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Le prix mortel de l'aspiration israélienne à la paix, Evelyn Gordon
25/01/2010

[Voici un long texte qui se lit sans effort, tant il est limpide, même s'il n'est pas forcément de nature à nous remonter complètement le moral. Toutefois, le sombre constat que formule l'auteure ne l'empêche pas de terminer sur une note d'optimisme conditionnel, si toutefois sa proposition de sortie de crise est partagée par le gouvernement israélien actuel. Sans la compétence et le généreux labeur de notre fidèle traducteur, Jean Szlamowicz - que je remercie ici chaudement pour ce travail indispensable -, celles et ceux d'entre vous qui ne maîtrisent pas l'anglais n'auraient pu prendre connaissance de cette remarquable analyse. (Menahem Macina).]

 

25/01/10

Commentary Magazine


Texte original anglais : "The Deadly Price of Pursuing Peace", janvier 2010

Traduction française : Jean Szlamowicz , pour debriefing.org


Note à l'attention des responsables de sites et blogs : Cet article peut être librement reproduit, sous réserve de la mention - explicite et obligatoire – de son lien (http://www.rivtsion.org/f/index.php?sujet_id=1991) et de celle du site debriefing.org
 

 

Au début du processus d'Oslo en 1993, ceux qui y participaient faisaient miroiter comme bénéfice potentiel une amélioration significative de la position internationale d'Israël. Et au tout début, il a semblé que cette promesse serait tenue : 37 pays établirent ou reprirent leurs relations diplomatiques avec Israël, un traité de paix fut signé avec la Jordanie et cinq états arabes entamèrent également des relations à un niveau plus modeste.

Mais 16 ans plus tard, il est clair que cet élan initial était illusoire. Non seulement, la position d'Israël ne s'est pas améliorée depuis la célèbre poignée de main entre Yitzhak Rabin et Yaser Arafat sur la pelouse de la Maison Blanche en septembre 1993, mais elle a atteint un étiage historique. En Occident, les tentatives de boycott et de désinvestissement d'Israël trouvent un écho grandissant parmi des groupes aussi variés que les universitaires britanniques, les syndicalistes canadiens, le fonds d'investissement gouvernemental norvégien ou les églises américaines. Les opérations militaires israéliennes ne cessent de provoquer les protestations les plus véhémentes dans le monde entier et s'accompagnent régulièrement de slogans antisémites. Les références à Israël comme nation d'apartheid sont devenues tellement banales qu'un ancien président des Etats-Unis passant pour le plus proche allié d'Israël a pu utiliser ce terme sans aucun scrupule dans son ouvrage de 2007 sur Israël. Les sondages européens font régulièrement d'Israël la plus grande menace pour la paix mondiale, plus grande encore que des phares de démocratie et de sérénité que sont l'Iran et la Corée du Nord. Les tribunaux de plusieurs pays européens, notamment la Belgique, la Grande-Bretagne et l'Espagne ont sérieusement envisagé de condamner des dirigeants israéliens pour crimes de guerre (même si aucun n'est allé aussi loin pour l'instant). Et en octobre dernier, quand le Conseil des Droits de l'Homme de l'ONU a massivement adopté les conclusions d'un rapport préconisant de traîner Israël devant un tribunal international pour crimes de guerre, un certain nombre de soi-disant alliés d'Israël ont refusé de voter contre cette décision. L'université et les médias trouvent désormais légitime de remettre en question l'existence même d'Israël — ce qu'on n'a jamais osé faire pour aucun autre Etat au monde. On n'aurait jamais imaginé que tout cela fût possible au temps où Israël refusait de seulement parler à l'OLP, n'avait jamais cédé un centimètre carré de territoire et n'avait évacué aucune implantation.

Pourtant, aujourd'hui, il est commun, y compris en Israël, de continuer à dire que la position internationale israélienne est fonction de sa bonne volonté à faire avancer « le processus de paix ». Une question s'impose : si c'était le cas, pourquoi la réputation d'Israël est-elle tombée si bas malgré toutes les concessions pour la paix depuis 1993 ?

La réponse n'a rien d'agréable à entendre mais l'évidence a quelque chose d'inéluctable : la position d'Israël s'est dégradée aussi radicalement non pas malgré Oslo mais à cause d'Oslo. C'est précisément la volonté d'Israël de faire des concessions pour la paix qui lui a conféré le statut de quasi-paria qui est le sien aujourd'hui.

Nous allons détailler les raisons de cet état de fait.

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Tout d'abord, Oslo a forcé Israël à mettre de côté ses revendications concernant la Cisjordanie et Gaza, ce que tous les gouvernements israéliens et les dirigeants juifs avaient plus ou moins souligné avant 1993. Il y avait toujours eu un débat très vif pour savoir si Israël devait conserver ces territoires mais, dans la pratique, tous les camps politiques étaient d'accord jusqu'en 1993 pour dire qu'Israël pouvait légitimement revendiquer ces territoires.

