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Politique
Politique moyen-orientale

Connaissez-vous Wadi Abu Jamil ? Par Guy Senbel
25/12/2009

25/12/09

Editorial repris du site Guysen International News


Wadi Abu Jamil, la Vallée de Jamil est un quartier oublié de Beyrouth. Il abritait autrefois le centre de la communauté juive de la capitale libanaise. Huit synagogues, un centre communautaire, une école talmudique, 22 000 juifs. On oublie trop souvent de rappeler que le Liban fut le seul pays arabe à voir sa population juive croitre après la création de l’Etat d’Israël en 1948. Exilés damascènes et bagdadiens, certains choisirent Tel-Aviv, et d’autres Beyrouth, et son quartier juif, Wadi Abu Jamil.

Quelques dizaines de Juifs vivraient encore à Beyrouth. Ils pratiquent les grandes fêtes, dans la plus grande discrétion. A Wadi Abu Jamil, il ne reste qu’une synagogue. Maguen Abraham avait la réputation d’être la plus belle du Moyen-Orient. Joyau culturel et fierté des Libanais de montrer ainsi les richesses d’une société ouverte et tolérante.
 
Quelques semaines avant son assassinat, le Premier ministre, Rafic Hariri, avait rencontré les représentants de la communauté juive de Beyrouth pour leur proposer de rénover la synagogue en échange de la destruction des immeubles communautaires alentours. Dégradés et élevés, leur présence entravait alors l’extension d’un programme immobilier de Solidere, la société en charge de la reconstruction et de la rénovation du centre de Beyrouth. Quatre ans plus tard, le centre communautaire et l’école talmudique furent détruits. Personne n’osait croire encore que l’accord serait respecté. Au mois de novembre 2008, un blog beyrouthin annonçait même l’imminence de la destruction de Maguen Abraham.
 
Au mois d’août dernier, un an après l’échange des corps et des prisonniers entre le Liban et Israël, le Hezbollah annonçait le démarrage des travaux de rénovation de la grande synagogue de Beyrouth, dans d’un communiqué: "Nous respectons la religion juive comme nous respectons le christianisme. Les Juifs ont toujours vécu parmi nous. Nous avons un problème avec l’occupation israélienne". Une aubaine pour l’organisation terroriste chiite de s’affirmer comme antisioniste et non comme antisémite… Pendant la guerre civile libanaise, pour des motifs similaires sans doute, l’OLP avait prétendu préserver le quartier juif de Wadi Abu Jamil. Et certains historiens libanais ont même affirmé que le toit de la synagogue Maguen Abraham aurait été endommagé par des tirs de l’artillerie israélienne…
 
A l’instar des pays d’Europe de l’Est au cours de l’entre-deux-guerres, où certains lieux juifs furent préservés par les autorités, parfois pour se disculper grossièrement d’un antisémitisme criminel, les pays du Moyen-Orient ont également le souci d’intégrer dans leur patrimoine national une mémoire encombrante, mais utile. A Téhéran, à Damas, comme à Beyrouth, des vestiges juifs sont préservés. Quelques centaines de familles juives vivent encore dans ces capitales hostiles à l’Etat juif, témoins d’une tolérance religieuse mystifiée, faire-valoir d’une société multiconfessionnelle, ouverte et tolérante.
 
A Wadi Abu Jamil, malgré l’approbation des autorités libanaises, la rénovation de la synagogue de Beyrouth demeure secrète. "Pas de photos, pas de journalistes…", lancent les gardiens du chantier aux passants qui brandissent leurs appareils. Les clichés coûtent cher. Au mois d’août dernier, une journaliste américaine a été arrêtée par la police. Certes, les constructions des tours du quartier désormais baptisé "Wadi Residence" avancent bien plus vite que les travaux de rénovation de la synagogue, mais l’installation récente d’échafaudages montre que le projet sera mené à terme.
 
La rénovation de Maguen Abraham ne laisse pas les Libanais indifférents. Taboue, imaginée, déformée, l’histoire des Juifs du Liban est révélée, voire réhabilitée. Contraints, pour la plupart, de fuir le Liban pendant la guerre civile, les Libanais expriment souvent le regret de ne plus être en relation avec les Juifs de Beyrouth, ou leur reprochent d’avoir quitté brutalement le pays. Des enquêtes menées récemment par des journalistes libanais expliquent, pour la première fois, que les Juifs ne fuyaient pas le Liban, mais les terroristes de l’OLP. Ils témoignent aussi de leur amour du Liban, de leur désir d’y retourner un jour pour y passer leur retraite, si la situation politique le permet…
 
Pour restaurer Maguen Abraham, le gouvernement libanais a engagé 150 000 dollars, et 200 000 dollars ont été versés par les derniers juifs du Liban, aidés par des communautés en Diaspora.
 
Rafic Hariri n’était pas antisémite, et sans doute pas antisioniste. Dans son esprit, la synagogue de Beyrouth devait redevenir un lieu de culte, et non se transformer en vitrine d’une histoire juive figée. Il faisait partie des rares personnalités avec lesquelles il était possible d’imaginer un dialogue. Ennemi juré des envahisseurs syriens, méfiant et distant à l’égard du Hezbollah allié à Damas, Rafic Hariri en est mort.
 
Saad Hariri a respecté l’engagement pris par son père, honoré sa parole. Honorer sa mémoire est une tâche plus délicate. Sa surprenante visite à Damas, cette semaine, a été longuement commentée par la presse. La responsabilité de la Syrie dans l’assassinat de Rafic Hariri reste une hypothèse forte. Pourtant, les rencontres de Saad Hariri en tête-à-tête avec Bashar El-Assad surprennent, et ses déclarations enthousiastes sur l’établissement de relations stratégiques avec la Syrie sembleraient prématurées. La présence du Hezbollah au gouvernement ne lui laisse sans doute pas toute la liberté d‘action en matière de politique étrangère.
 
Mais celui qui ne manquera pas d’inaugurer, dans quelques mois, la grande synagogue de Beyrouth, a aussi déclaré, au cours de son voyage à Damas, qu’il souhaitait faire "front commun" avec la Syrie contre Israël, signe de l’influence grandissante du parti chiite, malgré son échec aux dernières élections législatives. Chef du gouvernement, Saad Hariri considère sans doute que l’arsenal militaire du Hezbollah constitue un risque, une potentielle menace intérieure, qu’il préfère orienter vers le sud.
 

© Guysen International News

 

[Texte aimablement signalé par R. Lewin.]

 

Mis en ligne le 25 décembre 2009, par M. Macina, sur le site upjf.org