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Accro à... son téléprompteur – Qui ça ? Barack Obama, Carol E. Lee
27/01/2010

[Sensibilisé par Guy Millière, j'ai fait récemment allusion à cette béquille électronique, en note d'un de ses articles que je viens de reprendre sur mon site [*]. L'article qui suit [**] est d' avril 2009, et il m'avait complètement échappé. Je suis heureux de le mettre en ligne aujourd'hui grâce à C. Lebouc qui me l'a signalé sur Facebook. (Menahem Macina).]

[*] " La différence entre Obama et un train qui déraille", [**] Sur le site Courrier International, 16 avril 2009.


Barack Obama est manifestement incapable de prendre la parole sans avoir son texte sous les yeux. La magie opérée par cet orateur hors pair est-elle menacée par l'omniprésence de cette béquille trop voyante ?


Le président Barack Obama ne se déplace jamais sans son téléprompteur. De la taille d'un livre, les deux panneaux de verre sur lesquels défilent les discours du chef de l'Etat le suivent partout où il va. Installés au bout d'une fine perche, ils flanquent son pupitre dès qu'il prononce une allocution dans les imposants salons de la Maison-Blanche. Ils étaient aussi là, sur le carreau d'une usine de l'Indiana, lorsqu'il a présenté son plan de relance économique, ou dans la rotonde du Capitole lorsqu'il a rendu hommage à Abraham Lincoln.

Cet usage du téléprompteur est surprenant, non seulement parce que Barack Obama a une réputation d'excellent orateur, mais aussi parce qu'il est le premier président à l'utiliser de façon aussi systématique, pour toutes sortes d'interventions.

L'été dernier, après plusieurs problèmes techniques et des discours présidentiels frisant la médiocrité, certaines rumeurs affirmaient qu'Obama profitait de ses vacances à Hawaii pour se sevrer de cette béquille. Manifestement, il n'y est pas parvenu.

Cette présence du téléprompteur complique singulièrement la tâche des équipes de télévision et des photographes, qui cherchent à éviter le panneau de verre pour cadrer le visage du président au moment où il annonce la nomination d'un nouveau membre du gouvernement, ou un programme en faveur du logement. Ajoutons que cet élégant dispositif de pointe tranche étrangement avec les portes en acajou et les lustres en cristal de Bohème de l'East Room, ou avec les colonnes de marbre du grand hall de la résidence du chef de l'Etat.

« C'est là quelque chose que les présidents n'ont jamais fait », commente Martha Joynt Kumar, historienne de la présidence, qui a ses entrées à la Maison-Blanche depuis 1975. « Le téléprompteur heurte le regard. En un sens, il s'interpose entre le public et le président, car Obama a l'œil rivé sur l'écran ». Contrairement à ses prédécesseurs, qui, mis à part pour les discours les plus importants, comme celui de l'état de l'Union, n'avaient que des notes à leur disposition, Obama éprouve le besoin de s'en remettre à ses écrans, même pour les déclarations les plus brèves ou pour répéter les phrases-choc de son plan de relance économique, qu'il rabâche depuis des mois.

Pour Ari Fleischer, ancien porte-parole de George W. Bush, l'usage d'un téléprompteur pour ce genre d'intervention mineure comporte un certain nombre d'inconvénients. « Cela vous coupe du public dans la salle », affirme-t-il. «  Lorsqu'il parle à partir de notes, le président peut relever la tête et avoir un contact visuel direct avec l'assistance au lieu de se concentrer sur les écrans disposés sur sa gauche et sur sa droite. Bush en utilisait un pour ses grands discours, mais quand il se déplaçait dans le pays et qu'il parlait en public, il se contentait presque toujours de grandes fiches de carton ».

Selon la Maison-Blanche, le système de référence qu'utilise d'Obama n'a strictement aucune importance. « Que l'on s'en remette à des fiches ou à un téléprompteur, les Américains s'intéressent beaucoup plus aux plans que l'on a à présenter qu'aux moyens par lesquels ils sont relayés », affirme Bill Burton, porte-parole adjoint de la Maison-Blanche. Obama n'a jamais tenté de cacher son prompteur. Pendant les derniers mois de sa campagne, l'appareil faisait partie intégrante du paysage. Il suivait aussi bien le candidat dans les fêtes foraines que dans les rallyes de campagne – et a même une fois été installé dans une arène de rodéo.

Rompant avec ses habitudes, Obama s'est passé du téléprompteur pour son dernier discours avant l'investiture, dans une usine de Bedford Heights, dans l'Ohio – et sa performance s'en est ressentie. Il marquait parfois des pauses trop longues, il ne trouvait plus le rythme de ses phrases et, dans l'ensemble, il avait l'air de bafouiller et parlait d'un ton hésitant en regardant ses notes sur son pupitre.

Maintenant qu'il est président, ce qu'il dit peut être porteur de davantage d'enjeux. ­Gouverner n'est pas faire campagne et, malgré son passage au Sénat, Obama n'a jamais occupé un mandat électif où ses paroles avaient autant de poids. « Dans ce type d'environnement, on ne doit surtout pas faire d'erreurs. Au chapitre de l'économie, on parle de mesures qui influ­enceront nécessairement les marchés », souligne Mme Kumar.


Carol E. Lee


© Courrier International

 

Mis en ligne le 26 janvier 2010, par Menahem Macina, sur le site debriefing.org