Debriefing.org
Google
Administration
Accueil
Tous les articles
Imprimer
Envoyer
S’inscrire
Nous contacter

Informations, documents, analysesDebriefing.org
Israël (Société - mentalités)

« Israël est un pays raciste », Ruth Eglash et Amir Mizroch
27/01/2010

[Rassurez-vous, ce n'est pas un article antisémite, pas même un article post-sioniste. C'est le coup de colère de la ministre israélienne de l'Intégration. Un électro-choc, et un remède au béni-oui-ouisme de celles et ceux pour qui, en Israël, « tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil ». Ni "gan eden", ni "gehenon", mais il vaut mieux que les candidats à l'aliyah le sachent, au "qasheh lihiot yehudi" (Il est dur d'être juif), il convient, si l'on ne veut pas faire de la propagande, d'ajouter à l'intention des candidats à l'Aliyah : "qashe lih'iot betor yehudi ba'aretz" (il est dur de vivre en tant que juif en Israël). Faute d'avoir été prévenus et de s'être préparés à affronter cette dure réalité, les olim (immigrants) d'aujourd'hui seront les yordim (émigrants) de demain. (Menahem Macina).]

 

26/01/2010

Article repris du Jerusalem Post en français.

 

Sofa Landver n'a pas la colère facile mais lorsqu'elle décide de frapper un grand coup, elle le fait avec fracas. Assez des préjugés contre certaines catégories de nouveaux immigrants. Celle qui a quitté l'Union soviétique en 1979 s'est donné comme difficile tâche de casser les idées reçues des Sabras (les Israéliens de souche). Dont une en particulier : l'immigration fait grimper la courbe du crime et de l'alcoolisme juvénile. Pourquoi cette colère soudaine ? La faute à une récente étude (voir encadré) : des Israéliens devaient désigner les secteurs de la population qu'ils aimeraient avoir comme voisin. Le résultat est révélateur : en première position les Sabras, puis par ordre décroissant, les nouveaux immigrants américains et français.

Les Ethiopiens et les Russes sont respectivement derniers et avant-derniers. Même résultat lorsqu'on leur demande quels camarades de classe, ils aimeraient que leurs enfants fréquentent dans la cour de l'école. Et toujours cette même pyramide des choix à la question du mariage. Des préjugés honteux pour la ministre de l'Intégration : "Nous sommes racistes. Israël est un pays raciste. Je sais ce que les nouveaux immigrants ont fait pour le pays, ces 20 dernières années. Notre nation ne sait pas comment recevoir ses olim", s'insurge-t-elle avant la prochaine Conférence sur l'immigration et l'intégration qui aura prochainement lieu à Ashdod.

La question centrale qui sera posée fait complètement écho au ras-le-bol de Landver : "La société israélienne est-elle raciste ?" La conférence s'intéressera également à la crise de l'immigration chez les jeunes Juifs de la diaspora ou encore aux données économiques de l'intégration.


Tout est difficile : logement, emploi, conversion, etc.

Sofa Landver présente déjà une réponse : "Les Israéliens de souche pensent que si leurs parents et leurs grands-parents ont souffert à leur arrivée en Israël, il n'est pas question que les nouveaux immigrants aient la vie facile. Mais pourquoi penser comme cela ? Pourquoi les olim devraient-ils supporter ce poids ? Notre société doit changer." Sofa Landver se fait le porte-parole des plaintes de ces nouveaux Israéliens : le système est contre eux ; ils ne pourront jamais s'intégrer totalement ; chaque journée est ponctuée par des démarches lourdes et épuisantes : trouver un logement, un emploi, réaliser sa conversion ou simplement se faire enregistrer auprès des services de l'assurance maladie. Autant de tâches qui s'apparentent à un parcours du combattant.

La question de la conversion lui tient particulièrement à cœur car pour la ministre de l'Intégration, le cadre rigide donne aux immigrants russes l'impression d'être isolés dans leur nouvel Etat. Landver rappelle la position de son chef de parti, Avigdor Lieberman : si dans les quinze mois qui suivront l'établissement de la coalition, une solution n'est pas trouvée pour la question des mariages civils, Israël Beiteinou quittera le gouvernement. Le temps presse : "Nous envisageons de mettre notre menace à exécution", explique-t-elle tout en précisant que l'application d'une loi sur les unions civiles pourrait se faire graduellement.

