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Israël (Société - mentalités)
Jérusalem

Ce n’est pas à l’Europe de statuer sur Jérusalem, Jean-Pierre Bensimon
07/12/2009

07/12/09

Sur le site Objectif-info

Quelques mois après la célébration solennelle du 20ème anniversaire de la réunification de Berlin, voici que la présidence suédoise veut obtenir, les 7 et 8 décembre, lors d’une réunion des ministres des affaires étrangères des 27, une résolution de l’Union européenne qui reconnaisse Jérusalem[-est] comme étant la capitale de la future Palestine et d’Israël.
Il faut comprendre la portée de cette initiative. Jusqu’à présent, les pays européens (et récemment les États-Unis) ont répété jusqu’à plus soif que Jérusalem-est était une « colonie » d’Israël et qu’ils ne reconnaissaient pas son autorité sur cette partie de la ville. Lors de leurs déplacements dans ce pays, les dirigeants occidentaux ont toujours pris soin de ne pas « entrer » à Jérusalem-est en compagnie de leur hôtes israéliens. Ils entretiennent dans ce secteur de la ville des « consulats » auprès de l’Autorité palestinienne, qui ont toutes les caractéristiques d’ambassades, tandis que leurs ambassades en Israël restent inflexiblement rivées à Tel Aviv.
Ce qu’il y a de nouveau, c’est que les Européens ne manifesteraient plus seulement un « souhait » ou une prise de position, laissant à une négociation israélo-palestinienne sur le statut final toute compétence pour trancher cette question. Ils considéreraient, en adoptant le projet suédois, que Jérusalem-est est à leurs yeux, la capitale du futur Etat palestinien, et que, sur ce sujet, la discussion est close. Une nouvelle situation juridique serait ainsi créée. Dans le sillage de cette décision, l’Autorité palestinienne serait fondée à proclamer Jérusalem comme sa capitale et à ouvrir à la négociation uniquement le périmètre de sa nouvelle acquisition. Israël n’aurait qu’à se plier à cet ukaze, ou à se retrouver encore un peu plus rejeté dans « l’illégalité » au regard du droit international, une décision « automatique » de l’assemblée générale de l’ONU devant logiquement suivre la ratification européenne de ce projet.
Il faut rappeler, une fois encore, un certain nombre de réalités pour comprendre l’émotion presque unanimement partagée d’Israël (1) et de la grande majorité des communautés juives dans le monde.
1- L’argument religieux :
La revendication palestinienne sur Jérusalem est fondée sur le fait que la ville serait le troisième lieu saint de l’Islam. Si ce point de vue est retenu par l’Union européenne, il faudrait consentir aux Palestiniens la totalité de la ville. C’est d’ailleurs au nom de la préservation de la mosquée Al Aqsa que les chefs palestiniens ont perpétré, tout au long du 20ème siècle et dès le début du 21ème, des pogroms et des insurrections contre les Juifs d’Israël. C’est parce qu’il estimait que la détermination du statut de la ville revenait à la Oumma dans son ensemble, et non à un simple Palestinien, qu’Arafat refusa, à Camp David en 2000, et à Taba en 2001, de signer une paix prévoyant le partage de Jérusalem. S’il l’avait fait, il aurait, disait-il, signé son arrêt de mort. Et il en a été de même de Mahmoud Abbas face à Ehoud Olmert qui lui faisait une proposition comparable en 2008. Le troisième lieu saint de l’Islam ne se partage pas et l’initiative suédoise n’a aucun sens pour quiconque connaît les ressorts idéologiques des radicaux.
D’autant qu’il n’y a pas le moindre argument sérieux pour étayer cette théorie opportuniste du troisième lieu saint de l’Islam. Jérusalem n’apparaît jamais dans le Coran. Le premier verset de la Sourate 17 proclame « Gloire et Pureté à Celui qui de nuit, fit voyager Son serviteur [Muhammad], de la Mosquée Al-Haram à la Mosquée Al-Aqsa… », la mosquée Al Aqsa signifiant non « Jérusalem » mais « mosquée lointaine ». En 621, la mosquée Al Aqsa de Jérusalem n’existait pas et elle ne fut construite qu’un siècle plus tard. A l’inverse, le Prophète exigea de renoncer à prier en direction de Jérusalem selon la coutume pré-islamique et de se tourner dorénavant vers La Mecque.

