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Christianisme

Fouilloux [à propos de Jean-Paul II]: «S’il y a un pape du XXe siècle à béatifier, c’est bien lui !
21/12/2009

Article plus intéressant que son titre qui (effet d’annonce, ou souci de brièveté?), n’était sa manchette, donne l’impression que le pape du XXe s. à béatifier est... Pie XII, alors qu’il s’agit de Jean-Paul II. En fait, l’article de Fouilloux est une critique, pondérée et justifiée, de la propension de la papauté, depuis quelques décennies, à mettre ses papes sur les autels. On peut seulement regretter qu’il n’y soit pas question du pontife qui défraie la chronique ces jours-ci: Pie XII. (Menahem Macina).

21/12/09

Texte repris du journal La Croix

Tout en contestant la tendance récente de l’Église à béatifier tous ses papes, l’historien Étienne Fouilloux estime que Jean-Paul II est l’un des papes les plus importants du siècle dernier.

La Croix : Pour un historien, et de manière générale, que signifie le fait de béatifier un pape ?

Étienne Fouilloux : Cela pose un vrai problème ! Si l’on regarde la liste des papes récents depuis Pie IX (1846-1878), on s’aperçoit que tous ou presque ont été béatifiés ou ont un procès de béatification en cours. Déjà le théologien dominicain Yves Congar s’interrogeait, apprenant en novembre 1965 l’ouverture des procès en béatification de Pie XII et de Jean XXIII : « Pourquoi cette glorification des papes par leur successeur ? On ne sortirait donc jamais des vieilles habitudes romaines ! », écrivait-il dans son journal (1).

Qu’est-ce, en effet, qu’une Église qui porte systématiquement tous ses « grands chefs » sur ses autels ? Il y a là un signe d’autosatisfaction, comme pour prouver que ceux que l’on a promus au pontificat méritent d’être reconnus par l’histoire. Un peu comme l’ont fait les anciens régimes communistes soviétiques et chinois, embaumant dès leur mort Staline, Lénine ou Mao. Or cette habitude est récente : avant Pie IX, il faut remonter au XVIe siècle pour trouver un pape canonisé, à savoir Pie V (1566-1572, béatifié en 1672).

Comment l’expliquez-vous ?

Je ne l’explique pas, car l’Église du XXe siècle n’est ni meilleure ni pire que celle des siècles antérieurs. D’ailleurs, on peut se demander pourquoi deux papes, parmi les huit du XXe siècle, n’ont pas de procès de canonisation en cours.

Certes, Benoît XV (1914-1922) a été violemment critiqué par les Allemands et les Français alors qu’il essayait en vain de promouvoir la paix en Europe ; de même Pie XI, qui a courageusement pris position contre les totalitarismes tant nazi que communiste, a eu des problèmes politiques. Mais aucun d’eux n’a démérité. Alors on peut se demander pourquoi ces deux papes du XXe siècle ne pourraient pas être canonisés comme les autres…

En tant qu’historien, je m’interroge aussi quand l’Église béatifie des inconnus, comme c’est le cas avec certains religieux. Ainsi un procès de béatification pour Jean-Paul Ier ne s’imposait absolument pas : non seulement son pontificat n’a duré que quelques semaines, mais ce n’est pas une personnalité qui a compté. Si l’Église veut vraiment béatifier puis canoniser, elle devrait se contenter de le faire pour des personnalités importantes reconnues par l’histoire, telle Mère Teresa.

N’est-ce pas le cas de Jean-Paul II ?

Il fut certainement l’un des plus grands papes du XXe siècle, et si l’un d’eux devait être béatifié, c’est bien lui ! Même si certaines de ses positions politiques peuvent être contestées, il est indéniable qu’il a redonné un grand élan à l’Église – après les hésitations de Paul VI –, notamment dans le dialogue avec les juifs et avec les autres religions, et aussi bien sûr dans le rapprochement avec l’Est et la chute du Mur.

En ce sens, il a joué un rôle historique considérable. En sachant, cependant, que les critères de l’Église ne sont pas de cet ordre, puisqu’ils insistent davantage sur les vertus et la vie morale de la personne, plutôt que sur son importance historique. Pour Jean-Paul II, ce qui peut poser problème, c’est la rapidité de la procédure…

On a parlé, au moment de sa mort et après elle, de pressions exercées en vue de sa canonisation par certains groupes d’Église. Pensez-vous que cela a pu jouer ?

Non, les pressions furent générales et dépassent largement celles de groupes d’influence. Sans doute Benoît XVI a-t-il joué un rôle important dans le procès de son prédécesseur, qu’il admirait même s’il n’était pas toujours d’accord avec lui, notamment en ce qui concerne la rencontre d’Assise.

Il faut dire que, d’une manière générale, les délais de procédure raccourcissent quand la pression est forte, ce qui n’est pas sans poser question pour les dossiers qui traînent en longueur : je pense notamment au diocèse de Créteil, engagé dans le procès de béatification de Madeleine Delbrêl, qui n’a pas les moyens de faire pression.

Jean-Paul II serait donc « hors classe » ?

Oui, en quelque sorte… Je ne vois pas qui pourrait s’opposer à sa béatification, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de l’Église. Il mérite donc d’être porté sur les autels.

Recueilli par Claire LESEGRETAIN

(1) Mon journal du Concile (Cerf, 2002), tome II.


© LaCroix.com

 

Mis en ligne le 21 décembre 2009, par M. Macina, sur le site upjf.org