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Israël (Société - mentalités)
Israël (négation d')

Une peur inavouable : Quand l'antisémitisme sert de masque à l'antisionisme, Hervé Rehby
12/01/2010

 

Un article en tous points remarquable et qui donne à penser. Déjà son titre, qui va à rebours des idées reçues, claque comme une provocation. Selon lui, ce n'est pas l'antisionisme qui sert de masque à l'antisionisme mais l'inverse. « Et si l'antisémitisme, depuis ses origines, n'avait jamais été que la manière de ne pas dire la finalité de la détestation des juifs, c'est-à-dire le refus de toute résurrection nationale d'Israël? » Autant dire qu'il s'agit là d'une révolution copernicienne de la pensée en cette matière. Le mérite de l'auteur est d'avoir découvert et mis au jour un fil rouge qui court dans toute la trame de l'histoire d'Israël. L'auteur n'est pas pour rien spécialiste du midrash. En vertu de l'adage traditionnel selon lequel «il n'y a ni antérieur ni postérieur dans la Torah» (TB. Pesahim, 6 b : אין מוקדם ומאוחר בתורה), il fait fi de la chronologie (par exemple il parle de Sion, à l'époque de Joseph, et donc des siècles avant que David ait pris aux Philistins cette place forte), et nous entraîne dans une relecture éclairante de l'Ecriture pour démontrer, avec une rigueur qui emporte la conviction, que ce n'est pas contre les Juifs en tant qu'adeptes de la foi mosaïque que luttent les nations, mais contre la reconstitution nationale du peuple juif. Comme si, à l'instar de Satan, le Révolté, déchu de sa bienheureuse condition angélique mais dont l'intelligence surnaturelle connaît le dessein divin, auquel il s'oppose depuis sa chute, de placer Israël "à la tête des nations" (cf. 2 S 22, 44), et d'en faire une "lumière pour les Goyim" (Is 42, 6), les nations, pressentant par avance cet événement "s'insurgeaient [?] et conspiraient contre l'Eternel et contre son Oint" (cf. Ps 2, 2).  Un article séminal et qui fera date. A diffuser largement. (Menahem Macina).

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12/01/10

Article paru dans Vision d'Israël de janvier 2010


Il est habituel et entendu, comme parfaitement indiscutable, que l'antisionisme est une autre forme, plus moderne et plus sournoise, du bon vieil antisémitisme. La détestation d'Israël cacherait mal le plus vil des crimes que serait l'antisémitisme. En somme, la haine du juif en tant qu'homme, appartenant au peuple juif, ou revendiquant la pratique ou l'adhésion à la culture ou à la religion juives, serait le summum de la haine gratuite des nations. Et ainsi, l'antisionisme relevant de la détestation des idéaux politiques et nationaux du peuple juif, en tant que collectivité, ne serait que le vernis acceptable de l'indicible et du « politically incorrect » que serait l'antisémitisme. Il est vrai que nombre d'arguments, historiques pour l'essentiel, plaident, en apparence, pour cette manière d'envisager l'équation d'équilibre entre antisémitisme et antisionisme.

Et si c'était tout le contraire ? Et si l'antisémitisme, depuis ses origines, n'avait jamais été que la manière de ne pas dire la finalité de la détestation des juifs, c'est-à-dire le refus de toute résurrection nationale d'Israël, ou plutôt, stricto sensu, de la Judée, souveraine et indépendante, émancipée de toute tutelle étrangère, protectrice ou oppressive. L'antisémitisme aurait ainsi été avoué, théorisé, rationalisé, pour cacher la grande peur, celle de l'Occident chrétien avant tout, de la reconstruction nationale des juifs.

Fidèle à notre volonté de faire bouger les pensées convenues, nous essaierons d'apporter quelques éléments de réflexion utiles à l'exploration de cette piste.

Il y a dans l'antisémitisme quelque chose qui sonne comme la dénégation d'autre chose : l'antisionisme. Ce noyau qui ne dit pas son nom est si bien caché qu'il confère du même coup à l'antisémitisme quelque chose qui frise avec l'irrationnel et la démence.