 

L'argument en faveur du droit à la souveraineté d'Israël sur ces territoires est simple : ces territoires constituent le lieu historique de l'origine juive, le cœur du royaume juif biblique. Ils ont été explicitement définis comme devant constituer le futur état juif par le mandat de la Société des Nations de 1922 qui n'a jamais été annulé juridiquement. Bien que le plan de partition de l'ONU de 1947 allouât une partie de ce territoire à un pays arabe putatif — plan rejeté par les Palestiniens et les autres Arabes par principe — il s'agissait uniquement d'une « recommandation non contraignante » selon les propres termes de l'ONU. Une fois rejetée par les Arabes, cette mesure n'a pas eu davantage de validité que n'importe quel contrat non signé. De plus aucun état souverain n'a remplacé le mandat sur ce territoire. La Jordanie et l'Egypte ont certes conquis, respectivement, la Cisjordanie et Gaza en 1948 mais aucune de ces conquêtes n'a été reconnue par la communauté internationale. Juridiquement, donc, ces territoires demeuraient sans appartenance étatique et leur propriété restait disputée. Au fil du temps, les Palestiniens ont simplement remplacé l'Egypte et la Jordanie comme concurrents à la souveraineté sur ces territoires.

Rien de tout cela n'implique une cession de ces territoires par Israël. Les nations renoncent souvent à des territoires afin de mettre en place des traités de paix mais ce n'est que si les revendications israéliennes sont considérées comme justes que l'acte de les céder peut être considéré comme « une concession douloureuse » susceptible de s'attirer la sympathie et l'admiration du monde. Si Israël n'a aucun droit sur ces territoires, il est considéré comme un voleur et personne n'admire un voleur qui rend une partie et une partie seulement de ce qu'il a volé ou qui propose de rendre le reste seulement si on lui octroie une compensation. Un tel comportement serait universellement condamné. De fait, si Israël n'a aucun droit sur cette terre, même un retrait ayant pour condition la fin du terrorisme palestinien est difficile à justifier. Si les territoires sont à Israël, Israël peut évidemment refuser de les céder à moins d'obtenir la paix en échange. Mais si les territoires appartiennent aux Palestiniens, alors on ne manquera pas de faire remarquer qu'ils doivent être rendus sans conditions.

Cette dernière idée est justement celle dont le discours israélien a fait la promotion depuis 1993. Peut-être parce que les Israéliens en faveur d'Oslo considéraient les droits d'Israël comme allant de soi et n'ayant pas besoin d'être soulignés, ils se sont inévitablement attachés à défendre une idée neuve et discutable sur le plan intérieur : que les Palestiniens aussi avaient des droits politiques légitimes sur la Cisjordanie et Gaza. C'est ainsi que Ehud Barak, alors président du parti travailliste et futur premier ministre, a pu dire dans une interview télévisée en 1998 que s'il avait été palestinien, il aurait rejoint une organisation terroriste au motif qu'il y a « une légitimité du combat palestinien ». De telles positions n'avaient pas cours chez dirigeants Israéliens avant 1993. La gauche modérée avait toujours été en faveur de cession de territoires, mais cette cession était envisagée comme une nécessité historique afin d'obtenir la paix et non comme un droit arabe.

De plus, à mesure que les concessions israéliennes accentuaient le terrorisme palestinien, ce qui les rendait de plus en plus difficilement justifiables fût-ce au nom de la paix, même des dirigeants de centre-droit se sont mis à les justifier de plus en plus dans le cadre de la rhétorique des droits palestiniens. Le premier ministre Ariel Sharon avait par exemple stupéfié la Knesset en 2003 quand il avait déclaré « je crois que l'idée qu'il est possible de garder 3,5 millions de Palestiniens dans une situation d'occupation — car il s'agit bel et bien d'occupation, même si le mot vous dérange — est néfaste pour Israël et pour les Palestiniens. »

Mais si les Palestiniens ont des « droits légitimes » sur cette terre, c'est donc qu'elle doit leur appartenir. Et si Israël est un occupant, alors il n'a aucun droit sur ces terres. Voilà ce que les mots « droits » et « occupation » présupposent.

Cette question a été exacerbée par le retrait unilatéral de Gaza auquel a procédé Sharon en 2005 et l'élection d'Ehud Olmert l'année d'après sur un programme envisageant le retrait unilatéral de la majeure partie de la Cisjordanie. Jusqu'à présent, Israël avait considéré qu'évacuer des gens de leurs maisons était une tragédie personnelle et nationale qui méritait sympathie et compensation. Mais voilà que deux premiers ministres successifs considéraient que, pour des raisons démographiques et sécuritaires, évacuer des implantations devenait un intérêt israélien. Un certain nombre d'Israéliens adoptèrent même ce point de vue lors d'une élection nationale. Mais si c'est le cas, démanteler les implantations ne peut pas constituer une « douloureuse concession » pour laquelle on devrait récompenser Israël.

