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Éditorialistes

Bat Ye’Or : Le référendum suisse est une défaite d’Eurabia, interview de Paul Landau
08/12/2009

08/12/09
 
Texte repris du site Riposte Laïque, 7 décembre 2009

Historienne, née en Egypte, Bat Ye’or a consacré toute sa vie à l’étude de la condition des minorités non-musulmanes (juive et chrétienne) en terre d’islam, qu’elle a décrite par le terme de "dhimmitude", objet de ses premiers livres (parmi lesquels Le Dhimmi, 1980 et Chrétientés d’Orient entre djihad et dhimmitude, 1991). Plus récemment, elle a étendu le champ de ses travaux aux prolongements actuels de la dhimmitude en Europe et en Occident, montrant comment le djihad se poursuit à notre époque et comment l’Europe est en train de se transformer radicalement, pour donner naissance à un nouveau continent, ou plutôt à une nouvelle réalité politique et culturelle, à laquelle elle a donné le nom d’Eurabia. Son livre du même nom * – largement ignoré par les grands médias en France – a eu un grand retentissement dans de nombreux pays et a été réédité sept fois aux Etats-Unis depuis 2005. Son dernier livre, Vers le Califat universel, a été récemment publié en Italie.

Paul Landau : Une récente polémique a opposé Riposte Laïque à la journaliste militante Caroline Fourest, qui siège au Conseil de la Fondation Anna Lindh pour le "dialogue entre les cultures". Pouvez-vous nous expliquer ce qu’est véritablement cette Fondation, pourquoi elle a été créée et quels sont ses objectifs ?

Bat Ye’or : La Fondation Anna Lindh (FAL) appartient au système transnational de gouvernance mis en place par l’Union Européenne. Depuis 2004 ce système s’est beaucoup développé et compte parmi ses plus importantes réalisations l’Alliance des Civilisations. Comment décrire ces organisations monstrueuses qui formatent la pensée des Occidentaux, de la naissance à la mort et dans tous les secteurs ? Vladimir Boukovsky a désigné ce système par le nom d’« UERSS » (EUSSR en anglais).

A l’instar du régime communiste, qui invoquait des objectifs humanitaires et pacifiques pour confisquer les libertés des peuples, ces systèmes de gouvernance transméditerranéenne et transnationale affichent des buts d’une haute tenue morale et d’une éthique politique irréprochable : état de droit, démocratie, droits de l’homme, établir la paix, l’amour et la compréhension entre les peuples, notamment entre Occidentaux et musulmans.

Pour parvenir à ce but fort louable, la Fondation Anna Lindh développe une stratégie visant à culpabiliser les Européens, à modifier leurs perceptions jugées racistes et intolérantes à l’égard de l’islam afin de préserver la paix et la sécurité en Méditerranée par le maintien des flux migratoires, le métissage des populations, le multiculturalisme et le gommage des identités culturelles et nationales.

La Fondation est donc au cœur du système d’Eurabia. Elle se définit comme un Réseau de réseaux et regroupe quarante Etats euroméditerranéens. Elle coordonne leurs réseaux nationaux et « fédère des centaines d’organisations civiles et institutionnelles », comme l’explique son site. Son Réseau compte des centaines d’ONG, d’universités, « associations, institutions publiques ou privées, de fondations sans but lucratif, de collectivités territoriales, toutes coordonnées par le chef de file de chaque réseau national ». Les Etats membres et la Commission Européenne assurent son financement.

L’organe suprême qui gère les orientations de la politique stratégique de la Fondation est le Conseil consultatif dont les recommandations sont transmises au Conseil des Gouverneurs, au Directeur et aux réseaux nationaux. A la tête de cette hiérarchie de la pensée unique siège le Président de la Fondation. Caroline Fourest est l’un des membres élus du Conseil Consultatif.

Les activités de la Fondation embrassent tous les secteurs culturels, artistiques, éducatifs, les programmes d’enseignement et les médias afin de conditionner, uniformiser et formater la pensée des Européens. La Fondation Anna Lindh est à l’origine de la pensée unique et du politiquement correct, qui emprisonnent la pensée et étouffent la critique dans ses myriades de réseaux. C’est elle qui fournit la nourriture intellectuelle qui alimente les peuples de l’Union européenne. Tout ce qui s’oppose à sa vision est éliminé par le boycott et le silence.

