Debriefing.org
Google
Administration
Accueil
Tous les articles
Imprimer
Envoyer
S’inscrire
Nous contacter

Informations, documents, analysesDebriefing.org
Droits humains, racisme, antisémitisme, etc.
Antisémitisme

Les métastases de l’antisémitisme [le cas pathologique du livre de Shlomo Sand], Shraga Blum
02/12/2009

Cet article, tel une métastase (bénéfique !) se retrouve sur de nombreux sites et blogs. J’ignore donc lequel d’entre eux il convient de créditer de l’initiative de sa mise en ligne. Je reproduis ici, après quelques corrections orthographiques et stylistiques indispensables, le texte qui figure sur le site ActuCo.il [*]. Une grande partie de l’article traitant en détail du tort causé par le livre de Sh. Sand - "L’invention du peuple juif" -, j’ai cru bon de modifier en conséquence le titre de cette réaction, émotionnelle mais tout à fait justifiée, qui s’apparente davantage à un exposé dramatique de la situation et à un avertissement, qu’à une analyse proprement dite. (Menahem Macina).

[*] "Les métastases de l’antisémitisme", 30 novembre 2009.


02/12/09


Ils nous font rire et pleurer tout à la fois ceux qui s’attaquent aujourd’hui à Israël, mais qui jurent leurs grands dieux qu’il n’y a pas une once d’antisémitisme dans leurs propos ou leurs actions.

Les Arabes, les Palestiniens : Mais, voyons, nous sommes nous-mêmes des sémites !

Dieudonné, Soral, Gouasmi : Mais notre rhétorique (digne de celle des nazis) s’attaque à la « conspiration sioniste internationale » et non aux Juifs! D’ailleurs, le Rabbin Weiss, qui nous soutient, est tout ce qu’il y a de plus juif !

Goldstone, les universités britanniques et les Suédois : Mais nous ne faisons que condamner les crimes de guerre de Tsahal !

L’Union Européenne et les Etats-Unis : Mais nous ne faisons qu’exiger des concessions israéliennes en faveur de la paix !

Amnesty [International] : Mais nous ne faisons que condamner le rationnement d’eau imposé aux palestiniens par Israël !

Le Vatican : Mais nous ne voulons que la paix en Terre Sainte !

Les altermondialistes : Mais nous ne faisons que lutter contre ce nationalisme impérialiste anachronique (tout en soutenant activement un autre nationalisme, soit dit en passant !).

Les ONG des Droits de l’Homme : Impossible, nous sommes anti-racistes !

Les universitaires, artistes et autres intellectuels israéliens : Mais voyons, nous sommes Juifs nous-mêmes, comment pourrions-nous être antisémites ?

 

Et ils sont légion comme cela, chacun expliquant, la main sur le cœur, « qu’il n’a rien contre les Juifs ».

A les entendre, l’antisémitisme dans le monde serait l’apanage des seuls mouvements d’extrême droite et autres nostalgiques du IIIe Reich, qui tentent encore, ici ou là, d’entretenir le souvenir de leur empire perdu. Malheureusement pour tous ces contempteurs d’Israël, la virulence de leurs attaques, les techniques, souvent similaires, de leur discours, l’analogie de leurs arguments, les liens contre nature qu’ils tissent entre eux dès lors qu’il s’agit d’Israël, et la concomitance dans le temps de leurs attaques en règle contre l’Etat juif ne font que démontrer que l’antisémitisme s’exprime aujourd’hui dans des formes encore beaucoup plus diversifiées, sournoises et sophistiquées que jadis.

·         L’antisémitisme ne se résume pas à crier « sale Juif » sur un trottoir, ou à raconter des blagues racistes au bar du coin.

·         L’antisémitisme, aujourd’hui, c’est refuser aux seuls Juifs le droit de se défendre dans le cadre de leur armée nationale, comme le ferait n’importe quel autre pays avec bien moins de pitié et de retenue.

·         L’antisémitisme, c’est juger Israël avec des critères beaucoup plus sévères et injustes que ceux qu’on applique à d’autres pays en pareille situation.

·         L’antisémitisme, c’est prêter foi uniquement aux versions des ennemis d’Israël et jeter systématiquement la suspicion sur les versions israéliennes.

·         L’antisémitisme c’est s’adresser à Israël sur le même ton condescendant et réprobateur que celui qui était de mise envers le Juif d’antan.

·         L’antisémitisme c’est prétendre que la paix mondiale dépend uniquement de l’expulsion des Juifs de leurs foyers à Ofra ou Har Homa, ou affirmer qu’Israël constitue un danger pour la paix du monde.

·         L’antisémitisme, ce sont les jeunes ou les universitaires israéliens qui vont cracher sur Tsahal et leur pays à l’étranger.

·         L’antisémitisme, c’est dénier au seul Etat d’Israël, parmi les 200 Etats du monde, le droit de décider de sa capitale.

·         L’antisémitisme, c’est accuser Israël de tous les maux les plus vils qui étaient jadis attribués aux Juifs en tant qu’individus.


Et cette liste n’est pas exhaustive.