Certes, une bonne partie de la communauté internationale était prête à accepter les revendications palestiniennes même avant Oslo. Mais comme le dit le célèbre adage de Hillel datant de 2000 ans : « si je ne suis pas pour moi, qui sera pour moi ? ». Oslo représente le moment où Israël a cessé de défendre ses revendications sur la Cisjordanie et Gaza et a au contraire de plus en plus reconnu la revendication palestinienne. Et une fois que le narratif israélien a disparu et n'a plus été une version alternative, la perception d'Israël comme voleur, avec toutes les conséquences que cela implique, a trouvé à se développer de manière inédite.

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Cela seul suffirait à démolir l'image d'Israël. Mais le problème s'est aggravé à cause d'une conséquence imprévue des accords d'Oslo : le retrait territorial n'a pas seulement provoqué la mort d'un nombre accru d'Israéliens mais aussi de Palestiniens. Rien ne peut abîmer l'image d'un pays comme les images de victimes en sang qui passent en boucle sur les écrans de télévision et d'ordinateurs. C'est bien pour cela que les manifestations contre la seconde guerre du Liban en 2006 et l'opération plomb durci à Gaza en janvier 2009 (deux interventions qui avaient pour but de mettre fin aux attaques terroristes provenant de territoires dont Israël s'était totalement retiré) ont attiré bien plus de monde que les protestations contre l'occupation de la Cisjordanie. La mort cause davantage d'émotion que l'occupation.

Les statistiques réunies par B'Tselem (le centre d'information israélien pour les droits de l'homme dans les territoires occupés) montrent clairement une corrélation entre les retraits et l'augmentation du nombre de victimes palestiniennes. Durant la première intifada, de 1987 à 1993, quand Israël contrôlait les territoires, les forces israéliennes ont causé la mort de 1070 Palestiniens. C'est à peine plus que les 1015 victimes en une seule année (septembre 2001 à août 2002) lors de la seconde Intifada, qui éclata après que Tsahal avait déjà évacué la majeure partie de Gaza et de la Cisjordanie, et 30% de moins que les 3713 victimes de la seconde Intifada qui a duré six ans. De fait, c'est nettement moins que le nombre de tués durant les trois semaines de janvier 2009 à Gaza, le nombre de victimes (estimation la plus basse provenant de Tsahal) étant de 1166 morts.

De plus, le nombre de victimes palestiniennes en Cisjordanie, qui avait connu un pic à 667 lors de la 2e année de l'Intifada (septembre 2001 à août 2002), est nettement descendu après qu'Israël a réoccupé ce territoire lors de l'opération Bouclier Défensif d'avril 2002. ce chiffre avait baissé des deux tiers durant la 3e année où il se montait à 242, puis à 199 dans la 4e année et 105 à 125 pendant trois ans puis enfin 52 durant la 8e année (qui prit fin en septembre 2008 ; B'Tselem n'a pas encore publié les chiffres de 2009). A contrario, à Gaza, le nombre de victimes palestiniennes est monté en flèche après le retrait d'Israël en août 2005. En fait, la 8e année de la seconde Intifada, qui a connu le plus faible nombre de victimes en Cisjordanie depuis le début des combats, a connu le plus grand nombre de victime à Gaza, soit 532, presque 100 de plus que la pire année antérieure. Et l'année suivante fut encore pire : le nombre de Gazaouis tués en janvier 2009 par la seule guerre, c'est-à-dire au moins 1166 représente sept fois plus de morts que le pire mois qu'ait connu Gaza.

Ces données vont à l'encontre de l'intuition générale qui voudrait que la présence continue de Tsahal soit synonyme d'engagements mortels. En fait, quand Tsahal contrôle une région donnée, l'armée est en général capable d'arrêter les individus suspects de terrorisme plutôt que de devoir les tuer dans un engagement. Israël ne peut pas arrêter de suspects dans les territoires qu'il a cédés à l'autorité palestinienne. Le seul moyen restant pour contrer le terrorisme en provenance des territoires dont Israël s'est retiré est de nature militaire et consiste à tuer les terroristes. Et toute action militaire implique des dommages civils collatéraux. C'est le cas même quand l'action militaire prend la forme la plus pacifique envers les civils avec des frappes aériennes ciblées. Haaretz rapporte qu'en 2007, Tsahal avait réduit les dommages civils collatéraux à   moins de 3% des pertes dans les frappes aériennes israéliennes. Mais l'imperfection humaine étant ce qu'elle est, des erreurs se produisent toujours : les défauts du renseignement peuvent laisser l'armée dans l'ignorance de présences civiles ou des erreurs de pilotage peuvent faire dévier la trajectoire d'une bombe vers sa cible. Et les opérations terrestres sont encore plus meurtrières : si la guerre de Gaza a constitué le pire mois de l'Intifada pour les Gazans, c'était également le cas pour les résidents de Cisjordanie lors de l'incursion d'Israël en avril 2002, avec des pertes palestiniennes 50% plus élevées qu'au cours du pire deuxième mois.