Paul Landau : Pouvez-vous nous rappeler qui est Anna Lindh ?

Bat Ye’or : Le nom pour une telle Fondation ne pouvait être mieux choisi, on le doit à Javier Solana, le grand concepteur de la politique méditerranéenne et de la gouvernance internationale de l’UE. Ce nom est celui du ministre des Affaires étrangères suédois dont la haine à l’égard d’Israël, selon les termes de l’ambassadeur d’Israël en Suède, Zvi Mazel « peut être seulement décrite comme pathologique. Sous son leadership, la Suède fut le pays de l’UE qui publia le plus grand nombre de condamnations unilatérales d’Israël ». Cette observation explique le choix du nom, de la personne, de la politique et de l’esprit de la FAL. Anna Lindh, comme Solana, nourrissait une admiration enthousiaste pour Arafat qui, comme on le sait, expérimenta sur les Israéliens toutes les formes de terrorisme aujourd’hui perpétrées en Occident et dans les pays musulmans.

La FAL travaille en synergie avec l’Organisation de la Conférence Islamique (OCI, 56 pays musulmans), et cette collaboration explique les modifications dans l’enseignement, la culture, les politiques et les orientations des médias dans l’UE. La FAL est un gouffre à milliards et bien que son siège soit à Alexandrie, elle n’a pas réussi à empêcher les attaques, les meurtres et les humiliations intolérables dont souffrent les Coptes, ainsi que les destructions de leurs biens et de leurs possessions dans divers villages d’Egypte.

En Turquie – pays qui aime donner des leçons de tolérance et où on aurait pu croire que les pauvres résidus des populations chrétiennes pré-islamiques, pourraient enfin jouir d’un peu de paix après les charniers du XXe siècle – les chrétiens du Tour Abdin (Mardin, Turquie) se voient contester la possession de leur antique monastère (4e siècle). Dans tout le monde arabe et particulièrement en Egypte, la littérature haineuse, loin de diminuer, a augmenté. C’est sans doute la FAL qui a formaté toute la désinformation concernant la riposte israélienne d’autodéfense contre les missiles lancés de Gaza durant sept ans sur la population civile israélienne.

Paul Landau : Comment interprétez-vous le résultat du référendum suisse sur les minarets et que répondez-vous à ceux qui y voient une atteinte à la liberté du culte (comme C. Fourest) ou une marque d’intolérance (comme B. Kouchner) ?

Bat Ye’or : Le peuple suisse a démontré son sens civique, son attachement à la démocratie et à la liberté. Il n’a pas porté atteinte au droit de culte des musulmans. Le minaret est un détail architectural et certains musulmans n’ont pas été choqués par cette interdiction. En même temps, ce vote a voulu mettre des limites aux demandes croissantes d’une population immigrée de fraîche date et maintenir le caractère national du territoire suisse. Le peuple suisse qui a 20% d’étrangers sur son sol est un peuple hospitalier et tolérant. Il reste fidèle aux principes qui en ont fait la plus ancienne démocratie d’Europe.

D’un autre côté, il faut espérer que ce vote puisse développer chez les musulmans une autocritique salutaire et la conscience des droits des autres peuples non musulmans qui les ont accueillis. L’émigration ne doit pas être une conquête, elle n’est pas un droit mais elle résulte d’une requête acceptée assortie du devoir de s’intégrer. Le peuple hôte reste maître chez lui. Puisque l’on nous répète à satiété que la majorité des musulmans ne sont pas religieux, cette interdiction qui ne lèse pas leur culte ne devrait pas les choquer. De fait, ce sont les lobbies eurabiens – qui sont leurs avocats – qui jettent de l’huile sur le feu.

Quant aux critiques émanant des pays européens voisins, les sondages effectués chez eux démontrent que leurs gouvernements ne représentent pas la volonté de leur peuple. En particulier le ’calife’ de Malmö, Carl Bildt – qui entend faire rentrer la Turquie en Europe et qui a déjà offert Jérusalem à l’OCI pour qu’elle en fasse le siège du Califat Universel, conformément à sa Charte de 2008 – il devrait consulter les populations européennes.