Dès sa prise de fonction, Sofa Landver a donné la couleur : la ministre n'a pas l'intention de faire de la figuration. Elle évoque le problème épineux de la reconversion professionnelle des nouveaux immigrants. "4 500 formations professionnelles ont été supprimées, laissant des centaines d'olim sans perspective d'entrée sur le marché israélien." La faute, selon Landver, aux larges coupures budgétaires décidées par Binyamin Netanyahou : "Nous avions un budget garanti de 1,5 milliard de shekels. Israël Beiteinou a accepté les premières coupures budgétaires. Mais ensuite, nos ressources ont été amputées de 4 %, soit environ 170 millions de shekels. Cela a créé une crise à l'intérieur de la coalition et finalement les coupures ont été réduites et les formations professionnelles restaurées."

Près de 400 millions de shekels se traduisent dans des aides aux loyers pour les nouveaux immigrants qui souffrent de difficultés financières. Pour Sofa Landver, l'Etat ne se trompe pas de diagnostic, il se trompe de remède : "C'est du gaspillage. Le gouvernement devrait plutôt construire des logements publics." Selon la ministre de l'Intégration, les statistiques nationales indiquent que seul un quart des immigrants dans le besoin ou âgés sont logés dans des habitations publiques. Une situation que Landver décrit comme "catastrophique" : "Nous avons conduit une étude qui prouve que le nombre de personnes âgées sans perspective de logement est très élevé. On les compte par dizaines de milliers. Ils finissent leur vie sous le seuil de pauvreté", déplore-t-elle.

Le gouvernement n'a pas construit de logements publics depuis 25 ans. Et les bâtiments existants doivent être rénovés. Par ailleurs, les critères d'obtention sont très stricts et dans de nombreux cas, ils ne sont destinés qu'aux familles nombreuses. La plupart des familles qui ne comptent qu'un ou deux enfants sont exclues. Landver ne peut pas y faire grand-chose. Mais elle reste en liaison constante avec le ministre du Logement, Ariel Attias, qui fait également l'objet de pression de la part de son parti Shas pour faire baisser les prix des loyers. Seule option laissée à Landver : la périphérie de Haïfa, Afoula, Dimona ou Sderot : "Mais les appartements sont des taudis. Les conditions de vie y sont catastrophiques. Nous avons commencé une campagne. En seulement un mois, nous avons recueilli 12 000 demandes de logements et nous n'avons que 500 appartements disponibles."


"Faites des enfants, sinon aucune aide"

Les chiffres parlent d'eux-mêmes et permettent de mesurer la détresse des nouveaux immigrants. Le nombre grimpe encore lorsqu'on s'intéresse aux foyers modestes qui vivent en Israël depuis plus dix ans et ne sont donc plus éligibles pour recevoir les aides du ministère de l'Intégration. Leur seul interlocuteur : le ministère du Logement dont les critères de sélection des dossiers sont encore plus stricts : "Pour la plupart de ces gens-là, il n'y a pas de futur en Israël. Le gouvernement ne s'intéresse à vous que si vous avez un certain nombre d'enfants. Or, la plupart des familles d'immigrants sont plutôt réduites", explique Landver.

Autre difficulté mise en évidence par la ministre de l'Intégration : les écoles d'hébreu (oulpanim). Beaucoup d'entre elles sont en train de fermer et le sort de nombreuses autres demeure incertain. Comme toujours, le nœud du problème combine argent et politique. Landver dénonce l'inertie du ministère de l'Education qui préfère dédier ses fonds à d'autres secteurs.

La "dame-intégration" du gouvernement Netanyahou ne pouvait achever son coup de colère sans évoquer le cauchemar kafkaïen de l'administration israélienne. Or, pour Sofa Landver, Israël n'a pas le choix. Si le pays veut attirer la diaspora, il doit proposer un "service cinq étoiles".

 

Ruth Eglash et Amir Mizroch


© Jerusalem Post en français

 

Mis en ligne le 26 janvier 2010, par Menahem Macina, sur le site debriefing.org