire pour la libération de la Palestine. Un mouvement au logo éloquent [voir ci-contre].


Faiblesses de la démocratie

En attirant l’attention sur Salah Hamouri, François Cluzet a mis France 2 dans une situation délicate.

D’une part, la chaîne publique avait été mise en demeure, le 13 janvier 2009, par le CSA, saisi le 9 janvier 2009 par le CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France),  pour avoir présenté le 5 janvier 2009 comme un reportage sur les dégâts de l’Opération Plomb durci, des images sur l’explosion d’un dépôt de munitions du Hamas datant de 2005.

D’autre part, aucun journaliste n’apprécie d’avoir été instrumentalisé, et aucun média ne goûte d’être visé par une (nouvelle) saisine du CSA. Les magazines d’informations réfléchiront vraisemblablement à deux fois avant d’inviter cet acteur, qui sera cependant toujours bienvenu dans les émissions prisant les diatribes anti-israéliennes.

De plus, le parallèle infondé entre Guilad Shalit, otage du Hamas, et Salah Hamouri aura du mal à être avalisé par des ministres ou élus. Ceux-ci vont hésiter à afficher ostensiblement leur soutien à ce terroriste qui n’a jamais exprimé de regrets. Notons les piques de son comité de soutien contre Bernard Kouchner, qui a annulé son rendez-vous avec Annick-Denise Guidoux-Hamouri, prévu le 18 novembre 2009. Un dommage collatéral de l’affaire Cluzet/Hamouri ? Cependant, Jean-Claude Lefort et Monique Cerisien ben Guiga, sénatrice socialiste des Français du monde, ont été reçus à l’Elysée, le 10 novembre 2009, par Nicolas Galey, conseiller à la présidence de la cellule diplomatique en charge du Proche-Orient .

Cette affaire Hamouri révèle une grave confusion des esprits, similaire à celle remarquée lors d’affaires concernant les extraditions de Cesare Battisti ou Marina Petrella, anciens membres des Brigades rouges et condamnés en Italie pour crimes : soutenir un terroriste visant la destruction de l’Etat juif, une démocratie, c’est sidérant !

Cette crédulité ou cette appétence à l’égard de ce qui diffame Israël est grave, pour l’Etat d’Israël et plus généralement pour tous les pays visés aussi par l’islamisme.

En janvier 2010, l’avocat de ce terroriste devrait présenter une nouvelle demande, qui sera appuyée par son Comité de soutien. Et par la France ? Un officiel français dira-t-il enfin que Salah Hamouri est un terroriste du FPLP, organisation figurant sur la liste des organisations terroristes de l’Union européenne ?

 

© Véronique Chemla

 

Mis en ligne le 25 novembre 2009, par M. Macina, sur le site upjf.org