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A-Dura / France-2 (développements récents)

La mystification télévisuelle [A propos de la diffusion en Israël d’un film sur A-Dura]
10/12/2009

«Quand David combattit Goliath, tout le peuple était avec lui. Karsenty est un héros qui lutte seul contre le géant français pervers, France 2. Celui qui affirme que ses paroles sont stupides [le rédacteur de cet article] ferait mieux de s’examiner attentivement.» [*] (Dr Giora Hod, Israël). Rappelons que cet article fait suite à la projection du film de la réalisatrice allemande, Esther Shapira [**], qui met en doute le sérieux du reportage de la fusillade au cours de laquelle, selon les Palestiniens, l’enfant Mohammed A-Dura fut tué par des tirs israéliens. La mauvaise humeur de G. Hod est compréhensible. On ne voit pas, en effet, ce qui a poussé le rédacteur de cet article – qui fait lui-même preuve de mauvais goût, puisqu’il n’hésite pas à écrire : «il se peut que A-Dura se cache avec le Rabbi de Louvavitch et Elvis [Presley]»), – à épingler aussi méchamment le valeureux combattant qu’est Philippe Karsenty. Peut-être fait-il partie du cercle des amis de qui vous savez… dont - fait remarquable - le nom n’est même pas évoqué, alors qu’il est le premier et majeur responsable de la diffusion mondiale de ce "blood libel" monstrueux. Et puis, tant pis si vous me trouvez paranoïaque, mais je me demande sincèrement si la dernière phrase de l’article – «Cet allemand-là est beaucoup plus efficace que l’hébreu et très agréable à entendre : il innocente les Israéliens de toute culpabilité» - n’est pas à prendre au second degré, et comme une prise de distance subtile du journaliste par rapport à la disculpation de l’armée israélienne que constitue le documentaire de la réalisatrice allemande ; une espèce de clin d’œil en direction de vous savez qui - l’air de dire : Tu sais, je ne suis pas plus convaincu que toi, mais je dois bien faire ce pour quoi on me paie ! (Menahem Macina).

 [*] Réaction publiée sous le n° 35 et le titre hébreu : דוד וגולית (David et Goliath); [**] Voir "Transcription intégrale des textes du film d’E. Shapira : «3 balles et un enfant mort»".

 

10/12/09

 

Rubrique Akhbar ha’ir (le rat des villes), du journal Haaretz

 

Texte hébreu original  אחיזת העיניים של הטלוויזיה (ahizat ha’einaïm shel hateleviziah, litt. : le subterfuge de la télévision). [1]

 

Traduction française : Menahem Macina, pour upjf.org

Note à l’attention des responsables de sites et blogues : Cet article peut être librement reproduit, sous réserve de la mention - explicite et obligatoire - de son lien : http://www.upjf.org/contributeurs-specialises/article-17602-145-7-mystification-televisuelle-propos-diffusion-en-israel-film-dura.html

 


Vous souvenez-vous de Mohammed A-Dura, dont les derniers moments furent diffusés en septembre 2000 et sont devenus le paradigme mythique de l’Intifada ? Mais voilà il n’y a pas eu de "derniers moments", car, semble-t-il, l’enfant n’a pas été tué, en tout cas sûrement pas par un tir israélien. Les Etats arabes ont beau continuer à imprimer des timbres à l’effigie du shahid [martyr], même un tribunal français a reconnu que le document télévisuel qui constituait la source des timbres, est pour le moins douteux.

Déjà, il y a 9 ans, se sont fait jour des doutes concernant la version qui accusait Tsahal du meurtre, intentionnel et de sang froid, du petit garçon. L’enquête approfondie de la réalisatrice allemande, Esther Shapira, ne se contente pas de ruiner la version de la source mais avance la sienne, tout aussi convaincante et choquante. Il y est affirmé que la chaîne française France 2, qui a diffusé les images, a été piégée par le caméraman qui a participé à l’industrie du "Pallywood" – le Hollywood des Palestiniens – qui a l’habitude de montrer aux caméras des blessures imaginaires attribuées à des balles israéliennes.

En plus du témoignage d’experts en balistique, selon lesquels les balles qui ont touché le père et le fils étaient de provenance palestinienne, il s’avère qu’au moment des tirs, le père avait crié, en hébreu : « Vous avez tué mon fils ». C’est un élément de nature à conforter le soupçon suggéré que Pallywood a mis en scène une réelle exécution en punition d’un conflit intra-palestinien dans lequel le père était impliqué.

France 2 a exhibé les cicatrices du corps du père à titre de preuve de l’authenticité des prises de vue. L’enquête explique que certaines cicatrices ont été causées par des blessures au couteau et à la hache, qui seraient peut-être le fait de membres du Hamas, lesquels soupçonnaient le père de collaboration avec les Israéliens. Compliqué ? Ce n’est rien en comparaison de la principale découverte du film : l’enfant qui a été autopsié et inhumé le jour de l’incident, n’était pas Mohammed A-Dura, mais un enfant du nom de Rami A-Dura, oui, Rami. Mohammed a été blessé, semble-t-il, mais il n’y a aucun témoignage sur le fait que le shahid numéro un soit mort.

Alors, il se peut que A-Dura se cache avec le Rabbi de Louvavitch et Elvis [Presley], et en attendant, il faut dire un mot des fâcheux qui continuent à fouiller dans les affaires du passé. Chimère, chimère ! Qui croit sérieusement que l’Intifada a réellement éclaté à cause de A-Dura ? Et malgré cela, il était intéressant de regarder ce film, et cela pas seulement parce qu’il dévoile très méthodiquement des failles dans la version de la chaîne française et dans la mythologie palestinienne.

Le film, sans le vouloir, traite de la télévision, et à sa manière télévisuelle, il délivre une leçon sophistiquée : ne croyez rien de ce qui passe à l’écran. La semaine où il a été décidé que son "aide" verserait au capitaine R. 300 000 shekels pour l’avoir présentée comme ayant témoigné de la mort d’une petite fille palestinienne, le téléspectateur est fondé à se débarrasser du cliché selon lequel une image vaut mille mots. Une image, même une image vidéo, peut être un mensonge absolu, et, pour être performante, une télévision a besoin de téléspectateurs qui croient et pas nécessairement perspicaces. Philippe Karsenty est le juif véhément, ou le gêneur, qui est à l’origine du combat judiciaire contre France 2. Son combat a réussi, mais, dans le film il est responsable de l’affirmation stupide : « la vérité l’a emporté ».

Autre chose : il est rare que la télévision israélienne importe des films de la télévision allemande et qu’elle les diffuse en allemand. Le cas de « un enfant mort, et la vérité » [2] est différent. Cet allemand-là est beaucoup plus efficace que l’hébreu et très agréable à entendre : il innocente les Israéliens de toute culpabilité.

 

© Haaretz


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Notes du traducteur


[1]
D’abord mis en ligne sous le titre הטלוויזיה והשקר המושלם (hateleviziah wehasheqer hamoushlam : La télévision et le mensonge absolu).

[2] Le jeu de mots hébraïque - "hamet we-ha’emet", est intraduisible littéralement. Il joue sur l’assonance  entre hamet - le mort - et ha’emet – la vérité. 

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Mis en ligne le 10 décembre 2009, par M. Macina, sur le site upjf.org