L'antisémitisme s'articule autour de la détestation, voire de la haine du juif en tant qu'il est juif. Aucune nuance ne vient abolir ce fait : le juif est reconnu comme tel, sans prise en compte de son adhésion ou non à la religion juive, ni considération sur sa marginalité communautaire ou son assimilation, mais seulement catégorisé dans son étiquetage quasi biologique ou patronymique. Quasi seulement, car des Cohen nés de mère non juive ne sont pas juifs, pas plus que le Mr Klein campé par A. Delon dans le film de Losey. Tandis que d'authentiques juifs portent des patronymes non repérables, d'où le préjugé tenace de l'infiltration des juifs dans la société, leur dissolution, leur apparente invisibilité qui ne peut procéder, « bien évidemment », que de leur volonté d'accaparer les rênes du pouvoir et de l'argent, représentation de l'Hydre chère à la rhétorique de l'extrême droite antisémite, et qui alimente commodément « la thèse du complot juif ».

Mais voilà, la très grande majorité des historiens peine à trouver la trace d'un antisémitisme dans l'Antiquité. Pas d'écho d'un « antisémitisme éternel » dans les textes des historiens grecs, notamment chez Hérodote. L'historien juif Jules Isaac écrit : « A l'époque des voyages d'Hérodote, le peuple juif était un petit peuple qui n'attirait nullement les regards? et le préjugé antijuif n'était pas perceptible, pour la bonne raison sans doute qu'il n'existait pas ». Léon Poliakov tout comme J. Isaac soutiennent que l'on ne peut parler d'antisémitisme qu'à partir du 3ème siècle avant JC. Il n'y a guère que les historiens chrétiens, ou de la chrétienté, pour soutenir la thèse de la tout éternité de l'antisémitisme, comme E. Renan ou encore H. Gunkel. Paradoxalement, le monde juif a fini par adopter tardivement cette thèse, comme Théodore Reinach pour des raisons qui touchent à la nature antijuive, c'est-à-dire anti-judaïque au sens religieux du terme, de l'antisémitisme des origines, en citant souvent ce verset des Psaumes qui ne peut engendrer que malaise et questionnement abyssal : « car c'est à cause de Toi qu'on nous tue tous les jours, et qu'on nous traite comme des agneaux d'abattoir » (Ps. 44-23).

On trouve un écho biblique aux allures apparemment antisémites dans la description des juifs, faite par un antisémite archétypal des origines, Haman, de la Méguila d'Esther, encore appelé « TSoReR HaYeHouDYM ? l'oppresseur des juifs » : « il existe un peuple uni et pourtant dispersé, séparé des autres peuples? » (Esther 3, 8). Tout y est : union du peuple, sa solidarité en réseau, dispersé, donc infiltré, une véritable cinquième colonne, mais en même temps séparé des autres, comme connotation de l'impureté conférée par le contact d'avec les autres peuples. Cette dispersion et cette dissémination dicteront la manière de traiter « le problème juif ». Elles exigeront d'extirper, un à un, les membres malfaisants du peuple honni, jusqu'au dernier comme s'y appliqueront artisanalement les espagnols en 1492, et plus systématiquement les nazis lors de la Deuxième Guerre mondiale.

Les raisons avancées par Haman pour convaincre Assuérus d'exterminer les Juifs sont d'ordre narcissique, lorsqu'il dit à son roi : "leurs coutumes diffèrent de celles de tous les peuples et ils n'observent pas les décrets du roi. Il ne vaut rien au roi de les tolérer" (3, 8). L'orgueil du roi est piqué au vif par Haman dénonçant les juifs comme méprisants volontairement l'ego surdimensionné d'un souverain régnant sur 127 provinces. Cette blessure narcissique semble également à l'?uvre et déjà en action chez Haman lui-même, lui le fils d'Hammedata l'Agagite, issu en droite ligne d'Amaleq, et qui sait l'ordre biblique donné aux Enfants d'Israël d'effacer le souvenir d'Amaleq (Dt 25, 19).