De toute évidence, les retraits n'auraient pas occasionné d'action militaire, avec les pertes palestiniennes qui en ont résulté, si les Palestiniens n'avaient pas transformé chaque pouce de terrain reçu en base de lancement pour des attaques terroristes. C'est pourtant ce qu'ils ont fait. Dans les deux ans et demi qui ont suivi les accords d'Oslo, les terroristes palestiniens ont tué plus d'Israéliens que dans les 10 années précédentes. Sur la période 2000-20004, selon le service de sécurité du Shin Bet, les victimes israéliennes liées au terrorisme ont été plus importantes que durant les 53 années précédentes ! Et entre le désengagement de Gaza courant 2005 et la guerre de 2009, les terroristes gazans ont lancé près de 6000 roquettes et obus de mortier contre le sud d'Israël, selon le centre d'information de renseignement contre le terrorisme. A chaque retrait, Israël s'est donc retrouvé face à un dilemme crucial : rester les bras croisés pendant que ses citoyens subissaient les attaques terroristes, ou bien décider d'actions militaires qui, inévitablement, provoquaient des pertes parmi les Palestiniens et les hauts cris de la communauté internationale.

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Les retraits israéliens ont également eu d'autres conséquences imprévues : ils ont vivifié les extrémistes anti-israéliens qui malgré leur nombre réduit ont fait beaucoup pour développer le climat anti-israélien actuel en poussant au boycott et au désinvestissement.

Parce que des groupes comme les syndicats et les Eglises jouissent d'une image positive en Occident, constater qu'un grand nombre de ces groupes prennent pour cible un pays particulier et appellent au boycott ou au désinvestissement, conduit en général les gens qui ne connaissent pas les faits à considérer que le pays en question est forcément coupable et mérite une telle punition. Ce que ces gens ne voient pas, c'est que ces appels aux sanctions ne reflètent généralement pas ce que pense la base, mais sont le résultat de l'action d'une poignée de militants, ce qui permet à quelques extrémistes de s'approprier les débats. Quand le NATFHE, le syndicat des universitaires britanniques, a approuvé un boycott universitaire d'Israël lors de son congrès annuel de mai 2006, par exemple, le New York Times a fait remarquer que seuls 198 de ses 67 000 membres avaient réellement voté et que, sur ce chiffre, seule une faible majorité (106) a voté en faveur du boycott. Théoriquement, ces délégués représentent leurs membres. En pratique, fort peu de membres choisissent leurs représentants en fonction de leur position sur le conflit israélo-palestinien, car la plupart ont d'autres soucis plus proches d'eux.

 

Si les tentatives de boycott sont généralement considérées comme des répliques à de prétendus « crimes de guerre » israéliens, non seulement ces boycotts ont précédé les grandes opérations militaires de 2006 et 2009, mais ils ont souvent été mis en place durant des périodes où Israël était en train d'accélérer ses processus de retrait. Après le retrait total de toutes les implantations et de tous les soldats de Gaza en août 2005, par exemple, Ehud Olmert s'est présenté pour être élu premier ministre sur un programme prévoyant un retrait similaire de Cisjordanie. Les sondages le donnaient gagnant facile de l'élection de mars 2006, ce qui a été le cas. On aurait pu penser, au moins jusqu'à ce qu'éclate la guerre du Liban en juillet 2006, que les tenants du boycott se seraient reposés sur leurs lauriers. Au lieu de cela, cette période a été celle d'une activité inédite visant à propager l'idée du boycott, en particulier avec un article intitulé « Boycott Israël » dans le prestigieux magazine publié par le Forum Economique International de Davos, un grand reportage dans le Guardian au titre évocateur de « Israel and Apartheid: A Special Report », l'adoption d'un boycott commercial par la cellule de l'Ontario du syndicat des fonctionnaires canadiens, et le boycott universitaire britannique.

