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Christianisme

«Pour Pie XII, la question juive était secondaire», Giovanni Miccoli
22/12/2009

Cet article de l’un des meilleurs spécialistes de l’histoire de l’Eglise contemporaine pourra paraître trop modéré à certains. C’est que Miccoli n’est pas un idéologue, mais un historien rigoureux. Il en dit plus et plus sévérement dans son livre, cité plus loin, dont je recommande la lecture [*]. (Menahem Macina).

[*] Voir la recension mise en ligne sur notre site : "G. Miccoli, "Les dilemmes et les silences de Pie XII", Recension par J.-N. Grandhomme".

22/12/09

Sur le site Le Figaro.fr


Crédits photo : ASSOCIATED PRESS

Professeur émérite à l’université de Trieste, Giovanni Miccoli est l’auteur de l’ouvrage Les Dilemmes et les silences de Pie XII (Complexe, 2005).

LE FIGARO.- Pie XII a-t-il eu une attitude ambiguë envers le nazisme ?

Giovanni MICCOLI.- Lors de son accession au trône pontifical, le 12 mars 1939, son ambiguïté se manifeste pour la première fois. Jusqu’alors, il s’est comporté en fidèle collaborateur de son prédécesseur qui, dans les derniers mois de sa vie, avait fait préparer une encyclique dans laquelle il entendait condamner très clairement le racisme et l’antisémitisme. Par ce projet de texte, il souhaitait marquer une rupture avec le IIIe Reich et appeler les catholiques à protéger les Juifs contre ces deux maux qui, à ses yeux, constituaient la «question brûlante» de l’époque. Or Pie XII, sitôt élu, décide de mettre de côté cette encyclique et entreprend de rétablir des relations plus amicales avec le régime allemand.

Pour quelle raison ?

C’est une question complexe. Tout d’abord, il voulait à tout prix empêcher que les chrétiens ne fassent l’objet de persécutions en Allemagne, mais aussi en Italie. Par ailleurs, s’il n’avait pas de sympathie pour le régime nazi, Pie XII demeurait profondément attaché à l’Allemagne en vertu de ses racines chrétiennes. Enfin, il éprouva probablement le souhait de ne pas fragiliser Berlin dans son combat contre l’URSS. À ses yeux, en effet, la Russie soviétique constituait une menace tout aussi redoutable que l’Allemagne nazie. Or, il était convaincu qu’au sortir du conflit, les sociétés européennes seraient fragilisées face au péril communiste.

Le pape Pie XII était-il informé des atrocités commises par le régime nazi ?

Incontestablement. Durant toute la guerre, il a été destinataire des communications entre les puissances alliées. Lorsque Paul VI a publié onze volumes d’archives collectées durant la guerre, on s’est par ailleurs aperçu qu’il recevait des lettres d’aumôniers italiens, d’évêques allemands ou de simples particuliers. En juin 1943, c’est ainsi que l’évêque de Fribourg lui écrivit que les buts du nazisme étaient de détruire le judaïsme non seulement dans son idéologie, mais aussi dans ses membres.

Peut-on lui reprocher de ne pas avoir condamné avec assez de fermeté l’extermination des Juifs ?

Il faut comprendre que la question juive était une question secondaire pour Pie XII, qui cherchait à concilier de multiples impératifs. Pour cette raison, il a toujours refusé de s’opposer publiquement au régime nazi. Pour autant, on ne peut pas dire qu’il ait purement et simplement fermé les yeux. En octobre 1943, lorsque des rafles sont organisées dans Rome, il fait convoquer l’ambassadeur allemand et le menace d’intervenir publiquement. Deux mois plus tard, l’Osservatore Romano publie un article qui incite les catholiques à protéger les Juifs. Enfin, il a offert une protection individuelle à de nombreuses victimes du nazisme.

Giovanni Miccoli

© Le Figaro.fr

 

Mis en ligne le 22 décembre 2009, par M. Macina, sur le site upjf.org