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Christianisme

Le "grand mensonge" catholique de l’assimilation du sort des Palestiniens à celui de Jésus, Macina
26/12/2009

25/12/09 

 

« Comment pouvons-nous goûter la joie de Noël tandis que nous voyons se répéter le drame qui a accompagné la naissance du Christ dans l’histoire ? Le Christ n’avait pas de maison à Bethléem, et beaucoup de nos concitoyens sont sans logis du fait de l’injustice des hommes ».

 

Telle est la phrase atterrante qui figure dans le texte de l’Homélie du patriarche latin de Jérusalem pour la Messe de minuit à Bethléem :

Lue rapidement et superficiellement, sa phraséologie religieuse masquera sans doute à plus d’un fidèle catholique les deux "grands mensonges" qu’elle formule, sans parler de l’incitation anti-israélienne qu’elle véhicule sans avoir l’air d’y toucher.


Premier "grand mensonge" : l’assimilation de la situation des Palestiniens à celle du Christ

Malheureusement, elle a ses lettres de noblesse puisqu’elle a déjà été utilisée par le pape Benoît XVI, au cours de son discours de départ de Terre Sainte, le 13 mai 2009. Le pontife avait alors cédé à ce comparatisme religieux de mauvais goût, dont le moins qu’on puisse en dire est qu’il témoigne d’une ignorance ou d’une indifférence affligeantes de la douloureuse cicatrice mémorielle laissée dans la mémoire juive par l’antijudaïsme multiséculaire de l’Église. Qu’on en juge (1) :

« Avec angoisse, j’ai été le témoin de la situation des réfugiés qui, comme la Sainte Famille, ont été obligés de fuir de leurs maisons… »

N’en déplaise au pape et à la grande masse des fidèles qui l’écoutent, si pénible que soit parfois le sort des Palestiniens, il est exorbitant d’affirmer qu’il constitue une « [répétition du] drame qui a accompagné la naissance du Christ dans l’histoire », comme le fait le Patriarche catholique de Jérusalem. Même par métaphore, si pieuse qu’elle se veuille, les Palestiniens n’ont pas, tant s’en faut, le sort de Jésus. Sur la foi de l’Evangile lui-même, ce dernier fit l’objet d’une tentative d’assassinat de la part du roi Hérode, qui venait d’apprendre de la bouche des Mages qu’il était le "roi des Juifs". La fuite en Egypte de la "Sainte Famille", justement, le sauva, mais causa du même coup la perte de nombreuses vies innocentes. En effet, relate l’Evangile de Matthieu (2, 16), "Hérode […] envoya mettre à mort, dans Bethléem et tout son territoire, tous les enfants de moins de deux ans". A l’évidence, si mensongère et calomniatrice que soit la propagande palestinienne, elle n’a pas encore osé aller jusque-là. Le pape l’a fait, lui.

Encourager la victimisation palestinienne en la légitimant par les Ecritures chrétiennes est indigne.


Deuxième "grand
mensonge"

C’est une désinformation que de comparer les difficultés de logement de Jésus, à Bethléem, à celles des Palestiniens. D’ailleurs, il est ridicule de dire que « le Christ n’avait pas de maison à Bethléem », puisque, aussi bien, sa famille habitait Nazareth. Au témoignage de l’Evangile, Joseph et Marie n’étaient venus à  Bethléem que pour le recensement décrété par César Auguste (Lc 2, 1), et c’est faute de trouver de la place dans une salle d’auberge que Marie dut accoucher dans une étable attenante.

Une fois, de plus, comme au bon vieux temps de l’antijudaïsme chrétien sans complexe, les Juifs – israéliens, cette fois - servent de repoussoir sacralisé à ce prélat palestinien en mal d’effets homilétiques. Pourtant, n’en déplaise à ce prélat qui affirme que « beaucoup de [ses] concitoyens sont sans logis du fait de l’injustice des hommes » (entendez : les Israéliens), cette situation, si pénible qu’elle soit pour ceux qui en sont victimes, n’a aucune adéquation avec celle du « Christ [qui] n’avait pas de maison à Bethléem ».

 

Que conclure ?

On peut absoudre Mgr Twal de sa piètre rhétorique. On peut même, à la rigueur, pardonner son ignorance du sens obvie du Nouveau Testament.

Par contre, il est difficile de ne pas éprouver scandale et inquiétude pour le détournement qu’il en a fait à des fins politiques. Sans parler de l’incitation anti-israélienne qui s’y exprime presque crûment.

Exciter le ressentiment anti-israélien, et souffler sur les braises d’une haine toujours prête à s’enflammer, va au rebours du message chrétien, en général, et de celui de Noël, en particulier.

La (mauvaise) surprise est d’autant plus grande, que le Patriarche avait affirmé aux journalistes, lors de sa conférence de Presse : « Le cadeau de Noël le plus attendu  demeure celui de la paix ».

 

Menahem Macina


© upjf.org

 

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(1) Voir mon article, "Le Pape, les réfugiés et… la Sainte famille : un pacifisme irréaliste aux dépens d’Israël" ; et celui de Laurent Murawiec (z"l), "La Sainte Famille? Vous voulez rire ! C’est à pleurer".

 

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Mis en ligne le 25 décembre 2009, par M. Macina, sur le site upjf.org