Ce comportement qui paraît aller contre la dynamique politique a une explication simple : pour les extrémistes anti-israéliens, la recherche de plus en plus frénétique de la paix par Israël n'a pas provoqué d'admiration mais a plutôt réveillé les instincts de prédateurs sur la piste du sang. Ces 16 dernières années, alors que les positions palestiniennes sont restées inchangées, Israël a abandonné toutes ses exigences sine qua non qui constituaient pourtant un consensus avant Oslo, en particulier le fait de ne pas négocier avec les organisations terroristes, le refus d'un Etat palestinien, le refus des concessions sur Jérusalem, le refus de négocier ou de se retirer tant que les attaques continueraient, et le rejet des retraits unilatéraux. Pire encore, ces concessions ont été faites en échange de contreparties de moins en moins significatives et souvent sous la pression. Cela n'a fait que convaincre les extrémistes (et les Palestiniens) qu'on pouvait forcer Israël à abandonner ses exigences, pour peu qu'on fasse monter suffisamment la pression. Par exemple, le boycott venant de l'Ontario était explicitement conçu pour se poursuivre jusqu'à ce qu'Israël accorde un droit au retour palestinien, commettant ainsi un suicide démographique.

Les concessions d'Israël sur ses positions antérieures ont commencé à la minute où Oslo a été signé. La dernière cession de territoire par Israël (le retour du Sinaï dans le giron de l'Egypte en 1982, et par la suite la cession du village de Taba sept ans plus tard) faisait suite à un cessez-le feu de neuf années et à la signature d'un véritable traité de paix disposant de garanties internationales, notamment l'action d'une force internationale dans le Sinaï. On voit le contraste avec la cession par Israël en 1994 de Gaza et Jéricho à l'autorité palestinienne qui suit une période de six ans de violence terroriste (première Intifada) et un simple arrangement intérimaire sans garanties internationales. Les Palestiniens se sont empressés de ne pas respecter les conditions de la partie de l'accord d'Oslo qui les concernait, à savoir mettre fin au terrorisme : comme nous l'avons noté plus haut, dans les 30 mois qui ont suivi Oslo, les terroristes palestiniens ont tué plus d'Israéliens que durant les 10 années précédentes. Et pourtant, en 1995-97, en partie sous la pression américaine, Israël a encore transféré six villes de Cisjordanie à l'Autorité Palestinienne en échange de… rien du tout, hormis une nouvelle promesse palestinienne de mettre fin à la violence. En juillet 2000, Israël a proposé aux Palestiniens 88% des territoires, y compris la majeure partie de Jérusalem-est. La réponse palestinienne fut de déclencher la seconde Intifada. Malgré une aussi flagrante violation des accords d'Oslo, Israël a capitulé face à la pression américaine et internationale et a proposé encore plus de territoires, y compris le Mont du Temple, à Washington en décembre 2000, et lors des pourparlers de Taba en janvier 2001.

Durant les quatre années qui ont suivi, le terrorisme palestinien a coûté la vie à plus d'Israéliens que durant toute la période de 1947 à 2000. Et pourtant, les pressions internationales pour obtenir de nouvelles concessions israéliennes ont continué et Israël a de nouveau capitulé : en août 2005, Israël a évacué 25 implantations (ce qui auparavant avait pour condition un traité de paix en bonne et due forme) sans aucune contrepartie. Et quand les Palestiniens ont réagi à l'évacuation de Gaza par des tirs de roquettes quotidiens et offert une victoire écrasante au Hamas, Israël a récidivé en élisant Olmert, qui faisait campagne sur la promesse d'une évacuation unilatérale de la majeure partie de la Cisjordanie et l'éviction de 80 000 personnes des implantations (10 fois le nombre des Israéliens évacués de Gaza). Au bout du compte, quand les tirs de barrages de Gaza et de la seconde guerre du Liban ont eu raison de ce plan, la réaction d'Olmert a été de mitiger à nouveau les solutions proposées par Israël. Il a proposé un retrait à 94% de Cisjordanie, des échanges territoriaux pour compenser le reliquat, un contrôle musulman international sur les lieux saints de Jérusalem et l'implantation de plusieurs milliers de réfugiés palestiniens en Israël.

Ces concessions sans cesse grandissantes et sans aucune contrepartie montrent la virulence du désir de paix des Israéliens. Mais, pour leurs ennemis, cela témoigne clairement d'une forme de panique, ce que n'ont pas manqué de souligner certaines déclarations comme celle de Olmert disant à l'ONG Israël Policy Forum, en 2005, qu'Israël « a désespérément besoin de paix » parce que « nous sommes fatigués d'être courageux, nous sommes fatigués de gagner, nous sommes fatigués de vaincre nos ennemis ». Encore plus choquante fut sa déclaration, parue dans Haaretz en novembre 2007, et dans laquelle il affirmait : « si la solution à deux Etats s'effondre, c'est la fin de l'Etat d'Israël ». Si les Israéliens croient, à tort, que la survie de leur pays dépend de la conclusion d'un accord, alors ils sont effectivement vulnérables, parce qu'ils peuvent être amenés, par la pression, à toutes les concessions, y compris celles qui menacent sa survie. Seize ans de concessions sans contreparties ont montré aux extrémistes anti-israéliens qu'Israël est bel et bien vulnérable face à ce genre de pressions. C'est donc la poursuite même de la paix par Israël qui pousse ses ennemis à aller toujours plus loin pour l'exterminer.