La passion juive pour Jérusalem contraste avec ce dédain islamique. Jérusalem est citée 823 fois dans le Livre juif (669 fois comme Jérusalem et 154 fois comme Sion), et d’ailleurs 153 fois dans la Bible chrétienne. La revendication israélienne de faire de Jérusalem la capitale éternelle et unifiée du peuple juif, s’appuie sur cet héritage religieux mais aussi sur un fait politique collatéral : Jérusalem a été la capitale des royaumes juifs antiques. Aucun des conquérants ultérieurs n’en a jamais fait sa capitale, et ils ont été nombreux : Babyloniens, Perses, Grecs, Séleucides, Romains, Musulmans, Croisés, Mamelouks, Turcs ottomans, Britanniques et Jordaniens. Par contre, les Juifs n’ont jamais quitté Jérusalem, sauf sous la contrainte, durant de brèves périodes. Il y étaient majoritaires à l’époque moderne, comme l’atteste l’étude menée au 19ème siècle par le vieux Marx.
Selon Daniel Pipes, l’intérêt des musulmans pour Jérusalem-Est à géométrie variable : il croît quand cette ville revêt une importance politique, pour se dissoudre immédiatement après (2). C’est exactement ce qui se produit depuis que les Arabes ont entrepris d’étrangler tout pouvoir juif dans ce qui est pour eux une terre d’islam. Mais quand Jérusalem était entre les mains des Jordaniens, elle ne reçut la visite d’aucun notable musulman. Pire encore, les Jordaniens firent en sorte de réduire cette ville au statut de bourgade pour qu’elle ne fasse pas de l’ombre à Amman. La prière diffusée à la radio le vendredi soir n’était pas celle de la mosquée Al Aqsa mais celle d’une petite mosquée d’Amman.


2 – L’argument politique
Quand ils focalisent leurs demandes sur Jérusalem, les Palestiniens visent plusieurs objectifs.

Lorsqu’ils veulent lancer une insurrection, ils agitent le chiffon rouge de la mosquée Al Aqsa, l’arrière-plan de Jérusalem. Les Juifs prétendent-ils, veulent détruire la mosquée pour reconstruire leur Temple. C’est sous cette bannière qu’ont été déclenchés les pogroms de 1929, qui devaient aboutir à l’éradication des juifs de Hébron, l’insurrection contre le plan de partage Peel (1937-1938), l’insurrection et la guerre contre le plan de partage de l’ONU (1947-1949) et l’Intifada Al Aqsa d’Arafat, en septembre 2000. Il y a quelques mois, le 27 septembre 2009, une tentative de troisième Intifada était lancée par le Sheikh Raed Salah. Alimentée par des troubles bien organisés sur l’Esplanade des mosquées au nom de la destruction d’Al Aqsa, elle a fait long feu, les Palestiniens manquant visiblement de motivation.
La seconde fonction de la revendication palestinienne sur Jérusalem est d’intimider les Occidentaux en faisant de cette ville un enjeu mondial entre l’Occident et le milliard et demi de musulmans du monde entier. Il semble que Jérusalem ne motive vraiment qu’une très infime minorité des musulmans, même si les chefs politiques et leur organisme suprême, l’Organisation de la Conférence islamique, font corps sur ce sujet.

La troisième fonction de la revendication sur Jérusalem est de briser le moral et l’élan collectif des Israéliens. Abbas Ziki, l’ambassadeur de l’OLP au Liban déclarait en avril 2008 qu’avec la perte de Jérusalem, "le moral des sionistes s’effondrera et nous les mettrons dehors de la Palestine". La conservation de Jérusalem comme capitale unifiée d’Israël est d’ailleurs voulue par 80 % des Israéliens et personne dans le monde politique de ce pays n’est prêt à offrir sans négociations Jérusalem-est aux Palestiniens.

