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Israël (Société - mentalités)
Chrétiens arabes en Israël

Les catholiques en régions arabes et en Israël : rencontre avec le P. Neuhaus
03/12/2009

Où l’on parle des communautés chrétiennes hébréophones. La prolixité de l’interviewé et son désir patent de trouver des choses positives et encourageantes à dire ne parviennent pas à masquer le caractère quasi végétatif de cette communauté chrétienne hébréophone et son absence de rayonnement. Je ne dis pas cela en mauvaise part, mais par souci d’objectivité. Il ressort de cette interview que cette communauté n’est pas en osmose avec la population israélienne, et l’aveu du jésuite Neuhaus atteste le fait patent que nombre de ces fidèles, surtout les jeunes, se convertissent au judaïsme, ce qui, somme toute est assez naturel au contact d’un peuple entier dont l’identité juive est vécue depuis plus d’un siècle sur cette terre qui fut le berceau du judaïsme avant de devenir celui du christianisme. (Menahem Macina).

02/12/09


Sur le site de l’agence de presse catholique
Zenit, 1er décembre 2009


Une petite communauté hébréophone représentée au synode d’octobre 2010

ROME, Mardi 1er décembre 2009 (ZENIT.org) - La communauté des catholiques d’expression hébraïque qui vivent en Israël est confiée aux soins pastoraux d’un vicaire patriarcal, le Rév. P. David Neuhaus, s.j., qui vient de participer, à Rome, à la réunion annuelle de la Conférence des évêques latins des régions arabes (CELRA). Une partie de la communauté appartient au peuple juif et une autre partie vient des « nations » : elle forme « une seule communauté en Jésus Christ », dans l’Eglise catholique. Le père David Neuhaus, s.j., a bien voulu expliquer à Zenit la mission de la CELRA et la vie de la communauté dont il est spécialement responsable. Un synode rassemblera à Rome les Eglises du Moyen-Orient en octobre 2010.

Zenit - La rencontre annuelle de la CELRA s’est tenue au Vatican du 16 au 19 novembre 2009 : qu’est-ce que la CELRA ?

P. David Neuhaus - La CELRA a été formée en 1963. Fruit du Concile, elle regroupe les évêques latins des régions arabes, c’est-à-dire (et cela n’est pas tout à fait évident à cause de la complexité de notre petit monde catholique du Proche-Orient) : le Liban, la Syrie, l’Iraq, le Golfe arabe (qui inclut les principautés arabes, Arabie Saoudite, Yémen), Kuweit, Somalie et Djibouti, l’Egypte et les quatre pays du Patriarcat latin de Jérusalem (la Jordanie, la Palestine, Israël et Chypre). La CELRA représente une réalité très diversifiée, malgré un contexte majoritairement islamique et arabophone. Elle représente des catholiques qui sont Arabes ou arabophones, mais il y a également à la fois les chrétiens arabes et non-arabes qui vivent en milieu majoritairement juif dans l’Etat d’Israël, les catholiques qui vivent en milieu majoritairement grec-orthodoxe à Chypre et surtout les centaines de milliers d’ouvriers étrangers dans tous les pays de ces régions - des catholiques philippins, indiens, sri-lankais, soudanais, etc. Par exemple : dans les pays du Golfe et au Kuweit, la grande majorité des catholiques sont des ouvriers étrangers. Le Patriarche de Jérusalem est le Président de la CELRA, et les évêques de la CELRA se rencontrent une fois par an. Tous les deux ans, cette réunion se tient à Rome, comme cela a été le cas cette année. Il faut peut-être souligner que ce n’est pas évident d’être « latin », c’est-à-dire catholique romain, dans des régions qui font partie du monde chrétien d’Orient : dans certains de ces pays, les catholiques latins sont une petite minorité parmi les catholiques, qui sont, pour la plupart, de rites orientaux. Le dialogue avec les autres Eglises catholiques est essentiel.

Zenit - Sur quoi ont porté les travaux de Rome ?

