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A-Dura / France-2 (développements récents)

Les petites manœuvres de France 2 pour sauver le soldat Enderlin, Luc Rosenzweig
20/12/2009

Voici un article explosif à propos d’une affaire qu’on essaie d’étouffer. Il a certainement fallu beaucoup de courage à Luc Rosenzweig pour l’écrire, et à "Information juive" pour le publier. Comme quelques autres, je suis l’affaire depuis le début et relaie tous les articles qui viennent à ma connaissance à son propos, c’est donc avec satisfaction que je verse au dossier ce «J’accuse» de l’ancien rédacteur en chef du "Monde". Car enfin, c’est bien à un mur de silence que se heurtent les Juffa, les Karsenty, les Landes et les Rosenzweig, pour ne citer que les acteurs les plus connus de cette longue lutte pour contraindre à la vérité la puissante – et apparemment intouchable – chaîne nationale et son inoxydable correspondant à Jérusalem - récemment décoré de la Légion d’honneur ! Ces tenaces quêteurs de justice sont de la lignée des lutteurs solitaires, tels Hilberg, Lanzman et Klarsfeld, auxquels B.H. Lévy rend hommage dans un éditorial récent [*]. (Menahem Macina).

[*] "Pour saluer Beate et Serge Klarsfeld", (Le Point, 10 décembre 2009).

20/12/09

Article paru dans Information Juive de décembre 2009

 

Le PDG de France-Télévisions multiplie les manœuvres dilatoires pour empêcher la mise en place de la  commission d’experts convenue avec le président du CRIF.

Cela fait maintenant plus de neuf ans qu’un reportage de France 2, filmé à Gaza par le cameraman palestinien, Talal Abou Rahma, puis monté et  commenté par Charles Enderlin, le correspondant de la chaîne en Israël, alimente une polémique médiatique et l’actualité judiciaire. Il s’agit, on l’aura compris, de cette fameuse affaire Al-Dura, où l’on aurait vu, au journal du 20h de France 2, un enfant mourir, à Gaza, dans les bras de son père fauché par des balles en provenance d’une position militaire israélienne, le père étant, lui, grièvement blessé.

Le retentissement mondial de ces images, et leurs conséquences dans le conflit israélo-arabe (déclenchement de l’Intifada, montée de haine anti-israélienne dans tout le monde arabo-musulman, exécution du journaliste américain, Daniel Pearl sur fond de photos d’Al-Dura, père et fils) leur confèrent le  statut d’icône d’un moment intense de l’histoire. Aujourd’hui, avec le recul, on peut affirmer qu’à chaque stade de cette affaire, la direction de France 2 a mis tous les moyens en œuvre pour empêcher la vérité de se manifester. Dissimulation des rushes, présentation de « preuves » de blessures  de Jamal Al-Dura qui se révèleront ensuite être dues à d’autres causes, diffamation des contradicteurs, qualifiés « d’extrémistes sionistes », et enfin, sabotage conscient - et organisé ? - d’une commission d’enquête, concédée de mauvaise grâce au président du CRIF, voilà la liste - non exhaustive - des manœuvres de la chaîne publique française pour sauver sa réputation, et le soldat Enderlin du déshonneur professionnel qui l’attend.

La stratégie de France 2, dans cette affaire, a d’abord été celle du «  circulez, y’a rien à voir », lorsque les premiers doutes émis par des militaires israéliens sur l’authenticité de la scène ont été formulés. Ceux qui contestent le reportage de France 2 sont, pour les dirigeants de la chaîne publique, des excités sionistes extrémistes, des « négationnistes » qui veulent salir la réputation d’un journaliste, Charles Enderlin. Ce dernier n’est pas avare de déclarations dans la presse internationale, où il affirme, entre autres, qu’il avait coupé au montage, des scènes d’agonie de l’enfant car elles étaient trop insupportables. Jusqu’au mois d’octobre 2004, la direction de France 2 refusera de montrer ces rushes (images tournées, mais non diffusées) à ceux qui en faisaient la demande, notamment Stéphane Juffa, animateur de Metula News Agency, un site Internet israélien francophone qui avait, le premier, rendu publics ses doutes sur l’authenticité du reportage. Lorsque, en octobre 2004, des journalistes établis, comme le directeur de l’Express, Denis Jeambar, le producteur de documentaires, Daniel Leconte, et moi-même avons émis le souhait de visionner ces rushes, Arlette Chabot, directrice de l’information de France 2, ne put faire autrement que de les présenter. Il s’avéra que dans ces 27 minutes d’images, aucune des scènes d’agonie - prétendument insupportables - n’était présente, et qu’au contraire, l’image finale coupée par Charles Enderlin montrait l’enfant, supposé mort, levant la jambe et tournant la tête en direction de la caméra. Par ailleurs, d’autres scènes montrant des manifestants blessés étaient purement et simplement jouées, ce que reconnaissaient même les représentants de France 2 qui assistaient à la projection. Dès ce jour-là, pour mettre fin à la controverse, je suggérai à la direction de France 2 de faire effectuer une expertise médico-légale indépendante de Jamal Al-Dura.