Il est intéressant de noter que, dans sa description de l'objet abhorré, Haman ne vise jamais le juif ou les juifs, et n'utilise pas d'argument racial à proprement parler. Il parle de "peuple", d'entité nationale, de "lois différentes", et de non soumission à la loi du roi. Le conflit radical entre Israël et Amaleq ne relève d'ailleurs pas d'un quelconque antisémitisme avant la lettre. La Torah reproche en fait à Amaleq d'avoir voulu défier ce Dieu d'Israël capable d'"extraire son peuple des entrailles d'un autre peuple" ? GoY MiQeReV GoY» (Dt 4, 34). Comment comprendre les motivations de ce peuple cousin d'Israël venu guerroyer pas plus tôt terminée la sortie de la mer Rouge ? La raison qui ne se dit pas tient en quelques mots : Amaleq s'oppose au retour des enfants de Jacob en terre de Canaan. Il se souvient que son ancêtre Esaü était parti s'exiler vers les plaines d'Edom en Transjordanie actuelle lorsque son frère Jacob-Israël, était revenu s'installer "dans le pays des pérégrinations de son père" (Gn 37, 1). Autrement dit, l'antisémitisme convenu d'Amaleq ressemble, à s'y méprendre, à de l'antisionisme. Si la dimension antisémite reste indiscutable dans le récit de la Meguila, la dimension antisioniste est encore sous-jacente sans en dire mot. Certes, Haman ne s'oppose pas à un quelconque retour des juifs à Sion, mais il sait que les Juifs de la Perse d'alors sont ceux d'entre les exilés de Babylone restés sur place par choix, économique ou culturel, tandis que les idéalistes retrouvaient le chemin du retour vers Sion sous la houlette d'Ezra, de Néhémie et de Zeroubavel. La nostalgie de la patrie perdue était trop forte, comme l'exprimait le psalmiste : "Sur les bords des fleuves de Babylone, nous étions assis et nous pleurions, en nous souvenant de Sion [?]Si je t'oublie, Jérusalem, que ma droite m'oublie" (Ps 137, 1).

Haman sait aussi que la diasporisation des juifs n'empêche pas une résistance farouche à l'assimilation, visible dans le refus de Mordekhay de s'agenouiller devant lui, résistance essentiellement motivée par la certitude d'une future restauration nationale, de la Géoula. En fait, seul Mordekhay refusait de se prosterner. Mais Haman, lui, voit plus loin, et veut prévenir un mal beaucoup plus grave à ses yeux que le simple refus d'obtempérer d'un homme seul : "Il jugea indigne de lui de porter la main sur le seul Mordekhay, car on lui apprit à quel peuple il appartenait [?] Haman résolut donc d'anéantir tous les Juifs du royaume d'Assuérus" (Est 3, 6). Il a compris qu'un seul résistant peut 'recontaminer' ses frères oublieux et assimilés. Un Herzl tout seul a entrainé plus de 6 millions de Juifs à revenir vivre en Eretz Israel. Haman avait compris. L'antisémitisme lui permettrait de cacher la profonde et radicale raison de son aversion (lire à-vers Sion) pour les Juifs : faire barrage à leur renaissance nationale, qui sonnerait comme une défaite de la toute-puissante et hégémonique Perse.

