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Christianisme

Le Grand Rabbin de Rome, avant la visite de Benoît XVI à la Grande Synagogue: «Dieu seul peut juger Pie XII»
15/01/2010

Sur le site de L'Express.fr, 14 janvier 2010


ROME - Seul Dieu peut juger si Pie XII a suffisamment oeuvré pour sauver la vie de juifs menacés par le régime nazi et s'il s'est exprimé avec suffisamment de force contre la Shoah, déclare le grand rabbin de Rome, qui accueillera dimanche Benoît XVI dans sa synagogue.


Dans une interview à Reuters, Riccardo di Segni dit en outre espérer que la visite du pape, la première de son pontificat dans une synagogue romaine, contribuera à la lutte contre l'intolérance, en général, et celle envers les juifs, en particulier.

Pie XII, qui fait l'objet d'une procédure de béatification de la part du Vatican, est vivement critiqué par certains historiens et des organisations juives qui lui reprochent un silence complice pendant la Seconde Guerre mondiale face à l'Holocauste.

Interrogé sur les déclarations du cardinal Walter Kasper, chargé à la Curie des relations entre l'Eglise catholique et les juifs, qui a estimé mercredi que Pie XII avait «  suivi la volonté de Dieu telle qu'il la comprenait », le grand rabbin répond :

«  Je pense qu'il est moralement dangereux et, religieusement parlant, dangereux de dire que la volonté de Dieu est de rester silencieux et de ne pas dire un mot de la souffrance des gens ».

«  Donc, faisons preuve de prudence et ne cherchons pas à absoudre les gens. Je pense que seul Dieu peut comprendre si les gens ont agi avec justesse conformément à sa volonté, pas nous », dit encore le rabbin, qui s'exprimait en anglais.

Benoît XVI, qui a fait avancer le mois dernier le procès en canonisation de Pie XII en proclamant ses " vertus héroïques", doit effectuer dimanche sa première visite à la synagogue de Rome, sur les bords du Tibre.

Avant lui, parmi ses prédécesseurs, seul Jean-Paul II s'était rendu sur place, en 1986. Le pape actuel a déjà visité des synagogues dans son pays natal, l'Allemagne, et aux Etats-Unis.


UN AN APRÈS WILLIAMSON

Cette visite interviendra un an après la suspension par Benoît XVI de l'excommunication d'un évêque intégriste, Mgr Richard Williamson, qui a nié la Shoah. Cette mesure avait provoqué l'indignation de la communauté juive mondiale et de vives critiques de la part de plusieurs dirigeants politiques.

En mai dernier, lors d'un pèlerinage en Terre sainte, le pape avait clairement pris ses distances avec les négationnistes.

Mais cet épisode avait mis à mal le dialogue engagé entre les deux religions, et le dossier Pie XII est venu alourdir le climat entre juifs et catholiques.

Pour le grand rabbin de Rome, cependant, il est essentiel de poursuivre le dialogue en dépit des tensions.

«  La sensibilité des survivants (de l'Holocauste) dans le monde est semblable à celle qui existe ici (dans la communauté juive de Rome). Nous sommes donc conscients des difficultés du moment », déclare Riccardo di Segni.

«  L'interprétation du passé est l'une des principales difficultés rencontrées dans le dialogue entre juifs et catholiques », reconnaît-il.

Mais il insiste sur le fait que les deux parties doivent aller de l'avant pour empêcher la montée de l'intolérance qui risque de conduire à l'affrontement et à la violence dans un monde bouleversé par les attentats de 2001 aux Etats-Unis.

«  En tant que juifs, nous voulons dire de façon très ferme que toute haine de la différence, et pas seulement de celle des juifs, doit être bannie et condamnée », ajoute le rabbin.

«  L'antisémitisme n'est qu'une partie d'un très grand problème d'intolérance, de manque de dignité envers l'être humain. Tel doit être le message (de la visite papale). Nous ne sommes qu'un chapitre, un chapitre dramatique, mais seulement un chapitre d'un problème beaucoup large du monde contemporain ».

 

© L'Express.fr

 

[Article aimablement signalé par R. Lewin.]

 

Mis en ligne le 15 janvier 2010, par Menahem Macina, sur le site debriefing.org