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Christianisme

Benoît XVI trouble le monde juif, Jean-François Verdonnet
22/12/2009

"Le pape ouvre la voie à la béatification de Pie XII. Une décision préjudiciable au dialogue judéo-chrétien." ("La Croix").

22/12/09

Sur le site 24heures.ch

Pie XII

© KEYSTONE/AP | Pie XII est considéré par certains comme un pape timoré, soucieux de ménager l’Allemagne hitlérienne ; pour d’autres, il a incité les catholiques à aider les persécutés.


Le secret a été bien gardé. Benoît XVI a créé la surprise samedi en proclamant «vénérable», aux côtés de son prédécesseur Jean-Paul II, Pie XII, le pape de la Seconde Guerre mondiale, critiqué pour avoir gardé le silence sur la Shoah.

La décision, qui ouvre la voie à sa béatification, a relancé la controverse aussi bien dans la communauté juive qu’au sein de l’Eglise catholique. En reconnaissant à Pie XII des «vertus héroïques», le décret papal est «aux antipodes du dialogue judéo-chrétien», affirme le grand rabbin de France, Gilles Bernheim.

Réaction identique du président du Congrès juif mondial, Ronald S. Lauder: aussi longtemps qu’au Vatican les archives sur la période 1939-1945 resteront fermées, et tant qu’aucun consensus sur l’action ou l’inaction de Pie XII n’aura été établi, sa béatification restera «inopportune et prématurée».

Le débat n’est pas récent. Il occupe les historiens depuis que le pape Paul VI décida d’ouvrir simultanément la cause en béatification de Jean XXIII et de Pie XII. La décision est prise en 1965, au moment où l’image du pontife se brouille sous les attaques que lui porte la pièce du dramaturge allemand Rolf Hochhuth, Le Vicaire. A la même époque, l’historien israélien Saül Friedlander dénonce les compromissions du pape avec un régime nazi, censé à ses yeux protéger la chrétienté du péril communiste.

Une voie prudente

D’autres auteurs suivront, qui achèveront de renverser les perspectives. Le «grand serviteur de la paix» salué naguère par Golda Meir, la ministre des Affaires étrangères d’Israël, n’est plus, sous leur plume, qu’un diplomate timoré, un politique soucieux de ménager l’Allemagne hitlérienne, non pas complice, mais indifférent à l’extermination des juifs.

Image «réductrice», observe Jean-Dominique Durand, professeur d’histoire contemporaine à l’Université Lyon-3. La plupart des médias, ajoute-t-il, ignorent les travaux récents des historiens qui montrent un pape informé du génocide, torturé par la guerre, loin de la «légende noire» que décrivent ses censeurs. Pie XII, ajoute Durand, ne peut être accusé de sympathie pour Hitler. Ancien nonce à Berlin, il est «l’auteur principal» de l’encyclique de Pie XI, «Mit Brennender Sorge», qui condamna sans ambiguïté l’idéologie nationale-socialiste. Aux protestations publiques, il a préféré «une voie prudente qui incitait les catholiques, les religieux, les nonces à venir en aide aux persécutés». En octobre 1943, couvents et monastères ont ouvert leurs portes à 4 000 juifs qui fuyaient la rafle de Rome.

Après avoir demandé le réexamen du dossier, Benoît XVI semble dorénavant résolu à aller de l’avant. Proclamer un fidèle «vénérable» n’annonce pas une béatification imminente, nuance cependant Durand.

Serait-elle opportune? Ce pape est «très peu politique, conclut Durand: il suit une démarche spirituelle». En Pie XII, il admire l’homme de foi, le théologien. Or, cette vision aussi fait débat. «La personne et le ministère de Pie XII semblent d’une autre époque», écrit dans son éditorial le Père Michel Kubler, rédacteur en chef religieux du quotidien La Croix. De l’évêque de Rome, poursuit-il, «on attend qu’il explique son choix, en disant pourquoi».

© 24heures.ch

 

Mis en ligne le 22 décembre 2009, par M. Macina, sur le site upjf.org