Beaucoup d'exégètes juifs (et aussi chrétiens, d'ailleurs) font remonter les origines de l'antisémitisme à l'exil d'Egypte. Là encore, il est difficile de trouver dans la narration biblique les éléments indiciels d'un antisémitisme quelconque pour justifier des mauvais traitements et de l'esclavage, ou, a fortiori, d'un antijudaïsme dont il ne saurait s'agir, en l'absence précisément de? judaïsme, dont la naissance attendra la sortie d'Egypte et le don de la Torah au Sinaï. Les hébreux, en l'occurrence, la famille de Jacob au complet sont "descendus en Egypte" pour échapper à la famine sévissant en Canaan, et pour y trouver leur frère Joseph, rescapé de leur forfaiture et devenu vice-pharaon. A la mort de Joseph, un nouveau Pharaon, qui ne "souvenait pas de Joseph" (Ex 1, 8), ou peut-être [issu] d'une nouvelle dynastie, fait le constat de la fécondité et de la puissance du peuple d'Israël. Il déclare à ses sujets : "Allons, soyons avisés contre lui, de peur qu'il ne s'accroisse, et que, s'il survenait une guerre, il ne s'allie à nos ennemis, pour nous combattre et sortir (monter) ensuite du pays" (Ex 1, 10). S'ensuivent travail forcé et corvées, impôts et taxations, brimades, contraintes physiques et harcèlement moral. Au nom de quoi ? De la race ? Non. Du faciès ? Non. De la rivalité ? Peut-être. En tout cas pas de la religion. Un antisémitisme gratuit et irrationnel ? Nous n'adhérons pas à cette idée. La réponse est suggérée par la Torah. Il suffisait de la (re)lire. Il suffisait d'y penser, aussi. Les décrets du Pharaon sont entièrement liés à la peur, à la terreur de voir le peuple des enfants d'Israël partir d'Egypte pour (re)constituer son identité et son espace national, en direction d'une Sion qui n'est pas encore nommée, mais qui est bien réelle. C'est la certitude de commentateurs plutôt rationalistes comme Rachbam, petit-fils de Rachi, qui commente le passage "sortir (monter) ensuite du pays", en disant : « sortir du pays, pour revenir dans le pays de leurs pères ? c'est-à-dire, Eretz Kenaan ». Ce Pharaon veut donc faire barrage à l'aspiration « sioniste » des enfants d'Israël avant même qu'elle ne se soit exprimée. Quoique? A leur mort, Jacob comme Joseph firent jurer à leurs enfants de les enterrer en terre de Canaan : "Ne m'enterre pas en Egypte", demanda Jacob à son fils (Gn 47, 29). Pour Joseph, son désir d'être inhumé en terre d'Israël dut coïncider avec l'arrachement d'Egypte et la construction nationale d'Israël : "Joseph dit: Je vais mourir ! Mais Dieu se souviendra de vous, et il vous fera monter de ce pays dans le pays qu'il a juré de donner à Abraham, à Isaac et à Jacob [...] et vous ferez monter mes ossements d'ici." (Gn 50, 24-25). Le Pharaon pensa alors : si un seul des chefs juifs montre le chemin du retour vers Sion, c'est que la pulsion de vie, de reconstitution et de renaissance chez ses descendants restera vivace et incorruptible pour l'éternité. Le raisonnement du Pharaon "qui ne connaissait pas Joseph", c'est-à-dire qui ne savait pas Joseph resté Juif et profondément attaché à la construction d'Israël, ce raisonnement s'est avéré juste et vrai jusqu'à nos jours.

L'antisémitisme chrétien est un modèle du genre. Il est d'abord la mise en scène de la victoire des « chrétiens clairvoyants » sur la synagogue aux « yeux bandés ». Tout le monde connaît « l'enseignement du mépris », expression forgée par Jules Isaac, laquelle a largement contribué à la dépréciation lente et irrémédiable de l'image du Juif « dans l'erreur, dans la nuit de son hérésie, déicide », et j'en passe. L'antisémitisme chrétien s'est nourri de ces calomnies et s'est développé sur ces bases, au point de barrer l'accès à des éléments constitutifs, plus ténus mais non moins réels. Dès son avènement, le christianisme est avant tout anti-judaïque, en ce sens qu'il s'oppose à l'ancienne Loi dont il procède pourtant, sous l'impulsion de l'apôtre Paul, même si son fondateur Jésus, affirme de pas vouloir rompre avec la Loi : "je ne suis pas venu pour abolir la Torah ou les Prophètes" (Mt 5, 17). A la conversion de Constantin au christianisme, en 337, le Judaïsme devient paria, et le Christianisme, servi par la couronne de Rome devenue chrétienne, se fait persécuteur des Juifs. Depuis ce temps-là, où Rome remplace définitivement Jérusalem, où la terre d'Israël devient « terra sanguilenta » ? terre ensanglantée, en référence à la crucifixion de Jésus, où les juifs sont dispersés toujours plus loin de leur patrie perdue, les Juifs seront victimes d'un antisémitisme exclusif, car nul ne songe alors sérieusement que des juifs errants, condamnés à la condition d'apatrides pour « l'expiation de leurs péchés », reviendront un jour en terre de Judée ou d'Israël. Plus l'antisémitisme chrétien se fait virulent, plus il dit en tentant de le refouler, sa peur viscérale que les vaincus d'hier reviennent sur la scène de l'histoire, non seulement pour dénoncer l'imposture messianique chrétienne, mais encore pour restaurer Jérusalem et la terre d'Israël, longtemps conservée dans une stérilité coupable, en un mot, la peur et même l'épouvante d'un retour du peuple juif à Sion. A posteriori, on comprend que le Vatican n'ait reconnu « politiquement » l'Etat d'Israël qu'en 1994, 46 ans après sa création ! Car son problème n'est pas la détestation du juif en tant que juif, ou en tant que sous-race, mais bien la résurrection nationale, et l'aspiration des Juifs à la restauration sioniste. On peut alors avoir un autre point de vue sur l'énigmatique pape Pie XII, en passe d'être canonisé. Si son rôle dans la lutte contre l'antisémitisme nazi reste sujet à controverse, son attitude vis-à-vis d'Israël est sans ambiguïté. Alors que l'Etat d'Israël naît dans la douleur et dans la guerre, le pape Pie XII déclare en 1948, « ne pas reconnaître Israël », et demande que Jérusalem soit? internationalisée, déjà ! Voilà une position singulière, peu commentée, où il apparaît que tout l'antisémitisme chrétien pourrait bien n'avoir été qu'un masque pour cacher un antisionisme avant la lettre, et faute de victoire éternelle, c'est-à-dire que Rome triomphe et que Jérusalem reste en ruine et [n'appartienne] à personne, le christianisme se contenterait d'une neutralisation de l'identité sioniste, sous le symbole d'une Jérusalem [appartenant] à tout le monde.