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Malgré sa frénésie, cette recherche désespérée de la paix n'a pas davantage réussi à rehausser la cote d'Israël aux yeux de l'opinion, car chaque nouvelle initiative a soulevé des espoirs de paix alors que la paix était fondamentalement hors de portée. Et il est conforme à la nature humaine de ressentir davantage d'agressivité après un espoir déçu, ce qui n'eût été le cas s'il n'y avait pas eu d'espoir du tout. Et à chaque fois que les négociations aboutissaient à une impasse, c'est Israël, et non le camp palestinien, qui revenait à la charge avec une nouvelle offre encore plus généreuse, ce qui a donné le sentiment que les deux camps recherchaient la paix mais que tout dépendait de la bonne volonté d'Israël à donner davantage. Dans ces conditions, s'il n'y a pas la paix, la conclusion automatique est qu'Israël en est responsable.

En réalité, il est devenu évident, dès la signature des accords d'Oslo, que la paix ne pouvait être obtenue dès lors que les premières concessions territoriales d'Israël ont produit une telle flambée de violence terroriste. Que cela provienne de la mauvaise volonté de Yasser Arafat à mettre fin au terrorisme ou de son incompétence importe peu : si céder des territoires en échange de la paix génère la guerre, on peut difficilement penser qu'en cédant davantage de terres, comme l'exigeait Oslo, on obtiendra autre chose que la guerre.

Et cette dynamique n'a pas été modifiée quand Mahmoud Abbas a remplacé Arafat en 2004. Même l'année où Abbas était le seul à contrôler l'Autorité Palestinienne, avant le triomphe du Hamas aux élections palestiniennes de 2006, le terrorisme continuait à plein régime. Selon le Centre d'Information sur le Renseignement et le Terrorisme, les Palestiniens ont tué 54 Israéliens et en ont blessé 484, cette année-là (2005), tandis que les attaques sans victimes se comptaient par milliers, dont 1059 tirs de roquettes et d'obus de mortier tirés vers Israël depuis Gaza. Les attaques de roquettes sont particulièrement significatives puisque Tsahal ayant quitté Gaza en août 2005, cela signifie qu'Abbas ne peut accuser les forces israéliennes d'avoir gêné ses efforts. Pourtant, il n'a jamais ordonné à ses forces de cesser les attaques et, même, il a affirmé explicitement et de manière répétée qu'il ne le demanderait jamais. En fait, il ne s'est attaqué au Hamas qu'en 2007, après que la prise de contrôle de Gaza lui ait fait comprendre que le Hamas menaçait son propre pouvoir. Il a d'ailleurs plusieurs fois proposé que la fin de cette lutte contre le Hamas fasse partie d'une réconciliation — jusqu'à présent rejetée par le Hamas. Là encore, cela ne fait aucune différence qu'il ait été réticent à agir ou réellement impuissant : Israël ne peut pas céder des territoires si ces territoires deviennent la base d'attaques terroristes.

Cependant, tout aussi important est le fait que les positions palestiniennes dans la négociation empêchent radicalement le moindre accord. S'il était initialement pensable d'imaginer que leurs positions s'assoupliraient un jour ou l'autre, on sait maintenant, après plus de 15 ans d'immobilisme total, qu'il n'en est rien. Aucun gouvernement israélien ne pourrait, par exemple, signer un traité affirmant qu'il n'y a aucun lien entre Israël et le Mont du Temple, le site le plus sacré du judaïsme où les Juifs prient trois fois par jour depuis des millénaires. L'accepter serait un suicide culturel et spirituel. Mais le pire est la condition du « droit au retour » en Israël de 4,7 millions de descendants de réfugiés palestiniens (selon des chiffres de l'ONU très certainement gonflés). Si l'on ajoute à cela le million et demi d'Arabes qui sont citoyens israéliens, ces réfugiés seraient plus nombreux que les 5,6 millions de Juifs et pourraient tout simplement éliminer l'Etat hébreu par simple vote. Le suicide ne serait plus alors culturel ou spirituel, mais physique. Comment peut-on sérieusement envisager que l'on puisse négocier la paix avec un partenaire qui fixe comme prix à payer que vous soyez rayé de la carte ?

Au lieu de dire clairement que la paix est et sera toujours impossible tant que les Palestiniens ne mettent pas fin au terrorisme et n'arrêtent pas de demander comme condition d'un traité que l'Etat d'hébreu cesse d'exister, les Premiers ministres israéliens n'ont fait que répéter à leurs concitoyens et au monde entier qu'un accord était possible. Cela a commencé avec Yitzhak Rabin qui au lieu de reconnaître que la montée de la violence montrait l'échec d'Oslo s'est mis à entonner un mantra jurant de combattre le terrorisme comme si il n'y avait pas justement des négociations pour cela et à mener les négociations comme s'il n'y avait pas de terrorisme. Les implications de cette attitude étaient claires : le terrorisme n'est pas un obstacle insurmontable et la paix est toujours possible.

