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Christianisme

La flèche du Parthe de G. Miccoli: «Le discernement fait aussi partie des vertus héroïques»
22/12/2009

J’ai reproduit précédemment les propos modérés de ce grand spécialiste de l’histoire de l’Eglise contemporaine. Interviewé ici par La-Croix.com, il est beaucoup plus mordant. J’ai mis en italiques les passages qui me paraissent significatifs. (Menahem Macina).

21/12/09

Sur le site de La-Croix.com

Giovanni Miccoli, professeur d’histoire de l’Église à l’Université de Trieste, auteur de Les dilemmes et les silences de Pie XII (Complexe).


Comment analysez-vous le pontificat de Pie XII ?Disons d’abord que la reconnaissance de l’héroïcité de ses vertus conclut, selon moi, une campagne de réhabilitation menée par l’Église depuis plusieurs mois. Or, à mes yeux, cette campagne s’inscrit dans un mouvement général qui vise à réduire Vatican II : on essaie de montrer que ce fut une confirmation du magistère de Pie XII, alors que ce pape s’en était pris violemment à tous les théologiens – Congar, Chenu, de Lubac – qui ont triomphé pendant le Concile.

Le débat sur Pie XII doit-il se limiter à son action durant la guerre ?

L’opinion est effectivement en train de reprendre une discussion déjà ancienne qui oppose deux fronts opposés : les uns disent que Pie XII a fait tout ce qu’il devait faire, les autres soutiennent exactement le contraire. À mon avis, il s’agit de s’interroger sur ce que ce pape a réellement fait et sur les raisons de cette action. Il a menacé plusieurs fois de dénoncer la question juive, mais il ne l’a pas fait. De même, il a pris des contacts avec la Résistance en Allemagne pendant la Guerre, mais qui sont restés sans lendemain.

Pour moi, il est très clair que la question juive n’était pas au sommet de ses préoccupations, pour une multitude de raisons. Élu pape, il a mis de côté le projet de Pie XI d’une encyclique contre le racisme et l’antisémitisme : cette encyclique aurait certainement provoqué la rupture des relations diplomatiques avec l’Allemagne, et de sérieux problèmes avec l’Italie fasciste. Pie XII a cherché à préserver ses relations avec le IIIe Reich. Puis est arrivée la guerre : le pape a voulu se maintenir au-dessus du conflit, tout en préservant les catholiques allemands. Quand la guerre se termine, il n’a pas un mot sur les juifs [*] Cette question n’est pas au premier plan dans son horizon mental.

Certains ont qualifié Pie XII de « pape de Hitler »…

C’est une bêtise, évidemment. Il n’avait aucune sympathie pour les nazis. Pour lui, l’Allemagne était une terre de tradition chrétienne, qu’il fallait protéger pour le jour où Hitler quitterait le pouvoir. Pour autant, je regrette parfois que l’historiographie moderne traite les documents avec une certaine désinvolture. Par exemple, certains prétendent que l’Église hollandaise aurait pris position contre la déportation des juifs avec l’accord de Pie XII – or, c’est faux.

La canonisation est-elle, à vos yeux, une affaire interne à l’Église ?

La capacité de discernement me semble aussi faire partie des vertus héroïques. Y compris sur le plan politique. La perspective de canonisation de Pie XII possède aussi une dimension politique.


Propos recueillis par Bruno Bouvet


© La-Croix.com

 

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Note de Menahem Macina

 

[*] Pour mémoire, deux auteurs chrétiens prestigieux : Paul Claudel et Jacques Maritain, ont déploré le refus opposé par Pie XII, APRES LA GUERRE, de témoigner, d’une manière ou d’une autre, de son horreur de l’extermination et de sa compassion pour les victimes. Voir M. Macina, "Temporiser pour mieux béatifier Pie XII sans s’aliéner les Juifs: dilemme de Benoît XVI", paru dans L’Arche n° 607-608, décembre 2008/janvier 2009, pp. 27-29.


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Mis en ligne le 22 décembre 2009, par M. Macina, sur le site upjf.org