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Iran

Comment arrêter l’Iran, Olivier Debouzy
21/12/2009

Malgré (ou peut-être à cause de) l’insistance du W.S.J. sur le fait que c’est de sa propre initiative que l’auteur s’exprime sur ce sujet délicat, j’incline à reprendre positivement la phrase que le traducteur a mise au style interrogatif, dans son texte d’introduction ci-dessous : M. Debouzy « s’exprime à la demande de l’Élysée ». Autant dire que la menace et l’avertissement sont sérieux. Merci à J.-P. Bensimon d’avoir traduit ce texte important. (Menahem Macina).

21/12/09

The Wall Street Journal, 16 décembre 2009

Titre original : How to Stop Iran

Traduction française : Objectif-info

Présentation par Objectif-info:

Il est difficile d’interpréter cet article, mais il est sans doute capital. Il figure dans un journal lu par les élites américaines. L’auteur expose les risques d’une poursuite de l’immobilisme occidental, qui conduirait, avec un Iran doté d’armes nucléaires, à une situation qu’aucun pays ne pourrait supporter. Il plaide pour une réaction immédiate, à la limite des sanctions et de l’action militaire, fondée sur une alliance entre les trois grands Occidentaux (États-Unis, France et Royaume Uni) et Israël.

Olivier Debouzy a été un conseiller de haut niveau en matière de stratégie nucléaire des autorités françaises. S’exprime-t-il à la demande de l’Élysée ? Ce n’est pas impossible. Mais cet acte public n’est pas une simple réflexion : c’est une forme de pression pour inviter l’administration Obama à sortir de sa torpeur. Une telle pression est donc nécessaire. Cette administration, comme les deux précédentes (Clinton et Bush), est en train de laisser un problème, qui était assez facile à résoudre initialement, se transformer en l’une des plus graves menaces que l’Occident ait jamais connues. Obama est-il de taille à affronter les problèmes de son époque ? C’est par ses décisions d’aujourd’hui, hic et nunc, qu’il nous le fera savoir.

L’Occident se trouve à une phase décisive de son action pour empêcher un Etat-voyou de se doter du nucléaire.

 

L’absence de progrès dans les négociations avec l’Iran, le dernier rapport de l’Agence internationale de l’énergie atomique, l’annonce que ce pays s’apprête à développer de nouveaux sites d’enrichissement de l’uranium, tout cela se cristallise en une vérité dérangeante. Non seulement l’Iran n’est pas un partenaire sérieux dans des négociations qui devraient être loyales, mais il est très probable qu’il a caché, durant des décennies, une part significative d’un programme militaire nucléaire de première grandeur. Les révélations de cette semaine sur les recherches de ce pays en matière de conception des ogives soulignent encore cette réalité. Aucun pays n’a jamais été aussi loin dans ses efforts pour acquérir des capacités nucléaires militaires sans les développer jusqu’au stade opérationnel.

L’Iran pourrait s’arrêter au seuil de cette acquisition, en faisant bien comprendre aux spécialistes qu’il a maîtrisé les techniques militaires sans les déployer ouvertement. Aux yeux de l’opinion, cette nouvelle donne ne serait pas une certitude, alors qu’on ferait face effectivement à un arsenal nucléaire tout à fait opérationnel. En termes pratiques, cette dissimulation ne changerait rien. Les décideurs occidentaux sont aujourd’hui à un moment décisif.

Un premier ministre israélien ne pourrait pas survivre politiquement à l’accession de l’Iran au stade d’Etat détenteur d’armes nucléaires, que cela soit officiel ou pas. La pression qui pèserait sur le gouvernement israélien pour qu’il fasse quelque chose pour contrecarrer la possession d’armes nucléaires par l’Iran serait si forte qu’il pourrait jouer une carte désespérée, indépendamment des garanties de sécurité que les États-Unis lui offriraient ou pas.

De même, un président américain (surtout s’il a reçu un prix Nobel) n’échapperait pas à la réprobation collective s’il laissait l’Iran devenir une puissance nucléaire en sous-estimant en permanence sa capacité de masquer ses préparatifs. La crédibilité de la communauté du renseignement serait dévastée, et l’indécision des administrations successives (Clinton, Bush et maintenant Obama) quand il s’agit de mettre un terme à un programme dont on soupçonne l’existence depuis 15 ans et qui est publiquement avéré depuis sept ans, serait considérée comme la manifestation d’un échec de dimension majeure.

Qui plus est, le message envoyé aux alliés des États-Unis et de l’Occident dans la région du Golfe serait désastreux. Malgré toutes les promesses faites à ces alliés, l’Occident aurait été incapable d’empêcher un Etat-voyou, qui veut déstabiliser leurs sociétés, de modifier les équilibres stratégiques au Moyen-Orient et, au-delà, le marché du pétrole, de se doter d’armes nucléaires propres à lui ôter encore davantage tout souci de mesure.