Lors de son premier mandat comme Premier ministre, Benjamin Netanyahu a poursuivi dans la voie de l'illusion : non seulement il a fait campagne en 1996 avec, pour slogan, « la paix et le sécurité », impliquant que la paix était bel et bien possible, mais il a continué de négocier avec Arafat et de céder des territoires. Rien de plus raisonnable dans le cadre d'un processus de paix viable, mais cela n'a aucun sens si la paix n'est pas réellement pensable et que les concessions territoriales ne produisent que davantage de terrorisme. Pour ceux qui regardaient les choses de loin, la conclusion inévitable est que la paix était possible, mais que le manque d'entrain visible de Netanyahu pour négocier et faire des concessions a été le véritable obstacle.

De la même manière, quand les Palestiniens ont répondu à l'offre du Premier ministre Ehud Barak, en juillet 2000, par une seconde Intifada, Barak n'a pas estimé que la paix était impossible : il est allé à Washington et à Taba et a proposé encore davantage de concessions. Une fois encore, l'implication était que la paix n'était possible que s'il donnait assez et que si l'on n'arrivait pas à la paix, c'est parce qu'Israël n'offrait pas assez. Et même quand Abbas n'a pas répondu à l‘offre généreuse d'Olmert, en septembre 2008 (Abbas est resté muet pendant neuf mois, longtemps après qu'Olmert eut quitté son poste, et pour dire finalement au Washington Post que l'offre n'était pas acceptable), Olmert a pu dire à Haaretz en septembre 2009 que cet échec n'était pas la faute d'Abbas, et qu'il restait toujours un partenaire valable. Et aujourd'hui, avec un second mandat de Premier ministre, Netanyahu continue de faire comme si la paix était à portée de main.

Les dirigeants américains et européens sont également coupables de cet optimisme pacifique, alors même qu'ils sont conscients de la réalité (ce qui explique que les dirigeants européens soient moins hostiles envers Israël que leurs électeurs). Mais après tout, ils ne peuvent pas être plus royalistes que le roi. Tant qu'Israël fera croire à la fiction de la paix, les dirigeants des autres pays du monde ne peuvent faire autrement. On entend donc claironner partout que la paix est pour demain, si bien que la déception qui suit systématiquement ne fait que générer frustration et colère. Pire encore : même les efforts d'Israël pour la paix (c'est-à-dire son refus d'accepter qu'elle est impossible, l'habitude de répondre à chaque camouflet par une offre encore plus généreuse) font croire au monde entier que cette spirale de la déception lui est entièrement imputable.

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Inverser l'image internationale catastrophique qui est celle d'Israël depuis 1993 sera, au mieux, difficile. Mais cela sera carrément impossible si Israël et ses alliés ne comprennent pas que cette recherche désespérée de la paix n'est pas la solution mais le problème. Ce n'est qu'à partir de ce moment-là qu'Israël et ses alliés pourront mettre fin au comportement autodestructeur des seize dernières années et commencer à remonter la pente.

Tout d'abord, Israël et ses alliés doivent réaffirmer, en toute occasion, le droit d'Israël sur les territoires. Si beaucoup de gens se sont habitués à ce qu'Israël nie son propre droit à sa terre, les Israéliens de tous bords ont été scandalisés par le discours du Caire du président Barack Obama, dans lequel il affirmait que la seule justification de l'existence d'un Etat juif était la Shoah, jetant aux oubliettes de la mémoire les droits historiques des Juifs sur leur terre. Cette prise de position d'Obama a peut-être involontairement donné l'impulsion à la relance d'une affirmation des droits des Juifs, qui fait l'objet d'un large consensus. Par exemple, le 17 juillet dernier, la star des chroniqueurs du quotidien très à gauche, Haaretz, Yoel Marcus, a pu écrire que « le mépris d'Obama pour notre lien historique avec la terre d'Israël était extrêmement perturbant ». Il a ensuite conclu en affirmant : « en tant que dirigeant qui aspire à résoudre les problèmes du monde par le dialogue, nous attendons d'Obama qu'il vienne en Israël et déclare ici courageusement, à la face du monde, que notre lien avec cette terre a commencé longtemps avant le conflit israélo-arabe et avant la Shoah, et qu'il y a 4000 ans, des Juifs vivaient déjà ici, à l'endroit où il [Obama] se tient ». Si même un partisan pur et dur d'Oslo comme Marcus peut être motivé à réaffirmer la revendication d'Israël sur le pays, alors, on peut espérer que de tels sentiments retrouvent leur place au sein de tout le spectre politique israélien.

