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Menahem Macina

On ne défend pas une cause juste avec des arguments injustes, M. Macina
25/11/2009

Suite à ma mise en ligne, hier, d’un article polémique, que m’a communiqué Pierre Lurçat [*], mon collègue, Victor Perez, m’invite, avec raison, à en rappeler le contexte. Ce que je fais volontiers, ci-après, conscient que je vais encore prendre des baffes (et pas seulement de Victor !), mais je suis incapable d’étouffer mon sens critique et ma recherche exigeante de la vérité, même pour faire plaisir à mes amis et à mes compagnons de lutte au service de la cause juive et sioniste. Ce serait faire tort à cette dernière que de la défendre en recourant à des arguments irrecevables. (Menahem Macina).

[*] Alex Lévy, "Kouchner, Légion d’honneur à Yossi Beilin, au Dr Walden et… à Richard Goldstone".

 

25/11/09


Tout d’abord, quelques remarques critiques concernant l’article précité, signé Alex Lévy. J’ignore s’il s’agit d’un nom réel ou d’un pseudonyme. En tout état de cause, quiconque lira ce texte constatera qu’il est pour le moins polémique et émet un certain nombre d’affirmations qui pourraient, à la rigueur, être considérées comme des hypothèses, mais qui ont l’inconvénient d’être présentées comme des faits, outre qu’elles relèvent nettement de la théorie du complot. Le professeur Raphaël Walden, cardiologue israélien, y est pris à partie et accusé, sur la base de sa militance active « dans une ONG intitulée PHR, "Physicians for Human Rights", Médecins pour les Droits de l’Homme », de parti pris pro-palestinien. Et Alex Lévy de préciser :

« Cette ONG, bien avant Goldstone, a affirmé, après l’offensive Plomb Durci à Gaza, que "l’armée israélienne aurait violé de façon répétée l’éthique de l’Armée et les droits humanitaires de base, d’une manière qui soulève des suspicions de violation de la loi internationale concernant les blessés et la sécurité des équipes médicales". »

Ce procès d’opinion, extrêmement péjoratif, qui prête au professeur Walden, une totale identité de vues avec l’idéologie de l’ONG dont il fait partie, me paraît reposer, au moins en partie, sur un article extrêmement polémique de Stephen Plaut, que j’ai traduit et mis en ligne sur le site de l’Upjf, fin octobre 2008 (1). Plaut y accusait violemment Walden de « collaboration […] à la contrefaçon et à la dissimulation de la chaîne française de télévision. » [dans l’affaire al-Dura, dont il sera question ci-après]. Et Plaut de préciser, de manière outrancière :

« Walden est un médecin d’extrême gauche antisioniste […] Il milite dans le mouvement de propagande anti-israélien et favorable à la terreur, "Docteurs pour les droits de l’homme", un groupe qui fut jadis dirigé par l’antisémite Neve Gordon, et qui estime que les Juifs ne méritent aucun droit de l’homme. […] Il signe toutes les déclarations gauchistes habituelles. »

De surcroît, avec une mauvaise foi évidente, Plaut exploite le fait - réel au demeurant (2) -, selon lequel le professeur Walden n’a pas ausculté lui-même le père de Mohammed al-Dura, pour disqualifier ce spécialiste médical et jeter le discrédit sur son honnêteté morale.

Dès lors, il n’est pas étonnant qu’Alex Lévy se croie autorisé à formuler cette thèse conspirationniste ébouriffante :

« Or, qui retrouve-t-on parmi les membres éminents et fondateurs de cette ONG ["Physicians for Human Rights", Médecins pour les Droits de l’Homme ] ? - Le sieur Richard Goldstone en chair et en os, qui n’est pas médecin à ce [sic] que je sache. Richard Goldstone n’avait qu’à recopier dans son rapport les conclusions de l’ONG PHR, dont le Docteur Rafi Walden est un membre actif et éminent, pour concocter son rapport détestable parce que partial. La boucle est bouclée et le "Bon Docteur" Bernard, fondateur de Médecins du Monde n’avait qu’à remettre la Légion d’Honneur à son collègue Rafi [Walden], membre des Médecins pour les Droits de l’Homme, en général, et du Hamas qui se cache dans les hôpitaux de Gaza, en particulier […] Donc, Kouchner s’est rendu en Israël pour honorer, de la part de la France, deux personnages complètement opposés à la politique menée par l’Etat qui le reçoit. Et la remise de la Légion d’Honneur se prépare bien à l’avance, donc c’est bien un coup monté. »

Je me suis permis de d’employer l’adjectif "ébouriffant" pour qualifier cette théorie conspirationniste. Mais que dire de sa conclusion ?

« Que cache cette mascarade? A mon sens, l’amorce d’un "combat planétaire" entre Sarkozy et Obama. Le premier sent bien que le second n’est qu’un faux Messie, qui parle, parle, sans que rien ne se passe, et sans que personne ne l’écoute, avec sérieux, et donc, qu’il a une carte à jouer à l’échelle de la planète, pour en prendre le leadership. Dans ce cas, il n’y a pas 36 recettes, mais une seule: il faut s’occuper du Moyen-Orient - c’est ce qu’il y a de plus facile - et proposer une conférence internationale. Cela ne servira à rien, nous le savons tous, mais cela lui permettra de reprendre la main à Obama, dans le combat titanesque pour le triomphe de l’ego. »

Si ce n’est un pur délire, qu’est-ce qui le sera ?


