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Éditorialistes

Comment résister à la déculturation nationale, Ivan Rioufol
15/01/2010

Bloc-Notes dans LeFigaro.fr


Se résoudre à brader la culture française? Et quoi encore   ! Parce que la Conférence des grandes écoles s'oppose aux quotas de boursiers, elle a eu droit au sermon de Richard Descoings, le directeur de Sciences Po Paris, qui y a vu "la réaction antisociale dans toute sa franchise". Le chœur des indignés a embrayé, entraînant même Nicolas Sarkozy, lundi, à juger ces réticences "invraisemblables". Mais ce n'est pas la mixité sociale qui inquiète les dirigeants de ces établissements: ils disent craindre un abaissement du niveau des concours au nom d'une discrimination positive n'osant dire son nom. Ils ont raison.

Le débat sur l'identité nationale révèle, chez de nombreux hauts responsables, leur indifférence face au processus de déculturation qui gagne ce vieux pays littéraire. Éric Besson lui-même, ministre de l'Immigration, voit la France comme "un agrégat de peuples" ( bloc-notes de vendredi dernier). Alors que la réponse attendue devrait être, au minimum minimorum, de réhabiliter les grands auteurs, le pouvoir enchaîne des décisions allégeant les exigences en lettres et en langues, pour les élèves comme pour les enseignants, au nom d'un utilitarisme ringardisant le passé.

Ce ne sont plus seulement les concours des agents administratifs qui sont revus à la baisse, délaissant la connaissance de La Princesse de Clèves au profit d'une évaluation personnelle et technique. Après la suppression de l'histoire en terminale S, Luc Chatel, ministre de l'Éducation, s'est dit favorable à une réflexion sur les concours dans le supérieur, afin d'éviter "une certaine discrimination" ? : un discours en direction des nouvelles minorités ethniques qui, s'estimant défavorisées dans l'accès à la culture générale, réclament l'abaissement des sélections. Qui freinera cette régression ? ?

À ce train, la diversité censée enrichir la France pourrait bien l'appauvrir rapidement. Aussi, tout en intimant aux grandes écoles de s'ouvrir davantage, le chef de l'État a eu raison de refuser néanmoins "l'instauration autoritaire de quotas de boursiers à l'entrée de chaque institution". Mais alors, comment faire pour relancer la nécessaire démocratisation des formations d'excellence, sans alléger leur contenu? "C'est un problème de vivier en amont", répond Pierre Tapie, le président des grandes écoles. Oui, c'est tout l'édifice qui est à revoir.


Collège unique, "bête immonde"

Entendre l'Unef, première organisation étudiante, surenchérir en voulant faire "voler en éclats" la "sacro-sainte sélection à l'entrée des grandes écoles" vient rappeler les désastres éducatifs déjà produits par l'idéologie égalitariste de la table rase. Il y a belle lurette que l'école publique, qui sut hisser Philippe Séguin (le "Petit Chose") à qui la République a rendu hommage lundi lors d'une messe aux Invalides, n'est plus l'ascenseur social. Des décennies de pédagogisme pédant et de différentialisme déroutant l'ont vidée de sa substance. Le bilan   : 150   000 collégiens sortent chaque année sans savoir lire ni compter, tandis que des professeurs ou des élèves peuvent se faire poignarder en cour s et, parfois, y trouver la mort, comme Hakim, vendredi, au Kremlin-Bicêtre.

Pourquoi le gouvernement n'écoute-t-il pas ces enseignants qui dénoncent les ravages du collège unique? L'un d'eux, Michel Segal, professeur de mathématiques, le qualifie de "bête immonde de notre société contemporaine". Il l'accuse, dans une conférence récente, d'interdire à Mamadou, Madjid, Fatoumata et Mohammed, ses élèves d'un quartier de la périphérie parisienne, de s'émanciper de leur condition et de s'épanouir dans leurs talents. Jamais, dit ce témoin, les meilleurs éléments ne sauront s'extraire d'une classe tirée par le bas par les plus faibles. Là commence la déculturation, que les aides, tutorats, propédeutiques ne suffisent pas à conjurer.


La tentation de l'abandon

Cette indifférence des autorités va à l'encontre des aspirations de ceux qui ont le sentiment, conforté par la tournure idéologique prise récemment par le débat après les déclarations de Besson, d'être moins considérés que les communautés issues de l'immigration extra-européenne. Une des associations qui disent les représenter, Les Indivisibles, s'apprête ainsi à lancer un appel, soutenu par cent personnalités, visant à "reconfigurer l'ensemble de la République" afin qu'elle devienne "multiculturelle et post-raciale". Ces groupes de pression, qui font généralement valoir le caractère minoritaire du port de la burqa pour s'opposer à une loi l'interdisant, n'ont pas ce scrupule du nombre pour prétendre imposer leurs vues à un gouvernement où elles ont des entrées.

Or, la droite s'égarerait à flatter les exigences de ces structures "antiracistes" qui considèrent en fait la culture des "souchiens" comme un archaïsme et qui sont relayées par une intelligentsia prête à tous les abandons. Le philosophe Robert Redeker en connaît le poids ? : il vit depuis plus de trois ans sous haute protection policière et dans l'indifférence des défenseurs de la laïcité, pour avoir critiqué l'islam. Les référendums en Martinique et en Guyane, dont les belles âmes prédisaient qu'ils allaient, dimanche, accélérer le désir d'émancipation des populations, ont réaffirmé majoritairement (à 78,9   % et à 69,8   %) leur attachement à cette France critiquée par les minorités. Cette semaine, un sondage a dévoilé que 67   % des Français n'ont confiance ni en la gauche ni en la droite. Il serait temps d'arrêter de jouer avec la n ation, son peuple, ses citoyens.

 

Ivan Rioufol

 


© LeFigaro.fr

 

Mis en ligne le 15 janvier 2010, par Menahem Macina, sur le site debriefing.org