Enfin, plus prosaïquement, la demande palestinienne relève d’une stratégie de grignotage (dans la langue palestinienne cela s’appelle la théorie des étapes). En juin 1974, l’OLP est passée du slogan appelant à « jeter les juifs à la mer » à une théorie prévoyant de liquider l’état juif par l’annexion de petits morceaux de territoire et de pouvoir, l’un après l’autre. Le temps de gloire de cette doctrine fut celui des accords d’Oslo, en vertu desquels les stratèges de l’OLP menèrent leur affaire avec succès et obtinrent exactement ce qu’ils désiraient. Arafat fit dérailler ce train qu’il avait lui-même bien lancé avec une Intifada trop ambitieuse qui dessilla enfin les yeux des Israéliens.
L’exigence actuelle concernant Jérusalem-cst, comme celle des deux États, renvoie immanquablement à la stratégie de grignotage, le meilleur indice de la "sincérité" pacifique palestinienne étant leur reconnaissance de l’Etat juif. Or, ils s’y refusent, comme ils refusent de renoncer au retour des réfugiés, et ils continuent leur politique d’incitation à la haine. Et voilà que l’initiative suédoise satisfait merveilleusement leur attente actuelle.

3 – L’argument politicien
Dans les faits, les choses sont encore un peu plus compliquées. C’est l’Autorité palestinienne - et non le Hamas - qui pèse de tout son poids sur la Suède pour faire aboutir la résolution de reconnaissance. C’est que les deux branches palestiniennes se font une concurrence acharnée sur fond de tortures et d’exécutions sommaires. Le Hamas est en passe de remporter une victoire politique majeure en forçant Israël à échanger le soldat Shalit contre des centaines des prisonniers, y compris les fameux prisonniers "ayant du sang sur les mains". Ce succès risque de coûter au Fatah de Mahmoud Abbas le reste de légitimité dont il pourrait se prévaloir. Il est donc urgent qu’il remporte, avant la libération de Shalit, une grande victoire politique. Et, bien entendu, cette victoire serait la reconnaissance, sur ses instances, de Jérusalem comme capitale de la future Palestine par l’Union européenne.
Le soutien diplomatique total de la Suède à ce projet renvoie inévitablement aux préjugés détestables qui dominent ce pays. L’antisionisme est en Suède un véritable trait-d’union national, dont l’assise est une peur maladive de l’islam (et des musulmans très agressifs qui y vivent) et un antisémitisme affleurant. C’est en Suède qu’on célébrait par des affiches dans le métro et par une grande exposition la terroriste Hanadi Jaradat, trois mois après son forfait qui fit 22 morts civils dans un café de Haïfa en octobre 2003. C’est la Suède qui se retirait, en mai 2006, d’un exercice aérien européen parce qu’Israël y participait. Ce sont les autorités gouvernementales qui ne veulent pas se démarquer, depuis août 2009, des affirmations du grand quotidien suédois, Aftonblatt, prétendant qu’Israël prélevait et vendait les organes des Palestiniens.
Si l’Union européenne votait la résolution suédoise, elle romprait avec sa politique traditionnelle visant à encourager un processus négocié entre Israéliens et Palestiniens. Elle renoncerait, dans la foulée, à toute influence au Proche-Orient. Israël ne céderait pas car il ne peut pas céder. La division de Jérusalem se heurte à l’opposition de l’opinion, surtout si elle est imposée de l’extérieur. Du point de vue de sa sécurité, Israël ne peut pas renoncer au contrôle de la ville, au risque de voir ses citoyens et ses institutions à portée d’armes légères des Palestiniens, et ne parlons pas des armes lourdes. De plus, Jérusalem est aujourd’hui une ville unifiée, dont les services essentiels sont intégrés : eau, électricité, téléphone, égouttage. On ne revient pas facilement sur ce genre de situation et on observe que, dans le monde, il n’y a plus de grande capitale divisée.
Il appartient aux Israéliens de prendre, en toute souveraineté, leurs décisions sur Jérusalem et d’en assumer les conséquences. Ce qui est sûr, c’est qu’une assemblée de ministres européens se ridiculiserait si elle statuait, à plusieurs milliers de kilomètres de distance, à l’initiative de son membre le plus lié à l’islamisme radical, sur le sort d’une ville dont l’héritage culturel et religieux est aussi immense.

Jean-Pierre Bensimon

© Objectif-Info

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Notes

(1) Il est vrai qu’un certain Yossi Melman a pu écrire, le 6 décembre, dans le fameux Haaretz, un libelle intitulé : "Israël doit renoncer à Jérusalem comme capitale".

(2) “The Muslim Claim to Jerusalem”, Middle East Quarterly, September 2001.

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Mis en ligne le 7 décembre 2009, par M. Macina, sur le site upjf.org