En lieu et place de cette expertise, Arlette Chabot demanda à Charles Enderlin et Talal Abou Rahma d’aller filmer les cicatrices de Jamal Al-Dura, ce qui fut fait. La projection de ce « reportage » eut lieu en novembre 2004 dans les locaux de France 2, devant des journalistes triés sur le volet. Cette projection eut l’effet escompté : même les plus sceptiques des journalistes présents ne pouvaient nier que le corps de la « victime » présentait des stigmates impressionnants, preuves, selon France 2, des blessures subies le 30 septembre 2000. Parallèlement, France 2 engageait une série de procédures contre des sites Internet qui avaient repris les informations de Metula News Agency. C’est ainsi, qu’en première instance, France 2 parvint à faire condamner pour diffamation Philippe Karsenty, animateur du site Medias-Ratings. Dès lors, pour France 2, cette affaire était terminée, les détracteurs d’Enderlin confondus et condamnés, l’honneur de la chaîne définitivement sauf. Dans cette perspective, l’appel interjeté par Karsenty ne serait qu’une formalité, confirmant le premier jugement et mettant un point final judiciaire à une affaire qui n’avait que trop duré.

Or, les choses ont tourné autrement. D’abord, face aux nombreuses incohérences de la version de France 2, relevées à l’audience, la présidente de la Cour d’appel exige la projection des rushes à l’audience suivante. La chaîne s’exécute, de mauvaise grâce, présentant au tribunal un film de 18 minutes sur 27, donc amputé de 9 minutes. Les passages coupés étaient ceux où les mises en scène de fausses blessures sur des manifestants étaient par trop flagrantes. D’autre part, un élément nouveau était intervenu entre le procès en première instance et l’appel : un chirurgien israélien d’origine française, le Dr Yehuda David, devant l’utilisation mensongère faite par France 2 des cicatrices de Jamal Al-Dura, se décide à violer le secret professionnel. Il prouve, dossier médical à l’appui, qu’en 1994, il avait pratiqué plusieurs opérations chirurgicales sur Jamal Al-Dura à l’hôpital Tel Hashomer de Tel Aviv, à la suite d’une agression à la hache dont ce dernier avait été victime à Gaza en 1992. Cet élément, s’ajoutant à une expertise balistique accablante pour la thèse de France 2, conduisent la Cour d’appel de Paris à débouter France 2 de sa plainte contre Philippe Karsenty, le 21 mai 2008.

Pour France 2, c’est la catastrophe : non seulement l’affaire n’est pas close, mais le doute sur l’authenticité du reportage gagne maintenant des milieux qui, jusque là, avaient  accepté la version de la chaîne publique, comme les journalistes Elisabeth Lévy et Gil Mihaely. En juin 2008, ces derniers prennent contact avec Richard Prasquier, président du CRIF, qui organise, le 2 juillet, une conférence de presse où sont présentés des éléments (films, images, témoignages d’experts) qui mettent sérieusement en question la thèse de France 2. Richard Prasquier invite France 2 à constituer, avec le CRIF, une commission d’experts, qui sera à même de faire toute la lumière possible sur cette ténébreuse affaire. Dans un premier temps, Patrick de Carolis rejette cette idée, puis accepte, à contre cœur, cette procédure. En septembre 2008, des réunions sont organisées sous l’égide de Patrick Gaubert, président de la LICRA, entre des représentants du CRIF et de France-Télévisions pour mettre au point un protocole de mise en place et de fonctionnement de cette commission.