Paul Landau : Le référendum suisse est-il une défaite d’Eurabia ? Peut-il entraîner un coup d’arrêt à l’islamisation de l’Europe, et assiste-t-on à un sursaut des populations européennes ?

Bat Ye’or : Ce référendum est certainement une défaite d’Eurabia. Il met aussi en évidence l’écart entre la volonté des peuples et les politiques gouvernementales de l’UE. Cet écart est si énorme que l’on peut se demander s’il y a encore des démocraties dans l’UE. Quant à arrêter le processus d’islamisation de l’Europe, je ne le crois pas. Il faudrait pour cela revenir sur l’immense refonte démographique, politique et sociale de l’Europe qui fut menée durant 40 ans au niveau de la Commission Européenne par l’Association Parlementaire pour la Coopération Euro-Arabe, relayée par la Fondation Anna Lindh dans tous les secteurs, et l’Alliance des Civilisations, cette dernière liée à l’ONU.

Il faudrait aussi se rendre compte que les politiques intérieures et extérieures de l’Europe sont déjà déterminées par la globalisation, c’est-à-dire par les réseaux internationaux où collaborent l’Organisation de la Conférence Islamique, organe représentatif des 56 pays musulmans ou à majorité musulmane, la Ligue Arabe et leurs nombreux comités connexes. Ce sont ces réseaux complexes et sans visage qui dictent les politiques d’Eurabia et préparent l’avènement de la gouvernance internationale chère à Javier Solana où l’individu ne sera plus qu’une ombre.

Je crains toutefois qu’il y ait un durcissement général à l’encontre des droits démocratiques. En Hollande, le parlementaire Geert Wilders sera jugé pour avoir offensé les sensibilités religieuses des musulmans, en utilisant son droit constitutionnel de liberté d’expression. Mais les juges prendront-ils en considération la sensibilité de Geert Wilders, et celle des peuples européens dont la religion et les croyances sont l’objet de violentes attaques dans le Coran, les Hadiths et les livres religieux musulmans ? Et comment justifier que Wilders, citoyen hollandais, soit contraint de vivre avec des gardes du corps dans son propre pays, c’est-à-dire de subir la négation de tous ses droits humains ? Si les sensibilités religieuses ou culturelles des Hollandais sont négligées ou niées, c’est qu’on est déjà entré en Hollande dans le système asymétrique de la dhimmitude. Car on attend toujours que les musulmans modérés – vraiment bien muets – entreprennent une critique de ces textes si virulents à l’égard des autres peuples et acceptent d’en corriger la teneur.

Paul Landau : Que répondez-vous à ceux qui crient à la "théorie du complot" dès que l’on prononce le mot d’Eurabia ? (comme par exemple Caroline Fourest)

Bat Ye’or : Il y a aussi des gens qui nient la Shoah et les camps d’extermination même quand ils les voient sous leurs yeux. Et je ne parle pas ici de Caroline Fourest.

Ceux qui nient Eurabia sont ceux qui y participent. Car Eurabia se passe de démonstration. Elle est là en nous et autour de nous, ce n’est pas la réalité de demain mais celle d’aujourd’hui. Quand les synagogues et les cimetières juifs nécessitent une protection, comme l’exigent les églises dans les pays musulmans, c’est Eurabia. Quand des musulmans apostats ou libres penseurs et des intellectuels ou des politiciens doivent se cacher ou vivre avec des gardes du corps parce qu’ils offensent l’islam, ce n’est plus l’Europe des droits de l’homme mais Eurabia.

Quand des manifestations massives inondent les capitales d’Europe, en appelant à l’extermination d’Israël, ponctuées par des prières de milliers de musulmans sur le parvis des églises et dans les rues, c’est Eurabia. Les tribunaux de la charia fonctionnent en Angleterre et influencent l’enseignement de nombreuses universités. L’UE s’est déjà soumise à la loi de la charia concernant le blasphème, l’apostasie, la sujétion des femmes, la polygamie, les crimes d’honneur. Elle s’est jointe avec joie à l’exécration d’Israël et à la haine antisémite. Quel est le journal qui se hasarderait à donner une vision positive d’Israël ? Il n’y en a pas. D’ailleurs on ne peut même plus parler de l’Europe chrétienne ou de l’Europe des Lumières. Nous ne sommes plus dans un régime qui assure à chacun le libre exercice du culte et la liberté de pensée et d’expression, puisque des policiers et des gardes du corps sont nécessaires. Comme les dhimmis, nous devons observer un certain langage et nier notre identité.



