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Contentieux palestino-israélien

Le fond du problème : Le Mont du Temple

[Plusieurs blogs et sites (en ce compris celui de l' UPJF (que je n'anime plus depuis fin décembre 2010), publient le texte qui suit, en le datant du 10 janvier 2010, sans préciser qu'il est de juin 2009. Les événements et les personnes cités dans ce texte m'ont convaincu qu'il ne pouvait pas être de ce mois. Après recherche sur le Net, j'ai retrouvé la mise en ligne originale (?), que l'on peut lire ci-dessous (Menahem Macina).]


28/01/10

Kountrass News nº 116, juin 2009.

Tsvi Mazal


Tsvi Mazal est diplomate : il a été ambassadeur d'Israël en Egypte et en Suède, et il est aujourd'hui membre du Centre de Jérusalem pour les Affaires publiques. Il a fait parler de lui en son temps, pour s'être opposé, en Suède, à une «oeuvre d'art» soutenant le terrorisme arabe [1]. La question de la possibilité d'arriver à des accords entre Israéliens et Palestiniens intéresse beaucoup Tsvi Mazal. Dans le présent article, l'ancien diplomate analyse des propos révélateurs du négociateur palestinien, Saeb Erekat. Il y dévoile un autre aspect du conflit, qui, finalement, serait foncièrement religieux. A méditer.


Que s'est-il passé finalement au cours des discussions entre Israël et les Palestiniens à Annapolis ? Nous n'en savons pas grand-chose, si ce n'est quelques informations qu'Olmert a bien voulu donner. Il en ressort qu'Israël était prêt à faire de très grandes concessions, sans doute dans la foulée de celles de Camp David et de Taba, mais rien n'en est sorti. Olmert a tout de même précisé qu'on était au seuil de la signature d'un accord de paix.

Mettons de côté les questions concernant la gestion de telles discussions à propos de l'avenir du pays, sans même que le gouvernement ait connaissance de leur contenu; les raisons de leur échec ont été dévoilées précisément par l'intermédiaire de Saeb Arekat, le délégué palestinien pour les négociations avec Israël. Au cours d'une émission à Al Jezeera concernant « Jérusalem, capitale de la culture arabe », Saeb Erekat a déclaré que Arafat, à Camp David, et Abou Mazen, à Annapolis, ont tous les deux repoussé les accords, du fait qu'ils imposaient une gestion en commun, israélienne et palestinienne, du Mont du Temple.


Le Mont du Temple

 

Dans cette émission, Erekat a clairement imputé l'échec des négociations à la partie palestinienne :

« Permettez-moi de vous relater deux événements historiques. Je vais peut-être dévoiler un secret. Le président Clinton a dit à Arafat à Camp David lors de leur rencontre : Vous serez le premier président à avoir un Etat palestinien dans les limites établies en 1967, excepté quelques changements du fait d'aménagements territoriaux. Jérusalem-est sera la capitale de la Palestine. Mais je vous demande, à titre d'homme de foi, de reconnaître que le Temple de Salomon se trouve sous l'enceinte des mosquées. Arafat s'est alors levé pour répondre : Je ne puis être un traître. Viendra celui qui délivrera Jérusalem dans dix ans, dans cinquante ans ou dans cent ans. Jérusalem ne peut être que la capitale de la Palestine, et il n'y a rien sous l'enceinte des mosquées ou au-dessus d'elle. C'est la raison pour laquelle Arafat s'est trouvé retranché dans sa prison (son QG à Ramallah) et qu'il a été tué injustement en novembre 2008. » [Tout ceci est ce qu'affirme Arekat, bien entendu].

Le négociateur palestinien poursuit :

« Olmert parle, de nos jours, de ce qu'il a proposé à Abou Mazen - à savoir que l'on va prendre 6,5 % des territoires de Judée et Samarie, et que l'on rendra 5,8 % des territoires de 48. Les 0,7 % restants serviront à établir des passages sécurisés entre les territoires de Judée et ceux de Gaza. Jérusalem-est sera la capitale de la Palestine, mais il y a un problème avec l'enceinte des mosquées. Là, Abou Mazen s'est levé, en disant : Je ne suis ni au souk ni au bazar. Je suis venu ici pour fixer les frontières de la Palestine, selon les limites de 67, sans enlever un centimètre ou prendre une pierre de Jérusalem ou des lieux saints pour l'islam ou pour la chrétienté. Voilà pourquoi il n'y a pas eu de signature. »

Le journaliste demande :

« Saeb Erekat, avez-vous proposé qu'Israël ait sa part dans la gestion du mont du Temple dans le cadre des accords concernant la Vieille Ville ? »

