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Éditorialistes

La paix se construit, sans qu'Obama s'en mêle, Tom Gross
11/01/2010

10/01/10

 

Cet article, publié début décembre dans le Wall Street Journal, a pour sous-titre: "Une Palestine indépendante est en train de se développer tranquillement, avec l'assistance d'Israël". Il est en contraste radical avec le climat de pessimisme qui découle des fréquents accrochages verbaux entre Netanyahou et Obama, ces derniers mois. J'aimerais partager l'optimisme de Tom Gross, mais je n'y parviens pas, bien que je souhaite ardemment me tromper. Mais tout de même, faire une incursion d'une journée en Cisjordanie, et voir le signe d'une paix prochaine dans le nombre de voitures de luxe, la fréquentation des cinémas et l'achalandage des magasins et marchés, est pour le moins naïf. Enfin, comparer le différend israélo-palestinien en matière de frontières, à celui qui opposa jadis l'Allemagne et la France à propos de l'Alsace-Lorraine, c'est une ineptie indigne d'un journaliste professionnel. A tout le moins, l'histoire contemporaine n'est pas le fort de Tom Gross. (Menahem Macina).


10/01/10

[Merci à Albert Soued, travailleur infatigable pour cette première traduction de ce texte. Il en réalise de nombreuses à longueur d'année.]


The Wall Street Journal en ligne, 2 décembre 2009

Texte original anglais: "Building Peace Without Obama's Interference"


Traduction française : Albert Soued, www.symbole.chez.com pour www.nuitdorient.com revue et corrigée par Menahem Macina pour debriefing.org

 

On ne peut plus écouter la radio, regarder la télévision ou lire un journal sans qu'un expert ou un autre vous assène avec pessimisme que les perspectives de paix entre Israéliens et Palestiniens sont sombres, ou vous décrive les conditions de vie déplorables des Palestiniens. Même les journalistes neutres répètent ce triste récit indéfiniment. J'ai entendu, l'autre soir, le correspondant au Caire de BBC World Service, Mr Christian Fraser, répéter trois fois en 45 minutes: « Peu de choses ont changé sur le terrain pour le peuple palestinien ».

 


Un Palestinien vend des sandwichs durant les festivités de l'Eid al-Adha (Getty Images)

Or, rien n'est plus loin de la vérité. J'ai passé la journée à Naplouse, la plus grande ville de Cisjordanie. La ville grouille d'énergie, de vie et de signes abondants de prospérité. En fait, je n'avais jamais vu cela auparavant, alors que je couvre cette région depuis des années. Comme j'étais assis dans le bureau cossu d'Ahmed Aweidah, le suave banquier éduqué en Angleterre qui dirige le Stock Exchange (Bourse) palestinien, ce dernier m'informe que la Bourse de Naplouse est la seconde plus performante place financière au monde en 2009, après Shanghaï. (Je précise ici que le bureau de Mr Aweidah donne directement sur le palais résidentiel du milliardaire palestinien, Mounib al Masri, l'homme le plus riche de Cisjordanie).

Un peu plus tard, je rencontrai Bashir al Shakah, directeur de l'étincelant nouveau cinéma de la ville, où quatre des tout derniers succès de Hollywood étaient projetés ce jour-là. « La plupart des séances sont pleines longtemps à l'avance », me dit-il fièrement ajoutant qu'il avait déjà organisé un festival du film, depuis juin, mois de l'ouverture de son établissement.

Alors que je déambulais dans le centre ville de Naplouse, je voyais les magasins et les restaurants remplis de monde, et plein de voitures fort chères dans les rues. A vrai dire, il y avait certainement plus de Mercedes et de BMW que dans les rues de Tel Aviv ou de Jérusalem. Mais plus important encore, nous avons roulé de Jérusalem à Naplouse sans rencontrer un seul poste de contrôle ! Le gouvernement de Benjamin Netanyahou les a supprimés, du fait que ces dernières années les services de sécurité israéliens ont été autorisés et ont réussi à restaurer la paix et la sécurité pour les habitants de Cisjordanie, et qu'il a créé les conditions pour qu'un boom économique ait lieu (1)

De même, à Hébron les boutiques et les restaurants étaient pleins, et j'étais vraiment surpris de voir surgir sur les collines environnantes des villas comparables à celles de la Côte d'Azur ou de Bel Air. A Ramallah, la vie est encore meilleure, car là il est pratiquement impossible d'avoir une table dans un bon restaurant. Des immeubles flambant neufs, des banques, des agents de change, des concessionnaires de voitures de luxe, et des clubs de remise en forme sont partout. A Qalqilya, une ville proche de Netanya, réputée naguère pour ses terroristes et ses fabricants de ceintures explosives, la première récolte de fraises vient de se terminer, à temps pour l'expédier en Europe et garnir les tables de Noël. Les fermiers locaux ont été formés par des experts agronomes israéliens, et Israël a fourni tout l'équipement d'irrigation et les pesticides.