En second lieu, Israël ne doit plus céder le moindre territoire tant que les Palestiniens n'auront pas prouvé qu'ils sont capables d'empêcher que de tels territoires ne deviennent des bases d'attaques terroristes contre Israël. Et si les tirs de roquettes provenant de Gaza reprennent, Israël devra envisager de réoccuper Gaza, si c'est la seule alternative à des guerres sporadiques qui causeront inévitablement beaucoup de pertes palestiniennes. Pour l'instant, une telle stratégie ne suscite guère d'attrait en Israël, mais cela pourrait changer si des tirs de roquettes reprenaient de manière massive, de la même façon que la réticence initiale des Israéliens à retourner en Cisjordanie a été balayée par l'escalade du terrorisme en provenance de ce territoire, au début de la décennie. Un retour à Gaza provoquerait sans doute des réactions scandalisées à l'étranger, tout comme ce fut le cas pour l'opération "Bouclier défensif", en 2002, quand les troupes israéliennes sont revenues dans les villes de Cisjordanie à la suite d'une vague d'attentats-suicide mortels. Pourtant, ces critiques se sont tues assez rapidement, et aujourd'hui Israël n'entend guère de plaintes à propos du contrôle presque total de Tsahal sur la Cisjordanie. Parallèlement, chaque jour apporte son lot de récriminations, de la part de dirigeants internationaux et de militants des droits de l'homme, à propos de Gaza, qui a pourtant été évacuée, et l'on ne parle pas que des opérations militaires, mais du blocus - qui n'est qu'une mesure défensive pour compenser l'absence de troupes sur place. Il semble raisonnable de penser que la réoccupation de Gaza suivrait un schéma similaire : d'abord, une réaction scandalisée, suivie d'un silence forcé à mesure que le nombre de victimes diminuerait et que le niveau de vie à Gaza s'améliorerait grâce à la fin du blocus, à la reprise des relations commerciales avec Israël et aux possibilités d'emploi.

Troisièmement, Israël et ses alliés doivent commencer à dire la vérité concernant l'impossibilité d'aboutir à la paix aujourd'hui, et les raisons de cette impasse. C'est là la tâche la plus difficile pour ceux qui veulent que la « culture du processus de paix » change. Cela ne concerne pas que l'arène internationale mais l'opinion publique israélienne. La plupart des Israéliens savent bien que la paix n'est pas possible aujourd'hui et ils savent pourquoi mais ils se sentent obligés de faire comme si tout cela n'était pas vrai. Pourtant, le fait que ce soit Netanyahu qui soit à la barre représente une occasion unique parce que, contrairement à la plupart des politiques israéliens, il excelle à se faire le porte-parole des grandes mises au point nationales. Son discours à l'université de Bar-Ilan University en juin 2009 (où il développa sa conception du processus de paix) et son discours à l'assemblée générale des Nations Unies en octobre ont vraiment parlé au cœur des Israéliens. Netanyahu est capable d'expliquer, d'une manière que les Israéliens peuvent comprendre, pourquoi le discours national sur la paix doit changer. Le même principe s'applique à l'opinion internationale : en 2006, durant la deuxième guerre du Liban, alors que Netanyahu n'était même pas membre du gouvernement, il restait l'une des personnalités israéliennes les plus recherchées par les médias internationaux. Nous sommes à un moment de l'histoire où quelqu'un doit enfin commencer à dire la vérité et où le Premier ministre est le plus qualifié pour le faire.

Enfin, Israël doit cesser de manifester des sentiments de panique, tant par ses paroles que par ses actes, car cela ne fait que renforcer la détermination de ses ennemis. Non seulement Israël a survécu durant 61 ans malgré l'absence de paix, mais il s'est développé d'une manière incroyable. Sa population s'est multipliée par sept ; le revenu par habitant par neuf ; une démocratie forte s'est maintenue dans une région où les régimes démocratiques n'existent pas. Il n'y a pas de raison que ce pays ne continue pas à se développer en l'absence de paix.

Mais cela à moins que ses propres erreurs ne le détruisent. A l'heure actuelle, c'est bien ce qui se passe : le statut de paria qui est celui d'Israël crée un plus grand danger pour sa survie à long terme que n'importe quelle menace militaire existante. Mais précisément parce que ce statut de paria est en grande partie dû à ses propres actes, Israël est en mesure d'inverser la tendance. Ce processus doit commencer par reconnaître où gît le véritable problème.

 

Evelyn Gordon *

 

© Commentary Magazine

 

* E. Gordon est journaliste et vit en Israël.

 

Mis en ligne le 25 janvier 2010, par Menahem Macina, sur le site debriefing.org