P. David Neuhaus - Une partie essentielle de ces réunions est l’échange entre évêques sur la vie dans chacun de ces diocèses. La vie n’est simple nulle part. Partout, il y a des grands défis touchant la survie de ces Eglises dans un milieu où les chrétiens sont très minoritaires et doivent parfois faire face à des problèmes multiples : la violence, les guerres, l’instabilité politique, sociale et économique, la discrimination, etc. Mais, bien sûr, il y a également de bonnes nouvelles parce nous sommes appelés à être le peuple de la Bonne Nouvelle. Malgré ces problèmes énormes, il y a partout des communautés pleines de vitalité et de joie. Il y a beaucoup d’initiatives pour renforcer la foi des fidèles, les former, renouveler leur sens de leur identité chrétienne et aider les pauvres et ceux qui souffrent. Une des bonnes nouvelles, qui a été une source de joie pour tous les participants, a été la béatification - à Nazareth quelques jours après notre réunion - de la fondatrice des Sœurs du Rosaire (très actives dans beaucoup de ces pays), la Bienheureuse Marie-Alphonsine Ghattas, une Palestinienne de Jérusalem. Une autre partie importante de ces réunions, et spécialement quand elles se tiennent à Rome, ce sont les occasions de rencontrer les autorités ecclésiales et de s’informer des initiatives et des activités. Nous avons eu une rencontre avec le nouveau secrétaire de la Congrégation pour les Eglises orientales (dont notre conférence épiscopale fait partie), Mgr Cyril Vasil ; nous avons eu l’occasion d’entendre le cardinal Jean-Louis Tauran sur les rapports avec le monde musulman ; nous avons passé plus de temps avec Mgr Vittorio Nozza, de Caritas Italie, pour nous informer du travail caritatif en Italie et pour approfondir notre compréhension de ce travail essentiel de l’Eglise. Chaque évêque a pu partager son expérience d’assistance caritative dans son diocèse et nous avons rendu compte du travail gigantesque que fait l’Eglise, malgré notre très petit nombre. On était aussi guidés par l’espérance de commencer déjà le travail de préparation pour le Synode pour l’Eglise au Proche-Orient (du 10 au 24 octobre 2010). De fait, nous avons rencontré le secrétaire du Synode, Mgr Nikola Eterovic, et, avec lui, nous avons pu discuter de certains aspects, mais les détails resteront à voir après la publication des « lineamenta », dont nous attendons la parution.

Zenit - Vous avez rencontré Benoît XVI à cette occasion : que vous a-t-il dit ?

P. David Neuhaus - Le mercredi 18 novembre, nous avons été présents pour l’audience générale du Saint-Père. Au terme de l’audience, le Saint-Père a salué chacun des membres de la CELRA en assurant chacun de ses prières pour nos communautés. La cordialité chaleureuse du Saint-Père est toujours une grande consolation et il se souvenait de sa visite en Terre Sainte au mois de mai dernier, mais il se prépare également à une visite à Chypre en juin 2010 : une occasion pour remettre aux évêques catholiques de tout le Proche-Orient l’« Instrumentum laboris » [document de travail] pour le Synode en octobre 2010.

Zenit - Vous êtes vicaire patriarcal pour la communauté catholique hébréophone : comment ce vicariat a-t-il été créé ?

P. David Neuhaus - En fait, notre petit Vicariat est inséré dans la CELRA parce que nous faisons partie du Patriarcat latin de Jérusalem, mais nous ne vivons pas dans le monde islamique-arabophone mais plutôt dans le monde juif-hébréophone. Peut-être est-ce un signe eschatologique, une promesse de paix et de réconciliation, que nous soyons présents dans cette conférence épiscopale parce que, nous le croyons de tout notre cœur : « De ce qui était divisé, il a fait une unité. Dans sa chair, il a détruit le mur de séparation : la haine » (Ephésiens 2,14). Pour nous, le défi c’est de vivre profondément la communion avec nos frères et sœurs de foi, les Arabes chrétiens, dans un contexte de conflit national et notre réussite peut être un signe d’espoir pour notre pays. Notre début date de 1955, quand les premiers pionniers, religieux, religieuses, prêtres et laïcs, ont fondé l’œuvre de Saint Jacques pour répondre à la nouvelle réalité de l’établissement de l’Etat d’Israël et l’immigration massive des juifs qui incluait ces juifs convertis, des conjoints catholiques des juifs et des catholiques qui venaient pour travailler en Israël. Pendant les premières années, des communautés paroissiales de langue hébraïque ont été établies dans toutes les grandes villes pour des milliers de catholiques qui n’étaient pas Arabes mais sont devenus des citoyens d’Israël ou des résidents à long terme. Les statuts fondateurs de l’œuvre soulignaient le travail pastoral mais également la consécration au dialogue avec le peuple juif et le travail pour la réconciliation. Ces communautés sont devenues également un lieu de prière pour la paix et un pont entre l’Eglise, majoritairement arabe palestinienne, et la population juive israélienne. Prier en hébreu, vivre catholique en hébreu, vivre comme une minorité catholique dans une société juive, tout cela est une réalité très nouvelle pour l’Eglise. Les pionniers qui nous ont précédés ont fait un travail énorme pour traduire la liturgie, développer une musique sacrée en hébreu, créer un vocabulaire théologique chrétien en hébreu, initier une présence chrétienne de réconciliation et de connaissance mutuelle au sein de la société juive. Depuis ces premières années, le nombre de nos fidèles a diminué, pas uniquement à cause de l’émigration, mais plutôt à cause de l’assimilation. La nouvelle génération des catholiques israélienne hébréophone a tendance à trouver sa place dans la société juive laïque. Nous n’avons pas d’institutions éducatives ni d’autre type. Nos communautés, très petites, ne créent pas un milieu social pour nos jeunes, qui tendent à se marier avec des juifs, et très souvent nos jeunes se convertissent au judaïsme pour se marier. Notre plus grand défi aujourd’hui est d’essayer de tenter [sic] de transmettre la foi à la nouvelle génération pour qu’ils y trouvent non seulement intérêt mais également un soutien pour vivre leur quotidien. Depuis une vingtaine d’années, ces communautés ont été enrichies par l’arrivée des vagues d’émigrés de l’ex-USSR. Ces centaines de milliers de russophones incluaient des dizaines de milliers de chrétiens et, parmi eux, un certain nombre de catholiques. Aujourd’hui, nous avons aussi un apostolat en langue russe, mais leurs enfants sont devenus très vite hébréophones, et maintenant, le grand défi est de préserver la foi chrétienne de ces enfants et de les préparer pour une vie au sein d’une société juive hébréophone en Israël. En 1990, le Patriarche latin, Michel Sabbah, a nommé un Vicaire patriarcal pour ces communautés, pour la première fois, le Père Abbé bénédictin Jean-Baptiste Gourion. En 2003, le Pape Jean-Paul II l’a élevé à l’épiscopat. Tout cela a aidé à donner une certaine visibilité à cette présence de l’Eglise en Israël. Un nouveau défi important aujourd’hui est de s’ouvrir au monde des ouvriers étrangers qui viennent pour de longues périodes et qui apprennent l’hébreu pour leur travail. Parfois, leurs enfants sont nés ici et vont à l’école en hébreu... ces enfants, par définition, deviennent eux aussi catholiques hébréophones.