Mais France 2, suivant un adage bien connu de la vie politique française, croit avoir enterré l’affaire en créant  une commission. C’était sans compter avec la ténacité de Richard Prasquier, qui insiste pour que cette commission se mette en place.

Au bout de plus de six mois d’inaction, et sous la pression de Richard Prasquier, les dirigeants de France-Télévisions affirment qu’ils vont entreprendre les démarches permettant à Jamal Al-Dura de venir en France pour être soumis à des examens médicaux. Les mois passent, et ne voyant rien venir, au mois de juin 2009, Richard Prasquier s’enquiert auprès de Patrick de Carolis de l’avancement de la procédure visant à faire venir Jamal Al-Dura à Paris. Dans sa réponse, datée du 5 août 2009, Patrick de Carolis explique le retard pris dans l’organisation de la venue en France de Jamal Al-Dura par « sa sédentarité contrainte à Gaza », entendez le blocage du territoire par Israël, qui l’empêcherait de venir faire renouveler son passeport à Ramallah. Renseignement pris, il se révèle qu’aucune demande de laissez-passer pour Jamal Al Dura n’a été sollicitée par France 2 auprès de l’administration israélienne. Cette dernière, par la voix du ministère des affaires étrangères, informe Richard Prasquier qu’elle ne mettrait aucun obstacle aux déplacements de M. Al Dura (1).

Malgré tout cela, au cours de l’été 2009, Charles Enderlin est décoré de la Légion d’honneur, un signe que le pouvoir soutient le journaliste de France 2. Patrick de Carolis, qui brigue un nouveau mandat à la tête de France-Télévisions a pris bonne note de la position officielle. Au diable, donc, les accords avec le CRIF, il faut tenir jusqu’à ce que la Cour de cassation se prononce sur l’arrêt de la cour d’appel, défavorable à France 2,  une décision dont on espère que, cette fois, elle sera conforme aux vœux de la chaîne.

Comme par hasard,  en septembre 2008, alors que les discussions sur la commission d’enquête entre le CRIF et France 2 vont bon train, une plainte en diffamation est déposée au parquet de Paris par… Jamal Al-Dura contre le journaliste Clément Weill-Raynal et le docteur Yehouda David, qui, dans un article de l’hebdomadaire Actualité Juive, contestent la réalité des blessures prétendument subies par Jamal Al-Dura. Dans cette procédure, Jamal Al-Dura est représenté par Me Orly Rezlan. En dépit de son réel talent, elle aura du mal à faire croire au tribunal et au public que c’est de sa propre initiative que M. Al-Dura, de son domicile de Gaza, a pris la mouche à la lecture d’un article en langue française, paru dans une publication qui n’est pas diffusée dans le territoire… En fait, Charles Enderlin ne pouvait pas attaquer directement Clément Weill-Raynal, par ailleurs rédacteur en chef à France 3,  une entreprise du groupe France-Télévisions. Alors, il instrumentalise Jamal Al-Dura pour régler des comptes qu’il n’ose pas régler à visage découvert… Les avocats de Yehuda David et de Clément Weill-Raynal ne vont pas manquer de demander une expertise médico-légale de Jamal Al-Dura pour apporter des preuves de la bonne foi de leurs clients. S’il est fait droit à cette demande d’expertise, ce sera alors le bout du chemin pour France 2 et Enderlin, et il n’est pas sûr qu’il les mène à la gloire.


Luc Rosenzweig

 

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1. Sollicité par nous de répondre aux critiques de Richard Prasquier et de préciser quelles démarches France-Télévisions avait entreprises pour organiser la venue en France de Jamal Al-Dura, son PDG, Patrick de Carolis, a fait répondre par son attachée de presse qu’il ne « commentait jamais  les procédures en cours ». Cela s’appelle, en bon français, se défiler devant des questions gênantes.

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© Information Juive

 

Mis en ligne le 20 décembre 2009, par M. Macina, sur le site upjf.org