Enfin, le régime de la non-prolifération nucléaire qui a été sensiblement affaibli par les simagrées nord-coréennes et les finasseries iraniennes, serait alors au bord de l’effondrement. Si l’Iran a des armes nucléaires, des pays comme l’Arabie Saoudite, les Émirats Arabes Unis, et la Turquie, entre d’autres, seraient irrésistiblement tentés de s’équiper des mêmes armes. La conférence de révision du Traité de non-prolifération nucléaire de 2010 serait réduite à une pantomime stérile, avec à peu près autant d’effet que les tentatives effectuées entre les deux guerres mondiales pour empêcher le déclenchement du conflit armé.

En conséquence, il est maintenant nécessaire de prévoir le pire, c’est-à-dire certaines formes de contrainte militaire sur l’Iran. Il est urgent que les États-Unis, la Grande-Bretagne et la France, et si possible Israël (naturellement de façon discrète avec la possibilité de le démentir), mettent leurs forces en commun et essaient de parvenir à un accord sur la façon d’en finir avec le programme militaire iranien. Ces trois membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU ne doivent pas craindre l’argument, déjà avancé à plusieurs reprises par les partisans des Iraniens et les "idiots utiles", selon lequel cette tentative ne ferait qu’opposer « l’Occident au reste du monde ». Les trois membres exerceraient en fait un mandat implicite au bénéfice de tous les Etats qui ont renoncé à se doter d’armes nucléaires et qui n’acceptent pas de se voir menacés ou intimidés par des Etats-voyous.

Comment peut-on s’y prendre ? L’expérience de la crise de Cuba en 1962 constitue un précédent intéressant. L’application de pressions sur les Iraniens comme la prohibition de toute relation commerciale d’importation ou d’exportation par voie maritime et aérienne enverrait un message que Téhéran trouverait sûrement tout à fait démonstratif. De plus, un renforcement de la présence navale occidentale, à l’intérieur du Golfe ou dans ses abords immédiats, ferait comprendre aux Iraniens, sans violer leurs eaux territoriales, qu’ils entrent dans une zone dangereuse (eux et tous les Etats qui traitent avec eux). Parallèlement à ce lent étranglement, il faudrait prendre des mesures pour décourager les Etats du Golfe (Dubaï, par exemple) de s’engager dans des transactions commerciales ou financières avec l’Iran, et pour les encourager à geler les capitaux iraniens dans leurs banques. Il ne devrait pas être trop difficile d’y parvenir, de même que la menace de couper tout Etat récalcitrant du système international de paiements interbancaires serait suffisamment persuasive dans les circonstances présentes où Dubaï a un besoin cruel d’aide financière internationale.

Il pourrait être nécessaire d’aller au delà et de recourir effectivement à la force pour empêcher les Iraniens de réaliser leur programme nucléaire militaire. La planification d’une attaque aérienne et balistique massive des installations militaires de l’Iran, que ces sites soient des infrastructures nucléaires avérées ou probables devrait être sérieusement envisagée. Cette planification pourrait être rendue publique, au moins partiellement, pour convaincre l’Iran que l’Occident peut non seulement parler, mais également agir. Une telle planification devrait aussi, autant que possible, impliquer l’OTAN, et cibler une zone où il n’est guère douteux que la majorité des missiles et des armes nucléaires iraniens sont localisés (dans la mesure où ces armes ne peuvent pas encore atteindre les États-Unis). Les services de renseignement des États-Unis, du Royaume-Uni, de la France et d’Israël devraient mieux partager leurs résultats, les autres contributions étant aussi bienvenues, de même que toute information communiquée par les mouvements de l’opposition intérieure iranienne.

 

Les idée développées ici sont simples, et elles ont été exprimées à maintes reprises par les théoriciens de la dissuasion : Quand on prépare la guerre, quand on déploie des forces et quand on teste des options militaires, on envoie un véritable message. La dissuasion relève du dialogue. Il n’est pas sûr que le gouvernement iranien veuille écouter. Mais au moins, il aura été dûment averti.

Le moment de la diplomatie est passé. L’Iran doit s’incliner, et rapidement. Si l’Occident n’est pas préparé à le contraindre de tenir ses engagements envers le Traité de non-prolifération nucléaire, cela signifie que ce traité est mort et que les pays du Golfe sont, subrepticement mais très réellement abandonnés. Cela signifie également, pour toutes les raisons que l’on voudra, que le régime de non-prolifération est mort. Est-ce vraiment ce que nous voulons ?

 

Olivier Debouzy *

 

* Ancien expert en matières de nucléaire et de renseignement auprès du gouvernement français, M. Debouzy est avocat. Il était précédemment expert en nucléaire militaire et renseignement auprès du gouvernement français. Il écrit ici à titre strictement personnel.

 

© The Wall Street Journal

 

Mis en ligne le 21 décembre 2009, par M. Macina, sur le site upjf.org