[Photo: Paul Landau]

Eurabia existe dans les villes peuplées de femmes voilées, dans les lieux où s’applique la charia, quand les idéologies politiques islamiques et la haine d’Israël fleurissent et quand les solides institutions démocratiques ne sont plus qu’un vague souvenir du passé. Elle se manifeste dans l’insécurité contrebalancée par les courbettes des leaders occidentaux, proclamant que l’islam féconda la civilisation occidentale. Comme si Jérusalem, Athènes et Rome qui en sont les sources vitales, se situaient en Arabie – comme si Gutenberg, Newton, Darwin, Louis Pasteur, Henri Dunant, Einstein s’étaient nourris du Coran.

Paul Landau : Quelles sont les racines historiques d’Eurabia ?

Bat Ye’or : Eurabia c’est l’enfant né de l’union de la Palestine avec le nazisme survivant après 1945 qui, étalé sur toute l’Europe, étreint et porte la Palestine, y enfouissant sa nostalgie lancinante de détruire Israël. Le pacte monstrueux d’Hitler et du Mufti de Jérusalem utilisa la passerelle ‘Palestine’ pour se poursuivre dans l’après-guerre. Quand Paul Dickopf, ancien officier SS de l’Abwehr, accède à la présidence d’Interpol en 1968 grâce aux votes arabes et laisse filer les terroristes palestiniens sous prétexte que le terrorisme n’est pas un crime mais un problème politique, c’est déjà Eurabia. **

Comme le dit une brochure de l’Association parlementaire pour la coopération euro-arabe (APCEA) publiée en 1994, la Palestine représentait l’une de ses causes essentielles ; elle la défendit si bien que sa participation au financement de l’Intifada de 1987 contre Israël draîna ses fonds. Dans cette brochure, l’Association reconnaît « le caractère discret de son travail, qui s’effectue en grande partie dans les couloirs des assemblées ». Elle se targue néanmoins de nombreux succès : le retour de la résolution 181 des Nations Unies de 1947 sur le devant de la scène, et l’adoption de ses propositions en 1980 par le Conseil des Ministres de la Communauté Européenne dans la ‘Déclaration de Venise’ qui entérinait la position de l’OLP et du monde arabe contre Israël. Elle en avoue encore d’autres dont l’émigration, tout en invoquant le devoir de discrétion.

Mon livre Eurabia s’appuie sur un nombre considérable de sources concernant les divers promoteurs et financements de cette politique menée dans la discrétion et qui conduit à cette situation qui n’est pas née par hasard. Je ne serais pas étonnée lorsque sous la bannière palestinienne d’Eurabia, les soldats eurabiens, passant du service d’Hitler à celui de la Palestine, et conduits par le calife de Malmö, se précipiteront pour ajouter à leurs trophées européens gagnés dans la Shoah, les restes du patrimoine d’Israël. Cette monstruosité s’appellera : ‘Paix, Justice et Amour de la Palestine’ et pour satisfaire Mgr Tutu : ‘Libération de l’Apartheid.’ Eurabia s’apprête à offrir Jérusalem à l’OCI pour qu’elle en fasse le siège du Califat Universel et pour que s’éteignent à jamais les lumières de l’Occident.

Propos recueillis par Paul Landau

© Riposte Laïque

* L’ouvrage fondamental de Bat Ye’or, Eurabia, l’axe euro-arabe, est paru en France aux éditions Jean-Cyrille Godefroy, 2006.
** Cet épisode est relaté par Karl Laske, Le Banquier noir, François Genoud, Seuil, Paris 1996.

[Article aimablement signalé par Victor Perez.]

Mis en ligne le 8 décembre 2009, par M. Macina, sur le site upjf.org