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Pour mémoire : ce qu’on appelle "l’affaire al-Dura" a largement défrayé la chronique depuis l’année 2000. On en trouvera un résumé factuel détaillé dans l’article qu’y consacre Wikipedia, sous le titre « Affaire Mohammed al-Durah ». J’ai mis en ligne, sur mon site debriefing.org, un très grand nombre d’articles de différents auteurs (majoritairement journalistes), que j’ai classés par périodes :

 

Avec le temps, « l’affaire » est devenu une pomme de discorde entre les tenants des deux hypothèses les plus extrêmes :

1)     l’enfant n’a pas été tué, ni même blessé ; c’est un coup monté par la propagande palestinienne, en connivence avec le correspondant de France2, consentant ou abusé par son caméraman, mais sûrement de mauvaise foi ;

2)     l’enfant a été tué volontairement ou accidentellement par des hommes armés palestiniens, qui auraient fait irruption sur les lieux de la fusillade, tiré sur l’enfant et son père, puis évacué le corps de l’enfant – vivant ou mort - et effacé les traces les plus compromettantes.  

Je fus moi-même violemment pris à partie pour avoir soutenu la seconde thèse, qui avait l’avantage (ou l’inconvénient, selon mes détracteurs) de faire d’Enderlin la dupe de la mise en scène, au lieu de son complice.

On peut consulter, parmi des centaines d’autres, dus à divers auteurs, cette sélection de mes propres articles sur cette affaire :

M. Macina, "Al-Dura: Pièces à verser au dossier du futur groupe de travail d’experts indépendants" (septembre 2008) ; M. Macina, "La Ména sort à nouveau ses griffes à propos des blessures de Jamal al-Dura" ; et, pour mémoire, mes états de la question, de juillet 2008 : "Affaire Al-Dura: Le piège palestinien dans lequel il ne faut pas tomber" ; "Al-Dura tué par les siens: accident ou forfait abominable maquillé en crime israélien" ; voir également : M. Macina, "Affaire Al-Dura: la bonne et la mauvaise presse selon AcMedias", sur le site debriefing.org, 21 décembre 2005 ; etc.

 

Les éléments disponibles (majoritairement des rushes des prises de vue, dont certaines sont difficilement interprétables) n’ont pas permis, à ce jour, de trancher dans un sens ou dans un autre.

Quant à l’arrêt de la Cour d’appel de Paris (21 mai 2008) (3) - je me dois de le préciser, au risque de me faire lyncher -, il est généralement interprété, par celles et ceux qui sont convaincus de la théorie de la mise en scène volontaire - avec la complicité (volontaire ou contrainte) du caméraman palestinien, Talal Abu Rahma -, comme un entérinement de cette thèse, mais ce n’est pas le cas. L’arrêt exonère seulement (mais ce n’est pas rien) Philippe Karsenty de l’accusation de calomnie, soutenue par les appelants (France2 et Charles Enderlin), et laisse entendre, de manière transparente, que le tribunal a eu des doutes quant à la véracité du reportage incriminé.

Depuis, la Cassation du jugement a été demandée par les appelants déboutés en mai 2008, mais n’a pas encore fait l’objet d’une décision de cette juridiction.

 

Le dernier développement est dû à l’intervention conjointe du CRIF et de la LICRA. Dans un bref communiqué, mis en ligne sur son site, le 18 septembre 2008, le CRIF annonçait la constitution d’un « groupe de travail sur l’épineuse "affaire al-Dura" :

 

"Patrick de Carolis, le PDG de France Télévisions, a donné son accord à Richard Prasquier, le président du CRIF, pour la mise en place d’un groupe de travail d’experts indépendants, chargé de répondre, à partir de tous les documents disponibles, aux diverses questions qui se posent sur le reportage consacré à Mohammed Al-Dura le 30 septembre 2000 sur France 2.

Patrick Gaubert, le président de la Licra, a accepté de présider ce groupe."

 

A ce jour - on ignore pourquoi -, aucune suite connue n’a été donnée à cette annonce, qui avait suscité beaucoup d’espérances (4).

 

 

 

Menahem Macina

 

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Notes

 

(1) "Al-Dura. Le Prof. Walden court à la rescousse des antisémites et des détracteurs d’Israël".

 

(2) Mais voir ma contextualisation de ce fait, dans ma note 6 de l’article précité.

 

(3) "Karsenty/Enderlin-France2: Texte de l’Arrêt de la Cour d’Appel de Paris, du 21 mai 2008" ; voir aussi : V. Chemla, "L’arrêt de la Cour d’appel de Paris relaxant Ph. Karsenty tance sévèrement France 2 et Ch. Enderlin".

 

(4) En son temps j’avais tenté de contribuer modestement, à ma manière, aux travaux éventuels travaux de ce groupe, par mon article Al-Dura: "Pièces à verser au dossier du futur groupe de travail d’experts indépendants".

 

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© upjf.org

 

Mis en ligne le 25 novembre 2009, par M. Macina, sur le site upjf.org