Car, en plus des antisémites déclarés ou de ceux qui tiennent un discours sous lequel il est très facile de voir percer la judéophobie, il y aussi toutes celles et ceux, Juifs comme non-Juifs, qui amènent leur eau nauséabonde au moulin de l’antisémitisme, et qui font un tort énorme à la cause juive ou israélienne. Ce sont les "idiots utiles" et dangereux de l’internationale antisémite. Parmi eux, les Juifs sont malheureusement nombreux. Le Professeur Shlomo Sand, de l’Université de Tel Aviv, est l’un d’entre eux, et a été récemment et publiquement accusé de « contribution à l’antisémitisme », ce qui constitue une grande première en la matière. Le Prof. Shlomo Sand, auteur d’un ouvrage rapidement devenu best-seller à l’étranger, soutient la thèse « que le peuple juif est une pure invention, et que ce sont en fait les Palestiniens d’aujourd’hui qui sont les descendants réels des Hébreux de l’époque biblique ! Alors qu’ils n’ont jamais été exilés de la Terre de Canaan, ceux qui se disent aujourd’hui Juifs n’ont aucune légitimité à exiger un droit de retour en Palestine » ! CQFD. Vous imaginez le succès fulgurant que ce livre et son éminent auteur peuvent connaître à l’étranger, et les dégâts terribles qu’ils causent à l’image d’Israël dans le monde. En tournée de promotion de son livre sulfureux, « L’invention du Peuple Juif », ce pseudo historien s’est aussi rendu dans des communautés juives, dans lesquelles il a fort heureusement subi des attaques en règle, qui malheureusement ne contrebalanceront pas le succès qu’il recueille dans un monde non juif extrêmement réceptif à ce genre de thèses. Jonathan Hoffman, co-président de la Fédération Sioniste de Grande-Bretagne a accusé Sand « de n’avoir d’autre but que de briser le lien historique qui existe entre le Peuple juif et sa terre ».

« Avec une ignorance totale des évidences archéologiques, génétiques, culturelles et religieuses, Shlomo Sand parcourt les salles de rédaction et les auditoriums sans que jamais un seul historien du peuple juif ne soit opposé à lui »,

précise Hoffman, qui accuse ouvertement Shlomo Sand « de faire le lit de l’antisémitisme et d’attiser la violence antisémite ». Le Prof. Shlomo Sand ne s’embarrasse d’ailleurs pas de scrupules. Largement rémunéré par le ministère israélien de l’Education, il ose dire aux micros de la BBC, déjà pas très gentille avec Israël, « qu’il compare la création d’Israël à un viol », tout en précisant « que même un enfant né d’un viol doit être reconnu ». « Je ne suis pas sioniste », avoue-t-il à ceux qui ne l’auraient pas encore compris!

Jon Benjamin, Président du « Board of Deputies » [Conseil d’administration] des Juifs de Grande-Bretagne – l’équivalent du CRIF en France –, s’étonne du fait « qu’un professeur juif puisse émettre des thèses qui sont à ce point en porte-à-faux avec la réalité et toutes les études qui ont été faites ». C’est peut-être là également l’un des aspects de l’antisémitisme, même s’il est le fait de Juifs: diffuser des énormités qui seront reprises, utilisées et répercutées par d’autres antisémites encore plus « entreprenants ». Comme dans la légende mythologique du rocher de Sisyphe, les efforts, déjà bien insuffisants, de centaines de diplomates et fonctionnaires des Affaires étrangères pour justifier les positions israéliennes, sont réduits à néant par les ravages que provoque ce pur produit du microcosme post-moderne de l’intelligentsia israélienne.

Le « Community Security Trust”, observatoire de l’antisémitisme au Royaume-Uni, se demande également pourquoi « aucune de ses apparitions devant des publics non avertis n’est assortie de la présence d’un contradicteur ». Son livre a été présenté de manière indécente sur la radio de la BBC, le 9 novembre, jour anniversaire de la Nuit de Cristal. Et comme il n’y a plus de limite au cynisme, le présentateur de l’émission, Andrew Marr (du même nom que Wilhelm Marr, inventeur au 19ème siècle, en Allemagne, du terme «antisémitisme» !) résumait ainsi l’ouvrage du docte professeur :

« Il y avait un plan (sioniste) de présenter une certaine histoire du peuple juif au 19ème siècle, et le monde moderne l’a gobé tel quel. Mais le livre du professeur Sand explique que la réalité est tout autre […] L’Ancien Testament comporte beaucoup d’erreurs, et la plupart des récits sont de pure fiction […] ». Pour Mark Gardiner, directeur de la Communication du Community Trust,

« il y a des manières très subtiles de créer de l’antisémitisme à partir d’un débat anti-israélien, mais, avec ce livre, on atteint un sommet : utiliser le peuple juif au service de l’antisionisme. La thèse de Shlomo Sand est limpide : le peuple juif n’existe pas, un Etat juif n’a donc pas de justification ».

Du pain bénit pour des millions de gens à travers le monde qui estimeront que « la vérité sur Israël sortira de la bouche de ses enfants. »

Je ne sais pas si les responsables juifs dans le monde et en Israël se rendent compte du réseau de haine qui est en train de se tisser méthodiquement autour de l’Etat d’Israël, avec ses retombées inévitables, sur les communautés juives dans le monde. Les conséquences de l’antijudaïsme diffusé par l’Eglise se sont fait ressentir de manière effroyable jusqu’au 20ème siècle. Aujourd’hui, les métastases de cette nouvelle épidémie judéophobe se retrouvent sous toutes les latitudes – même chez nous [en Israël] – elles revêtent de multiples habits, parlent toutes les langues et utilisent tout ce que la technologie moderne a inventé pour mieux répandre la maladie qu’elles souhaitent mortelle.

Il y a péril en la demeure.

 

© Shraga Blum

 

Mis en ligne le 2 décembre 2009, par M. Macina, sur le site upjf.org