Une ville nouvelle est en projet au nord de Ramallah, Rouwabi. Il y a deux semaines, le Fonds National Juif, un organisme philanthropique, a fourni 3000 plants pour regarnir une forêt proche de la ville nouvelle. Les experts israéliens aident aussi les Palestiniens à aménager les parcs et les espaces publics.

On commence seulement à se rendre compte du tournant pris ici. Wafa, l'agence officielle de l'OLP a rapporté la semaine dernière que le 3ème trimestre 2009 a connu un afflux record de touristes, avec 135 939 nuitées dans les 89 hôtels ouverts. La moitié des touristes viennent d'Europe et des Etats-Unis. L'essor économique de la Cisjordanie, en pleine crise mondiale, aura été de 7% en 2009, selon le FMI. Mais, selon le Premier ministre, Salam Fayad, un ancien cadre du FMI et de la Banque mondiale, ce chiffre serait plus près de 11%, et il reconnaît que l'aide d'Israël y est pour beaucoup.

A Gaza aussi, les échoppes et les marchés regorgent de marchandises et de nourriture (2). Mais cela, la BBC ou les journaux tels que Le Monde ou le New York Times ne vous le diront pas. Non, Gaza n'est pas « un camp de concentration » et il n'y a absolument pas de « crise humanitaire », comme ce qu'on connaît au Darfour, et comme la décrit la journaliste britannique Lauren Booth, belle-s?ur de Tony Blair.

En juin, Jackson Diehl, du Washington Post, a raconté comment le président Mahmoud Abbas lui avait confié qu'il avait refusé l'offre de paix d'Ehoud Olmert consistant à créer un Etat palestinien sur 97% de la Cisjordanie (en ajoutant 3% de territoire israélien pour compenser). Abbas aurait dit à Diehl, avec une certaine candeur : « En Cisjordanie la réalité est bonne, le peuple vit une vie normale », propos qu'il ne confie pas à d'autres.

Le responsable de la Bourse de Naplouse, Ahmed Aweidah, va encore plus loin, et m'explique qu'il n'était pas urgent de créer un Etat, l'homme de la rue ayant encore besoin de Tsahal pour le protéger des visées et des tentatives de déstabilisation du Hamas, les policiers formés par Dayton en Jordanie n'étant pas encore assez nombreux, ni suffisamment qualifiés. La vérité est qu'un Etat indépendant est en fait en cours de création avec l'aide d'Israël. Aussi longtemps que les politiciens de l'administration Obama et d'Europe ne s'en mêlent pas indûment, comme ils ont pris l'habitude de le faire en demandant d'accélérer le processus, j'ai confiance que ce qui se passe sur le terrain débouchera sur un succès (3). Les Israéliens et les Palestiniens ne se mettront sans doute pas d'accord sur des frontières satisfaisantes pour les deux parties. Cela ne signifie pas qu'ils ne vivront pas côte à côte en paix. Pendant longtemps les Français et les Allemands n'étaient pas d'accord sur les frontières et sur le sort de l'Alsace-Lorraine. Et partout dans le monde il y a des querelles de frontières, mais les pays coexistent. A condition que les journalistes partisans et les groupes de "droits de l'homme" ne distillent pas leur prose alarmiste à des politiciens prêts à la gober et à prendre de mauvaises décisions, rien n'empêchera les Israéliens et les Palestiniens de coexister en paix.


Tom Gross


© The Wall Street Journal Online

 


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Notes

(1) Avec mes deux compagnons Palestiniens, nous avons rencontré un seul poste frontière à notre retour, aux abords de Jérusalem, mais la préposée en faction nous a seulement fait un geste de la main, de loin.

(2) Les photos prises à Gaza montrent des marchés qui regorgent de marchandises ; elles ont été largement diffusées sur le Net.

(3) En 2000, pour des raisons personnelles, Bill Clinton a essayé de précipiter les choses d'une manière peu réaliste, et le résultat obtenu a éclaté au visage de tous, éloignant tout espoir de paix pour longtemps.

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[Texte aimablement signalé par Bob Sweijd.]

 

Mis en ligne le 9 janvier 2010, par Menahem Macina, sur le site debriefing.org