La réponse d'Arekat fut sans équivoque :

« Non, absolument pas. Jérusalem-est est considérée par la loi internationale comme étant un endroit qui a été envahi, et, en conséquence, il n'est pas question d'accepter la moindre concession à cet égard. Cette partie [de la ville] doit revenir intégralement aux Palestiniens et leur permettre d'avoir une souveraineté absolue sur leur capitale. Ce que fait Israël en construisant un mur ne nous intéresse pas. Si Israël veut faire la paix un jour, il devra comprendre que la paix ne sera possible que si Jérusalem-est est la capitale de la Palestine - y compris la Vieille Ville et l'enceinte des mosquées. »

Il semble que ce soit la première fois que la personnalité palestinienne la plus autorisée, mêlée directement aux négociations de Camp David et à celles d'Annapolis, dévoile, dans le cadre de la chaîne la plus populaire d'information du monde arabe, que c'est la partie arabe qui est responsable de l'échec, à deux reprises, des négociations de paix, en raison de son refus d'une gestion commune du mont du Temple. Ceci laisse prévoir que jamais des accords de paix ne pourront aboutir, puisqu'il est impensable qu'Israël accepte de confier le mont du Temple à l'unique gestion palestinienne, sans avoir son mot à dire à cet égard.

Ces révélations tranchent avec l'image que donnaient, à l'époque, les médias ou les propos des hommes politiques. S'il en est ainsi, les chances qu'un jour des négociations aboutissent sont très faibles.

Mais il est plus qu'intéressant de constater que, finalement, c'est la question de la gestion du mont du Temple qui marque le point ultime de divergence qui sépare les uns des autres !

  La guerre des slogans !

Nous parlions dans notre précédent numéro [2] de l'ambiguïté de l'exigence internationale visant à imposer la formule « Deux Etats pour deux peuples ». Les Palestiniens veulent-ils réellement que nous vivions à côté d'eux, ou - plus simplement - ne pensent-ils pas occuper tôt ou tard l'ensemble du territoire d'Israël ?.

Les dirigeants israéliens précédents se sont soumis à cette guerre des slogans, tant de la part des Palestiniens que de la part de la communauté internationale, au point que Livni, par exemple, a refusé de rejoindre Binyamin Netanyahou, pour la simple raison que ce dernier refusait d'admettre la profession de foi en question : « Deux pays pour deux peuples ». Du reste, à son retour des Etats-Unis, Netanyahou a fait savoir qu'il pensait que le slogan en question était « infantile » !

Le gouvernement actuel fait, a priori, preuve de plus de finesse, en prenant les devants et en lançant son propre slogan : « Les Palestiniens doivent accepter le caractère juif de l'Etat d'Israël ». Le chef de l'Autorité palestinienne, Abou Mazen (Mahmoud Abbas) a tout de suite compris la portée de ce slogan, en refusant avec fermeté d'accepter une telle proposition ! Les conseillers de Netanyahou ont pu jubiler : les Palestiniens refusent de faire la paix ! Bien joué.

Evidemment, s'il fallait définir avec sérieux la portée du dit slogan, les choses seraient assez difficiles : s'il s'agit d'un Etat juif, respectant le Shabbat, la Cacherout et les autres 613 Mitswot, Abou Mazen aurait bien raison de refuser cela, mais le fait est que, malheureusement, la majorité des Israéliens font de même. Donc, ce n'est pas de cela qu'il est question.

Sans doute ce slogan signifie-t-il que l'Etat d'Israël, bien que démocratique, se garde le privilège de ne considérer comme citoyens à part entière que les Juifs, et ne garantit pas tous les droits aux autres peuples - en particulier aux Arabes qui reviendraient vivre en son sein, si jamais le droit au retour des Arabes devait être accepté. Autrement dit, Israël tente de bloquer à la base la revendication palestinienne dans ce domaine : Abou Mazen a raison de refuser cela, mais dès lors il a mal joué, car c'est lui qui a été le mauvais joueur, celui qui refuse.

La guerre des slogans est lancée, et, pour une fois, Israël marque un point.


Nathan Katz


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Notes de Menahem Macina

 

[1] "Terroriste souriante dans une piscine de sang: colère de l'ambassadeur d'Israël" (17 janvier 2009); "Ce qu'a réellement vu l'ambassadeur d'Israël en Suède" (18 janvier 2004); "Le scandale de Stockholm, rappel des faits et Pétition" (19 janvier 2004)


[2] Kountrass News nº 115 - Mai 2009

 

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© Kountrass

 

Mis en ligne le 28 janvier 2010, par Menahem Macina, sur le site debriefing.org