Au tournant de la révolution française, Le comte de Clermont-Tonnerre lutte pour l'octroi aux juifs d'une citoyenneté française pleine et entière, et fait cette déclaration stupéfiante : « Il faut tout refuser aux juifs comme nation, et tout accorder aux juifs comme individus ». Il est habituel d'entendre le mot nation comme signifiant communauté. Mais, tout de même, l'inconscient de Clermont-Tonnerre a dû jouer très fort en lui, en ce jour de 1789 ; sa culture chrétienne avait dû lui inspirer cette phrase qui sonne comme un aveu terrible. Le Juif n'est acceptable qu'en tant qu'individu, ce qui condamne, ipso facto, toute manifestation d'antisémitisme. Mais le juif n'est plus tolérable s'il se solidarise en nation, s'il se regroupe en communauté organisée. Il y a, dans cette déclaration, quelque chose de radical qui dit le refus du monde chrétien, ou du monde laïc d'extraction chrétienne, de la reconstitution d'Israël en tant que nation, dont l'embryon certes n'a que l'épaisseur d'une communauté, mais dont le développement a les dimensions d'un Etat souverain et indépendant. D'ailleurs, à l'instar de l'abbé Grégoire, nombreux sont les hommes d'Eglise à s'être engagés contre l'antisémitisme ou pour l'émancipation citoyenne des Juifs. Bien peu, en revanche, se sont battus ou se battent pour la reconnaissance des droits nationaux d'Israël, ou contre l'antisionisme.

L'Antiquité ne connaissait pas d'exemple de peuple vaincu ou vassal ayant survécu en espérant recouvrer son identité politique, son indépendance nationale, surtout s'il avait été déplacé, déporté ou disséminé. Le scandale du Sionisme, tient donc à ce qu'il vient dire à la face du monde : les vainqueurs, les oppresseurs, les puissances hégémoniques sont vouées à la décadence, comme le dit Jérémie : "Que le fort ne s'enorgueillisse pas de sa force" (Jr 9, 22), ou encore Ovadia : "Quand tu placerais ton nid aussi haut que celui de l'aigle, quand tu le placerais parmi les étoiles, je t'en précipiterai, dit l'Éternel" (Ab 1, 4) ; et le peuple d'Israël, bien que petit, dispersé et avili, reconstituera son intégrité nationale dans ses frontières d'origine. Le Sionisme n'est donc pas seulement un nationalisme parmi tant d'autres, mais bien le modèle de tous les laissés pour compte, les oubliés de l'histoire, ceux que la douleur de la perte a rendu amnésiques du lieu même de leur origine.

C'est en cela que le Sionisme est scandaleux et odieux aux yeux des Nations.


Hervé Rehby *

 

* Le Dr Hervé Rehby est cardiologue des Hôpitaux, talmudiste, spécialiste du Midrash, président du Centre culturel Yavné de Bordeaux, Bordeaux-Tel Aviv.


[Article aimablement signalé par Maryline Medioni.]


Mis en ligne le 12 janvier 2010, par Menahem Macina, sur le site debriefing.org