Zenit - Combien de communautés sont ainsi sous votre responsabilité pastorale ?

P. David Neuhaus - Aujourd’hui nous avons six centres dans le pays et neuf prêtres qui nous servent. Le travail est véritablement de chercher les brebis perdues, ceux qui ne savent pas que cette Eglise hébréophone existe et qu’il est possible de vivre une vie catholique en hébreu au milieu de la société israélienne juive.

Zenit - Qu’attendez-vous du synode pour l’Eglise au Proche-Orient qui aura lieu à Rome du 10 au 24 octobre 2010 ?

P. David Neuhaus - Bien sûr ce Synode est prévu pour l’Eglise qui vit aujourd’hui dans un contexte majoritairement islamique et arabophone. Pourtant, avec toute la complexité que cela évoque, l’Etat d’Israël et la société juive font partie aujourd’hui de cette réalité du Proche Orient. La présence de notre Vicariat, même si [elle constitue] une présence modeste et presque silencieuse, peut porter un témoignage chrétien important : la coexistence, la réconciliation, le dialogue, l’enrichissement mutuel sont possibles !

Zenit - Ce petit troupeau a certainement besoin de soutien : comment manifester notre solidarité ?

P. David Neuhaus - En fait, nous sommes une Eglise presque invisible. Les églises, les institutions catholiques (écoles, hôpitaux, centres sociaux) sont soit arabophones, soit étrangères. Nous nous réjouissons aujourd’hui de ce que beaucoup de pèlerins viennent en Terre Sainte non pas uniquement pour retrouver les pierres des sanctuaires et des Lieux saints, mais également pour retrouver les pierres vivantes - les communautés des chrétiens. Nous en faisons partie également. Nos frères et sœurs palestiniens arabes vivent dans une situation très difficile et nous nous réjouissons de ce que le monde chrétien se montre très généreux à leur égard. Mais, bien sûr, nous avons nos besoins également, et parfois, c’est très difficile de trouver les moyens de faire le travail qu’il faut faire pour préserver cette expression essentielle de l’Eglise en Terre Sainte. Actuellement, nous avons plusieurs projets importants : publier une série de livres de catéchèse pour nos enfants (le premier : « Connaître le Messie », vient de paraître grâce à une aide généreuse de l’organisation allemande, Aide à l’Eglise en détresse - Kirche in Not), organiser des activités de formation et de camps d’été pour les enfants, organiser des sessions pour les jeunes couples, former nos prêtres et nos catéchistes, etc. Nous avons lancé, il y a deux ans, un site Internet très actif en hébreu, russe, anglais et un peu en français et tous ceux qui veulent en savoir davantage peuvent s’y rendre et entrer en contact avec nous : www.catholic.co.il .


Propos recueillis par Anita S. Bourdin

 

© Zenit

 

Mis en ligne le 2 décembre 2009, par M. Macina, sur le site upjf.org